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LA SITUATION FINANCIÈRE

DE L'AUTRICHEHONGRIE

Jamais l'Autriche Hongrie n'a cherché à remédier au peu de bieti être de ses habitants; jamais elle n'a essayé de restreindre ses dépenses. Les deux Etats de la monarchie ont rivalisé de zèle pour les armements sur terreet sur mer, sans tenir aucun compte de l'influence que ces dépenses auraient sur les finances. Le budget de l'Autriche, pour 19141915, avait été fixé, longtemps avant la guerre, à 3.500 millions de couronnes, soit environ 3.700 millions de francs ; le budget de la Hongrie, pour la même année, s'élevait à près de 2.500 millions de couronnes, environ 2.600 millions de francs. La monarchie prévoyait donc, 6.000 niiilions de couronnes de dépenses, soit 6.3-33 milliuns de francs. Ces dépenses sont beaucoup plus élevées que celles de la riclie Grande-Bretagne, dépenses qui s'élevaient — pour le même temps — à un peu plus de 200 millions de livres sterlings, soit à 5.000 millions de francs. Elles étaient également supérieures à celles de la France, où les dépenses furent à peine de i.OOO millions de francs.

D'après ces chiffres, les dépenses de l'Etat, réparties entre les habitants, seraient par personne : en Autriche- Hongrie, d'environ 123 francs ; en France, de 120 francs; en .'Vngleterre et Irlande, de 110 francs. Les charges de l'Etat dans l'Autriche Hongrie pauvre furent donc — par habitant — sensiblement plus lourdes que dans la riche France, bien plus lourdes que dans l'Angleterre plus riche encore.

Au.x dépenses d'Etat, il faut encore ajouter, en Autriche- Hongrie, de nombreuses autres charges qui pèsent durement sur l'habitant ; parmi ces dernières sont les impôts régionaux, en général très élevés : impôts territoriaux spéciaux, impôts de district, impôts communaux, impôts paroissiaux et autres. L'Etat et les communes n'ont jamais pu faire face à ces énormes charges par des moyens réguliers ; il a été nécessaire de contracter dettes sur dettes : dettes d'Etat, fortes dettes teriitoriales et communales.

Avant la guerre déjà, la monarchie était accablée de dettes énormes, dont les intérêts menaçaient sans cesse l'équilibre du budget. Les marchés faits par l'Etat, ainsi que les autres dépenses publiques, furent, pendant les deiniers temps, couverts par de nouveaux emprunts. Ainsi les relevés officiels soumis aux Chambres prouvent que dans l'espace de sept années, depuis 1907, l'Autriche- Hongrie a emprunté 4.500 millions de couronnes, plus de 4.700 millions de francs, pour couvrir le déficit de l'Etat. 11 manquait annuellement plus de 640 millions de couronnes pour les dépenses courantes; le déficit annuel se montait donc environ à 675 millions de francs. Ilnest pas étonnant que les dettes de l'Autriche-Hongrie aient atteint un total énorme. Avant' la guerre, elles étaient, en chiffres ronds : de plus de 12.000 millions de couronnes pour l'Autriche ; de plus de y. 000 millions de couronnes pour la Hongrie ; soit 21 .000 millions de couronnes pour la monarchie. Par suite de la guerre, les dettes augmentent sans mesure. On compte que les frais de guerre journaliers sont de 30 à 40 000. OUO. Les dépenses annuelles pour la guerre seraient ainsi d'envi-

ron 11 ou 14.000 millions de couronnes. Il faut ajouter à cela un grand déficit dans les recettes de l'Etat, les impôts, les recettes des chemins de fer de l'Etat, ainsi que les immenses dommages causés par les circonstances actuelles, dommages que l'Etat devra plus tard réparer.

Ainsi donc, si la guerre dure plus d'une année, les dettes d'Etat seront certainement pour le moins doublées ; les intérêts des dettes qui se montaient, avant la guerre, à environ 900 millions de francs, s'élèveront — vu l'augmentation du taux — à 2.000 millions de francs, au moins.

Cette somme formidable d'intérêts à acquitter, jointe aux autres dépenses de 1 Etat causées par la guerre, imposera de lourdes charges à la population. Une question se pose : les intérêts des dettes d'Etat de la monarchie (dettes qui atteindront — si même elles ne dépassent ce chiffre t- 45 milliards de francs) pourront-ils être régulièrement payés et, avec une pareille charge, l'équilibre du budget pourra-t-il jamais être rétabli'.'

Pour juger de l'augmeutation des dépenses de l'J'itat en Autriche (il en est sans doute de môme en Hongrie) pendant les vingt dernières années, nous donnons l'aperçu suivant où sont comptées intégralement toutes les dépenses de l'empire :

EnlH!».". 1002 1907 l'.iîl 1014-1915 1..ÏW.O00.O00 1.715. OUO. 000 1.8'Jl .000.000 2. 88';;. OUO. 000 3. 500.000. 000

L'augmentation des dépenses de l'Autriche peut être représentée approximativement par les chiffres suivants :

Il est certain qu'après la guerre les dépenses de l'Etat auront plus que triplé ; elles dépasseront de beaucoup 4 milliards de couronnes. A raison de 29.000.000 d'habitants (vu les grandes pertes subies), la part de chaque habitant — pour les seules dépenses d'Etat — serait, annuellement, au moins de 150 francs, soit, pour une famille de cinq membres, 750 francs; — et cette famille serait encore chargée d'autres dépenses publiques énormes, territoriales, de district, communales et autres dépenses régionales. 'Vu la pauvreté relative de la population, on peut croire qu'elle sera incapable de supporter ces énormes charges.

Les malheureux habitants de l'Autriche sont déjà écrasés d'impôts : il est facile de s'en rendre compte d'après les droits de douane, les contributions indirectes et les impôts directs. La douane, avant la guerre, rapportait en moyenne plus de 200 millions de couronnes par an ; les bénéfices nets de l'impôt sur le tabac étaient d'environ 250.000.000; l'impôt sur le sucre atteignait 165.000.000; l'impôt sur l'alcool, 135.000.000; l'impôt sur la bière, 80.000.000; l'impôt sur le sel, ;^2. 000.000 ; l'impôt sur le pétrole, 26.000.000; l'impôt sur la viande, 20.000.000; l'impôt sur le vin, 15.000.000. L'octroi rapportait environ 7.000.000. En ajoutant encore quelques menus impôts, on arrivait au total annuel de 935.000.000 pour l'Etat Cela représente en moyenne, par habitant, une charge d'environ 32 couronnes, laquelle pesait même sur le plus pauvre des citoyens.

Les plus lourdes des contributions directes sont les impôts sur les loyers (impôts communaux ). Dans les villes, ces impôts s'élèvent à la moitié, quelque/ois plus, du prix

total du loyer. Si donc une famille de pauvres gens habitant la ville paie un loyer annuel de trois cents couronnes pour un très misérable abri, on peut compter que la moitié de cette somme, soit 150 couronnes, représente l'impôt — ce qui est vraiment scandaleux. Nulle part ailleurs, on ne connaît de pareilles charges 1

Le commerce et l'industrie, ainsi que les petits métiers, sont également écrasés d'impôts qui rendent presqu'impossible la lutte contre la concurrence étrangère; ce qui explique le médiocre développement du commerce extérieur de l'Autriche-Hongrie pendant les dix dernières années. Non seulement, les intérêts des dettes à l'étranger ne peuvent pas être couverts par l'excédent de l'exportation sur l'importation, mais les dettes môme de l'Empire à l'étranger^grossissent de plus en plus, comme le prouvent les différents emprunts extérieurs contractés en temps de paix.

