La coopération volontaire des nations
Cette coopération volontaire des nations en vue du progrès général s’est d’ailleurs, depuis bien longtemps, réalisée en maintes circonstances ét de nos jours elle étend son domaine d’une façon toujours plus sensible.
II semble que les peuples sont en état de guerre perpétuelle ou au moins de paix armée, se surveillant, se jalousant, se cantonnant systématiquement chacun sur son territoire et observant à l'égard de ses voisins la plus stricte réserve. Mais c’est là une vue erronée des choses résultant de ce que les luttes économiques et guerrières ont un grand retentissement; en réalité, ce ne sont que des accidents — cruels il est vrai — qui viennent troubler quelquefois les rapports des peuples.
En disant que cette coopération volontaire des nations existe en fait dans une large mesure, nous ne faisons pas allusion aux traités d'alliance que concluent deux ou trois pays ou aux relations d'amitié que l’on scelle bruyamment de temps en temps et qui cachent parfois des menaces adressées à des tiers ; mais nous voulons parler des mille petits services que se rendent journellement les nations et sans lesquels nous serions ramenés à la sauvagerie. A côté des grands instruments diplomatiques, il y a d'innombrables conventions internationales et, par dessus les frontières, en dépit des camps retranchés qui s’'échelonnent le long des positions stratégiques, malgré les vieilles querelles et les haines de peuples, par le réseau serré des routes, des chemins de fer, des lignes de navigation et des fils télégraphiques s'établit
un immense courant d'activité qui unit dans un même effort
tout le monde civilisé. Si on laisse de côté la langue, les formes et parfois la façon de procéder, on peut dire qu'il y a, à certains points de vue, dans les choses de la vie normale, une union aussi étroite entre les diverses nations qu'entre les provinces d’un même pays.
Faut-il citer des exemples ?
Une lettre mise à la poste en France et revêtue d’un timbre français pourra passer entre les mains d'employés appartenant à dix nations différentes, pour être remise fidèlement à destination ; il en sera de même pour les envois de marchandises ; les lignes de chemin de fer des pays voisins correspondent et toute personne peut à son gré (1) voyager où il lui plaît, protégée qu’elle est, quelle que soit sa nationalité, par les lois des lieux où elle se trouve ; les peuples s'entendent pour établir à frais communs des tunnels, des lignes télégraphiques ou téléphoniques ; les vaisseaux de chaque nation ont libre accès dans les ports des autres ; les indications météorologiques ou sanitaires se transmettent régulièrement entre tous les points du globe ; quand la famine désole un pays, les autres le fournissent de subsistance; les autorités de: chaque nation donnent aux particuliers, aux gouvernements ou aux fonctionnaires étrangers les renseignements civils ou administratifs qui leur sont demandés ; un contrat passé sur le territoire d’un peuple est en principe valable partout ; un acte revêtu par l'autorité sociale d'un État de l'authenticité aura en principe en tous pays la même autorité ; les magistrats et la force publique d’un pays exécutent les commissions rogatoires et les mandats émanés de leurs collègues étran-
vers ; les découvertes utiles à l'humanité sont, où qu'elles
(4) U ne faut rien exagérer pourtant et ne pas oublier que parfois cette coopération est refusée par certaines nations ou fournie de très mauvaise grâce; on se souvient par exemple du temps où, pour franchir certaine de nos frontières, il fallait se munir d’un passeport, lequel était du reste souvent refusé,
aient été faites, mises à la portée de tous; enfin on voit à chaque instant des nations faire à l'étranger des emprunts, soit qu’elles émettent leurs titres de rente sur les marchés du monde, soit qu’elles s'adressent directement à un Etat en lui demandant de leur consentir un prêt momentané.
De tous ces faits que nous venons d’énumérer en les prenant au hasard entre bien d’autres analogues, les uns ont été amenés par la force des choses, d’autres sont nés de rapports d'intérêt privé que des ordonnances des autorités nationales ont sanctionnés, d’autres enfin résultent d'accords internationaux, et de nos jours ceux-ci sont de plus en plus fréquents, soit qu’ils constituent des traités qui ne lient que deux ou plusieurs contractants, soit qu’ils sortent de grands congrès où se réunissent les délégués de toutes les nations civilisées pour étudier de concert les grands problèmes qui s'imposent à l'attention universelle et pour délibérer ensemble sur les mesures à prendre dans l'intérêt commun.
Toujours plus nombreuses sont ces grandes réunions internationales, o fficielles ou officieuses, composées de représentants des états ou de délégués d'associations privées, congrès postaux, sanitaires, pénitentiaires, scientifiques, religieux, etc., et ils nous acheminent sûrement vers le temps où toutes les questions qui intéressent l'humanité entière seront discutées et résolues par de pareils congrès, et où tous les problèmes internationaux seront tranchés à l'amiable par entente entre les peuples.
C'est cette entente universelle qu’il nous faut désirer puisqu'elle nous offre la conciliation la plus parfaite des deux grands principes qui nous guident. Par elle les exigences de la loi de solidarité sont respectées sans que la liberté de personne en ait à souffrir.
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LA COOPERATION FORCÉE DANS L'ASSOCIATION IMPOSÉE DOIT-ELLE ÊTRE ÉTABLIE ENTRE LES NATIONS ?