‹ La Nation tchèque (volume 2)Chapitre 26 sur 47 · VITTORIO EMANUELE · texte numérisé non relu

VITTORIO EMANUELE

Le Roi de Roumanie au Président de la Républiqus Tchécoslovaque.

Le Roi de Roumanie a envoyé le radiotélégramme suivant à M. Masaryk, président de la République Tchécoslovaque, à Prague :

« Bien sensible aux bons souhaits que vous m'avez adressés à l'occasion du Nouvel-An, à moi et à mon pays, je vous remercie sincèrement. C'est aussi un vif plaisir pour moi de me rappeler votre visite à Jassy et la vaillance montrée par les soldats tchécoslovaques qui ont lutté sur les champs de la Dobroudja. Je saisis cette occasion pour adresser mes meilleurs vœux au peuple tchécoslovaque et à son Président.

« Signé: FERDINAND. »

Le Roi de Grèce envoie sa réponse à M. Masaryk.

Son Excellence, Monsieur le Président Masaryk,

Prague.

Je vous remeroie des vœux sincères et du salut amical que vous avez bien voulu m'adresser à l'occasion de la Nouvelle Année. C'est avec la plus grande sympathie que nous avons suivi la Grèce et moi-même l'effort de la noble nation tchécoslovaque et la réalisation de ses aspirations nationales. Que les relations entre nos deux peuples soient toujours pénétrées de la plus cordiale amitié si nécessaire pour la sauvegarde de leurs intérêts respectifs.

Signé: ALEXANDRE, roi.

Réponse du Prince-régent Alexandre à la dépêche du

Ministre des Affaires étrangères de la

République Tchécoslovaque.

Monsieur Benes, ministre des Affaires étrangères,

PARIS

Je vous remercie sincèrement des félicitations et des vœux exprimés à l'occasion de la victoire définitive qui a amené la délivrance du peuple yougoslave. Le passé a été trop pénible pour toutes les nations de l'ancienne monarchie des Habsbourgs pour qu'elles puissent négliger, aujourd'hui où elles renaissent, de prendre les mesures de précaution nécessaires. La solidarité des peuples tchécoslovaque et yougoslave, fondée sur l'origine et l'affinité ethnique, doit faire la base de notre avenir national. Le peuple yougoslave est heureux d'accepter la main que lui tend la jeune république tchécoslovaque pour la collaboration en faveur d'une politique slave solidaire et fraternelle. Il se joint à moi pour envoyer les plus vifs souhaits pour la prospérité de ses frères de souffrance d'hier et à ses collaborateurs à l'œuvre de la liberté et du progrès d'aujourd'hui.

Signé: ALEXANDRE.

La Roumanie et la Bohême.

M. Bratiano, président du Conseil des ministres de la Roumanie, a envoyé le télégramme suivant à M. T. G. Masaryk, président de la République Tchécoslovaque, à Prague:

« A Son Excellence M. Masaryk, Prague,

« Chargé par Sa Majesté le Roi de Former le gouvernement, je tiens à exprimer à Votre Excellence les sentiments d'amitié profonde et fraternelle que tous les Roumains ressentent pour le noble et vailknt peuple tchécoslovaque. Les souffrances et l'oppression que le peuple roumain d'Autriche-Hongrie a partagées avec le vôtre, ont scellé une cordiale et inébranlable amitié qui devra dominer leur action réciproque dans l'intérêt du développement des deux États. Cette collaboration a été cimentée déjà dans le passé par la coopération étroite qui existait entre nos frères Roumains et Slovaques de Hongrie. De notre côté, nous ne négligerons rien pour maintenir et renforcer les liens d'amitié qui nous attachent au but commun que nous avons à atteindre.

« J'ajoute que le souvenir que je conserve de la visite de Votre Excellence à Jassy et des sentiments qu'elle a bien voulu tn'exprimer, nous sont la précieuse garantie que nous verrons pleinement réussir nos efforts.

« Signé: J.-C. BRATIANO. »

ÉCHOS ET NOUVELLES

Le représentant de la République française à Prague reçu par le Président Masaryk.

Le 14 janvier, M. Clément Simon, ministre réskient de la République Française accrédité auprès du gouvernement de la République Tchévoslovaque, a remis ses lettres de créance au président de la République Tchécoslovaque. Cet acte officiel revêtit un caractère de grande solennité et fut un jour de joie pour toute la nation tchécoslovaque. En se rendant au château de Hradcany, le ministre était escorté d'une compagnie d'honneur et acclamé avec le plus grand enthousiasme par une foule immense. Quand le splendide équipage de l'empereur d'Autriche qui est venu chercher le mirJstre arriva au château, la musique militaire entonna la Marseillaise et un bataillon de la garnison ainsi qu'un bataillon de légionnaires avec son drapeau lui rendirent les honneurs.

