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DE LA BRANCHE TCHÈQUE DU PARTI SOCIALISTE

EN AMÉRIQUE

BIBLIOGRAPHIE

GoRiAiNOv : La fin de l'alliance des trois Empereurs. — M. Goriainov, le directeur des Archives de Pétrograd, est bien connu en France par son livre sur la question des Détroits, qui est devenu classique dès son apparition. — Dans un nouveau travail, fondé sur les documents ofliciels et sur des rapports inédits, il étudie les relations de l'Allemagne et de la Russie de 1882 à 1890. Nous espérons que nous posséderons bientôt le texte complet de ses .recherches. En attendant, en raison de l'extrême intérêt des renseignements qu'il nous apporte, nous publions un résumé de ses études d'après l'analyse sommaire qui nous a été communiquée.

En 1879, Bismarck était à l'apogée de sa puissance. Son triomphe ne l'avait cependant pas guéri du cauchemar des coalitions et, pour se proléger contre les désirs de revanche qu'il supposait à la France, il cherchait une alliance. Il n'avait que l'embarras du choix. Attiré vers la Russie par les souvenirs de la vieille amitié, qui depuis un siècle, unissait les deux pays et les deux dynasties, il craignait qu'une entente trop intime avec Pétersbourg ne rejetât François- Joseph du côté de la France; dans ce cas, l'appui delà Russie. assurerait-il à l'Allemagne une protection eflicace?

Fort habilement, Andrassy profita do ses hésitations et, en exploitant les rancunes du prince contre Gortchakov, le décida à signer le traité du 7 octobre 1879.

A peine cependant engagé avec l'Autriche, le Chancelier paraît être retombé dans ses hésitations. En dépit du carac tore défensif qu'affectait l'alliance austro-allemande, elle n'en était pas moins une véritable provocation pour la Russie : Alexandre II ne céderait-t-il pas aux sollicitations

du parti qui désirait de lui un rapprochement avec la FrHuce ? Pour retenir le Tzar, Bismarck s'attacha à restaurer l'entente de 1873, et le 18 juin 1881, il signait à Berlin avec Sabourov et Szechenyi une convention qui avait pour but d'isoler complètement la France.

Si une des trois parties contractantes se trouvait en guerre avec une quatrième puissance, les deux autres s'efforceraient de localiser le conflit et observeraient une neutralité bienveillante. Cette obligation s'étendrait au cas où un des trois alliés serait en guerre avec la Turquie, mais à condition que préalablement un accord fat intervenu entre eux relativement aux résultats de la guerre.

L'entente était conclue pour trois ans. Le 20 mai 1883, dans un conseil à Moscou, on étudia la question de savoir s'il conviendrait de la renouveler.

Le conseiller privé Sabourov souligna la situation privilégiée que l'Allemagne avait réussi à obtenir. Le pacte de 1881 lui laissait en effet une pleine liberté d'action du côté de la France, alors que la Russie, si elle voulait intervenir en Turquie, était obligée de rechercher d'abord une entente avec l'Allemagne et l'Autriche; il fallait poursuivre une réelle égalité entre les diverses parties contractantes, soit en obtenant pour la Russie une liberté d'action aussi complète du côté de l'est, que celle qu'avait l'Allemagne à l'ouest, soit en limitant également les droits des deux pays, c'est-à-dire en exigeant que l'Allemagne ne put agir contre la France qu'après une entente préalable avec ses alliés. Sabourov penchait pour la première solution. En effet, dans le cas de dissolution intérieure de la Turquie, la Russie avait un intérêt vital à occuper les Détroits et Constantinople, et, pour cela, il était nécessaire qu'elle s'assurât à temps une pleine indépendance de mouvements.

Les sous-secrétaires d'État des Affaires étrangères, le baron Giers, le comte Milioutine et le prince Lobanov- Rostovskij, tout en reconnaissant la valeur des observations de Sabourov, se montrèrent très peu disposés à croire que Bismarck consentirait à accepter les modifications désirées.

Dans un mémoire de décembre 1883, le baron Jomini insista sur la nécessité de renouveler purement et simplement le traité de 1881 :

— D'après le programme de Livadia, la Russie était résolue à concentrer tous les efforts sur la conquête de Constantinople; pour cela, il fallait assainir la situation financière, construire une flotte dans la mer Noiie et s'assurer la neutralité de l'Autriche et de l'Allemagne. Il était par conséquent impossible de songer à une action énergique aviint une dizaine d'années,' au bas mot. Si on demandait la modilication du traité, on révélait d'avance les intentions de la Russie. Bismarck se hâterait d'achever la ruine de la France, pendant que la Russie, en face de l'hostilité de l'Angleterre, serait absolument hors d'état de profiter des droits qui lui auraient été reconnus en principe. Une fois la France hors de combat, l'Allemagne, maîtresse de l'Europe, serait-elle disposée à se souvenir de ses promesses et à tenir ses engagements ? L'expérience de 1871 et celle de 1878 n'étaient guère encourageantes. Mieux

valait ne pas provoquer avant l'heure les inquiétudes de Bismarck. Rassuré, il ne chercherait pas une explication définitive avec la France et, même si on lui supposait des velléités agressives, il n'entraînerait pas facilement l'Empereur.