Ces dettes s accroîtront encore forcément, et de façon démesurée, lorsqu'il faudra liquider les dettes et réparer les divers dommages de la guerre, ce qu'il sera impossible de faire par les seuls moyens du capital indigène. L'aide du capital étranger sera surtout nécessaire pour retirer de la circulation la quantité de papier-monnaie émise par les deux pays de la monarchie pour se procurer ainsi le moyen de poursuivre une guerre accablante. Si la solvabilité de l'Autriche-Hongrie ne doit pas tomber jusqu'à une nonvaleur absolue, telle que le papier-monnaie ne soit plus coté, il sera nécessaire d'avoir recours sur une grande échelle à des emprunts extérieurs. Plus de 10 milliards de couronnes, soit 11 milliards de francs de billets de banque, sont actuellement en cours, couverts par un très petit pourcentage d'or.

Les Tchèques et la guerre

Avant la Guerre

Ce n'est que lorsque le cataclysme actuel aura pris fin et que tous les détails de ses diverses phases seront connus, qu'on pourra juger impartialement le rôle qu'ont joué les petites nations dans la guerre européenne. Les unes, comme la Serbie et la Belgique, apparaîtront couvertes de gloire pour avoir défendu héroïquement, en dépit de la supériorité numérique écrasante de l'adversaire, leur indépendance et leur honneur national; d'autres resteront à jamais flétries comme traîtres à leur race, à leur histoire, à l'idéal de leurs aïeux. D'autres, enfin, verront rendre justice aux efforts qu'ils ont faits pour soutenir la cause du droit et de la civilisation, et reconnaître les obstacles insurmontables qui les ont empêchés de participer, dans la mesure où ils le désiraient, à la lutte contre la tyrannie germanique. C'est le cas des Tchèques.

Au début des hostilités, il y eut, de part et d'autre, une déception commune de ne pas voir se produire les troubles intérieurs, les mutineries, les révolutions même escomptés dans les différents Etats belligérants. Les Alliés, en

particulier, s'attendaient à une révolte des populations slaves de l'Autriche-fiongrie, et furent extrêmement surpris de l'inertie apparente des frères de race des Russes. Aujourd'hui, la lenteur avec laquelle l'Italie s'est décidée à prendre part au conflit, les hésitations, les trahisons des peuples balkaniques font mieux comprendre à nos agiis de l'Europe occidentale, les difficultés de la situation des peuples slaves de l'Autriche et la valeur des efforts qu'ils ont tentés pour paralyser les ennemis de la Triple-Entente. Examinons plus particulièrement la conduite des Tchèques, ce qu'ils ont fait, ce qu'il leur reste à faire.

La guerre a surpris la nation tchèque qui ne l'avait pas prévue. Sauf quelques hommes politiques avisés, mis en éveil par le coup de force de l'annexion de la Bosnie-Herzégovine, personne, en Bohème, n'avait su discerner les dangers de la voie où s'engageait le gouvernement de Vienne. On ne pouvait croire qu'une Autriche divisée, sans cohésion, en proie à d'inquiétantes difficultés financières, osât se lancer dans une aventure aussi aléatoire qu'une guerre européenne. Les événements ont montré que cette conception était fausse, mais nous pouvons dire, pour notre défense, qu'elle a été partagée par bien d'autres peuples et par des diplomates qui passaient pour les plus clairvoyants de l'Europe. Les Tchèques ne jetaient donc, en général, que des regards indifférents sur la politique extérieure de l'Empire, et réservaient toute leur attention pour les luttes intérieures, luttes de nationalités contre nationalités, et luttes internes dans les partis nationaux.

Ce désintéressement de la politique extérieure, en Bohème, est d'ailleurs fort compréhensible. La diplomatie est en Autriche le domaine exclusif de l'aristocratie ; aucun Tchèque n'a jamais pu faire partie du corps diplomatique autrichien, et les places les plus subalternes des consulats leur sont fermées. D'autre part, les ministres n'étant responsables qu'envers le monarque et ne pouvant être mis en échec par les chambres, le peuple finit par ne plus accorder aucune attention à des questions sur lesquelles on lui refuse systématiquement tout renseignement et qui échappent totalement à son contrôle; il les considère comme faisant partie des affaires psivées de la cour, auxquelles personne n'a le droit de se mêler.

Traités en parias depuis des siècles, nous étions absorbés dans le combat pour les droits les plus élémentaires des citoyens, et nous considérions comme du temps et des efforts gaspillés l'étude approfondie d'affaires qui, même dans les pays démocratiques, restent trop souvent l'apanage d'une classe privilégiée. Nous nous confinions dans nos luttes nationales pour les droits de langue et d'écoles. Nous n'apercevions que l'ennemi direct, immédiat, l'Allemand implanté en Bohême, et nous fermions trop les yeux sur l'origine de sa force, sur les instigateurs de son esprit de domination, sur les ambitions de ceux dont il n'était qu'un instrument docile. Nous ne comprenions pas assez que toutes les concessions que nous visions à arracher au gouvernement viennois par des efforts tenaces et incessants pouvaient être annihilées d'un seul coup par une guerre établissant définitivement la suprématie germanique sur l'Europe; et, qu'au contraire, une victoire des adversaires du despotisme teuton, pouvait en un jour réaliser complètement des aspirations qui demanderaient autrement des

siècles de luttes acharnées pour être satisfaites. Notre politique nationale ne cessait de passer d'une crise à l'autre, et nous ne pouvions réussir à préciser notre attitude à l'égard du gouvernennenl autrichien. Depuis 1848, nos hommes politiques ctieiohHient en vain une formule intangible pour servir de base à leur programme et à leuraction. Ils sont toujours restés hésitants entre un programme conciliant les espérances d'avenir du peuple tchèque avec l'existence d'une monarchie austro-hongroise, et une ligne de conduite nettement hostile au gouvernement des Habsbôurgs. Divisés par des querelles intestines, énervés par de violentes luttes de partis, les Tchèques et les Slovaques, depuis plus d'un demi-siècle^qu'ils se sont éveillés à la vie politique, n'ont pas su préparer suffisamment la voie à un affranchissement intégral et définitif. Absorbés dans leurs combats en faveur de droits particuliers, ils n'ont pas visé assez haut. La tâche d'ailleurs était difficile. Eloignés du pouvoir, mis à l'écart du corps diplomatique et consulaire, ils ne pouvaient qu'exceptionnellement nouer des relations avec le^ hommes d'Elnt des nations auxquelles les reliait une communauté de race ou d'intérêts. Ils n'étaient au courant ni des habitudes, ni des traditions, ni des préventions de la diplomatie européenne. Ils ne reconnaissaient dans la politique extérieure d'aucun grand peuple ami une fixité dans les desseins, la volonté inflexible d'arriver à un but immuable, qui pût leur servir d'appui pour entamer la lutte contre l'Autriche en vue de l'indépendance absolue. Certes, la sympathie était chaude et vivace pour la Russie, mais c'était affaire de sentiment; ce n'était point une doctrine suffisamment concrète pour coordonner les énergies du peuple. Nous ne regardions jamais systématiquement en dehors des frontières pour y trouver des encouragements, comme les pangermanistes aulrichiens. Nous nous sentions isolés, il nous semblait que personne au dehors ne s'intéressait assez à notre sort pour tendre jamais vers nous une main puissante, capable d'assurer la réalisalion d'espérances qui paraissaient presqu'irréalisables. D'où l'incertitude de notre politique générale. Tous les partis étaient d'instinct contre l'Autriche réactionnaire, bureaucratique, absolutiste et germanisatrice; ils étaient d'accord pour stigmatiser les procédés du gouvernement viennois, la perfidie avec laquelle il semait partout la discorde, suivant sa maxime : Divide et impera, son emploi systématique de la corruption et du mensonge; mais ils ne pouvaient s'entendre sur une ligne de conduite commune pour échiipper à l'emprise de ce pouvoir dissolvant. N'apercevant pas clairement une issue pour sortir d'une situation intolérable, les chefs de parti revenaient toujours à l'idée d'améliorer tout simplement les conditions d'existence du peuple tchèque dans l'édifice même où il était condamné à vivre. Ils dirigeaient l'opinion publique vers la revendication d'une série de droits particuliers, fort intéressants en eux-mêmes, mais dont le nombre et la complexité faisait malheureusement perdre de vue la question essentielle : Ire toujours prêts à profiter de tout événement politique, intérieur ou extérieur, pour rendre sa pleine et entière indépendance au vieux royaume de Bohème. Quelques semaines avant la guerre, les rapports entre la nation tchèque et le' gouvernement de Vienne firent bien l'objet de discussions passionnées en Bohême. Mais, à ce moment

encore, nos compatriotes persistèrent à considérer la question au point de vue trop étroit de la politique intérieure seule. Us arrivèrent ainsi à la veille du cataclysme qui devait bouleverser l'Europe sans avoir envisagé les moyens d'en tirer parti en faveur de leur patiie. Si quelques hommes, qui avaient suivi attentivement l'évolution de la politique autrichienne, ont signalé le danger de ses plans d'expansion, ils furent trop peu nombreux pour influencer l'opinion publique et la préparer suffisamment à la lourde tâche qui allait s'offrir à leurs compatriotes.

