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LES SOCIALISTES TCHÈQUES D'AMÉRIQUE ET L'INDÉPENDANCE TCHÈQUE

La branche tchèque du parti socialiste en Amérique présente ce mémorandum aux camarades et au peuple tchèque tout entier, afin de justifier son attitude en présence des efforts faits pour assurer la libération des pays tchèques :

« La Bohême, la Moravie, la Silésie et la Slovaquie ont toujours formé, dans le passé, un seul groupe ethnique, quoique cette unité n'ait pas toujours trouvé la possibilité de se manifester sous la forme d'une organisation politique commune et unifiée.

, Les pays tchèques ont conservé leur indépendance politique jusqu'à la seconde moitié du xvni" siècle, époque à laquelle Marie Thérèse y a porté atteinte par un acte illégal. En 1526, Ferdinand 1»'', librement élu, monte sur le trône et inaugure les efforts des Habsbourgs pour l'établissement d'une centralisation étroite de tous les pays danubiens (pays tchèques — pays alpins — pays hongrois) et pour créer un État capable de s'opposer efficacement à l'avalanche turque venant du Sud. En cela, l'Etat autrichien remplissait sa mission historique.

Mais, quand la menace desTurcs cessa d'exister, la raison d'être de l'Autriche disparut, et en même temps le caractère artificiel de son organisation intérieure devint de plus en plus évident. Pour y remédier, les Habsbourgs recoururent à une brutale germanisation des peuples slaves et tentèrent d'établir ainsi l'existence de leur Empire sur une base nouvelle et mieux justifiée. Mais ni Joseph II, ni ses successeurs ne purent achever leur œuvre. La révolution française bouleversa profondément les esprits de l'Europe entière, et, môme en Allemagne et en Autriche, provoqua un revirement capital dans l'état des esprits. Les Allemands se rendirent compte de leur unité intellectuelle et nationale et décidèrent d'y faire correspondre une organisation politique unique. C'est pourquoi ils convoquèrent, en 1848, le parlement de Francfort.

Palacky déclina l'invitation qui lui avait été adressée de prendre part à ce parlement; il prévoyait, en effet, le danger qui résulterait de la réunion des Allemands d'empire et d'Autriche sous le même sceptre. Il désirait une Autriche constituée sur des bases équitables, une Autriche composée de petites nationalités libres, uneAutriche servant de digue à la germanisation dont le développement devenait inquiétant pour la paix intérieure. C'était dans ce sens que Palacky voulait maintenir l'Autriche.

En 1866, l'Autriche est battue à Sadowa et cède sa place à la Prus.se dans la fédération des États germaniques. Au lieu de s'appuyer sur la majorité slave, elle affaiblit celle-ci en la livrant à la tyrannie hongroise. C'est à cette date qu'il faut faire remonter les vrais débuts de la marche de l'Allemagne vers l'Orient.

Après 1870, la politique de Bismarck contribue à accentuer cette évolution du pangermanisme, et la monarchie danubienne devient de plus en plus dépendante de l'Allemagne.

Palacky et les peuples non allemands et non magyars avaient voulu voir dans l'Autriche une protectrice contre

le pangermanisme ; en acceptant de devenir l'esclave de l'Allemagne, elle s'en est faite l'instrument et est devenue l'onnemie de ses propres peuples.

Depuis cinquante ans, les problèmes sociaux passent en second rang pour les peuples slaves d'Autriche-Hongrie, car toute leur énergie vitale est consacrée à cette lutte contre la germanisation à outrance.

Dans cette guerre terrible, suscitée à la fois par les rivalités du capitalisme mondial et par les ambitions du pangermanisme impérial, l'Allemagne cherche à atteindre le but qu'elle s'est constamment proposé au cours de son évolution économique et politique : asservir les peuples slaves d'Autriche pour s'ouvrir une route vers les Balkans, y développer ses projets d'hégémonie de toute sorte et, de là, dominer l'Orient tout entier. Si ses plans réussissent jamais, les Dardanelles sont perdues pour la Russie et, nous autres, Slaves d'Autriche, nous nous voyons enlever tout espoir de lutter efficacement contre la panger- .manisation politique et économique.

Tout récemment, la langue allemande a été introduite dans les chemins de fer des pays tchèques, dans toutes les institutions jadis autonomes ; et les bases d'une union douanière austro-allemande ont été tracées. Voilà un plan bien arrêté qui vise nettement à notre asservissement commercial et industriel.

L'Autriche, qui, d'après Palacky, avait le devoir d'assurer aux petits peuples leur libre développement, a prouvé par les faits récents quelle n'a pas su comprendre sa mission et qu'elle est devenue l'instrument de ceux que son rôle naturel était de combattre. En menaçant l'existence des peuples auxquels elle doit d'exister, elle a perdu le droit de vivre plus longtemps.

L'Internationale a hautement et nettement proclamé le droit de chaque peuple cultivé de maintenir son indépendance et de décider librement de son avenir. Par conséquent', m >us ne fai.sons que remplir notre premier devoir socialiste, nous autres, branc-he tchèque du parti socialiste en Amérique, quand, pleinement conscients des obligations que

■us imposent notre programme commun d'un 'côté et la

vuix de nos frères opprimés de l'autre, nous revendiquons

fermement l'indépendance des pays tchèques, indépendance

laquelle nous voulons travailler de toutes nos forces.