A son arrivée, le ministre de France a été reçu par le président du Conseil, M. Kramâf, le commandant de la division tchécoslovaque de France, le colonel Philippe et le lieutenant général DiviS.

Le ministre de la République Française, s'adressant au président Masaryk, fit l'allocution suivante :

« La France qui, la première, a reconnu la République tchécoslovaque, qui, la première, a donné une place à côté de ses armées à la jeune Armée tchécoslovaque, a voulu être aussi la première à être représentée officiellement à Prague. Pour que cette décision ait aux yeux des deux peuples toute sa portée, le gouvernement français a désiré que son ministre arrive à Prague au moment où Votre Excellence y arrivait elle-même. Je suis heureux et fier d'avoir été chargé de cette mission historique, monsieur le Président. L'étude de l'histoire offre souvent à ceux qui s'y consacrent des exemples décourageants: il y a eu des peuples courageux qui ont disparu, il

y a eu des fidélités qui n'ont pas été récompenséees. Il y a un motif qui fait croire à la justice immanente, à la justice éternelle, c'est que le peuple tchèque, en dépit des efforts d'une autre race, et malgré des siècles vécus sous la tyrannie des conquérants, n'avait jamais renoncé à ses droits et vient enfin de les recouvrer. La France, par une lutte opiniâtre et avec l'aide de ses Alliés, a abattu vos adversaires et déterminé par là même votre libération. La France est profondément satisfaite de ce résultat et elle est désireuse de contribuer aussi à votre libération et à votre prospérité. Elle sera d'autant plus heureuse de jouer auprès de vous ce rôle d'amie de la première heure et du premier rang qu'elle n'oublie pas que dans des jours sombres, alors qu'elle était elle-même abattue et isolée, une voix est venue du fond de la Bohême pour protester contre la violence et l'iniquité.

Le 8 décembre 1870, les députés tchèques à la Diète de Bohême rédigeaient la déclaration suivante :

« Si l'Allemagne arrachait à la nation française une partie de son territoire dont les habitants se sentent Français et veulent rester tels, elle commettrait un attentat contre la liberté de ce peuple et mettrait la force à la place du droit; la nation tchèque ne peut pas ne pas exprimer sa plus ardente sympathie à cette noble et glorieuse France qui a si bien mérité de la civilisation et à laquelle nous sommes redevables des plus grands progrès réalisés dans les principes de liberté et d'humanité. »

« La nation tchèque a la conviction, qu'une telle humiliation, le fait d'arracher un lambeau de son territoire à une nation illustre et héroïque, remplie d'une juste fierté nationale, serait une source inépuisable de nouvelles guerres et, par conséquent de nouvelles blessures à l'humanité et à la civilisation. Le peuple tchèque est un petit peuple, mais son âme et son courage ne sont pas petits. Il rougirait de laisser croire par son silence qu'il approuve l'injustice ou qu'il n'ose pas protester contre elle, parce qu'elle a la puissance de son côté. »

Cette protestation, unique, a été reprise quarante ans après par les grandes puissances de l'univers, et, de ce concours

vient de résulter cette transformation du monde, à laquelle nous assistons.

Mais la Bohême, la première et seule avait prononcé voici près d'un demi-siècle la parole de justice et de consolation, que je me suis plu à rappeler. Il nous est donné maintenant de répondre dignement à ce cri d'une conscience très droite et d'une affection très pure et notre réponse, la voici : L'Alsace et la Lorraine nous sont rendues et vous, vous êtes indépendants et souverains. Je ne doute pas, monsieur le Président, que ce double souvenir rendent mes rapports avec le gouvernement tchécoslovaque particulièrement agréables et faciles. Toutefois, la tâche que j'ai à poursuivre est importante et complexe, et pour que je puisse la remplir entièrement, il est nécessaire que je puisse la remplir entièrement, il est nécessaire que je puisse compter sur la bienveillance de Votre Excellence, sur celle des hommes d'État qui président au gouvernement et sur les sympathies du peuple. J'espère qu'elles né me feront pas défaut.

J'ai l'honneur de remettre à Votre Excellence les lettres par lesquelles le gouvernement français m'accrédite auprès de vous. »

Le Président a répondu comme suit :

« Monsieur le Ministre, c'est avec une grande joie et une vive satisfaction que je vous reçois, vous accueillant personnellement comme homme de confiance de M. le Président Poincaré, qui vous recommande en des termes si chaleureux. J'attends de vous avec une confiance absolue une liaison diplomatique efficace de notre République avec votre patrie.