D'ailleurs, il faut bien reconnaître, comme nous Te ver rons dans un prochain article, que les événements qui ont précédé immédiatement la déclaration de guerre ne paraissaient pas de nature à favoriser une prochaine modification dans la situation de la Bohême.

Edouard Bielsky.

Une visite à Machar

Un soir du printemps dernier, j'étais assis avec mon ami, le D' Joseph Karasek, dans un petit restaurant de Vienne, non loin du Prater. L'établissement était fréquenté surtout par des Tchèques, et ajrt'ès avoir débattu mille lieux communs, notre conversation revenait toujours au sujet qui nous intéressait le plus : les Tchèques, leur littérature, leur situation politique en Autriche et plus particulièrement à Vienne. Naturellement, nous pariâmes de Machar. u II fautquevous fassiez sa connaissance, médit le D'' Karàsek, il sera heureux de vous voir. »

J. S. Machar est l'un des premiers nomsqui vous deviennent familiers lorsqu'on étudie la littérature tchèque, et l'une des plus pures gloires de la poésie tchèque contemporaine. On peut ne pas accepter ses opinions et ses théories littéraires; on ne peut pas les négliger. Mes relations d'écrivain avec Machar étaient assez vagues. J'avais traduit en anglais quelques-uns de ses poèmes lyriques, plusieurs sonnets, quelques fragments de [)rose et principalement son poème sombre et grandiose « Sur le Golgotha ». 11 m'avait remercié en m'envoyant un respectable paquet de livres, vingt volumes de ses œuvres. Je saisis avec empressement l'occasion de faire personnellement connaissance avec lui.

Le lendemain, le D'' Karâsek et moi, nous nous dirigeâmes vers un bâtiment sur la fai-ade duquel on lisait l'inscription « Bodenkreditanstalt » et qui était situé, si je me rappelle bien, dans la Teinfaltstrasse. Quelle singulière ironie de la destinée d'aller demander « Herr Machar » dans un « Bodenkreditanstalt ». Nous fûmes introduits dans d'imposants bureaux, et le portier alla avertir d llerr Machar n de notre présence.

Nous n'attendîmes pas longtemps. La porte d'un bureau particulier s'ouvrit et il s'avança vers nous. Je reconnus immédiatempnt ses traits si personnels et si caractéristiques qui m'avaient fi app.i sur ses pliologrnphies : son large front, son regard clair et ferme, sa noire moustache tombante ; — tout en lui donnait une impression d'intellectualilé alerte

et vigoureuse. Machar me serra la main d'une étreinte chaude et cordiale, tandis qu'il me fixait avec une expression pleine de sincérité et de sympathie. Je n'étais déjà plus pour lui un jeune étranger quelconque; notre connaissance était faite du premier coup et il m'accordait son amitié.

J'avais apporté quelques-unes de mes traductions qui avaient paru dans « The new Age », une revue anglais, à la rédaction de laquelle j'étais attaché. Il y avait là, par exemple, « Pasije » (la Passion), une satire d'une hardiesse extraordinaire, qui a été interdite en Autriche, bien que ma traduction n'ait soulevé aucune protestation en Angleterre, quand elle fut publiée dans « The new Age ». Il y avait également des vers intitulés « Duma » (Une Rêverie), « Confîteor », un spécimen du pessimisme de Machar au début de sa carrière, et que j'avais fait paraître à l'occasion de son cinquantième anniversaire. " Ce sont les premiers poèmes que j'ai publiés », me dit il, lorsque je les lui montrai.

Mais les bureaux d'une banque viennoise ne sont pas un lieu très propice pour parler poésie, surtout poésie tchèque. — « Inter arma silent Musœ » dit Machar en souriant, et e il me proposa de venir le voira son domicile particulier, le même jour, quelques heures plus tard. A l'heure fixée, je me rendis à Grinzing, le faubourg de Vienne où il habite, et nous reprîmes notre conversation, dans une bibliothèque où se rencontrent des livres de toutes les langues. Machar est un véritable érudit' de 'la littérature internationale, et aucun autre écrivain tchèque ne serait plus qualifié pour donner à ses compatriotes cette histoire générale de la littérature qui leur manque encore.

Les idées que Machar émit sur la poésie furent telles que je les prévoyais d'après son évolution littéraire. Après une première période de mélancolie juvénile représentée par dConfiteor» et des œuvres analogues, qui sont en quelque sorte des échos et des réminiscences du sentimentalisme de Musset et de Heine, il aborde la satire politique et sociale dans des œuvres d'une plus large envergure comme «V Zcifi hellenského slunce» (Au Rayonnement du Soleil hellénique) et » Apostolové» (Les Apôtres). Il y trace de larges fresques des périodes les plus dramatiques de l'histoire. Toutes les petites et mesquines émotions personnelles disparaissent dans la grandeur des luttes, des triomphes, des catastrophes que le poète décrit avec une philosophie pleine de profondeur que rehausse la richesse du coloris et la fermeté des lignes. Je ne fus donc pas surpris de trouver que Machar en est venu à n'accorder que peu d'importance, trop peu suivant moi, à l'expression lyrique de la puie personnalité.

"Nos poètes, me dit-il, se plaignent de ne pas avoir de lecteurs et que leurs vers ne soulèvent aucun intérêt. Comment peuvent-iL~ s'en étonner? Que nous disent-ils ? Que leurs cœurs sont angoisé.= par tel ou tel sentiment, qu'ils se sentent tristes pour telle ou telle cause, qu'au printemps ils éprouvent telles ou telles impressions. Qu'est ce que cela peut nous faire? En quoi cela concerne-t-il l'humanité?» Et il poursuivit, expliquant que le rôle du poète est de sonder l'âme des plus hautes personnalités de l'histoire du monde, et de faire ressortir ainsi l'intensité de vie psychologique à certaines crises glorieuses ou terribles de l'évolution humaine.

Une des réflexions de Machar me frappa et elleestrestée dans ma mémoire. «Ne pen.'^ez vous pas, me demanda-t-ii, que les relations entre l'Angleterre et l'Allemagne deviennent assez tendues»? Ce n'était pas la première fois que j'entendais cette question, et; comme dans les autres cas, je secouais la tête négativemsnt en souriant, bien que je pusse voir que Machar ne partageait pas mon opinion.

C'est la dernière fois que je vis Machar, et trois mois après, le cataclysme européen auquel nous assistons terrifias, commençait.

Paul Selveu.

BIBLIOGRAPHIE

Ahthur Chervin : L'Autriche et la Hongrie de demain. — Berger Levrault, Paris et Nancy, 1915.

Lelivre deM. ArthurChervinsurZ'y4w^r/eAe et la Hongrie de demain est à la fois une œuvre de polémique et de science, d'une polémique très haute et très noble, d'une science très précise et très sûre.

M. Chervin est convaincu, comme tous les esprits éclairés en dehors du bloc Austro-Allemand, que l'Europe nouvelle doit être organisée sur la base du droit des peuples. La phrase qu'il met en épigraphe à son ouvrage est d'une éloquence significative : « Il faut que les nations mutilées se constituent conformément à leur idéal, aux droits de leur Histoire et de leur Race. » Et dès lors, il prévoit que, dans celte Europe rénovée, il n'y aura plus do place pour la monstrueuse bigarrure qui s'appelle encore aujourd'hui Autriche-Hongrie; que les différents peuples qu'elle contient, qu'elle opprime, repi'endront en toute indépendance le cours de leurs destinées historiques.

