Gzernin et sa politique
Ne pouvant songer à obtenir une paix séparée, épouvantée par la tournure fâcheuse que prend la situation alimentaire, économique et politique de la monarchie, la diplomatie dirigée par Czernin met ciel et terre en mouvement pour arriver à une paix générale. La tendance générale est de ménager la Russie. Il y a trois mois, Hindenhurg projetait une action militaire contre la Finlande, mais Czernin empêcha Venir éprise, ainsi qu'un projet ultérieur visant la Moldavie.
Czernin est fermement persuadé qu'il faut tenir seidement quelques mois encore pour arriver au terme. Il compte surtout sur la répercussion qu'auront sur les Alliés les désastres de la Russie; il compte en outre sur des troubles intérieurs en Italie et en France. Dans les milieux politiques et diplomatiques on fait tout pour décourager les Slaves et pour mettre fin à leur résistance. Ainsi, par exemple, l'affirmation que l'Entente se désintéressera des Tchécoslovaques et des Slaves de l'Autriche en général, et que surtout V Angleterre a complètement abandonné le projet de partager l'Autriche, est devenu le <( Leitmotiv » des conversations des
hommes politiques avec les Slaves. On a souligné le silence d'Asqiiith dans son récent discours de septembre sur la question des nationalités en Autriche et on n'a pas manqué d'en tirer parti. Czernin a maintes fois affirmé à qui voulait l'entendre que l'Autriche aurait la vie sauve ; qu'un hasard l'a sauverait au dernier moment. Il compte, comme je l'ai déjà dit, surtout sur la Russie, sur le désordre et la démoralisation en Italie et en France. Il fonde de gravides espérances sur les socialistes italiens, français et neutres.
Aussi Czernin favorise-t-il toute entreprise pouvant amener un contact direct entre les socialistes, etc., des deux côtés. Malgré l'opposition de V Allemagne officielle et militaire, Czernin a favorisé Stockholm de toutes ses forces. Pendant les semaines qui ont précédé le départ des délégués autrichiens pour Stockliolm, on a artificiellement créé à Vienne une atmosphère pacifiste incroyable. Les journaux du soir, qui ne passent pas à l'étranger, publiaient des nouvelles sensationnelles. Le Sechsuhrblatt publia la nouvelle, d'ailleurs fausse, que Daszynski et Adler avaient été reçus en audience par Czernin (c'était Adler et Seitz), ce qui créa aux socialistes allemands d'Autriche de grands ennuis.
Somme toute, il faut s'attendre à de nouvelles manœuvres de Czernin qui s'efforcera de conclure l'affaire avant le printemps prochain, époque où la situation sera désespérée.
Quant à l'intervention américaine, Czernin et les membres du gouvernement affichent une insouciance derrière laquelle on devine facilement de graves préoccupations. En effet, Czernin dit que la paix sera conclue avant que les États-Unis puissent développer leur force militaire, mais en réalité on a peur de l'Amérique.
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