Monsieur le Ministre, votre personne et votre mission sont d'une grande signification historique. Notre pays, depuis des centaines d'années, n'avait point de relations diplomatiques directes avec les autres nations. C'est vous qui venez comme le premier témoin officiel de notre indépendance, nouvellement née. C'est avec raison que vous accentuez que la France fut la première qui reconnut notre Armée et la première qui ait envoyé son représentant officiel chez nous. Nous en sommes reconnaissants à la République Française et par cela, nous

nous sentons plus forts. Cette générosité de la France nous rend très heureux, mais en même temps, nous y voyons la reconnaissance de notre signification politique pour l'Europe Centrale et pour l'Europe et l'humanité en général, car la politique de la France est non seulement généreuse, mais aussi prévoyante.

Vous me rappelez, monsieur le Ministre, la déclaration du Parlement de Bohême de l'année 1870. Ce fut une expression de dévouement envers la France, que nous avons toujours senti, que nous sentons et que sentirons à l'avenir. Ce même dévouement s'exprimera également dans les relations de toute notre nation, de notre gouvernement et de ma part envers vous.

Monsieur le Ministre soyez le bienvenu. »

Après les discours, les dignitaires présents à la cérémonie ont été présentés au ministre de la République Française qui, en quittant l'ancien château royal, a été acclamé avec enthousiasme par la foule.

Le soir, une représentation de gala a été donnée au Théâtre National en l'honneur du représentant de la République Française. Pour cette occasion, la direction a choisi Louise, de Gustave Charpentier, l'opéra qui, depuis longtemps, est devenu l'une des œuvres plus admirées et des plus populaires du répertoire de l'Opéra de Prague. Quand M. Clément-Simon a apparu dans sa loge, l'orchestre a entonné la Marseillaise. Le public a réservé un accueil enthousiaste au ministre de France.

La Bohême a fêté l'anniversaire de M. Ernest Denis.

Le soixante-dixième anniversaire de la naissance de M. Ernest Dents, professeur à la Sorbonne, a été célébré avec enthousiasme par toute la presse des Pays Tchécoslovaques. Des télégrammes de félicitations ont été envoyés par le président du Conseil, M. Kramâr, au nom du gouvernement de la République Tchécoslovaque, par le Conseil National Tchécoslovaque et par l'Association des gens de lettres. Le professeur Van cura, traducteur en tchèque des ouvrages de M. Denis, a proposé la création d'un fonds destiné à des travaux scientifiques, qui sera appelé « Fonds Denis ». Cette proposition a été accueillie avec enthousiasme, par tout le public tchécoslovaque.

La politique étrangère de la France et les Tchécoslovaques.

A la mémorable séance de la Chambre des Députés du 29 décembre, M. Stephen Pichon, ministre des Affaires étrangères, a prononcé un discours de toute première importance sur les problèmes qui préoccupent la politique étrangère de la France à la veille d'une réorganisation complète de l'Europe. C'est avec une satisfaction profonde que nous avons entendu quelle importance le Gouvernement de la République attache à notre question et aux faits d'armes de nos troupes et combien il apprécie notre part dans la lutte menée par toute notre nation à côté de la France contre les Allemands et les Magyars.

« La disparition de l'Autriche, a dit M. le Ministre des Affaires étrangères, pose des questions dont l'importance n'échappe à personne. Il faut les envisager dans toute leur portée qui est grande, sans pourtant les exagérer.

La fin de la double monarchie a été telle qu'elle dépasse toutes les prévisions, mais l'empire des Habsbourg a mérité son destin.

Pendant dix ans l'Autriche-Hongrie a été la puissance la plus dangereuse pour la paix de l'Europe. Elle a failli provoquer la guerre en 1908 au moment de l'annexion de la Bosnie-Herzégovine et c'est peut-être l'intervention de la France qui l'a principalement empêchée. Elle a tenté en 1913 de faire naître la guerre des complications balkaniques et c'était chose faite sans la loyauté et la volonté pacifique de l'Italie. Elle a fini par déterminer la guerre en 1914 après l'assassinat de Sarajevo sur lequel plane encore tant de mystère. Elle a été, pendant toute la durée de cette guerre, la complice principale de l'Allemagne dont elle a servi la cause criminelle avec une docilité sans borne par l'emploi de toutes ses forces et de toutes ses ressources sur tout l'ensemble des champs de bataille.

Ne la plaignons pas. Ceux-là même qui croyaient à l'utilité de son existence comme contrepoids et à qui a été prouvée par des faits la vanité de cette conception théorique ne regretteront pas son effondrement.

De l'ancienne Autriche ne subsisteront sans doute qu'une faible partie allemande et une Hongrie purement magyare.