Mais, — et c'est ici sa grande originalité, — il ne se contente pas de souhaiter et de prédire cet heureux moment. Il entreprend de déterminer, avec plus d'exactitude qu'on ne l'a fait encore, l'importance respective et les relations mutuelles des divers groupes ethniques que renferme l'empire des Habsbourgs. Nul n'était mieux préparé à cette iôche :' ancien président de la Société de Statistique de Paris et delà Société d'Anthropologie, il était parfaitement armé pour étudier ces difficiles problèmes. M. Chervin s'appuie sur le critérium des langues parlées, et en examine la répartition, nonseulement danschacundes(( royaumes», mais dans chacun des comitats ou districts. 11 utilise pour cette étude les données du dénombrement de 1910. sans se dissimuler que les statistiques officielles austro-hongroises sont sujettes à caution : mais comme elles ont dii être faussées dans l'intérêt des oligarchies de "Vienne et de Buda- Pest, et non dans celui des nationalités opprimées, on ne pourrait lui reprocher, tout au plus, que de faire la partie trop belle à ses adversaires en acceptant leurs armes truquées.

Or, mômede cette statistique d'originegermano-inagyare, les résultats sont écrasants pour les Magyars et les Germains. Je ne puis ici énumérer tous les cliilîres fournis par M. Chervin; je m en tiens aux conclusions générales:

-}5,1 "/„ de Slaves, 24,2 »/» d'Allemands, 20,3% de Magyars, 6,0 "/o de Roumains, 1,5 % d'Italiens, 2,1 "/o d'éléments divers, voilà ce que contient la monarchie dualiste, soit, au total, à peu près 45 "/o d'oppresseurs et 55 % d'opprimés, — et de quelle oppression!

Telle est la situation d'aujourd'hui. Celle de demain, celle à laquelle nous devons tous travailler, M. Ghervin la définit ainsi : le Trentin à l'Italie, la Bohème, la Moravie, la Slovaquie et la Siiésie réunies en un État tchèque indépendant; la Galicie polonaise rendue à la Pologne, la Galicie ruthène à la Russie, la Bukovine du Nord à la Russie, la Bukovine du Sud et la Transylvanie à la Roumanie, toute la contrée yougoslave rattachée à la Serbie, l'Autriche allemande et la Hongrie magyare isolées — et incapables de nuire.

Signalons, en particulier, deux points d'un intérêt tout spécial. Le premier est la question des côtes de l'Adriatique. M. Ghervin l'a traitée avec une mesure et un tact d'une extrême délicatesse : il se défend de vouloir heurter les aspirations de nos amis italiens, mais il ne veut pas non plus sacrifier les droits de nos amis serbo-croales, encore moins ceux de la vérité, et !a vérité lui dit que I jute la région adriatique est foncièrenient slave. Il se borne à espérer qu'on trouvera un modus cicendi qui sauvegarde tous les intérêts légitimes, et j'ajoute qu'on peut l'espérer avec lui. Italiens et Serbes ont donné trop de preuves de sens politique pour qu'on puisse craindre un conflit à ce sujet. Entre gens intelligents et de bonne volonté, on s'entend toujours.

Le second problème, très finement discuté par M. Chervin, est celui des communications entre les deux nouvelles masses slaves, Tchèques et Serbo-Croates. Il sera nécessaire, pour l'équilibre de l'Europe, qu'elles ne soient pas isolées l'une de l'autre, et que la Bohême, entre autres, ne soit pas coupée de ses communications avec la mer.

M. Ghervin remarque à ce propos que les comitats de Moson, Sopron, Vas et Zala, correspondant à l'ancienne province romaine de l'aniionie su|Jérieure, pourraient former une marche slave, un « corridor de communication », qui aurait pour résultat de relier les Slaves du Nord à ceux du Sud, et de séparer l'Autriche de la Hongrie. Cette région, il est vrai, est de race et de langues mêlées; mais il sutBrait de quelques précautions pour assurer à la fois la sécurité des éléments slaves et le respect des droits des autres populations. Tchèques et Croates ont été trop longtemps opprimés pour avoir envie de se faire oppresseurs!

On voit, par cette analyse, l'intérêt que présente le travail de M. Ghervin. Tous ceux que passionnent les problèmes relatifs à l'Europe centrale, doivent lire son livre ; il leur fournira, pour leur propagande, la base la plus solide. Remercions-le d'avoir consacrée cette étude ardue, tant de patience et de labeur : il a fait acte de bon savant •t de bon slavophile — c'est-à-dire de bon Français.

René Pichon.

Henri Lorin, La Paix (jae nous coudrons. (Alcan 1915, p. 46.)

M. H. Lorin, professeur à la Faculté des lettres de Bordeaux, a réuni dans cette brochure ses articles publiés au

printemps dernier dans La Petite Gironde, de Bordeaux. Il examine les conditions de la paix future et indique, à grands traits, quelles seront les conséquences de la défaite des empires du Centre. En plus de la réincorporation de l'Alsace-Lorraine, de la suppression de toute ingérence allemande au Maroc ou au Congo, il exige d'abord une émancipation économique complète de la France vis-à-vis de l'Allemagne et la réparation matérielle de tous les dégâts commis dans les territoires envahis. Il indique ensuite les procédés qui permettront aux Alliés de détruire complètement le militarisme allemand.

Le dernier chapitre, où l'auleur fait une esquisse de l'Europe future, nous intéresse plus particulièrement. Dans les grandes lignes, il applique le principe des nationalités à la réfection de la carte de l'Europe. Mais sa solution du problème autrichien ne nous parait pas satisfaisante. L'auteur veut conserver une Autriche amoindrie, une Autriche composée d'Allemands autrichiens, de Magyars et de Tchèques. Il est partisan de concéder aux Tchôcoslaves une indépendance analogue à celle dont jouissent les Magyars; en un mot, il préconise la formation d'une Autriche trialiste. Il prétend même que les aspiralions de la Bohême se bornent à constituer, sous lo' sceptre des Habsbourgs, un royaume distinct, avec les mêmes droits que la Hongrie.

Sur ce point, M. Lorin est mal informé. Les Pays- Tchèques ne veulent, au contraire, à aucun prix, rester sous le sceptre des Habsbourgs. Ils ont eu trop à souffrir de cette dynastie et ils ne songent qu'à s'en débarrasser. Ils repoussent toute communauté avec les Allemands et les Magyars. Dans l'union que propose M. Lorin, les conjoints apporteraient tellement de vieilles rancunes, des conceptions sociales si ditïérentes, des idéals si contraires, qu'ils formeraient vraiment un fort mauvais ménage, où l'on se disputerait fort, et dont les querelles intérieures deviendraient vite dangereuses pour la paix des voisins. A l'avenir, évitons autant que possible les frictions; et pour cela, ne multiplions pas inutilement les contacts désagréables.

Georges Verdène. Je reciens d'Autriche. Payol et G'", Paris. —M. G. 'Verdène a parcouru l'Autriche, au printemps dernier, de Buchs à Budapest, et il nous communique ses impressions. Il a séjourné dans les deux capitales de la monarchie danubienne, fréquenté les cafés, les marchés; il a rendu visite à d'anciens amis dans leur famille, bavardé avec les voyageurs dans les trains, et y. a même fait de nouvelles connaissances; en un mot, il a examiné )a vie sociale des Autrichiens en temps de guerre sous ses différents aspects. 11 a noté tout ce qu'il a vu et entendu, et il nous en fait part en un récit plein d'une amusante ironie. Les lecteurs qui connais.sent l'Autriche ne pourront que rendre hommage à la vérité de ses peintures. Ce (|u'il nous raconte de la vie friviile des "Viennois et des débauches de la population de Budapest n'est que trop réel; les renseignements qu'il nous donne sur la cherté des vivres et sur les opinions en cours dans les diverses classes de la société sont parfaitement exactes. Il note en quelques lignes la haine mêlée de crainte des Autrichiens pour les Tchèques, en qui ils voient un ennemi aux aguets, prêt à donner le

coup final à la monarchie, lorsque le moment opportun sera arrivé. En résumé, ces notes de voyage donnent une idée très nette de la situation intérieure de l'empire des Habsbourgs après une année de guerre.