Giers, en se rendant à Montreux, passa une après-midi chez Bismarck, à Friedrichsruhe, et, dans une lettre du 19 novembre 83, il nous a donné un récit de cette entrevue qui est un document des plus curieux et nous apporte des renseignements extrêmement intéressants sur les dispositions du Chancelier. Bismarck nous y apparaît comme singulièrement averti des discussions qui avaient eu lieu dans le cabinet de Pétersbourg, sans que l'analyse que j'ai sous les yeux me permette de voir comment lui étaient arrivés des renseignements dont la précision nous étonne.

Il commença par insister sur la sincérité de ses bonnes dispositions pour la Russie; il avait toujours recherché l'alliance russe, bien qu'on ne lui eût pas toujours rendu justice à Pétersbourg. La Russie avait tout intérêt à s'entendre avec l'Autriche, en délimitant avec elle leurs zones respectives d'influence. — C'est difficile, parce qu'il nous est impossible d'abandœiner le Monténégro et la Serbie à l'influence exclusive de l'Autriche. — 11 se montra disposé à négocier le renouvellement de l'entente; les propositions de Sabourov indiquaient le désir de la Russie de la compléter et de soulever les questions que pouvait créer la dissolution de la Turquie ; c'était une affaire délicate ; cependant, d'accord avec Kalnoky, il attendait nos propositions. — Giers se montra très réservé, protesta des intentions pacifiques de la Russie. — Bismarck parla alors d'une alliance offensive et défensive des trois Empereurs; cette nouvelle Sainte Alliance provoquerait des criailleries, mais rendrait de grands services à l'Europe, à qui elle assurerait la paix pour longtemps. — Giers répliqua <i que le terrain dans les trois pays ne lui paraissait pas assez favorable pour arriver à ce résultat.» Bismarck, aprèsquelques objections, se montra disposé à modifier les termes du traité qui déplaisaient au Tsar. Dans la suite de la conversation, le Chancelier déclara qu'il abandonnerait le pouvoir après la mort de l'Empereur, parce que le prince impérial était un admirateur de Gladstone, dont la politique était défavorable à l'Allemagne. « A ce moment, tout s'écroulera », ajouta-t-il, et pour cela il s'efforçait de consolider son œuvre; une des garanties essentielles était l'amitié de la Russie, qu'il regardait comme plus importante que les alliances avec l'Autriche et l'Italie. I' Après les intérêts de l'Allemagne, ce sont ceux de l'Empereur Alexandre que je servirai le plus fidèlement. »

La lettre de Giers éclaire d'une vive lumière la politique de Bismarck ; parfaitement résolu à ne pas sacrifier l'Autric-he, il cherche cependant à éviter une rupture avec la Russie et, pour cela, il s'efforce de la détourner d'une politique active ; son désir évident est, sans renoncer à la Triplice, de se rapprocher le plus possible de la situation de 1872 ; .son objectif essentiel est la France qu'il s'agit d'isoler et de réduire à l'impuissance.

Les négociations relatives au renouvellement du traité de 1881 furent conduites, à Berlin, par le prince Orlov, qui avait remplacé Sabourov à l'Ambassade de Russie. L'entente des trois Empereurs, disaient ses instructions, a pour but la paix ; elle est très nécessaire en face des dan-

gers qui menacent l'ordre social. L'Allemagne et l'Autriche ont d'ailleurs donné l'assurance formelle de leurs intentions modérées ; Bismarck s'est déclaré résolu à entretenir des rapports amicaux avec la France et à éviter toute provocation, même en cas de restauration delà dynastie d'Orléans. Kalnoky, de son côté, a affirmé qu'il ne songeait pas à étendre son influence dans la péninsule des Balkans ni même à unir définitivement la Bosnie à la monarchie.

Les événements des Balkans inquiétaient l'opinion publique russe. Elle voyait avec tristesse l'Autriche établir toujours plus solidement son influence sur l'ouest de la péninsule, tandis que la Bulgarie échappait à l'autorité de la Russie. La presse accusait de ses déboires le cabinet de Berlin et discutait l'idée d'une alliance avec la France ; ses articles trouvaient un écho en France, où s'agitait le parti de la revanche. Bismarck demanda au Reichstag déporter le contingent de 427.000 à 486.000 hommes et prononça le 11 janvier 1887 un discours belliqueux que suivit la dissolution du Parlement.

Pendant la période électorale, l'agitation nationaliste grandit à tel point en Allemagne que la France dut prendre des mesures de précaution. Dans une conversation avec M.deMorenheim.M.FIourens, ministre des Affaires étrangères, lui déclara que la France n'attaquerait pas l'Allemagne, à moins que celle-ci ne fût en guerre avec une autre puissance ; elle était cependant obligée de se mettre en défense et désirait obtenir de la Russie un appui moral dans le cas où l'Allemagne exigerait qu'elle désarmât.

En marge du rapport deMorenheim, l'Empereur a écrit : Oui. De son côté, le secrétaire d'État Giers écrivait à l'ambassadeur (22 janvier 1881) :

Flourens exagère les sentiments belliqueux de Bismarck; celui-ci a déclaré à plusieurs reprises que l'Allemagne n'attaquera pas la France. Les affirmations.de Flourens que la France n'attaquerait l'Allemagne que si celle-ci était en guerre avec une troisième puissance, suffisent pour assurer la paix. La meilleure garantie de la paix universelle, c'est l'union étroite de la Russie et de l'Allemagne. L'ambassadeurlereprésentera àFlourens, en ajoutantqu'uneentente entre la Russie et la France inquiéterait Bismarck etrendrait plus difficiles les rapports de la France avec lui. —

Le Cabinet français ne le contestait pas. Il continue cependant à entretenir avec l'ambassadeur des rapports d'étroite confiance, l'admet à ses délibérations et lui demande s'il n'y aurait pas moyen d'accrédiler à Pétersbourg un agent secret qui, le cas échéant, pourrait servir d'intermédiaire avec la cour.