Dans notre manifeste, on ne trouvera pas l'ombre de haine contre le peuple allemand; nous ne voulons pas suivre le chemin du chauvinisme national que nous persistons à condamner et que nous combattons justement [lar notre intervention.

Il est de notre devoir socialiste de nous opposer à la pression politique et économique exercée par les cercles cnpitali;-les et impérialistes des empires centraux, et de piendre contre l'Autriche Hongrie 1rs décisions que nous allons préciser.

On dit qu'une nouv.^lle Pologne sortira de cette'guerre. Nous le souhaitons sincèrement pour ce peuple malheureux, mais nous craignons qu'il ne soit trompé de nouveau dans ses espérances. Si le gouvernement autrichien a négocié avec les représentants du peuple polonais et leur promettre l'indépendance de leur pays, des raisons analogues auraient dû le conduire à agir de même vis à-vis de notre peuple.

Il ne l'a pas fait; au contraire, il a incarcéré nos députés, persécuté nos paysans, décimé nos soldats, introduit la langue allemande partout. Il a ainsi iriontré à la nation tchèque quel chemin elle doit suivre pour conserver son . honneur et son indépendance.

Nous n'espérons pas que l'indépendance politique amène immédiatement, pour le peuple tchèque, une renaissance sociale; mais nous considérons comme juste et naturel de lui procurer d'abord les conditions d'un libre développement national et intellectuel qui permettra ensuite de procéder aux réformes sociales.

Quoique nous ne nous considérions pas comme détachés définitivement de notre pays, nous avons dû cependant nous en éloigner par suite de la situation politique qu'il doit supporter.

L'État qui saignait à blanc les riches pays tchèques et qui a absorbé des milliards pendant des dizaines d'années pour satisfaire le monstre du militarisme et pour sauver de la faillite les pays cléricaux des Alpes, est responsable de la misère des ouvriers et du peuple tchèque et de l'intensité de son émigration.

En libérant les pays tchèques, on affaiblira non seulement le militarisme de l'Autriche-Hongrie, mais encore celui de l'Europe entière. La Bohême libre pourra vivre d'une vie beaucoup plus large et s'intéresser davantage aux idées socialistes.

Ce sont donc des raisons d'ordre social qui nous font réclamer l'indépendance des pays tchèques, car nous sommes persuadés que l'émigration diminuera au fur et à mesure que les conditions de vie de la classe ouvrière .'s'amélioreront. La revendication de l'indépendance complète des pays tchèques, réunis dans un Etat tchécoslovaque absolument libre, constitue à l'heure actuelle le premier de nos devoirs humains et sociaux.

Il serait prématuré de vouloir donner à ce nouvel État une forme politique et sociale précise. L'avenir on décidera.

Nous sommes prêts à collaborer avec l'Alliance nationale tchèque de l'Amérique, et nous sommes décidés à agir parmi les ouvriers tchèques pour leur faire comprendre pleinement le sens des efforts en faveur de notre indépendance; en conséquence, nous appuierons de toutes nos forces l'action de l'Alliance nationale tchèque, tant qu'elle ne sera pas en désaccord avec le programme de notre parti.

Nos organisations politiques vont travailler dans cette direction partout où cela leur sera possible, et les journaux de notre parti vont se mettre au service de l'idée de notre indépendance, tout en nous réservant pour l'avenir le droit de nous placer à notre point de vue, s'il se trouve en contradiction avec certaines actions.

Nous mettons au service de ces idées notre organisation de propagande politique, nos journaux et nos réserves financières, et nous allons nous efforcer de gagner à notre cause rinlornationfile non seulement aux États-Unis, mais encore en Euroiie.

Nous utiliserons, dans cotte pensée, les fonds du prolétiiriat tchèque et nous considérerons les dépenses faites comme un secours direct el immédiat apporté par la classe ouvrière à la cause commune.

Notre décision de contribuer à reconquérir l'indépen-

dance des" pays tchèques ne constitue aucune sorte de compromis.

Notre programme et notre conscience socialistes sont les seuls motifs de notre résolution. Notre conscience socialiste nous impose le devoir de défendre les droits du peuple tchèque contre l'Autriche-Hongrie.

La réaction socialiste et cléricale, l'aristocratie de Galicie et la bureaucratie allemande entravent l'évolution intellectuelle de l'Autriche. Pendant des siècles, le peuple tchèque en a ressenti les conséquences et c'est par des elïorts inouïs qu'il se fraie le chemin vers un avenir meilleur.

La conquête de leur indépendance complète ouvrira pour les pays tchèques une nouvelle ère d'efforts en vue du développement intellectuel et social du peuple, dans lequel les éléments progressistes prévalent et qui compte 60 "/o de ses citoyens sous les drapeaux du socialisme.

En recouvrant son indépendance, le peuple de Jean Hus et de J. A. Comenius, reprendra la place qu'il occupait, il y a 500 ans, à la tète du progrès humain et social.

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