Il en sortira, par contre, des nationalités pleines de vie qai seront nos amies et nos alliées, la Bohême, la Yougoslavie (Applaudissements), tandis que les parties autrichiennes de l'ancienne Pologne rejoindront, comme les parties allemandes du même royaume, le nouvel État polonais à la résurrection duquel se sont voués, d'un commun accord, tous les alliés. (Applaudissements.)

Nous avons le droit de dire que c'est nous qui, les premiers, avons travaillé à cette résurrection.

C'est nous qui, les premiers, avons reconnu le gouvernement tchécoslovaque, le gouvernement de Masaryk, de Kramâf, de Stefânik et de Benes. C'est nous qui avons appelé leurs membres à nos délibérations.

C'est nous qui avons créé l'armée tchécoslovaque, aussi est-ce aux accents de la Marseillaise que le gouvernement de la république tchèque vient de faire son entrée à Prague, accompagné du représentant de la France, le seul des représentants étrangers.

Je suis heureux de donner lecture à cette tribune du discours qui a été prononcé à l'adresse du représentant français, M. Clément Simon, par M. Kramâf, président du Conseil des ministres de la République tchécoslovaque.

Le voici:

« Monsieur le Ministre de France, au nom du Gouvernement de la République tchécoslovaque, je vous salue dans notre capitale; vous arrivez chez nous comme le premier représentant d'une grande puissance et nous sommes heureux que ce soit la France qui vienne la première nous dire qu'elle nous regarde comme un État consolidé, digne de toutes les prérogatives des États définitivement établis. Nous ne sommes du reste pas surpris que ce soit la France qui vienne la première chez nous. Depuis le commencement de la guerre, elle nous a donné tant de preuves d'une sympathie profonde et chaleureuse! Elle sentait bien que dans cette Autriche-Hongrie elle avait de sincères amis : les Tchéco-Slovaques et les Yougo-Slaves pour qui la France était encore et toujours le symbole du droit et de la liberté. Comme nous avons tremblé pour la France dans les heures tristes et sombres! Et comme nos cœurs criaient de joie quand vos armées ont commencé la marche victorieuse contre l'ennemi commun. Nous avons toujours aimé la France du même amour, dans les jours de malheur comme dans les heures de la victoire et jamais nous ne l'avons admirée si profondément que dans la noble fierté qu'elle a gardée dans les minutes les plus sombres de son histoire. Je ne peux pas vous exprimer combien nous vous aimons et combien nous vous sommes reconnaissants pour tous les sacrifices que vous avez faits, pour tout le sang versé afin de délivrer le monde entier du joug de la force brutale et du militarisme prussien, nous vous garderons toujours un amour profond et nous vous resterons toujours fidèles, à vous et à vos alliés; et nous vous promettons que nous tiendrons ferme

la position exposée que vous nous avez confiée, vous connaissez mieux que les autres l'héroïsme dont le Tchécoslovaque est capable quand il défend son pays et sa liberté. Je vous prie, monsieur le ministre, d'être l'interprète de ces sentiments de notre peuple auprès de votre gouvernement et de dire à la France belle et joyeuse, comme nous l'aimons et comme nous voudrions lui prouver toute notre reconnaissance et toute notre fidélité. » {Vifs applaudissements unanimes et prolongés.)

Voici maintenant que les Yougoslaves se sont mis d'accord sous l'égide de nos alliés serbes et de la dynastie Karageorgevitch.

Bohême, Pologne, Yougoslavie, trois États qui apporteront à la coalition des peuples slaves et aussi à la France un appoint particulièrement considérable de force et des garanties nouvelles de sécurité. (Applaudissements.)

Reste la question des Allemands d'Autriche. Elle est sérieuse, mais elle ne doit pas nous effrayer.

Il ya des moyens, à notre connaissance, de la résoudre de telle manière qu'elle n'offre pas à nos ennemis les compensations et les ressources qu'ils se plaisent à en espérer. En réglant la situation nouvelle de l'Allemagne et des débris de l'Autriche, il dépendra des alliés de prendre des dispositions qui, en réduisant strictement la force allemande à ce qu'elle doit être, lui ôteront la possibilité de retrouver, du côté des populations autrichiennes restées en dehors de la Tchécoslavie, de la Pologne et de la Yougoslavie, ce qu'elle aura irrévocablement perdu par la consécration de notre victoire dans tous les ordres d'idées qu'elle comporte.

Il faudra pour cela, en premier lieu, que cette victoire se traduise par toutes ses justes conséquences et par l'exercice des droits qu'elle nous donne sur les vaincus pour leur enlever la possibilité de remettre en péril la sécurité et la liberté du monde. (A pplaudissements.)

