LA NATIONALITÉ NATURELLE
1, Position du problème.
Nous avons admis plus haut que chaque homme doit appartenir à un groupe national; nous avons constaté le fait de la pluralité des Nations.
Ceci posé, un enfant naît. À quelle nation appartient-il ?
Roi *
Deux solutions principales sont en présence :
Première solution. — Les parents de cet enfant appartiennent à une nation; lui-même appartiendra à cette nation.
Deuvième solution. — Les groupes nationaux se partagent toute l'étendue des terres, cet enfant est donc né sur le territoire d’une nation (1); il appartiendra à cette nation.
La première réponse a reçu le nom de système du jus sanguinis, la Seconde de système du jus soli.
Pour apprécier ces deux solutions, posons le problème en des termes un peu différents et remontons aux principes.
L'individu à besoin, pour vivre et se développer, d’un milieu social; c’est la Nation qui doit le lui fournir. En vertu des différences de culture, de civilisation, chacun des milieux sociaux représentés par les diverses nations a certains caractères qui lui sont propres. Par suite de ces différences qui existent entre les hommes et entre les groupes sociaux, chaque Nation se trouvera êtreun milieu plus ou moins favorable au développement de tel individu donné, et l’une d’entre elles se trouvera lui être la plus favorable. Elle seralemilieu social naturel de cet individu.
D'autre part, parmi les hommes il en est que la nature désigne par les traits caractéristiques dont elle les a doués, comme devant appartenir à tel groupe social; celui-ci peut les réclamer comme siens (2}.
(4) Nous ne parlons point ici des cas exceptionnels qui peuvent se présenter : naissance sur un navire en pleine mer, naissance en un territoire désert et n’appartenant à aucune nation. Ces cas seront régis par des règles spéciales et tout empiriques.
(2) Il le peut en se basant sur le droit de chacun de ses membres à un milieu social favorable à leur développement ; ils ne posséderont celui-ci que si la Nation à laquelle ils appartiennent se développe sainement et normalement, ce qui ne sera que si elle peut réclamer comme siens tous ceux que leur nature indique lui appartenir, si elle peut faire appel à leur concours et compter sur leur coopération à l’œuvre nationale.
Notre question revient donc à celle-ci : un homme étant donné, quelle est parmi les Nations celle qui est la plus propre à lui offrir son milieu naturel? Quelle est celle dans laquelle la nature lui assigne sa place?
Sur cette façon de poser la question, deux remarques se présentent :
Première remarque : Le problème, tel que nous le posons, est double et il semble qu'il pourrait recevoir deux solutions contradictoires, l’une du point de vue de l'individu, l’autre du point de vue de la Nation. Pareil conflit se produit quelquefois en fait; mais sur le terrain de la théorie où nous nous sommes placés, la nation qui offrira à l'individu son milieu naturel sera précisément celle-là qui aura le droit de le compter parmi ses membres, et dont en même temps tel sera l'intérêt. Un groupe social n’a en effet aucun intérêt à retenir dans son sein un individu auquel il n’offrirait pas son milieu social naturel; cet élément étranger loin d'augmenter sa force serait une cause de faiblesse et de troubles comme tout corps étranger qui pénêtre dans un organisme. Il n’a aucun droit non plus à agir de la sorte, car ce faisant, il violerait le droit de cet individu à son propre milieu naturel (1).
Seconde remarque : Nous parlons d’un milieusocial naturel existant pour chaque individu et d’un groupe dont la nature même le fait membre. Il est clair que nous n’entendons pas ici proclamer je ne sais quelle mystérieuse prédestination en vertu de quoi chaque individu aurait, de par une inéluctable destinée, une place à lui exactement assignée dans l’ensemble des choses. Si cela était d'ailleurs nous n'en saurions
(1) Et il violerait ce droit sans pouvoir invoquer pour justifier cette violationun droit quelconque tel que celui dont nous parlons LE la note précédente,