IV. Instruction nationale
►La nationalité d'un pays peut-elle se maintenir long-temps sans la liberté d'instruction nationale? Non, certes ; aussi c'est elle qui actuellement est en Pologne l'objet de la plus grande aversion du gouvernement russe; l'autocrate s'est, à la vérité, gardé de l'abolir ouvertement dans son statut , il n'y supprime (|ue le ministère relatif à c elle l)ranche d'aminislration (art. 55) , en conférant la surveillance des écoles au directeur de polijce; mais des ukases particuliers, dont nous allons reproduire quelques uns, ci-après, vont plus directement au but. Déjà les universités sont supprimées, leslycées réduits à quatre classes, la langue russe enseignée partout, comme objet principal des études, les bibliothèques publiques, ainsi que celles appartenant aux sociétés littéraires, les musées, les cabinets, les monumens, et en général toutes les richesses scientifiques, décrétées comme prise de guerre, et condamnées à être transportées en Russie; enfin toutes les sociétés littéraires dissoutes (*).
(*) Voici la tcaeur des deux ukases Velttife à l'enlè-
Y. Droits des parens sur leurs enfans. *
L'autocrate persuadé : ijue, quelle que soit la vigilance d'une autorité hostile sur l'éducation
vement de la bibliothèque de 'université de Varsovie et de celle de la société des amis des lettres.
Ukase DATÉ DE Saint-Pétersbourg, 6 AVRIL 1 832. N" 994'
Etat-maj or-général de S. M. t empereur, au lieutenant du royaume feld - maréchal prince de Varsovie , comte Paszkiewicz Erywanski.
« S. M. l'empereur , instruit par le ministre secrétaire d'Etat , comte Grabowpki , de la lettre que vous lui avez adressée, le 26 mars dernier, n** 3 198, afin d'obtenir la permission de laisser à V université de Varsovie une partie de sa bibliothèque , m'a ordonné d'mformer V. A. qu'elle permet qu'on laisse à Varsovie les ouvrages de médecine, dethehlogie, et ceux qui sont nécessaires aux travaux de l'observatoire astronomique. Quant aux livres de Jurisprudence et autres, S. M. l'empereur, regardant comme injpossible la conservation de cette faculté auprès de l'unijersité de Varsovie avec ses anciennes bases, ordonne de les transporter tous à Saint- Pétersbourg, conformément à son premier ordre. Eu communiquant à V. A. cette décision suprême , j'ai l'honneur de vous prévenir qu'il a plu à S. M. que les dettes dont la bibliothèque nationale de Varsovie est grevée, et qui montent à 5 1,000 flor. , ains< que celles du cabinet des médailles, qui montent ii » 5o,ooo flor., 6»ient payées
de la jeunesse d'un pays condamné à la ruine , elle ne pourrait jamais empécher'l'influence des parens sur l'esprit de leurs enfans, n'a pas reculé devant la plus horrible mesure , et
sur \es revenus du royaume, attendu que les Russes ayant pris Varsovie par la force des armes , tous ces objets appartiennent à la Russie par droit de guerre.
Signé, l'aide-de-carap-général Czernischeff. »
Ukase daté de Saint-Pétersbourg, le 6 avril dernier.
Etat-major général de S. M. l'empereur au lieutenant
dit royaume.
« A la lettre de V. A. , adressée le 9,6 du mois dernier, n° 3 167, au ministre secrétaire d'Etat, cornteGrabowski^ et accompagnée d'une requête du lieutenant-général Rautenstrauch , relative à la conservation de la bibliothèque pour la société littéraire de Varsovie, S. M. l'empereur a daigné m'ordonner de répondre à V. A. que S. M. ne peut pas reconnaître la solidité des argumens que le général Rautenstrauch a présentés dans sa requête , comme quoi ladite société est restée fidèle, dans l'intervalle de la révolution , au but de son institution , et ne s'est occiipéé que de recherches et de travaux littéraires ; car ses principaux membres , tels que le prince Adam Czartoryski et le trop fameux Niemcewicz , furent des plus actifs lors du fatal renversement de l'ordre dans le royaume, ejtil se trouvait Ja/w doute parmi les agitateurs beaucoup d'autres membres de cette
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couvrant les intentions les plus iniques du masque de bienfaisance , il r&vit aux classes les plus nombreuses de la nation polonaise le droit de disposer de leurs enfansp Voici les ukases
société , inconnues h S. M. Ces raisons suffisent à S. M. pour que la socield littéraire de\ Varsovie cesse d'être considérée comme existante. Vo\faut, en outre , dans la rtquêle du général RauteustraucU , que la bibliothèque de cette société se compose des livres donnés par des • particuliei-s, qui croient avoir le «Jroit de reprendrelcur don , si cette institution venait i être modifiée ou dissoute pour une raison queiconq^ie , S. M. l'empereur > permet bien à V. A. d^ présenter à sa haute délibération une liste des personnes qui , à cette condition , ont fait don à la société , pour qu'on puisse juger ']us(}uà ■ quel point il sera possible de fairjî droit à cette réclamation. Il a également plu à S. M. que V. A. lui communique des détails (sur la maison di les capitaux appartenans à la société , en indiquant dn même temps par qui et dans quel but ils lui furent donnés , quel est le montant de ses dettes , et quel usage on pourrait faire de la maison qu'elle occupe.
