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possédant une forte individualité. Pourtant fut-il jamais pareil mélange, pareille combinaison d'éléments divers ?
Avant que le flot aryen n’arrivât jusqu’à nos régions, les Ibères avaient peuplé ce qui devait être l'Espagne et la France du sud-ouest, tandis qu’au nord habitaient d’autres peuples finniques sur lesquels la lumière ne s’est pas faite encore. Plus tard les Ligures et les Ombres vinrent se superposer à à eux (1). Six cents ans environ avant Jésus-Christ, l'invasion celtique couvrit tout notre pays; deux cents ou trois cents ans plus tard, un second flot de peuples de même race, les Kymris ou Gaulois-Belges, s’avança jusqu’à la Loire. A chaque nouvelle poussée les anciens habitants cédaient devant les envahisseurs, mais ils n'étaient pas anéantis (2), un mélange plus ou moins complet se faisait, de telle sorte que déjà au temps de César, les habitants de la Gaule étaient le produit d’une combinaison de races assez complexe; on distinguait encore des foyers de populations ibérique, ligurienne, ambrone, celtique ou gauloise, mais pourtant le mélange était en général assez intime pour qu’on püt les considérer tous comme ne formant qu’un seul peuple.
D’autres éléments étrangers avaient d'ailleurs modifié la population de certaines régions : sur les côtes méditerranéennes, les navigateurs phéniciens avaient fondé de nombreux comptoirs et six cents ans avant notre ère, des colonies grecques s’y étaient établies. La population pressée des villes grecques fut bientôt composée d'un mélange d’aventuriers cosmopolites, de Ligures et de Gaulois ; les courses des marins puniques et les guerres de Carthage contribuèrent
(1) D'où venaient ces divers peuples? On n’en sait rien. Plusieurs paraissent avoir fait partie de ces populations mongoloïdes que les Aryens ont repoussées et dont les derniers représentants sont les Finnois, les Lapons — et peut-être les Basques.
(2) Les vainqueurs prenaient parmi les vaincus des esclaves et des femmes.
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aussi à faire de toute cette région du Bas-Rhône et de la mer une zône de populations très mélangées.
Quand Rome eut conquis les Gaules, de nombreux Italiens, des Espagnols, des Africains, des, Orientaux mêmes, vinrent s'établir dans les grandes villes et se mêler aux anciens habitants. En même temps, les Germains se pressaient au bord du Rhin et peu à peu, l'élément germanique s’infiltrait en Gaule lentement mais sûrement, si bien qu'au bout de quelques siècles, il dominaitdans presque toutes les provinces du nord. !
Les invasions vinrent répandre ce sang germanique par toute la Gaule; les bandes conquérantes étaient peu nombreuses cela est vrai, mais elles se mêlèrent intimement aux populations conquises et firent souches de métis. Les Goths scandinaves au sud-ouest, les Burgondes entre Rhône et Jura, laissèrent une forte empreinte sur les provinces qu’ils avaient assujetties; sans compter les petites troupes laissées par les Alains, par les Suèves, par les Vandales, peut-être même par les Huns dans leur lente migration. Quant aux pays au nord de la Loire, l'élément frank en transforma complètement la race, surtout dans les provinces de l’est et du nord où sa domination se maintint plus longue et plus effective.
Depuis lors, le fond de la population est resté le même à peu près. Mais ce n’est pas à dire que tout afflux de sang étranger ait cessé, loin de là : Sarrazins en Provence et en Septimanie, Scandinaves en Normandie, Anglais en Guyenne, Allemands au Nord-Est, Italiens à l'Est, Espagnols en Artois ont laissé des traces de leur domination, non-seulement dans les monuments, mais dans les mœurs et dans les traits des
habitants. Enfin, la France a toujours attiré les étrangers;
bien nombreuses sont aujourd'hui les familles réellement françaises, dont les ancêtres sont venus au cours de ces derniers siècles des pays voisins.
Pour que la nation française püût naître, il a fallu que les grandes invasions, les ÿrandes combinaisons de peuples aient cessé ; et alors, de ces éléments si divers, si hétérogènes s’est forméavecses caractères particuliers, son génie propre, son sentiment national et sa forte individualité, le peuple français que sans cesse rajeunit et renouvelle l’incessant afflux du sang étranger. Et en même temps — remarque curieuse, — des mêmes éléments, en un coin du même sol gaulois, un autre peuple s’est formé, possédant lui aussi ses caractères particuliers, son génie national et son individualité : le peuple belge. |
Il semble d’ailleurs que les peuples les plus avancés, les plus souples d'intelligence et les plus forts sont précisément ceux à la formation desquels ont contribué plus d'éléments divers. Ils ont acquis de la sorte des qualités, des aptitudes très variées qui leur assurent en tous les domaines un rang honorable et souvent même la première place (1).
Voyez l'Angleterre, la reine du monde commercial et maritime : aux prétentions des chauvins de son temps, un satiriste répondait par ces mots : Le Picte, le Breton tatoué, le Scot traître amenés ici par la faim, le vol et la rapine, des pirates Norwégiens, dés Danois flibustiers dont la progéniture aux cheveux rouges reste partout, joints aux Français
(1) On a souvent remarqué que, en ce qui concerne les individus le même phénomène se produit. Au lieu que les enfants dont les père et mère étaient unis par des liens de parenté rapprochée sont fréquemment Malingres et peu développés, lés hommes dont les parents sont issus de groupes ethnigées très divers possèdent parfois de très nombreuses et solides qualités. À
de Normandie composent la race d’où viennent vos Anglais pur sang!
Voyez l'Amérique : Dans ce gigantesque creuset où se mêlent avec le noir d'Afrique et l’Indien tous les peuples de l'Europe, il semble par moments qu’il n’y ait que chaos. Mais sous les bouillonnements de la surface, une grandiose unité s'élabore; deux types se forment, puissants et fortement accusés, au physique comme au moral, autour desquels se groupent et se fondent les éléments les plus disparates ; deux foyers nationaux se dessinent entre lesquels se partagera tout lé continent, et devant qui nos Etats européens menacent de faire bien piètre figure.
Au nord, le descendant des puritains anglais, des Français de Cartier, des Irlandais faméliques, des colons hollandais, allemands et scandinaves, sous l'influence du sol des Etats-Unis et des quelques gouttes de sang indien qui coule dans ses veines est devenu le Yankee. Alors que les Européens parlaient beaucoup de la dislocation prochaine de sa patrie, lui, cependant, s’est contenté d'enrayer un peu le flot d'iramigration et, sûr de l'avenir, il désagrège et s’assimile peu, à peu les noyaux de population étrangère, français, nègres, indiens, irlandais, italiens ou allemands qui ont conservé encore leurs caractères ethniques propres; tous deviennent au bout d’une ou de deux générations les loyaux champions de la bannière étoilée (1).
Au sud, les conditions politiques économiques et sociales désastreuses des trois siècles qui ont précédé celui-ci, ont fait l’œuvre bien plus difficile. Pourtant la terre sud-
(4) Il faut pourtant noter en passant I: persistance du caractère propre chez les Canadiens français, Cependant eux aussi se sont américanisés et le jour viendra. sans doute, où ils enfreront à leur tour dans la grande union américaine ; leur nombre ét leur homo-
généité leur vaudra d'en être lun des éléments prépondérants. Au lieu de se perdre dans la masse yankee, ils se joindront à elle. =