Dans son analyse de la situation en Russie, M. Stephen Pichon a eu l'occasion de parler à plusieurs reprises des troupes tchécoslovaques qui furent les premières à combattre l'infiltration allemande et la mainmise de l'Allemagne sur la Russie. Une des raisons de l'envoi des troupes alliées à Arkhangel, à Mourmansk et en Sibérie était d'après le ministre: « de sauver les Tchécoslovaques, nos alliés, menacés de destruction par les Allemands et les bolcheviks ». Revenant en détail sur les opérations militaires, M. Pichon a continué: « En Sibérie, le général Janin exerce à l'ouest du Baïkal le commandement des troupes tchèques et alliées. Nous avons détruit l'armée des prisonniers austro-allemands et des bolcheviks, qui tenait le fleuve Amour

sur toute sa longueur et coupait le transsibérien. La jonction des Tchécoslovaques tflrkutsk avec ceux de Vladivostok, la destruction des contingents ennemis sur la ligne de FOssozri, le refoulement vers le nord de tous les détachements de prisonniers armés ont nettoyé complètement le transsibérien depuis l'Oural. Ces opérations ont à leur tour permis de renforcer le front de l'Oural et d'en empêcher la rupture ou un recul trop accentué ». Le ministre a enfin reparlé des Tchécoslovaques à propos du rapport d'un des principaux agents français en Russie, rapport qui exposait la situation créée par le coup d'État bolchéviste. On y lit entre autres:

« De nombreux Français et Anglais sont emprisonnés et maltraités; nos alliés, les Polonais, Serbes, Yougoslaves sont persécutés, emprisonnés, fusillés, nos alliés tchèques ont été attaqués sans provocation avec l'aide de recrues allemandes et magyares et leurs parlementaires tués sur l'ordre des autorités soviétiques. »

Les Allemands des Pays Tchécoslovaques prisoeniers en Italie entrent dans l'Armée tchécoslovaque.

Les Allemands originaires de la Bohême et de la Moravie, faits prisonniers par les Italiens, se sont joints à l'Armée tchécoslovaque en Italie. Une première compagnie a été formée à Foligno. La langue de service est l'allemand.

Les écoles supérieures allemandes de Prague.

Le recteur de l'Ecole Polytechnique de Prague a fait la déclaration suivante:

« Pour des raisons évidentes, le recteur de l'Ecole Polytechnique Allemande à Prague est tout à fait étranger aux déclarations de la presse viennoise demandant le transfert de l'Ecole Polytechnique de Prague dans une ville allemande; c'est surtout à cause de nombreux étudiants qui rentrent actuellement du front et auxquels il faut assurer la marche régulière de l'enseignement. Le corps enseignant de l'Ecole Polytechnique ne s'est pas prononcé non plus dans la question du transfert. »

Notons que Prague compte parmi plus de 600.000 habitants seulement 17.000 Allemands, donc une minorité insignifiante. Pourtant cette minorité possède une Ecole Polytechnique, une Université et deux Théâtres qui ne sont nullement pas molestés dans l'accomplissement de leur tâche. La résolution de rester à Prague est la meilleure preuve.

Les Allemands craignent les Tchécoslovaques, mais Us font de l'œil aux Polonais et aux Magyars.

L'économiste de la Zeit de Vienne écrit, en date du 1er décembre, dans un article intitulé « Nos rapports économiques futurs », ce qui suit :

« Il paraît que de tous les États naissant sur les ruines de l'ancienne monarchie, la République tchécoslovaque sera la seule à laquelle seront épargnées les douleurs de l'enfantement. Armée et équipée, elle est sortie du chaos universel avec une rapidité désagréable (tiens!) et peut déjà envisager la réalisation de ses plans, pendant que nous n'avons même pas le temps de ncus occuper du strict nécessaire. Et les plans des Tchécoslovaques ne sont pas petits. Ils veulent couper l'Autriche allemande de la communication mondiale et nous enlever les derniers avantages de notre position géographique. Avant tout, les communications de l'Occident avec l'Orient ne doivent pas passer par Vienne; à cet effet, un élargissement grandiose est prévu pour la ligne Pferov- Olomouc-Prague, avec des mesures techniques et tarifs réduisant la ligne Pferov-Vienne à l'état d'infériorité. Pour éliminer Vienne du transit Nord-Sud, on commence les travaux pour une ligne de rendement formidable, allant de Uherské Hradîstë (Moravie) par Pressbourg vers la Yougoslavie. Pressbourg aura un port danubien bâti avec de l'argent américain et deviendra un nœud important du canal Elbe-Danube-Oder. Voilà pourquoi les Tchécoslovaques aiment Pressbourg à un tel point qu'ils l'ont rebaptisé la « Ville de Wilson ».

Tandis que chez nous, des dizaines d'années s'écoulent entre un projet et sa réalisation, les Tchèques travaillent avec une vitesse dangereuse. Ils effectuent déjà les travaux de tracé des lignes ferroviaires nouvelles. // faut rendre hommage à cette activité consciente du but et aux capacités techniques et commerciales de la nation tchécoslovaque.

