L'Empereur Charles et son entourage
L'empereur Charles est un jeune homme bien de sa personne, affable, affichant volontiers cette (( Gemùtlichkeit » que l'on attribue aux Viennois- Il a introduit à la cour impériale, une simplicité toute militaire. — Son caractère n'est pas actif, mais plutôt passif. Il subit complètement l'influence de son entourage, encore qu'il ne se l'avoue pas à lui-même. Il n'aime pas les gens âgés, surtout pas les hommes politiques dont l'expérience fait ressortir davantage son incompétence dans les affaires politiques. Il a soin de cacher son manque d'indépendance morale par des décisions brusques. C'est pourquoi les Viennois l'ont surnommé (( Karl der Ploetzliche ». Les Tchèques l'appellent <( Karel Novak, spravce konkursni podstaty firmy
Austria » (Charles Duraim, syndic de la iaillite de la maison Austria).
Charles déteste surtout l'entourage de l'empereur défunt; il aime, par contre, s'entourer des hommes de confiance de François-Ferdinand. l'archiduc héritier assassiné. Il a donc congédié, dès son avènement, le chef du cabinet militaire privé de l'empereur, Bolfras, le comte Paar et le grand maître des cérémonies, le prince Montenuovo, ainsi que l'ancien chef de l'État- Major, Conrad von Hoetzendorf. Ses principaux collaborateurs sont devenus le prince Hohenlohe, dont la fille s'est mariée récemment avec l'archiduc Max, le comte Berchtold et Czernin. De ces trois personnages, le comte Czernin est le plus influent. C'est un homme d'une volonté extraordinaire, diplomate quelque peu dilettante; se décidant brusquement, comme Charles, commettant de temps en temps des « gaffes », mais, en somme, une forte intelligence. Le comte Berchtold est un être innocent aimant la chasse et les sports. Le prince Hohenlohe a causé de graves déceptions à ses admirateurs, qui s'attendaient à le voir prendre une influence décisive sur la marche des événements intérieurs en Autriche, surtout dans le domaine des réformes sociales. Il s'est révélé très inconstant, et son influence va décroissant.
Comme Charles n'aime pas les hommes possédant une certaine autorité, les anciens présidents du Conseil Vladimir Beck et Ernest von Kœrber sont tombés en disgrâce. Beck surtout, à cause de ses démêlés avec l'archiduc assassiné. Les Tchèques n'y perdent rieia, Beck s'étant fait partisan de la Mittclciiropa et de l'alliance austro-allemande. C'est un vieux « roublard » sans programme politique. Kœrber se venge de sa disgrâce en critiquant publiquement ses successeurs, surtout Clani-Martinic et Seidler. Pendant les scènes mouvementées qui se sont déroulées au Parlement de Vienne, il a déclaré: « Na, so was hactf ich auçh geiroffen, so zu rcgirren » (Eh bien, j'aurais certaine-
ment réussi à gouverner comme cela). Toutefois nm^ retour du baron Kœrber n'est pas impossible ; on l'appellera peut-être, mais il est plus que certain qu'il . n'acceptera plus.
J'ai déjà dit que l'empereur Charles manque absolument de compétence dans les affaires politiques. II. accueille volontiers pourtant les informations. Mais, malgré sa bonne volonté, malgré son désir de collaborer au lieu de gouverner, il est évident que l'empereur est trop faible pour les grands problèmes dont la solution lui est imposée par les événements.