Dans un télégramme à Morenheim, le Tsar répond : « A un moment donné, cela serait très utile pour nous, et il ne faut pas les désespérer. » — On se met d'accord sur le comte Melchior de Vogué, mais l'ambassadeur ne croit pas la situation assez grave pour recourir à ce moyen,

La Russie, qui se défiait de plus en plus de l'Autriche,refuse de renouveler l'entente de 1884; mais l'enlente avec l'Allemagne lui paraissait encore désirable. Elle suffisait à protéger la France contre une attaque de l'Allemagne et,

La Nation Tchéqub

d'autre part, prouvait à Bismarck qu'il n'y avait pas de traité entre la France et la Russie.

Le comte Chouvalov et Herbert de Bismarck signèrent la convention du 18 juin 1887.

Les clauses en sont connues. Si une des deux parties contractantes se trouvait en guerre avec une troisième puissance, l'autre s'ongagoait à observer une neutralité bienveillante. Cette clause ne s'appliquait pas à une guerre offensive contre l'Autriche ou la France.

Bien qu'assuré ainsi contre toute guerre du côté de la Russie et de la France, Bismarck se montrait inquiet et nerveux , ainsi qu'en témoignait son célèbre discours du 6 février 88 : — (( Nous autres Allemands, nous craignons Dieu et nous n'avons pas d'autre crainte. »

Le traité de contre-assurance du 18 juin 1887, avait été conclu pour trois ans. — En somme, il était avantageux pour la Russie à qui il garantissait, d'une part, la sécurité de la France, et de l'autre, la stricte observation par la Turquie du traité qui l'obligeait à fermer les détroits à tous les vaisseaux de guerre. Le Tsar était donc disposé à le renouveler.

Le 12 février 1890, Bismarck eut un entretien confidentiel avec Chouvalov ; il lui avoua que sa situation près du nouvel Empereur était difficile et qu'il pensait à abandonner le pouvoir. — Et le traité ? — Il n'est pas indispensable pour maintenir nos bonnes relations avec Pétersbourg, mais il précise notre politique et il vaudrait mieux le confirmer. — Parfaitement juste, note le Tsar en marge. — Mes sentiments, continue le prince, n'ont pas changé. Je ne m'intéresse ni à la Bulgarie, ni à Constantinople ; faites ce qu'il vous plaira, je n'y mettrai aucun obstacle. Le seul point qui nous soit nécessaire, c'est l'intangibilité de l'Empire austro-hongrois. C'est à nos yeux une nécessité politique : l'Autriche ne peut être effacée de la carie de l'Europe. En dehors de cela, vos démêlés ne me regardent pas.

Pour la France, il faut en finir avec vos craintes; nous ne songeons pas à l'écraser ; nous ne serons jamais assez fous pour entreprendre une guerre qui ne nous rapporterait rien.

A la fin de cette dépêche, le Tsar a écrit en note : (( Je crois, en effet, que notre convention est en quelque mesure pour Bismarck une garantie qu'il n'y a pas de traité écrit entre nous et la France, ce qui est très important pour l'Allemagne. »

Le 17 mars, Chouvalov fut rappelé chez le prince qu'il trouva dans un état d'extrême agitation. Bismarck lui annonça que son filsetlui avaient donné leur démission et il ajouta qu'une des causes de mécontentement du jeune Empereur était la politique amicale qu'il avait toujours suivie vis-à-vis de la Russie. — L'affirmation de Bismarck est confirmée par les mémoires du prince de Hohenlolie; mais, même en admettant qu'il n'ait pas exagéré les choses, il est difficile de ne pas voir dans cette confidence faite à un étranger quelque chose comme une haute trahison. Si le comte d'Arnim avait commis une semblable légèreté, quelle n'eût pas été la colère du Chancelier !

D'après le rapport de Chouvalov, l'émotion en Allemagne était extrême à ce monient et l'on se demandait si l'Empereur n'était pas fou.

Dans la nuit du 9 mars, on réveilla Chouvalov pour le prévenir que l'Empereur désirait le voir à huit heures du matin. « 'Vous savez, lui dit Guillaume, quelle affection et quel respect j'ai pour votre souverain; il a été si bon pour moi que je ne peux pas ne pas m'expliqoer directement avec lui sur la situation qu'ont créée les derniers événements... Il n'y avait plus moyen de travailler avec mon vieux Chancelier, en raison de son état maladif et de sa surexcitation nerveuse. Herbert de Bismarck m'a appris hier que vous étiez autorisé par votre souverain à négocier le renouvellement de notre entente secrète, mais que, pour le moment, vous n'aviez pas l'intention de poursuivre ces conversations. Pourquoi? Dites à votre souverain que, pour ma part, je suis tout disposé à renouveler l'entente; ma politique extérieure reste et restera la môme que celle de mon grand-père. Ce n'était pas la politique du Chancelier, mais celle de mon grand-père, et ce sera la mienne. C'est ma ferme résolution. ))