Mais nous devons, si nous ne voulons pas sombrer, nous défendre à temps contre leur impérialisme économique.

Une perspective infiniment plus favorable s'ouvre pour nos rappoits avec les Polonais. Les dernières négociations avec la commission polonaise de liquidation s'effectuèrent d'une façon parfaitement amicale, qu'il se soit agi des questions financières (fournitures de banknotes, fonctionnement de la Caisse d'épargne postale, avances à faire aux chemins de fer, etc.), ou de l'échange des vivres contre des articles industriels (pa-

pier, allumettes, drogues, médicaments, ferraille, acide sulfurique, etc.), on est parvenu à un accord complet sous tous les points de vue.

Entre l'Autriche allemande et la Pologne, il n'existe dès aujourd'hui aucun conflit d'intérêts; et il n'en existera aucun entre l'Allemagne et la Pologne après la solution des questions litigieuses en Posnanie. Au contraire, les Polonais ont un très vif intérêt économique à ce que le chemin par Cracovie, Granica et Oderberg ne soit pas détourné artificiellement de Vienne et de l'Autriche allemande et à ce qu'il ne traverse pas le territoire placé sous la souveraineté tchécoslovaque. Ce que cela signifierait, les Polonais purent clairement s'en rendre compte ces derniers jours où ils durent protester auprès du gouvernement tchèque contre l'arrêt des trains de charbon destinés à l'Autriche allemande. Ils ont toujours été plus coupés de l'ouest par les entraves faites au transit des personnes et des marchandises.

D'ailleurs, beaucoup de Polonais ressentent un certain malaise en voyant que les Tchécoslovaques, qui font aussi en Silésie tchéco-polonaise preuve d'un grand appétit, se considèrent déjà comme la puissance en vedette des Slaves (slawische Vormacht).

On veut attirer les Magyars par l'appât de laisser traverser les communications avec le sud par leur territoire. Mais les Magyars sont de bons commerçants et ils se rendent parfaitement compte que, serrés entre les Slaves du Nord et du Sud, ils n'auraient pas voix au chapitre. Leurs avantages économiques les poussent vers l'Ouest.

Ainsi l'Autriche allemande ne sera pas isolée dans son combat mortel. Seulement, il ne faut pas attendre avec la défense jusqu'au dernier moment. Dès aujourd'hui, il faut oublier la terrible misère actuelle, il faut être sur ses gardes et ouvrir les yeux, pour voir ce qui se passe derrière le rideau de la politique ■économique tchèque. »

FAITS ET INFORMATIONS

Les Tchèques en Angleterre.

La vieille cité historique de Winchester, où fourmillent aujourd'hui nos alliés, a été dernièrement le théâtre d'un des plus surprenants incidents historiques que la ville de Winchester, avec ses mille ans d'existence ait pu imaginer.

Tous les habitants, aussi bien clercs que profanes, s'accordent à reconnaître que cet incident était remarquable et profondément intéressant. Ils n'en ont cependant pas saisi toute l'étrange profondeur et tout le sens merveilleux. Certains disaient que des troupes serbes avaient passé parmi eux; d'autres disaient que c'étaient des troupes croates; peu de gens pourtant, jusqu'à ce jour, savaient que les milliers d'hommes en étrange uniforme, aux drapeaux déchirés par la guerre, qui passaient d'une allure lente en chantant des mélodies merveilleuses, pour se rendre à la grande cathédrale, étaient des Tchèques.

Ces hommes aux visages sérieux et intelligents remplissaient la nef de la cathédrale. Ils avaient demandé l'autorisation d'assisté au service et d'y chanter. Lorsque le cantique fut terminé, le clergé de la cathédrale suspendit le service, les Tchèques, avec un ensemble splendide et une étrange délicatesse de nuances, se mirent à chanter dans leur propre langue une adaptation de notre hymne national puis leur propre hymne national, Où est ma patrie? Le maître chantre de la cathédrale disait qu'ils n'ont, à cette occasion, chanté que deux choses, mais d'une façon qui lui a causé une grande impression, vu leur expression musicale. Ils sont cependant revenus et ils ont chanté d'autres compositions avec force et puissance, mais personne à Winchester ne savait ce qu'ils avaient chanté. Ils portaient leurs drapeaux, des drapeaux noirs étranges ornés d'un calice rouge.

Après avoir chanté, ils parcoururent la cathédrale, et le maître chantre fut très touché de leur respect. Ils mettaient, en particulier, tous leurs soins à éviter de marcher sur les tombes, si nombreuses sous le sol de la cathédrale, et, lorsqu'ils quittèrent la cathédrale, ils se retirèrent silencieusement et respectueusement. Ils ne savaient pas plus eux-mêmes que les gens de Winchester à quel étrange incident historique ils donnaient lieu.