Signé, l/iTlieutenant-général Czermscheff.
Un récit exact et circonstancié] d'autres traiu de vandalisme russe en Pologne , depuis la révolution , accompagné des documens officiels, se prouve daps Ja brochure récemment publiée sous le titre: Nou^ellesfde la Pologne,^uWlel i832. In-8° , Paris ^ au bureau de la Revue e^cyclop4dic]ue y rue des Saints-iPère» , n**»
dont la lecture seule fait frémir l'humanité, et en vertu desquels les enfans de la Pjjlogue , vagabonds, orphelins et pauvres, qualifications abandonnées entièrement à l'interprétation arbitraire des coramandans militaires, seront désormais transportés hors du pays, pour être élevés dans des colonies à l'état abrutissant de soldat russe.
I. Uka.se de l'autocrate transmis au gouvernement DU ROYAUME, DATÉ DE SAINT-PETERS- BOURG, LE 24 MARS DERNIER, TS° ID'JQ.
Etat-major général de l'armée active au conseiller d'État Tymowski , rempli^ant les fonctions de conseiller secrétaire d'Etat auprès du conseil d'administration du royaume de Pologne.
. Le chef de l'état-raajor de S. M. dans les colonies militaires , le général d'infanterie Tolstoy, communiqua , le 19 février dernier, au commandant en chef de l'armée, l'ordre de S. M. l'empereur, de réunir dans le royaume de Pologne tous les enfans mâles, vagalmnds , orphelins et pauvres , de les diriger sur Minsk , et de les y remettre au commandant de la garnison, pour être placés dans les bataillons des càntonnistesmilitair^s^et renvoyés aux lieux dé-
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signés par le règlement d,. chef ,1e Pétat-major gênerai dans les colonies militaires.
• . Le commandant en cl.ef de l'armée active a ordonné à tous les commandans militaires de, Valatmat, d'exécuter rigo.,re..seraent cet or- . dre suprême; et il a allouéfc sur les sommes destmees.dans le budget du royaume, aux dépenses imprévues de l'armée, pour le compte de Imtendancede camp, les fonds nécessaire» a I enlrelien et au transport desdits enfans jusq..a Minsk. En remplissant l'ordre qui m'est donne, d informer Votre Excellence pour quo vous le présentiez à la séance du conseil je vous communique en même temps, ci-joiûte, eopiedes ordres queS. A. lepripce lieutenant du royaume a envoyés aux commandans militaires des pala^nats et au général intendant.
StgrU : Le chef de l'état-major général, lieutenant-général Oorozakow... ■> , -,
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envoyés à Minsk, chef-lieu du gouvernement (lu même nom , où il en sera disposé selon les règlemens de l'état-major général de S. M. L'exécujion de celte volonté impériale a été déjà recommandée aux commandans militaires des palatinats, et l'intendant-général de l'armée a reçu l'ordre de faire confectionner des habillement de trois sortes, selon la taille, petite, moyenne ou grande des enfans de sept à seize - ans, et en comptant cent pour chaque palatinat{*). L'employé de quatrième classe Pogodin vient de présenter à mon approbation les modèles suivans, exécutés par jes artisans libres : un bonnet de drap gris a^ec des passement, jaunes, des manteaux et des vestes du même drap à collet jaune et à boutons unis, un pantalon gris sans paremens , un col- cravate noir, des bottines, des chemises (deux pour chaque' enfant), des inopceàux de.toile pour tenir lieu (*)La dë«igqati#ii.;<^qle ^e.^çei»^ cBJà'as par palatioat
(le bas. Ces habillemeiis , semblables à ceux des cantoniiistes russes, en eu comptant cent pour chaque palatinat, coûteront 48,-^2^1 flor. et n gr. Après avoir approuvé les modèles qui m'était nt présentés, ainsi que les prix des matériaux nécessaires à leur confectionnement, j'ai ordonné aux commandans militaires des Palatinats d'en faire faire par les artisans militaires attachés aux régimens cantonnés dans les palatinats, pour la moitié du prix indiqué. L'intendant général a reçju l'ordre de préparer les modèles mentionnés pour tous les palatinats, et de les envoyer aux commandans militaires, ainsi que les foncjs nécessaires. D'après ces informations, je prie Votre Excellence d'assigner sur les sommes destinées dans le budget aux dépenses imprévues de la guerre , 48,222 fl. 7 g. pour l'habillement de huit cents enfans, et de les mettr^ à la disposition de l'employé de quatrième classe Pogodin, qui en rendra compte en temps utile.
