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La religion

La théorie qui base la nation sur la communauté de religion ne devrait pas nous arrêter davantage. Jadis la religion était « nationale »; aujourd’hui, elle est « humaine >» ; elle était autrefois le culte du dieu exclusif et jaloux de la cité antique, qui donnait aux siens, en échange de sacrifices conformes aux rites, la victoire, le bonheur et la prospérité. Maintenant, la religion c’est le libre élan de l’âme vers Dieu, c'est-à-dire vers l’Etre absolu qui résume en lui toute justice et toute perfection ; aussi, plus là religion s'élève et s’épure, plus elle tend non pas à séparer les hommes, mais à les unir dans un même sentiment de leur faiblesse et dans une même aspiration vers l’Idéal (1).

D'ailleurs, ici encore, les faits répondent. L'Italie, le Portugal, l'Espagne sont également catholiques, cela ne les unit

pas; non plus que l'Angleterre, l'Allemagne du Nord, la Scandinavie, la Hollande ne paraissent se regarder comme alliées naturelles à cause de leur commune religion. La Suisse qui renferme en son sein presque autant de catholiques que de protestants ne forme cependant qu’une nation. En Orient, religion et nationalité paraissent encore synonymes, mais l'importance de cette considération diminue et le panslavisme réunit dans une même aspiration nationale grecs orthodoxes, grecs unis, protestants et catholiques. Enfin,quoiqu'en aient dit des écrivains aux préjugés tenaces ou intéressés, l'exemple de la France est encore là pour

(1) Toutes les grandes religions ont des sectateurs dans des pays différents, On reproche même souvent à la religion de favoriser l’internationalisme.

Récemment enfin, un congrès des religions est venu montrer d’une façon éclatante que le sentiment religieux n’est ph du tout national mais humain.

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prouver que si la communauté de religion ne fait pas la nationalité, les dissidences religieuses n’affaiblissent pas non plus le sentiment national. Si les actes de Louis XIV et de ses successeurs ont à juste titre exaspéré les protestants, si certaines personnes ont cru voir dans la guerre de 1870 une guerre religieuse, cependant on vit se rencontrer sur les champs de bataille, à côté des zouaves pontificaux et des descendants des réfugiés de 1685, des protestants français et des catholiques bavarois, tels que Denfert, Jauréguiberry et von der Thann. I! nous semble d’ailleurs que les protestants et les israëlites de France, malgré leur petit nombre, ont assez fait pour leur pays pour ne pas mériter d’être accusés manquer de patriotisme (1).

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