Chouvalov fit remarquer que la situation s'était modifiée. — « Il n'y a aucun changement, répliqua Guillaume; je compte sur votre amitié pour exposer la véritable situation à votre Empereur; affirmez-lui que ni mes sentiments personnels pour lui, ni ma politique vis-à-vis de la Russie n'ont changé. On m'a attribué des sentiments belliqueux; je ne veux et ne désire que la paix, la paix au dehors et l'ordre à l'intérieur. »

Au bas de la dépêche, le Tsar a écrit : « On ne pouvait rien attendre de plus satisfaisant. Nous verrons par la suite si les faits répondent aux paroles. Pour le moment, très rassurant. »

Les négociations se poursuivirent à Pétersbourg, où l'ambassadeur, le général Schweidnitz, était au courant de l'affaire. Mais il attendit longtemps des instructions, et quand elles arrivèrent enfin, elles annoncèrent que l'Allemagne renonçait à renouveler l'entente; le nouveau Chancelier, Caprivi, ajoutait qu'il n'avait- pas l'intention de modifier ses rapports avec la Russie et que sa politique serait simple et transparente (einfach und durchsichtig) ; cette politique ne s'accordait pas avec des conventions secrètes, surtout avec la Russie, où l'opinion publique ne manifestait aucune sympathie pour ce traité.

Quand le secrétaire d'État Gierslui présenta son rapport sur ce sujet, le Tsar nota en marge :

« Je suis personnellement très satisfait que la Germanie, la première, ne désire pas renouveler le traité et je ne regrette pas spécialement la fin de l'entente. Mais les opinions du nouveau Chancelier relativement à nos relations avec l'Allemagne, sont assez remarquables. Bismarck avait sans doute raison quand il disait que, quand il partirait, la politique de l'Empereur se modifierait. »

Chouvalov expliqua par diverses raisons le refus de Caprivi : l'Empereur espérait attirer l'Angleteire dans la Triple-Alliance ; Caprivi attachait plus d'importance que son prédécesseur à l'alliance autrichienne ; il avait avoué à Chouvalov qu'il ne se piquait pas de la même maîtrise que Bismarck qui jonglait avec quelques traités alors que lui-môme avait assez de peine à se tirer d alTaire avec deux.

L'ambassadeur russe à Vienne, le prince Lobanov, attribua la décision de Caprivi à l'insistance de Kalnoky qui s'était assuré l'appui de l'Allemagne, même en cas de guerre offensive. — «Cette offensive, ajoutait Lobanov, parait peu vraisemblable ; mais les armements sont si onéreux qu'on ne peut rien garantir. »

La fin de l'entente russo allemande marque le début d'une ère nouvelle dans l'histoire du monde.

ÉCHOS ET NOUVELLES

Pour la Serbie. — L'héroïsme admirable dont les Serbes font preuve tous les jours, a encore accru les sympathies du peuple français pour leurs vaillants alliés, et elles se manifestent par la multiplication des œuvres philanthropiques en faveur des malheureuses victimes de la soldatesque germano-bulgaro-magyare, et par une recrudescence de conférences destinées à faire saisir dans toute sa grandeur le sacrifice de la nation serbe pour la cause commune, l'armi ces conférences, celle que vient de donner M. llaumant sur « l'Effort serbe » à la société Foi et Vie, mérite d'être signalée. Avec son éloquence et sa clarté habituelles il nous a donné un résumé suggestif des diverses phases de la lutte du petit royaume contre son puissant voisin, i'Autriche-Hongrie. Il a mis en lumière la duplicité des agissements diplomatiques de Vienne, rendu hommage aux qualités militaires qu'ont déployées les chefs et les soldats de l'armée serbe, flétri, comme il convient, la trahison bulgare.

Après M. Haumant, M. E. Denis vint, en quelques paroles émouvantes, motiver le vœu suivant qui fut acclamé par l'assistance :

L'assemblée, émue d'admiration pour l'héroïsme de Varmée serbe et de la nation serbe tout enlii-re, proclame avec une reconnaissance profonde les sercices éminents que la Serbie a rendus à la cause des A lliés par son courage surhumain, son obstination invincible et sa magnanime fidélité. Dans les heures terribles quelle traverse aujourd'hui, les sympathies unanimes de la France s'élèvent vers elle. Ses .'souffrances sont nos souffrances et notre victoire xera sa ictoire.

L'assemblée fait les creux les plus ardents pour que les I preuves de la Serbie soient courtes, et, confiante dans les promesses des gouvernements alliés, sûre du triomphe prochain des idées de justice et de liberté, elle compte que la paix future assurera, par l'écrasement de l'Autriche-Hongrie, l'émancipation définitive et complète de la nation yougoslave.

Les persécutions politiques en Bohême. — Notre correspondant de Prague nous écrit :

On vient de procéder, dans des circonstances extrêmement étranges, à de nouvelles et nombreuses arrestations à l'çague. Le 5 octobre 1915, un certain Mares se présenta dans le bureau du député socialiste tchèque, M. Soupuk, à Prague; il ne le trouva pas chez lui et revint le lende-

main. Il déclarait apporter des nouvelles de Suisse. Le même jour il était arrêté. Interrogé par la police, il aurait fait des déclarations qui amenèrent, le 9 octobre, l'ordre d'airêter le réducteur Cyhill Dusek. Gomme celui-ci était absent de Prague, on arrêta sa femme comme otage, le 10 octobre dans la soirée, dans un restaurant. On reconnaît là les procédés ordinaires du gouvernement de Vienne. Le lendemain, M. Dusek, revenu de Brno à Prague, fut immédiatement mis en prison.