ECHOS ET NOUVELLES

Situation Politique

Au moment où les représentants de la Nation tchèque viennent de publier un manifeste pour affirmer la volonté inébranlable des Tchèques et des Slovaques de rompre définitivement avec la monarchie des Habsbourgs et leur décision de collaborer de plus en plus activement à la lutte des Alliés contre le germiinisme, il est intéressant de préciser la situation politique et l'état d'esprit dans les Pays-Tchèques à l'heure actuelle.

La population ne connaît des événements que ce que rapportent les communiqués officiels. Toute autre source d'information lui est interdite. Ainsi renseignée, elle devrait croire les Russes complètement anéantis, les Français et les Anglais réduits à l'impuissance, les Serbes annihilés, et les Allemands maîtres absolus non seulement des Balkans, mais encore de l'Europe entière. Eh bien! il n'en est rien. Les impostures allemandes et magyares n ont d'autre résultat que d'accroître le mépris de nos compatriotes pour les praliques fallacieuses d'un gouvernement aux abois. Le peuple sait maintenant à quoi s'en tenir sur la véracité des documents officiels, et il suffit qu'une nouvelle soit de source allemande ou magyare pour qu'il n'y ajoute pas foi. Menaces ou flatteries n'ont aucune prise sur sa conviction de la victoire finale des Allié.s. 11 refuse obstinément d'admettre la possibilité de toute autre solution du conflit, il attend patiemment avec une confiance presque mystique l'heure de la délivrance. D'ailleurs, chaque jour, cent faits impossibles à cacher, les multiples contradictions qui naissent inévitablement de mensonges répétés, viennent lui prouver que cette confiance est fondée et que le moment approche où il pourra affirmer hautement, et par des actes, ses véritables sentiments.

■ Le gouvernement austro-hongrois ne se fait aucune illusion sur l'état d'esprit de la population, et il en connaît le danger; mais il s'efforce par tous les moyens de faire croire au dehors que l'harmonie règne dans la monarchie. Dernièrement, un journaliste de Prague aux gages du gouvernement publiait une série d'articles dans lesquels il tentait de persuader le peuple tchèque que 1 heure était venue de changer d'attitude \ns-à-vis de l'Autriche, et d'adopter une orientation politique favorable au gouvernement de Vienne.

Les agences viennoises et berlinoises se sont empressées de communiquer aux pays neutres des comptes rendus de ces articles pour prouver la cohésion des peuples de l'empire. Mais, pour tous les lecteurs ayant tant soit peu d'esprit critique, l'empressement que met le gouvernement de F'rançois Joseph à répandre les élucubralions loyalistes d'un journaliste vénal prouve l'imporlance qu'il attache à l'hostilité muette mais tenace des Tchèques. Et les articles eux-

mêmes démontrent clairement que la belle harmonie que i proclament les ministres autrichiens est toute factice, puisqu'il est nécessaire d'engager la population de la Bohème à changer son attitude. Nous ne pouvons que remercier le journaliste renégat et ceux qui lui font une si belle réclame pour confirmer d'une manière aussi éclatante ce que nous ne cessons de répéter dans cette revue : Depuis le début de la guerre jusqu'aujourd'hui, les Tchèques ont conservé la même altitude de mépris concentré, de défi silencieux vis-à-vis la monarchie. Rien n'a pu ébranler leur conviction que les jours de la dynastie sont comptés, et qu'il faut rester prêts à donner le dernier coup d'épaule destiné à faire tomber en morceaux l'empire vermoulu de François- Joseph quand l'heure fatale aura sonné. S'ils paraissent aujourd'hui subir si patiemment les provocations des agents gouvernementaux, ce n'est ni par indifférence ni par abattement; c'est au contraire la certitude de la libération prochaine qui leur permet de garder ce calme apparent, et aussi la volonté de conserver intactes pour l'instant décisif toutes leurs forces et toutes leurs énergies.

D'ailleurs, l'article en question avait à peine paru que tous les partis politiques tchèques s'empressaient de publier dans les journaux des protestations répudiant toute adhésion à son programme, affirmant qu'il n'y avait pas lieu pour le peuple tchèque de changer d'attitude, et qu'aucun journaliste anonyme n'avait le droit de parler en son nom.

Malheureusement, quelques journaux étrangers ont reproduit cet article d'après les agences autrichiennes, et, en particulier, les journaux russes. Les milieux russes hostiles à l'intervention de la Russie dans les questions tchèques pouvaient être tentés d'exploiter les déclarations austrophiles qu'il renferme. Le Cechoslovak, l'organe de la colonie tchèque et slovaque en Russie, a vite compris le danger, et il a informé le public russe de la manœuvre autrichienne : » Le journal où a paru cet article, dit-il, est rédigé en allemand; il est publié par un imprimeur à titre d'entreprise purement commerciale. Il y a des journaux qui auraient le droit de parler au nom de notre nation : les Nàrodni Listy, ])ar exemple, si le D"' Kramâi" dont ils sont l'organe, et leur directeur politique, M. A. Rasin, ainsi que leur rédacteur en chef, M. Cervinka, n'étaient pas emprisonnes; ou le Cas, si son directeur, M. G. Dusek, n'était pas lui aussi dans les cachots, si son chef, M. Masaryk, n'avait pas été obligé de choisir entie l'exil et les forteresses autrichiennes, et si le journal lui-même n'avait pas été suspendu ; ou encore l'organe du parti radical Samosiatnost, suspendu depuis le commencement de la guerre, de même que le Ccè.A'e-S'/oro, organe du parti socialiste national, dont le chef, M. Klofac, est aussi emprisonné dejjuis plus d'une année. Mais ces journaux- là sont dans l'impossibilité d'exprimer leur pensée. ))

• Nous n'avons rien à ajouter aux paroles de notre confrère de Russie, l'énuméralion qu'il donne est assez éloquente par elle-même pour se passer de commentaires.

Les socialistes et l'indépendance tchèque. — Nous sommes heureux d'enregistrer un fait qui aura la plus heureuse influence sur le succès de notre lutte

pour l'indépendance des Pays-Tchèques. Le comité exécutif du parti socialiste tchèque des Etats-Unis vient de publier un manifeste précisant son attitude à l'égard de l'Allemagne et de l'Autriche dans le conflit actuel. Il accepte et défend les idées exprimées dans le manifeste du Comité d'action tchèque à l'étranger. Ainsi, l'union de tous les Tchèques, à quelque parti politique qu'ils appartiennent, pour la libération de leur nation du joug germano-magyar, devient de plus en plus évidente et de plus en plus étroite. C'est le meilleur présage de la victoire future. Nous publierons ce manifeste dans un prochain numéro.

Les école» tchèques menacées. — Les gouvernants de \ieiine cherohent désespérément des ressources nouvelles pour sauver la monarchie de la faillite financière. Les partis réactionnaires, dont les membres firent tous leurs •efforts pour déchaîner la guerre, ont vite découvert, au cours de leurs délibérations, le moyen de réaliser des économies importantes. Ils proposent tout simplement de supprimer un certain nombre de lycées. Ils ont même décidé de mener une campagne de propagande en faveur de ce projet dont l'auteur est le député agrHrien de Garinthie, M. St-'invvender, et ils font di--tribuer à profusion des brochures recommandant l'adoption de celte mesure. Il va sans dire que les Pays-Trhèques sont visés avant (out par ce projet anti démocridique. Il ne suffit pas aux Allemands f d'Autriche d'avoir introduit dans toutes les écoles, établissements secondaires et supérieurs, l'esprit du militarisme prussien, ils veulent aller plus loin et priver notre peuple des bienfaits de l'instruction.

