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L'autonomie et l'inviolabilité de la Nation

La Nation doit être libre, autonome et inviolable.

C’est la conséquence directe de tout ce que nous avons dit plus haut en essayant d'expliquer ce qu’est une nation. |

Une nation, ce n’est pas un groupement amorphe d'hommes que rien n’attache les uns aux autres ; ce n’est pas un territoire découpé arbitrairement sur le sol terrestre, c'est quelque chose de plus, c’est une grande solidarité, c'est une âme, un principe spirituel ; or, au nom de cette individualité, de cette personnalité, elle a droit à la liberté ; elle seule peut, suivant sa nature, suivant ses aspirations propres et ses besoins particuliers, diriger sa marche en avant, choisir ses voies et se tracer des règles de conduite.

Cette affirmation, nous ne la basons pas d’ailleurs seulement sur le droit de cette personne morale nommée la Nation, mais sur le droit de chacun des individus qui composent cette association.

Chacun de ceux-ci a en elle le milieu social qui lui est convenable et au sein duquel son évolution se poursuit normalement, à condition qu’elle-même continue à vivre suivant les lois qui lui sont propres et qui sont modelées sur ses caractères particuliers ; toute intervention extérieure qui vient modifier ces lois ou exercer en quelque sens que ce soit une action pertubatrice sur la société viole les droits de chacun de ses membres. :

À bien plus forte raison ces droits se trouvent méconnus si l'homme est arraché à son milieu social naturel pour être agrégé à un autre qu'il n’a pas choisi et qu'on lui impose de FONCÉ: «

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Tel est le premier principe qu'il importe d'établir.

Nous en tirons les conséquences suivantes : Une nation ne saurait avoir le droit d’asservir une autre nation, de la soumettre à son empire et à ses lois ; elle n’a pas le droit non plus de lui enlever une portion quelconque de ce aui lui appartient, de lui prendre de force ni un pouce de son territoire ni un seul de ses nationaux.

Une nation ou un groupe de nations ne peuvent, en principe, intervenir en aucune manière dans les affaires d’une autre nation, ni pour fixer un but à son activité, ni pour lui dicter telle ou telle mesure pratique (1).

Les nations se doivent donc les unes aux autres le respect le plus absolu de leur autonomie et de leur intégrité.

2, La solidarité des nations.

Mais en regard de ce principe et de ses conséquences, ici encore nous rencontrons le fait de la solidarité.

Les nations sont attachées les unes aux autres par des liens qui, tous les jours, se font plus étroits en même temps que leur existence se révèle de plus en plus clairement à l’obser-

vateur.

La contagion — physique ou morale — existe entre les

peuples comme entre les hommes, en sorte qu'un seul ne

(1) Nous disons : en principe, Car il faut bien reconnaitre qu'il y a des cas particuliers où cette règle devrait être abandonnée ; ceci se produirait au Cas où une nation par son attitude serait une cause de trouble social, au cas où par ses actes elle violerail gravement les droits de l'humanité. ArR ns

Cest ainsi qu'on comprendrait fort bien que les nalions civilisées fermassent d'autorité le tripot de Monaco ou intervinssent en Turquie pour arrêter les massacres des chrétiens.

Remarquons toutefois qu'il sera très difficile de déterminer dans quel cas celte intervention sera légitime. ù pie

Il est bien entendu que nous n’envisageons ici que les rapports entre nations civilisées,. | 15

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peut être atteint sans que tous souffrent de son mal. Les facilités de communication, le machinisme, l'extension des affaires et du commerce, la division du travail qui s'établit entre les peuples aussi, sont là pour mieux assurer ces répercussions lointaines de toùs les chocs, de tous les troubles SOCIAUX.

Ce sont les maladies qui se jouent des frontières et des cordons sanitaires, ce sont les cataclysmes naturels qui ne sauraient être arrêtés par Jés lignes de douunes, ce sont les crises industrielles, les krachs financiers dont le contre-coup se fait sentir sur tous les marchés, ce sont les coutumes, les mœurs, les modes, les livres, les journaux, le théâtre qui, de chacune des grandes agglomérations humaines, se répandent sur tout le globe, portant avec eux ou un air vicié et corrompu ou des souffles bienfaisants.

Aucun peuple ne saurait être si bien isolé des autres que ce qui intéresse ceux-ci ne pût le toucher. Malgré les tarifs douaniers, par exemple, la production excessive d'argent des mines américaines vient peser sur le prix auquel le paysan français vend son sac de blé; l’ouverture d’une fabrique de produits manufacturés au Japon ou au Chili fait perdre leur gagne-pain à quelques-uns de nos ouvriers, tandis que l'établissement d’un comptoir dans une île perdue des antipodes le leur rendra (1).

À quoi bon multiplier ces constatations; tout cela est devenu vérité banale. Et si de petites choses ont de si lointaines conséquences, combien ne seront pas plus graves celles des grands faits sociaux. La situation anormale de

l'Alsace-Lorraine n'est-elle pas en grande partie cause que

(1) Ces répercussions sont évidemment très lentes, très confuses ‘et s’enchevôtrent de

telle sorte qu’il est souvent fort difficile de les apercevoir; mais elles s’opèrent cependant d'une façon indubitable,

tous les peuples européens se croient obligés de se ruiner en armements. La maladresse commise par l'Allemagne en 1871 à contribué plus que toute autre chose à développer et à envenimer cette plaie du militarisme qui, outre tous les autres dommages quelle entraîne, épuise l'Europe au grand profit de l'Amérique. Enfin, pour citer un dernier exemple, n'avons-nous pas vu récemment la querelle de deux peuples de l'Extrème-Orient inquiéter tout l'Occident et provoquer les craintes les plus vives au sujet de l'avenir de l’Europe (1;

La situation est donc ici la même que nous avons exposée en étudiant les rapports des individus. La liberté de la Nation se heurte contre le fait de la solidarité internationale qui tend à la restreindre; des conflits s’élèveront donc, pareils à ceux que nous avions signalés au début de notre travail; à tout instant une nation, en prenant des mesures qu'elle jugera utile à son progrès, lèsera les autres nations, et le trouble apporté dans la vie sociale de celles-ci se répercutera bientôt dans la sienne propre. |

Comment donc trancher la difficulté? Ici encore la liberté et la solidarité trouveront leur commune formule dans l’association libre, dans la coopération volontaire.

Les nations, comme les hommes, devront discuter ensemble leurs communs intérêts ; chacune verra alors des restrictions apportées à son activité, mais cela sans qu'elle ait à en souffrir puisqu'elle les aura librement consenties ; chacune aussi travaillera volontairement en vue du progrès de toutes et recueillera pour elle-même le fruit des efforts accomplis en

commun .

(1) Ne voyons-nous pas aujourd'hui (5 mars 1897) toute l’Europe se demander angoissée si le jour des grandes tueries et des grandes ruines est près de sonner, et cela à cause des égarements de ce fou sanguinaire qui s'appelle Abdul-Hamid et de l’exaspération légitime de quelques patriotes arméniens et grecs qui ont osé résister à leurs bourreaux ?

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