Le 11 octobre, la police arrêtait à Nâchod un autre rédacteur du '''Cas", M. Hajek, et sa femme. Le lendemain les arrestations continuaient. Après avoir procédé à des perquisitions dans la maison de M. E. Benes, privat-docent de l'Université tchèque de Prague, qui, il y a quelque temps, a quitté l'Autriche, on a arrêté M'"« Benes et on l'a mise en prison. Il en fut de même avec le conseiller aulique et l'ancien haut fonctionnaire de la police de Prague, M. V. Olic, dans la maison duquel on confisqua douze caisses de livres. Le 14 octobre, le rédacteur en chef du " Cas", M. Herben, appelé devant le commissaire de police, fut relâché le môme jour, mais le lendemain tous les membres de la rédaction de ce journal, qui défendait autrefois la politique de M. Masaryk et qui est supprimé depuis trois mois, furent jetés en prison. Deux semaines plus tard, quatre des rédac teurs emprisonnés furent mis en liberté. Enfin, le 5 novembre, on a emprisonné la fille de M. Masaryk, M"" Alice Masaryk, professeur dans un Lycée de Prague, qui s'occupait beaucoup, dans ces derniers temps, de l'organisation du travail social en Bohême.

Les inquiétudes du gouvernement grandissent visiblement. Ce sont surtout les milieux radicaux qui sont visés par la police. On a commencé en mettant sous les verrous un journaliste du parti national social, M. Skorkovsky.

Suivant notre correspondant, d'autres arrestations sont imminentes, si elles n'ont pas déjà eu lieu à l'heure où nous publions ces lignes.

L'acte d'accusation de M. Kramar a été enfin terminé il y a un mois et transmis au prévenu. On accuse le leader du parti des Jeunes Tchèques de haute trahison. Son collègue, le député Rasin, est accusé de complicité dans ce crime. Enfin, le rédacteurdes"A"arorfnjZj8i'y", M. Cervinka, est poursuivi pour espionnage.

Le conseil académique de l'Université de Prague a reçu du gouvernement l'ordre de procéder à une enquête disciplinaire contre M. Masaryk. On a établi un comité disciplinaire à la tête duquel se trouve le professeur Mificka, qui demande au gouvernement de lui fournir des documents permettant de prononcer un jugement.

L'Union sacrée en Bohême. — La Bohême, comme les autres nations européennes, a reconnu la nécessité de l'Union sacrée. C'était d'autant plus indispensable qu'avant la guerre les luttes politiques étaient des plus ardentes dans les Pays Tchèques, et que les partis se combattaient avec une àpreté qui ne tenait pas toujours suffisamment compte des intérêts supérieurs de la nation. Nous sommes heureux d'enregistrer aujourd'hui un fait qui montre que le peuple tchèque est de plus en plus conscient du devoir de

se préparer aux graves événements qui peuvent se produire d'un jour à l'autre soit dans la situation intérieure, soit sur le terrain diplomatique, soit sur les champs de bataille.

On parlait, depuis quelque temps déjà, d'un groupement des différents partis politiques tchèques en vue de la défense des intérêts nationaux contre la prussificalion de plus en plus intensive de l'Autriche. Ces projets ont enfin abouti à des résultats concrets. Le 7 novembre, le comité exécutif du parti socialiste démocrate, après avoir longuement délibéré sur la situation politique en Bohême, a proclamé la décision des socialistes de coopérer avec les autres partis politiques à la fondation d'un organe national commun qui jouerait le rôle de représentant autorisé de tous les Tchèques en face des Allemandsd'Autriche; il serait chargé d'exprimer les desiderata de la nation et de présenter un programme général d'action pendant et après la guerre suivant les éventualités.

Nous ne pouvons qu'applaudir à ce programme qui a reçu l'approbation de tous les partis. Naturellement, dans les circonstances présentes, sous la botte des gendarmes autrichiens, les mots doivent être pesés et les intentions doivent se déguiser plus ou moins. Mais ceux qui connaissent l'état d'esprit des Tchèques comprennent que cet organe de défense contre la germanisation des pays Tchèques dans le cadre de la monarchie autrichienne est aussi et surtout un organe de préparation à profiter des circonstances pour réaliser complètement les aspirations de la nation.

Une autre nouvelle confirme cette communauté de vue de tous les éléments du peuple tchèque. Depuis 1848, le début de l'ère politique moderne, des tendances régionalistes assez accentuées divisaient les trois branches de la nation tchèque : la Bohême, la Moravie, la Silésie; on pouvait même parler de séparatisme. On commence à comprendre que les circonstances actuelles exigent la disparition de ces divisions. Les partis agrariens de Bohême, de Moravie et de Silésie ont résolu de fusionner en un seul parti politique avec Prague comme centre unique d'action. On voit que, de toutes parts, on sent la nécessité de grouper tous les efforts et de concentrer toutes les forces politiques du pays.