Le public étranger ne se rend certainement pas compte de la quantité d'énergie et de ténacité qu'ont dû dépenser li~s Tcfièques pour réaliser l'organisation scolaire dont ils

ait fiers à juste titre. Pour obtenir un lycée, les villes tchèques ont été presque toujours obligées de le fonder elles-mêmes, et ce n'est que plus tard, après bien des démarches, que le gouvernement consentait à s'en charger, tandis que lorsqu'il s'agissait des localités allemandes, il

M montrait toujours favorable à la création de nouvelles écoles. Le nombre des lycées tchèques est toujours resté proportionnellement très inférieur à celui des lycées allemands, et absolument insuffisant ; et malgré des réclamations sans '■esse répétées depuis vingt ans, le gouvernement persiste ■ s'opposera la création d'une seconde université tchèque. Ce n'est pas dans de telles conditions qu'on peut raisonnablement songer à diminuer le nombre de nos lycées.

D'après le recensement de 1910, les 10 millions d'Allemands d'Autriche possèdent 9 universités et écoles polytechniques et 211 lycées, tandis que, pour une population de 6 million-i et demi de Tchèques, il n'y a que 3 établissesements d'enseignement supérieur et 108 lycées, et pour

1 milli(jns de Polonais, 3 établissements d'enseignement supérieur et 78 lycées ; les Slovènes, qui sont 1 million 1/i, n'ont aucun lycée.

Dans sa brochure, le D' Steinwender [irétend (luil y a trop de lycées à Prague (23) en comparaison avec Vienne

(38), mais il se garde bien de préciser qu'h Prague, pour une population tchèque représentant 93 "jo de la population totale, il n'y a que 13 lycées, et que les Allemands, dont la proportion n'est que 6,8 «/o, en possèdent 10. Si on doit fermer quelques établissements, c'est parmi les établissements scolaires allemands de Prague qu'il faut les choisir. Certains d'entre eux ne comptent que 5 élèves dans une classe; ils n'ont été créés que pour affirmer l'hégcmonie allemande et assurer la germanisation du pays. Le projet du D' Steinwender n'est véritablement applicable que dans le sens que nous indiquons.

LES SLAVES DU SUD

La civilisation yougoslave. '" — Parmi les publications anglaises sur les yougoslaves, il faut noter la petite brochure La civilisation yougoslave (Jugoslave Culture) que vient de publier M. Marjanoviè, un des meilleurs publicistes croates.

Les Anglais sont très peu au courant des questions yougoslaves. La civilisation yougoslave est peut-être ce qu'ils ignorent le plus. Nous nous rappelons un passage de \V. R. Morfill, ancien professeur de philologie slave à l'Université d'Oxford, où il dit : « Nous entendrons très souvent des gens dire que la branche serbocroato-slovène de la grande fauiille slave est dénuée de toute civilisation m, (Westminster Review, 1878). Bien du temps a passé depuis que W. R. Morfill a écrit ces mots, sans que les notions anglaises sur la civilisation des Serbes, Croates et Slovènes se soient beaucoup améliorées.

C'est donc une heureuse idée qu'a eue M. Marjanovic en écrivant son petit essai sur la civilisation yougoslave. Dans cette plaquette de 16 pages seulement, le lecteur anglais trouvera quelques indications succinies mais" précises sur les lettres, les sciences et l'art des Serbes, Croates et Slovènes.

La Religion et la nationalité en Serbie '-'. — Le meilleur prédicateur et un des meilleurs écrivains de la jeune Serbie, lo Père Dr. N. Velimirovid a payé son tribut à la cause yougoslave dans sa brochure anglaise " La religion , et la nationalité en Serbie ».

Etant moine, il est naturel qu'il envisage la question au pointdevue religion. ((Le nouvel Etat yougoslave va embrasser une cinquantaine de diocèses qui seront moitié catholiques, moitié orthodoxes », dit-il. Est-ce une raison de craindre une dissension éventuelle parmi les fidèles des deux églises?Catégoriquement,le Père Velimirovic répond: <( Non». Le clergé yougoslave, catholique aussi bien qu'orthodoxe, a montré, durant les siècles de lutte et d'esclavage, une très grande tolérance mutuelle et une parfaite

(1) Jugoslave Culture. By Milau Marjaaovii!. London, 1915. IG pages.

(2) Heligion and nationality in Sei-bia. I3y Fathor N. VeUmirovi(5. London, 1915.

identité d'aspirations. L'éloquent prédicateur cite plus d'un exemple à l'appui de sa thèse, et il donne la conclusion suivante, dont le style solennel rappelle celui des anciens prédicateurs : « Le peuple qui a été uni dans l'esclavage ne sera certainement pas désunidans la liberté, car autrement la liberté ne serait pas meilleure que l'esclavage. Le peuple qui a appris k aimer dans l'esclavage va certainement continuer à aimer dans la liberté, car autrement la liberté serait pire que l'esclavage. Le peuple qui a appris à être tolérant dans l'esclavage restera tolérant dans la liberté ».

Nous noterons comme un signe remarquable de tolérance religieuse parmi les Yougoslaves le fait que le Père Velimirovié, qui est un moine de l'église orthodoxe, dédie sa brochure à la mémoire d'un évêque catholique, le patriote yougoslave bien connu, Mgr Strosmajer.

Les Femmes anglaises et la Serbie. — Une courte notice sur la Serbie a paru dans La Suffragette (The Suffragette, 1" octobre) de Londres qui vaut maint long article.

«Victoire et longue vie à la Serbie, notre brave et bienaimée alliée ! », lit-on dans cette notice. (( La. Serbie et son peuple ont forcé notre patrie à l'admirer et à l'aimer. Son héroïsme et sa loyauté, qui est celle d'un cœur d'or, ont dissipé les nuages que le germanisme a voulu interposer entre nous et la Serbie. La longue lutte serbe pour la liberté, l'indépendance et lé droit est une dos plus glorieuses dans l'histoire de l'humanité. Nous' sommes heureux que notre pays contribue au dernier et triomphant chapitre de la séculaire croisade de la Serbie pour la liberté nationale. »

Ces premières paroles prononcées sur la Serbie par les femmes anglaises resteront éternellement dans la mémoire du peuple serbe.

MEMOIRES et DOCUMENTS

L'appel aux soldats tchèques sur le front italien. —

Au moment de la déclaration de guerre de l'Italie à l'Autriche-Hongrie, les gouvernements de Vienne et de Budapest se sont empressés de présenter aux Slaves d'Autriche l'intervention italienne comme contraire à leurs intérêts, dans le but d'obtenir plus facilement un concours que les Slaves leur refusaient sur les autres fronts. Afin de parer à ces louches manœuvres, les Tchèques résidant à l'étranger ont publié un appel adressé à leurs compatriotes dans les régiments austro-hongrois :

if Soldats tchèques! Enfants des Pays Tchèques!

Rendez-vous! Ne vous battez pas pour l'Autriche! Sa cause est sans espoir. Ne combattez pas contre l'armée de vos libérateurs! L'Italie s'est rangée à côté de la France, de la Russie, de l'Angleterre et de la Serbie pour libérer les Slaves d'Autriche-Hongrie!

L'Italie ne combat pas les Tchèques, mais les Allemands et les Magyars qui, dans vos foyers, assassinent vos pères

et vos frères. Une vingtaine de nos représentants politiques oat été jetés dans les cachots dé Vienne. Des milliers de nos compatriotes ont été exécutés. Les plus braves des nôtres ont été tués. Mais les cris de rage de l'aigle austrohongrois sont vains.

Les Allemands et les Austro-Hongrois sont entourés de tous les côtés. Le monde entier désire la victoire des Alliés. L'Italie alliée à la Serbie et à la Russie ne cherche qu'à précipiter la dissolution de la monarchie dont le maintien ne peut apporter à notre nation que de nouvelles souffrances. L'Autriche Hongrie est perdue. Rendez-vous, ne prolongez pas des tueries inutiles.