Les chants qu'ils avaient entonnés avec tant de force d'expression, étaient les chants de guerre des Hussites (des Wiclifites, comme ils s'appelaient eux-mêmes). Ils portaient un calice sur leurs étendards, et chacun d'eux portait aussi le même calice sur ses épaulettes. Le calice représentant le droit pour lequel leurs ancêtres avaient lutté, le droit de communier sous les deux espèces.

Dans cette vieille et glorieuse cathédrale, dans le chœur, audessus de la tombe où repose son corps, se dresse, dans tous ses atours, le cardinal Henry Beaufort, vêtu de pourpre, le chapeau rouge sur la tête.

C'est ce belliqueux cardinal, fils de Jean de Gaunt, qui, comme légat du pape, avait été chargé d'organiser, avec l'Allemagne, une croisade contre ces mêmes Tchèques, ces Hussites dont les puissants soldats, dans leurs chars de combat, avaient poursuivi les Allemands défaits jusqu'aux portes de Berlin et aux rivages de la Baltique.

Il y a cinq cents ans, en 1427, ils avaient si bien, par leurs luttes acharnées, le bruit de leurs chars et leurs chants de triomphe, paralysé les Allemands, que le cardinal Henry, au milieu de ses croisés, avait été obligé de sortir de sa tente, de brandir l'étendard pontifical et d'encourager les Allemands à se montrer des hommes. Ils les avait ralliés, mais en vain. Il fut lui-même obligé de fuir et eut peine à sauver sa propre vie.

Et maintenant, au bout de cinq cents ans, ces Tchèques remplissent la nef de sa cathédrale, portant le vieil emblème du calice et entonnant le vieux chant :

Vous qui êtes les champions de Dieu, Combattant par son ordre,

dans cette nouvelle croisade contre les Allemands, où toute l'humanité est avec eux et est d'accord pour que la puissance des Allemands soit écrasée pour toujours.

James Baker, de la Royal Hist, Soc.

Comment on aime la France ?

Discours prononcé par M. Gaston Bonnier, de l'Institut, à la Conférence franco-roumaine qui s'est tenue au Bureau de la Presse Roumaine, à Paris, le lw décembre 1918:

La France veut-elle savoir comment on l'aime?

Qu'elle effeuille la Marguerite dont les fleurons sont les nations du monde.

« Un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout ». « Pas du tout » ? Nous savons quels sont les noms des quatre fleurons qui répondent ainsi? N'en parlons pas. La France vient de les jeter sur le sol et de les écraser.

« Un peu » ? Ce sont encore quelques fleurons qui donneront cette réponse. Inutile de nommer ces neutres qui, par impuissance ou couardise, n'ont pas voulu prendre leur place dans la phalange combattant pour la Liberté du monde.

« Beaucoup »? Ainsi psrlent presque tous les fleurons de la Marguerite internationale. Toutes ces nations aiment « beaucoup n la France, et sont venues lutter à ses côtés. C'est pour la France qu'elles ont donné le meilleur de leur sang, ce sang mêlé au nôtre, et d'où est sortie la Victoire.

Mais il y a deux fleurons de la Marguerite qui répondent « Passionnément ». C'est le fleuron roumain et c'est le fleuron tchécoslovaque.

Combien de Français n'ont jamais été en Roumanie, et surtout en pays tchécoslovaques.

Qu'un de ces Français s'y rende maintenant, il verra avec quelle affection, avec quelle allégresse on lui tendra les bras. Et non parce que son pays est victorieux, car après 1871 et jusqu'avant la Grande Guerre il aurait été reçu avec la même affection et la même joie — mais uniquement parce qu'il est Français.

Si l'un de nos compatriotes a déjà été reçu dans une demeure de Moldavie, de Valachte ou de Transylvanie, dans une demeure de Bohême ou de Moravie, que trouvera-t-il de changé maintenant? Rien dans les cœurs. Quelque chose dans le décor du salon: à côté des portraits de Gambetta, de Thiers, de Victor-Hugo, il verra qu'on a placé ceux de JOFFRE et de POINCARÉ; il verra qu'on y ajoute aujourd'hui ceux de FOCH et de CLEMENCEAU.

OUI, les Roumains et les Tchèques aiment passionnément la France. Eux aussi ont mêlé leur sang au nôtre dans la grande lutte; mais, comprenons-nous bien, nous ne leur devons aucune

reconnaissance en les voyant se battre à nos côtés, ceux-là nous les avons reconnus tout de suite, c'étaient nos frères. Et si ce ne sont pas les « Français de France », c'est peut-être plus, ce sont

Or, les deux nations, Tune de race latine, l'autre de race celles « Français du cœur ».

tique et slave, n'auraient-elles de commun que cet amour pour la France? Ont-elles de la sympathie l'une pour l'autre? Se connaissent-elles bien?