Les Tchèques et les Slovaques. — Une dépêche adressée au premier ministre anglais à l'occasion de l'inauguration de l'Institut d'études slaves à l'Université de Londres par la Ligue slovaque des États Unis qui représente les 700.000 Slovaques de l'Amérique du Nord, confirme la sincérité des liens qui unissent les Tchèques et les Slovaques dans leur lutte pour la fondation d'un Etat tchécoslave. — « Nous souhaitons du plus profond de nos cœurs, dit-on dans le télégramme, un plein succès et une victoire complète aux armées" britanniques et alliées ; car c'est sur cette victoire que nous comptons nous, Slovaques, unis intimement dans notre lutte politique à nos plus proches frères slaves, les Tchèques, pour nous délivrer du joug et de la tyrannie austro hongroise, et pour reconquérir notre liberté et notre indépendance nationale ! »

A huis clos. — Les informations sur la situation intérieure de l'Autriche-Hongrie sont si rares dans la presse européenne qu'on pourrait croire que la monarchie n'existe déjà plus. Gomme nous l'avons annoncé à plusieurs reprises, la surveillance aux frontières est extrêmement sévère et la circulation des personnes et des correspondances est presque totalement arrêtée. Il est facile de comprendre les motifs de ces mesures prises sur l'ordre de Berlin. La monarchie de François-Joseph est, à tous les points de vue, complètement- épuisée. Si la défaillance finale ne s'est pas encore produite, c'est que l'Allemagne veille à ce que son brillant second n'abandonne pas la lutte dans laquelle il s'était lancé le premier avec tant d'enthousiasme. La fin de l'Autriche aurait un effet désastreux pour l'Allemagne, non seulement sur les opérations militaires, mais surfont sur le moral du peuple allemand. Il faut donc que l'édifice délabré delà monarchie austro-hongroise garde au moins l'apparence de la solidité.

Mais, trop d'informations sur l'exacte situation politique, économique, militaire pénètrent les milieux étrangers (et notre revue peut réclamer une large part de cette mise au point de l'opinion européenne, nos échos étant, à notre grand plaisir, largement mis à profit par nos confrères) pour qu'il soit ainsi possible de masquer la vérité. C'est pourquoi le gouvernement autrichien, voyant les mensonges des agences de Vienne, de Budapest et de Berlin dénoncés dès leur apparition, a décidé, avec sa na'i'veté coutumière, de cacher encore plus soigneusement l'agonie de l'empire des Habsbourgs au public neutre.

Le pangermanisme à l'œuvre. — Le principal organe des Allemands de Poznanie, lePosener Tagehlatt, écrit que (( les conférences à l'Université et à l'École polytechnique de Varsovie ont lieu provisoirement en polonais » et que néanmoins « la pratique démontrera rapidement si des changements sont désirables à ce point de vue et dans quelle mesure ». L'organe allemand conclut en ces termes : <( Sans parler de toutes les autres considérations, les étudiants eux mêmes, s'ils désirent sérieusement s'instruire, se convaincront très vite qu'il leur est indispensable d'être au courant des résultats de la science allemande».

La presse polonaise de Poznanie se déclare énergique- . ment contre ces raisonnements de l'organe allemand; elle prend la défense du caractère polonais absolu de l'Université et de r École polytechnique de Varsovie qui doit être maintenu au même titre que celui des institutions analogues de Lvov et de Cracovie.

REVUES ET JOURNAUX

La régénération de la Bussie par la guerre. — Sous ce titre, M. Marcel Barrière publie, dans la Reçue de Paris du 15 novembre, une étude fort suggestive de la politique intérieure russe pendant l'été dernier. Il nous montre, la transformation extraordinaire qui s'est produite de juillet à septembre 1915 dans les rapports entre la Douma et le

gouvernement, et les e£Eets heureux du rapprochement qui a eu lieu. On est aujourd'hui d'accord pour attribuer au manque de grosse artillerie et à la pénurie des munitions, les défaites russes. L'insufïisance de la préparalion de l'armée russe à la guerre tient évidemment en partie aux erreurs de calcul de l'Étal-major général, mais il faut rechercher plus loin l'origine réelle du système d'administration inqualifiable qui a mis la Russie à deux doigts de sa perte. Ce sont les vices du régime politique qui ont amené la gangrène de tout l'organisme social. La bureaucratie, aux mains des hobereaux allemands de la Baltique, tout en s'enrichissant elle-même par la pratique du «bakchich », s'appliquait uniquement depuis des années à pressurer, à engourdir, à paralyser, à tyranniser le peuple russe. Elle avait connu son âge d'or sous le ministère de Plehve, administrateur à la prussienne, qui n'hésitait pas à menacer les libéraux russes de les faire mettre h la raison par les armées de Guillaume II, s'il ne pouvait y réussir luimôme. Après sa mort, Stolypine avait favorisé une sage évolution vers le régime constitutionnel. Un attentat malheureux auquel ne furent pas étrangers, dit-on, plusieurs hauts personnages, remit de nouveau les destinées de la Russie aux mains d'hommes qui n'eurent pour but que d'entretenir le pays dans une somnolence politique favorable au maintien de tous les anciens privilèges. Mais la guerre éclate, et dès le premier jour prend le caractère d'une lutte nationale. En mai et juin, la chance des armes tourne contre les armées russes, les défaites inexplicables se multiplient, l'ennemi envahit de plus en plus le territoire. La nation s'émeut, ses représentants exigent des explications, des sanctions; et le Tsar Nicolas fait droit aux réclamations de son peuple. Au commencement de juillet, le général Soukhomlinof, ministre de la guerre, MM. Maklakof, ministre de l'intérieur, Stcheglovitof, ministre delà justice, Sabler, procureur du Saint- Synode, accusés de négligence, sont obligés de se démettre de leurs fonctions. On leur reprochait moins leurs erreurs d'administration que leur complaisance pour ce qu'on appelle en Russie « le parti allemand », sorte de clan de nobles germaniques des bords de la Baltique dont l'influence à la cour et dans les bureaux fut longtemps prépondérante. Le colonel Miassoiédof fut l'un des membres les plus agissants de ce parti, jusqu'au jour où les preuves de sa trahison tombèrent entre les mains du gouvernement français qui s'empressa de les faire transmettre au Tsar par le général Pau. Après la prise de Lemberg, les ministres Maklakof et Stcheglovitof avaient soumis à Nicolas II un mémorandum démontrant que rien ne séparait les intérêts allemands et russes, que les deux empires n'avaient qu'un seul et même ennemi, les démocraties occidentales, et qu'une paix séparée avec l'Allemagne consoliderait la couronne. On prétend que le Kaiser offrait Constantinople h la Russie, mais s'opposait à l'autonomie de la Pologne. Il se souvenait sans doute de la parole de Bismarck : k Si jamais l'aigle blanc des Polonais ressuscitait en face de l'aigle de Prusse, c'en serait fait de nous ». Cette crainte persistante des dirigeants allemands doit guider nos amis slaves lors de la conclusion de la paix victorieuse.