Vous vous rendrez. Votre famille et votre patrie attendent ce geste. Ensuite, vous retournerez bientôt de votre captivité dans nos pays tchèques libérés. Plus nombreux vous abandonnerez les rangs aust^o-hong^ois, plus favorable sera demain le sort de vos familles et de votre patrie. Plus de 200.000 soldats tchèques prisonniers vivent librement en Russie et en Serbie.

Un corps d'armée de volontaires tchèques se bat à côté des Russes pour l'indépendance de notre peuple. Des centaines de nos volontaires se trouvent sous les drapeaux français. Des centaines d'autres sollicitent en Angleterre la permission de s'enrôler dans les armées britanniques.

Rendez-vous! Vous épargnerez vos vies pour nos propres luttes dans l'avenir. Songez à vos parents, à vos mères, à vos sœurs, à vos fils, à vos filles et à vos fiancées. Ne vous ont ils pas tous demandé : Ne tirez pas! Tout notre peuple vous crie : Ne tirez pas, -rendez-vous!

Nous autres Tchèques résidant à l'étranger, nous élevons la voix pour vous répéter : Dans votre propre intérêt et dans l'intérêt de notre chère patrie, rendez-vous et ne tirez pas sur vos libérateurs. Rappelez-vous le glorieux passé de notre nation et cherchez à lui préparer un heureux avenir. »

Les Tchèques contre la propagande allemande aux États-Unis. — Nous reproduisons ci-dessous, à titre de document, le manifeste que la Pan-Slatonic Fédération d'Amérique a publié contre les grèves machinées par les agents de l'Allemagne et de l'Autriche. Cet appel, traduit dans toutes les langues, a été répandu à des centaines de milliers d'exemplaires parmi les ouvriers des États-Unis :

Travailleurs !

L'Europe, berceau de vos ancêtres, est secouée par une épouvantable lutte. Des millions d'hommes ont déjà été massacrés, des millions sont encore voués à la mort.

Quelle va être l'attitude des ouvriers américains?

D'un bout à l'autre des États-Unis on entend les tapageux appels de soi-disant Amis de la Paix : i( Abandonnez le travail, laissez s'éteindre le feu sous les chaudières qui fournissent à l'Europe des engins de mort. Vous ramffnerez ainsi la paix dans l'Europe que déchire la guerre. »

Travailleurs ! Ceux qui lancent cet appel sont des ennemis de la Paix; ils favorisent la prolongation du régime de meurtres, de terreur et de violence dont l'empereur d'Aile-

magne a gratifié les nations européennes. Ceux qui plaident une telle cause sont coupables envers l'humanité!

Lps États-Unis fournissent des armes et des munitions à la Quadruple-Entente. Si vous faites grève, vous contriburez à la victoire du militarisme allemand.

L'Allemagne, avide de conquêtes, veut germaniser de nouvelles nations suivant les méthodes que la Prusse a appliquées à la Pologne.

Les malheureux peuples de l'Autriche-Hongrie, autrefois libres, aujourd'hui étoufïés et opprimés par les Habsbourgs, et qui sont obligés d'envoyer sur ces rivages leurs émigrants réduits à la misère. Tchèques, Slovènes, Polonais, Roumains, Serbes et Croates, vont sentir s'appesantir implacablement sur leurs nuques le poing ganté de fer du conquérant.

La victoire du militarisme allemand, austro-magyar et turc aurait pour conséquence, en Europe, de nouveaux armements, et conduirait à des guerres encore plus sanglantes. Notre République elle-même, qui jusqu'ici a été exempte de la plaie du militarisme, serait obligée d'accroitre son armée et sa marine.

Si l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et la Turquie étaient victorieuses, les ouvriers américains auraient à supporter, eux aussi, les maux du prussianisme.

Quiconque aide l'Allemagne est un ennemi de l'Humanité, un ennemi de la classe ouvrière, un ennemi des races asservies et tyrannisées. Quiconque aide l'Allemagne apporte son appui au militarisme, soutient ft régime bureaucratique qui fait de l'homme un esclave.

Et c'est aider l'Allemagne que, sous le faux prétexte d'amélioration des salaires, pousser à des grèves qui n'ont qu'un but : alTaiblir les Alliés, fortifirr le militarisme prussien.

Travailleurs,

Les sacrifices auxquels vous consentirez au cours de vos travaux serviront à la cause de l'Humanité. Il est inconce vable qu'à l'heure où nos camarades européens donnent leur vie sur les champs de bataille pour étrangler le monstre ' du militarisme prussien , l'ouvrier américain tombe assez bas pour se laisser duper, faire grève uniquement parce que les agents allemands le désirent, fet nuire ainsi, sous prétexte d'augmentation de salaires, aux intérêts sacrés de la classe ouvrière.

'l'ravailleurs! étes-vous sourds aux supplications de vos frères qui soufïrpnt? Ne saisissez-vous pas votre devoir et votre mission dans la grande lutte qui se livre aujourd'hui ! Vous ne pouvez pas ne pas comprendre qu'à cette heure la seule voie vers la justice n'est pas celle qui conduit à la paix immédiate. Une paix féconde et durable ne peut s'obtenir qu'en déracinant d'abord le militarisme [irussien. Vous sentez sûrement que votre devoir d'homme libre vous "blige à vous tenir aux côtés de ceux qui luttent sans merci contre le militarisme.

Les agents pangermanistes ne se contentent pas d'user de tous les moyens de corruption et de jeter à pleines mains l'or du gouvernement allemand pour susciter des grèves, ils ont également recours à des manœuvres de désorganisation politique.

Dans les prochaines élections, la propagande prussienne

va multiplier les mensonges, les promesses, lés corruptions, les fraudes. Quel que soit le parti politique auquel vous appartenez, votre devoir, aujourd'hui, est de soutenir le gouvernement des États-Unis.

Autrement, le trop naïf ouvrier américain deviendra la dupe des intrigues germaniques, et favorisera, à son propre détriment, le développement de l'influence politique allemande.

Travailleurs!

Ne vous laissez pas tromper par les promesses et les devises fallacieuses fabriquées à Berlin, ne devenez pas les instruments du gouvernement allemand. Montrez leur qui est le maître de ce pays. Un roi prussien souillé de sang, ou le libre peuple américain?

Nous sommes certains que vous gardez au fond du cœur le souvenir de la race opprimée qui fut celle de vos ancêtres, et qui fait maintenant appel à l'amour de tous ses enfants.

N'oubliez pas qu'elle est encore esclave! En braves gens que vous êtes, étendez les mains pour secourir ceux qui sont encore sous le joug. Retournez à vos ateliers. Pour l'instant, si vos salaires sont à peu près suffisants, chassez toute pensée de grève. Si c'est un sacrifice, faites le pour l'émancipation de la race humaine. Entretenez jour et nuit le feu sous les chaudières de vos usines, contribuez de vos mains calleuses d'ouvriers à fabriquer des armes, des munitions, des vêtements et tout ce qui peut venir en aide à ceux qui combattent pour la liberté humaine de l'autre côté de l'Atlantique.

Certes, c'est une situation pénible; mais vous serez récompensés de votre désintéressement par le sentiment que le produit de votre travail servira à abattre l'insolence du militarisme prussien, et à briser les fers de votre race, de votre nation, de vos compatriotes. Que voulez- vous être, travailleurs d'Amérique? Les libérateurs des peuples opprimés, ou les instruments et les dupes du gouvernement prussien? Choisissez!

Quiconque prétend être un défenseur du Droit, un partisan du progrès humain, un apôtre de la liberté, n'a pas le droit d'hésiter.