Je n'hésite pas à répondre, parce que je le sais de source sûre: oui, les Tchèques et les Roumains sympathisent dans des sentiments et des intérêts communs. Je n'hésite pas non plus à répondre: non, ils ne se connaissent pas assez.

Que deviendront ces deux libres Nations au moment de la paix prochain? Entourées chacune, sur les trois quarts de leurs frontières, par des ennemis irréductibles, comment pourront-elles communiquer entre elles?

Les diplomates ont parlé d'une sorte de couloir magyar qui, dans la région du Tatra des Carpathes, les séparerait à jamais l'une de l'autre.

Il faut repousser cette idée avec horreur. C'est le contraire qu'il faut obtenir comme résultat du triomphe commun.

La « Plus Grande Bohême » s'avance vers le Sud-Est par la Moldavie et la Slovaquie.

La « Plus Grande Roumanie » s'avance à sa rencontre vers le Nord-Ouest.

Il faut, laissant les ennemis Magyars au Sud et les amis Polonais au Nord, les réunir par cette région, d'ailleurs peuplée de Slovaques et de Roumains, par cette région qu'on désignait pour les séparer.

Il faut que la Bohême et la Roumanie puissent se donner la main dans cette belle contrée, sur le fleuve des Carpathes, dans ces prairies délicieuses toutes fleuries, où s'épanouissent en grande masse, aux couleurs des étendards tchèques et transylvains, toutes ces fleurs variées, les mêmes que celles de nos Algues de France.

La Gérant : i» Mathieu.

Imprimerie Slave, 182, rue du Faubourg-Saiiit-Martin, Paris.

La NationTchèque

Revue mensuelle

4e ANNÉE. 15 MARS-15 .#RIL 1919 N08 18-20

Dr Edouard Benes.

Le problème de la Silésie de Teschen.

Nous exposons plus loin le problème de la Silésie de Teschen. Nous l'exposons impartialement, objectivement, nous basant sur les réalités politiques et économiques. Nous refusons a priori d'admettre les considérations ethnographiques des Polonais pour une raison très simple. Les Polonais invoquent contre nous les arguments ethnographiques qu'ils ne reconnaissent pas vis-à-vis de leurs autres voisins, vis-à-vis des Ukrainiens et des Russes. Si les raisons ethnographiques ne sont pas valables pour eux dans plusieurs autres problèmes, pourquoi auraient-elles tout d'un coup une valeur toute particulière dans le problème spécial infiniment moins important qu'est celui de la Silésie de Teschen? Nous refusons de la même façon d'admettre leurs arguments -historiques disant que la Silésie de Teschen doit être attribuée à la Pologne, parce qu'elle appartenait avant le quatorzième siècle aux Polonais. Celui qui tenait le pays pendant les six derniers siècles et qui a créé ainsi une communauté de

vie avec des bases excessivement profondes peut, à juste titre, faire prévaloir ses arguments historiques: c'est la République tchécoslovaque qui se trouve dans ce cas-là.

Nous invoquons pour la Silésie de Teschen les mêmes raisons que les Polonais invoquent par exemple pour recevoir la ville de Dantzig; par conséquent le jour où les Polonais rejettent notre revendication, en contestant la valeur de nos" arguments économiques, leur propre argumentation au sujet des problèmes, pour eux infiniment plus importants, s'écroule complètement.

En posant ainsi le problème de la Silésie de Teschen, nous sommes convaincus que nous défendons notre bon droit. Jusqu'à présent, nous nous sommes abstenus de toute propagande et surtout de toute action qui pourrait être hostile envers les Polonais. Les Polonais ne se sont pas conduits de la même façon. Nous en parlerons encore plus loin.

Ainsi le problème de la Silésie de Teschen est la seule question qui nous divise, nous et les Polonais. Nous avons toujours défendu la thèse soutenant que nous devrons nous mettre d'accord nous-mêmes sur cette question sans la poser devant la Conférence. Certaines actions des Polonais, précipitées et pas toujours loyales, ont empêché cette procédure. La question a été soumise à la Conférence. Cela a provoqué un conflit douloureux que nous regrettons énormément et qui avait été envenimé encore par tout ce qui s'était passé postérieurement. Nous voulons examiner le problème devant nos lecteurs, tout d'abord objectivement et sans toucher son côté douloureux ; nous allons ensuite expliquer les différentes péripéties du conflit.

Le conflit tchéco-polonais.

Page 1