Mais le renvoi des ministres Maklakof, Stcheglovitof, Sabler et Soukhomlinof mit fin à toutes ces intrigues téné-

breuses. Courageusement, le Tsar rompit les mailles du filet germanique sous lequel on essayait de le paralyser, et remit le destin de la Russie aux mains des vrais Russes. Il convoqua la Douma. L'entente fut parfaite dès le premier jour entre le gouvernemeiit et l'assemblée. La séance du l^f août fut consacrée à l'affirmation solennelle de l'union pour la victoire ; le comte Goremykine y confirma les promesses de restauration de la Pologne, cette mesure qui inquiète tant les Allemands et signifie pour eux la guerre à outrance. Dans les séances suivantes, des accusations véhémentes furent dirigées contre l'administration, des poursuites contre les fonctionnaires coupables furent réclamées, une Haute-Cour fut instituée, et d'anciens ministres furent sommés d'y comparaître. Tout cela sans aucune opposition, avec le consentement du gouvernement. Bien plus, le 14 août, la Douma institue un Comité de munitions fonctionnant à côté et en dehors du ministère de la guerre. Ce nouvel organe d'administration est créé par la délibération de l'assemblée et accepté par le conseil des ministres. C'était le coup décisif porté à la toute-puissance de la bureaucratie.

La Douma réclame ensuite l'abolition du régime d'exception pour les juifs, l'autonomie de la Finlande, l'amnistie pour les délits politiques ou religieux. Elle demande, enfin, la réorganisation générale de l'administration et la création d'un ministère de défense nationale.

Mais cette fois, Nicolas II trouve que l'assemblée marche un peu trop vite, et craint les effets d'une si complète transformation en pleine crise nationale.

Tel est le bref résumé du tableau que nous trace M. Marcel Barrière de la vie politique intérieure en Russie, de juin au milieu de septembre 1915. La Douma y a établi sa suprématie sur les bureaucrates et sur les derniers représentants du gouvernement à la prussienne. Sur 442 députés, 315, nationalistes de droite, cadets de gauche, octobristes, ont formé un bloc compact de partisans résolus d'un régime constitutionnel. Ils ont galvanisé les énergies endormies de la nation, et préparé heureusement la voie vers un avenir plus sain et plus heureux. Leur activité a réveillé le peuple russe de sa torpeur; le paysan russe est sorti de son indifférence pour la politique ; il s'est mis à lire les journaux et à discuter la conduite de ses gouvernants. Cette session de l'été 1915 comptera dans l'histoire de la Russie. Les dernières modifications dans le ministère, quoique peu favorables aux libéraux, ne peuvent pas faire craindre, comme l'insinuent les journaux allemands, un changement de direction politique intérieure et extérieure de la part de l'Empereur. La bureaucratie et avec elle le <( parti allemand » a reçu son coup de grâce; quelques fluctuations dans les titulaires des sièges ministériels ne la ressusciteront pas, et le nouveau premier ministre, M. Khvostoff, est l'adversaire le plus résolu que compte l'Allemagne en Russie. La régénération russe a commencé, et on peut dire qu'elle a eu Guillaume II pour premier artisan, involontaire il est vrai.

Dans la Revue hebdomadaire du 9 octobre 1915, M. P. de Sokolovitch étudie Le problème italo-slane dans la guerre actuelle, avec le louable souci de ne pas augmenter une