REVUES ET JOURNAUX

A l'occasion du manifeste tchèque, M. A. Gauvain a publié dans le Journal des Débats (N° idô, du 14 novembre), un important article sur la Question tchèque. Avec son autorité ordinaire, l'excellent publiciste présente ainsi la situation politique du peuple tchèque et ses aspirations pour l'avenir :

« Avec leur franchise et leur courage coutumiers, les Tchèques tiennent à prendre position dès maintenant. Ils ont pour cela de bonnes raisons. Ils ne ressemblent point aux bêtes de proie qui no s'attaquent qu'aux charognes. A l'heure du plus grand da.iger, au lieu de se tenir coi, suivant le mauvais exemple oITert par d'autres races, ils se rangent résolument aux côtés des défenseurs de toutes les libertés. Peuple vivant et sain, fier de ses origines, conscient

de la grandeur de ses efforts passés, confiant dans ses destinées, le peuple tchèque déclare solennellement qu'il n'y a plus de place pour lui dans l'État habsbourgeois, et qu'il veut vivre indépendant. C'est une grande hardiesse. C'est aussi peut-élre une grande habileté.

Tous les procédés dynastiques ne réussiront point à transformer l'AulricheHongrie en un État germanique. Ils ont échoué depuis des siècles, alors que les souverains étaient vraiment absolus et que les peuples soumis ne possédaient plus ou pas encore la conscience de leur nationalité. A plus forte raison échoueront ils au vingtième siècle. Il est vrai que les Pères de la Kultur n'hésitent point à recourir à l'extermination. François Joseph I<"^ a fait fusiller en masse les officiers et soldats tchèques présumés rebelles. Il a jeté en prison les chefs de partis et les notables tchèques. Il tient suspendue sur la tête de tous les patriotes de Bohême et de Moravie la menace de procès de haute trahison, dont le dénouement inévitable est une sentence de mort. Mais on ne supprime point un peuple établi au cœur de l'Europe. Les horreurs actuelles et celles qui leur succéderaient ne feront qu'enraciner plus profond au cœur des Tchèques, la haine du Habsbourg et la volonté de se libérer de son étreinte. Victorieuse ou vaincue, l'armée germano-austro-hongroise ne sera pas toujours mobilisée. Il n'est pas dit non plus qu'après la paix elle soit disposée à torturer docilement les populations. Et puis les Tchèques ne sont pas seuls dans leur cas. Il y a les Slovaques, il y a les Slovènes, il y a les Croates, il y. a les Roumains. Tous ces peuples se laisseront-ils tranquillement étouffer?

Niais les auteurs du manifeste n'envisagent point l'hypothèse de la défaite, môme temporaire, de leur cause. Ils se dressent à nos côtés et crient leur certitude de la victoire. A l'heure actuelle, cet acte de foi est un encouragement et une consolation. Les Tchèques ne sont pas de ceux qui désespèrent. Après la défaite de la Montagne-Blanche, qui fut leur Kossovo, ils surent reconstituer leur nation sur des ruines où plus rien ne semblait viable. Ils sauront de même réédifier une Bohême libre dans la nouvelle Europe. Leur volonté est inébranlable et, en pareil cas, avec le temps, la volonté vient à bout de tout. La guerre actuelle aussi est une lutte de volontés. Il n'est pas indifférent pour le succès final que celle des Tchèques soit unie à la nôtre. »

LES COLONIES TCHÈQUES

La Colonie tchèque de France. — Les membres de la colonie tchèque de France ont été convoqués en réunion mensuelle, le 7 novembre. La séance était réservée à une conférence du D'' P. Novotny sur le Peuple tchèque et la situation politique européenne. C'était la première d'une .série de conférences destinées à informer régulièrement les membres et le public de la colonie de tout ce qui concerne le problème de l'indépendance tchèque.

Le D' Novotny a fait part à un nombreux auditoire des événements qui se sont déroulés en Bohême depuis le commencement de la guerre. Il s'est livré à une analyse détaillée de la politique intérieure austro-hongroise pendant ces dernières années, et, rappelant les luttes des

Tchèques pour une autonomie constamment refusée, il montra que la création d'un État indépendant était la seule solution de la question tchèque.

Les rapports des secrétaires ont fait connaître aux assistants le dévouement du comité nouvellement élu pour les intérêts de la colonie et la cause tchèque en général. Son attention se porte avant tout sur nos volontaires qui, bien que diminués par les pertes subies au cours de plusieurs attaques auxquelles ils ont participé avec leur bravoure habituelle, restent les plus vaillants défenseurs de la cause tchèque.

Le dimanche, 14 novembre, le groupe socialiste tchèque de Paris, l'Egalité, a organisé avec un succès parfait une réunion consacrée à l'étude de la situation dans les Balkans et du principe des nationalités. Le D^ E. Bielsky, de Pra gue et M. Paul Louis, le publiciste bien connu, dont nous avons eu tout récemment l'occasion d'apprécier les remarquables études sur l'Europe nouvelle, ont pris la parole et dans des discours éloquents et documentés, ils ont exposé aux assistants l'évolution de la politique balkanique et la situation de l'Autriche Hongrie. Ils ont démontré que l'application du principe des nationalités constituait la seule solution possible du conflit européen. M. Bielsky a retracé le rôle néfaste de.l'Autriche-Hongrie dans les questions balkaniques et ses agissements criminels contre la Serbie. Revenant sur le cas de l'Autriche, M. Paul Louis a prouvé que sa dissolution s'impose, parce que la monarchie, qui n'est pas un Etat national, s'est clairement montrée incapable de gouverner avec justice la majorité des peuples qui lui sont soumis et qu'elle a abandonnés à l'oppression de deux races tyranniques.

Nous ne pouvons passer sous silence dans la série des conférences qui ont eu lieu ce dernier mois, celle que le D"' Arthur Chervin a faite sur l'Autriclie-Hongrie, dans la réunion de la Société de Sociologie de Paris. Le savant conférencier a mis en lumière, en se basnnt sur les langues parlées et d'après les statistiques officielles autrichiennes, la composition hétéroclyte de la monarchie et l'incompatibilité de^son organisation politique avec les sentiments de justice les plus élémentaires. Une discussion s'est ouverte à l'issue de la conférence au cours de laquelle plusieurs orateurs ont rappelé à l'assistance l'importance de la question tchèque.

L'Amicale Tchèque. — Quelques membres de la Colonie tchèque de Paris ont constitué une société de bienfaisance sous le nom de L'Amicale Tchèque ayant son siège social 12, rue Roquépine, à Paris. Le but poursuivi par cette nouvelle association est exactement pareil aux attributions que le Comité de la Colonie tchèque a remplies depuis sa fondation avec tant de dévouement. Nous sommes certains que V Amicale Tchèque secondera de son mieux les efforts du Comité et travaillera en parfait accord avec lui.

Le Gérant : L. Mathieu.

Imp. des Beaux-ArtB. (A. Mullbr), 79, me Dareaa, Paria

1»" Année. — N» 15.

1" Décembre 1915.

%EVUE Bl-MENSUBLLE

Directeur : Ernest DENIS, Professeur à la Sorbonne

Les volontaires tchèques de France

Bibliographie.

décorés par le Tsar.

2 Décembrel848-2 Décembre 1915.

Echos et Nouvelles.

Les Tchèques et la guerre.

Revues et Journaux.

Les socialistes tchèques d'Amérique

et l'indépendance tchèque.

Faits et Informations.

PARIS

23, rue Boissonade, 23

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Dessin delà LIGUE PRAffCO-TCHfeQUE

Les Pays-Tchèques (la Bohême, la Moraoie, la Silésie et la Slovaquie) faisaient, jusqu'à présent, partie de la Monarchie d'Autriche-Hongrie dont ils étaient les pays les plus riches et les plus prospères. Ils forment un ensemble de 120.000 kilomètres carrés, habité par 12 millions d'habitants, dont S millions et demi de Tchèques et Slovaques.

LA NATION TCHÈQUE paraît le P"- et le 15 de chaque mois

Rédaction et Administration : 23, rue Boissonade, PARIS (14^).

Tous les envois concernant la Rédaction doivent être adressés à M. Rodolphe Kepl, Secrétaire général.

La Rédaction est à la disposition des Abonnés et des Lecteurs de LA nation tchèque

pour tous les renseignements sur les Pays Tchèques.

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France et Colonies :

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SUISSE

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FRANCE

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RUSSIE

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ROUMANIE

Société Tchèque " Beseda " Nemanina, Bucarest.

1{^EVUE BI-MENSUBLLE

Première année.

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