Signée le priqce de yarsovie, Paszkiewicz Ehywansri.. j
VI. Langue iNATioiflLi;^ La constitution de 1 8 1 5 a consacré un article
séparé à la conservation de la langue polonaise. Il y est dit (art. :>8) que:
« Toutes les affaires publiques, administratives, judiciaires et militaires, seront sans aucune exception traitées dans la langue polo*naise. »
Le statut du 26 février reproduit, il est vrai, la même disposition, mais avec certaines ouïssions, qui, tout imperceptibles quelles soient, mettent cependant en doute la bonne foi du législateur. Il y est dit nommément (article 34) : J
« Toutes les affaires administratives et ju- «liciairesdaus le royaume seront traitées dans la langue polonaise. »
On a eu garde de faire mention des affaires militaires ainsi que d'inscrire la clause « sans » aucune exception. » '
Effectivement, les mesures que met en pratique le gouvernement russe ne sont nullement de nature à faire voir une sincère intention de favoriser la langue polonaise; la disposition de l'art. 34 ci-dessus mentionnée n'est qu'un leurre propre à tromper les crédules ; l'autocrate n'y accorde que ce qu'il n'est pas en état de refuser car, tout puissant qu'il soit, peut-il forcer les Polonais à oublier leur langue et à çompren?
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dre le russe ? Il préfère mettre en œuvre des moyens indirects pour parvenir à ce but, et voilà comme il s'y prend:
r II marie, dans les afaires, la langue polonaise à la russe , cette dernière n'étant pas positivement exclue dans le statut. Déjà , par une innovation jusqu'alors inusitée , \q Bulletin des lois , les procès-verbaux du Conseil administratif, sont rédigés moitié en langue polonaise, moitié en russe. i 1
2° Il ordonne l'enseignement de la langue russe dans les écoles primaires, comme objet principal des études. ' - !
3° Il donne les emplois de préférence à ceux des Polonais qui savent la langue russe.
Tous ces moyens perfides , joints à mille autres, finiront , si l'on ni s'y oppose, par détruire un des caractères les plussaillans de toute nationalité.
Vil. Armée.
J^'^rmée nationale est peut-être le rempart le plus solide qu'on puisse élever contre les empiètemens ^nattdj^tité , non seulement par l'influence morale qu^lje, exerce, mais aussi par la force matérielle q^^^ produit. Aussi le congrès de Vienne l'a-tHlscrupuleu-, sèment garantie au royaume de Polog^^n lui
conservant sa charte du 27 juillet 1807, dont l'art. 79 porte: « Que la force armée sera com- » posée de trente mille hommes de toute arme, y> présens sous les armes ^ les gardes nationales non comprises. \
Alexandre , dans sa charte de 1 8 1 5 , s'est réservé , il est vrai , à lui-même la fixation de la force armée polonaise (art. 1 54) , non sansrester obligé à consulter préalablement les chambres (art. 91 ) ; mais il s'empresse d'ajouter que celte armée existera et conservera en outre :
« Les couleurs de son uniforme , son^œs- » tume particulier, et tout ce qui tient à sa na- » tionalité ( art. 1 56 ). »
Alexandre reconnut donc lui-même que Varmée de la Pologne était sa nationalité , et effectivement cette armée composée de trente mille hommes a existé jusqu'aux derniers évènemens. |
Aujourd'hui , ni la volonté immuable du congres, ni les résolutions de son frère, nila foi jurée par lui-même^ , n'ont fait hésiter Nicolas à anéantir d*jio trait de plume , et à jamais , Varmée polof^nise. C'est contre ce caractère de nationalité qu'il a exercé sa principale, sa plus implacable vengeance. D'après l'art. 20 dn statut :
l'empire et dans le
« L'armée russe dans royaume formera un seul tout ,' sans distinction de troupes russes et polonaises. L'empereur se réserve de décider plus tard, par une loi spéciale, dans quel rapport , et sur quelles hases le royaume de Pologne contribuera à son armée. »