tension regrettable qui en s'exacerbant ne pourrait que profiter à l'ennemi commun. « Les peuples yougoslaves, dit-il, n'ont pu que se réjouir de l'entrée de l'Italie sur la scène où se joue actuellement l'avenir de l'Europe... ils l'ont toujours regardée comme l'alliée naturelle des peuples jeunes qui luttent pour leur émancipation, leur liberté et leur union ». Or, quel peuple peut avoir plus de droits sur les terres qu'il habite que le peuple yougoslave, dont l'installation sur les côtes dalmates remonte si loin dans l'histoire. Il ne faut pas confondre la domination que Venise a exercée autrefois sur les bords orientaux de l'Adriatique avec une véritable colonisation. Son but n'a jamais été d'italianiser ces rivages, mais de les exploiter au point de vue purement commercial. Ni Rome ni "Venise n'ont pu réussir à dénationaliser les Serbo-Croates. Si, avec l'appui des autorités austro-hongroises, les écoles italiennes se sont multipHées, si un certain nombre de Yougoslaves ont accepté la langue italienne, le serbo-croate est resté prépondérant. Quand l'Italie oppose aux revendications des Yougoslaves le fait qu'une infime minorité parle la langue de Rome, elle oublie que la France aurait pu invoquer le même argument en 1859 pour garder le Piémont, où une partie importante de la population était de langue française. Que l'Italie d'aujourd'hui ne se montre pas moins équitable que sa libératrice! Qu'elle soit simplement fière, et cela à juste titre, de l'hommage que les Serbo-Croates qui parlent italien rendent ainsi à sa civilisation. C'est là un titre de gloire qui lui sera plus profitable à tous les points de vue, pour le présent et pour l'avenir, que la violence faite à des populations côtières, inséparables de leur arrièrepays. M. de Sokolovitch appuie sa brillante défense desintérêts yougoslaves de deux cartes ethnographiques dont l'une italienne, qui montrent qu'au point de vue strictement scientifique les droits des Serbo-Croates ne sont pas contestables. Il termine en citant le loyal appel à la concorde de M. Salvemini, dans sa fameuse brochure Guerra o neutralita, éditée à Milan en 1915 : « Pour assurer une paix durable en Europe, il est nécessaire que les peuples qui habitent l'Adriatique se tendent les mains par-dessus ses vagues, en amis et môme en frères, tout en restant chacun maître chez soi. » L'agression bulgare et la révélation de l'étendue des ambitions du roi F'erdinand donnent à cette exhortation à l'union une opportunité tragique.

M. Pasquier, archiviste de la Haute-Garonne, vient de publier en brochure une très intéressante conférence qu'il a donnée, à la Société de géographie de Toulouse, sur les Théories pangermanistes au XVII ' siècle. Il montre, avec documents à l'appui, particulièrement un livre intitulé Germania, publié en 1634, à Leyde, que les prétentions allemandes à l'hégémonie universelle ne datent pas d'hier. Naturellement ce n'étaient pas les HohenzoUerns, de bien petits personnages à cette époque, qui s'arrogeaient alors la mission de soumettre le monde à la tutelle germanique. C'étaient les chefs du Saint-Empire, les Habsbourgs, qui d'ailleurs ne cachaient pas leur dessein et prenaient fièrement comme devise : Austriœ est Imperare Orbi Unicerso. Aujourd'hui, après avoir échoué en tenant le premier rôle,

ils se contentent de jouer celui de comparses dans la même entreprise. Ils restent, toujours et avant tout, des agents de l'expansion germanique.

Georges Blondel ; Les banques allemandes et le commerce d'exportation.

Dans cette petite brochure, M. Georges Blondel nous expose, avec beaucoup de clarté, le mécanisme financier qui a permis à l'Allemagne de développer son commerce d'exportation dans les extraordinaires proportions que l'on sait. Il nous montre comment les grandes banques d'Allemagne, après avoir essayé sans succès, à l'étranger, les systèmes des commandites et des succursales, ont enfin trouvé dans la création de banques spéciales, soutenues indirectement par les financiers de l'Empire, le moyen de faciliter à leurs nationaux la pénétration économique des régions les plus lointaines. M. Blondel voudrait voir les banques françaises montrer autant d'initiative que les banques allemandes, et favoriser au même degré qu'elles les efforts de nos commerçants au dehors. Nous, amis de la France, qui regrettons si souvent qu'elle ne montre pas plus d'empressement à mettre ses produits à notre portée, nous ne pouvons que nous associer aux désirs de l'auteur.

FAITS ô INFORMATIONS

A l'occasion du 2 décembre, anniversaire de l'avènement de François-Joseph au trône d'Autriche Hongrie, les populations slaves faisant encore partie de la monarchie des Habsbourgs, réduites à l'impuissance par un régime de terreur, seront condamnées à participer, malgré elles et sous la surveillance des régiments germano-magyars, à la commémoraticin de cet anniversaire. Les Tchèques résidant en France se font un devoir de choisir le môme jour pour proclamer les vrais sentiments du peuple tchèque. Dans cette pensée, ils organisent le 2 décembre, sous la présidence de M. Ernest Denis, à la Salle des Sociétés Savantes à Paris, une conférence de M. André Chéradame sur la Dissolution de l'Autriche-Hongrie et le pangermanisme.

La Société de Sociologie de Paris tiendra sa prochaine réunion à l'Hôtel des Sociétés Savantes, 28, rue Serpente, le mercredi 8 décembre. A l'ordre du jour : Communication de M. RAB.'iNY sur la Formation de l'Autriche- Hong rie et discussion.

Le Gérant : L. Mathibu,

Imp. des Beaux-Arts (A. Mullbr), 79, roe Dareon, Paris

1*« Année. — N" 16. 15 Décembre 1915.

1{EVUE BI-MENSUELLE

Directeur : Ernest DENIS, Professeur à la Sorbonne

SOMMAIRE

Les Sokols. [ Le Monde Slave.

2 Décembrel848-2 Décembre 1915. i „ ^ ,

l Revues et Journaux.

Les Tchèques et la guerre. j

Bibliographie. | ^®^ Colonies Tchèques.

Echos et Nouvelles. | Faits et Informations.

Le N» 25 Centimes

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Jablon

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