COUPE DES PROFONDEURS DE L'ATLANTIQUE
Neuve, au cap Clear en Irlande, s'étend le plateau sous-marin sur lequel a été posé le premier câble télégraphique unissant l'ancien et le nouveau monde. C'est aussi sur ce plateau qu'ont été d'abord recueillis les échantillons du fond composé de coquilles microscopiques dans un état parfait de conservation. L'examen de ces coquilles a mis en lumière des faits d'une grande importance, tant pour la géologie que pour la zoologie, et les lecteurs de la
Xature ont pu déjà apprécier, dans les intéressants articles de notre collaborateur M. J. Girard, tout l'attrait des études qui ont pour objet le prodigieux travail des myriades d'animalcules dont les profondeurs océaniques sont peuplées.
Les courants de surface et les courants sousinarhis, les mouvemenls lents connus sous le nom de dérive, de l'Océan, la salure et la densité des différentes mers, leurs températures, bs grands mou-
vements et les phénomènes de l'atmosphère, ont donné lieu à d'innombrables observations, résumées dans la géographie physique de. lu mer avec un rare esprit de généralisation. L'entreprise si véritablement internai tonale «jui a été le point de départ de ces observations est poursuivie par des savants éminents en Amérique, en Angleterre, en Allemagne, en Hollande, eu Italie, eu France, dans la plupart, des Etals civilisés, et les résultats obtenus permettent d'espérer que les masses de documents qui sont maintenant coordonnés et discuté*, conduiront aux plus importantes applications théoriques et pratiques. L'avenir de la science, principalement de la météorologie, est dans l'association. Le lieutenant Maury a mis sur la voie de ce progrès par la réalisation d'une idée aussi simple que féconde ; l'étude et, la discussion des observations enregistrées dans les journaux tle bord. Mais les premiers et admirables fruits do cette heureuse idée ont été dus à ses méthodiques études, à sa pénétrante induction, à son profond amour de la nature, et à l'élévation d'un esprit d'élite dont la place est marquée dans la glorieuse, histoire de la science au dix-neuvième siècle.
Klie Marooi.u';.
LES CRIQI'ETS DÉVASTATEURS
Il ne se, passe pas d'année où l'on ne lise dans quelque journal un récit d'invasion de Sauterelles, de? calamités qui en résultent, et souvent des craintes si justifiées de la famine, conséquence de la vigile dis terribles eobort.es ailées. L'Algérie vient de nouveau, en 1875, d'être éprouvée parleurs ravages.
Si, depuis l'avant-dernière plaie d'Kgvpte, on C.-.1 bien édifié sur le fléau, on connaît encore l'oit mal les agents. Les espèces migratrices de l'Amérique et de l'Australie sont pour la plupartiuédites. et. beaucoup de confusion existe relativement aux espèces qui euvabissent l'Europe ou les régions de l'Asie Mineure et du nord de l'Afriq ie, qui sont ses dépendances commerciales les plus voisines dans les deux plus grands continents de l'ancien monde.. Leut-ètre rendrons-nous service en présentant à cet égard des notions scientifiques encore assez incomplètes.
D'abord que signifie le mot. Sauterelles? Lien qu'il y ait des genres sauteurs dans divers ordres d'insecte-, on applique seulement ce nom à ceux des orthoptères dont les cuisses postérieures sont longues et épaisses et pourvues de, muscles puissants.
Repliées contre la jambe qui s'appuie sur le sol, elles se débandent brusquement en se redressant et lancent le corps de l'animal en avant comme par l'effet d'un ressort. Nous reconnaissons les orthoptères à leurs grandes ailes bétéronomes, existant dans la plupart des espèces , les antérieures en général étroites et coriaces surtout au bord antérieur (pseudélytres), les postérieures (ailes principales) membraneuses, amples, élégamment repliées eu éventail
au repos, afin que les pseudélvtres puissent les recouvrir et protéger contre les chocs et les déchirures la voile délicate. Les orthoptères constituent les gros mangeurs parmi les insectes; ils sont pourvus de pièces buccales courtes et fortes, propres à broyer et à couper les végétaux, fin outre leur tube digestif à nombreuses poches rappelle l'estomac multiple des ruminants, qui sont, eux aussi, L.s grands destructeurs des plantes.
Tout d'abord élucidons une question de vocabulaire cntornologiquo, à propos des insectes orthoptères dévastateurs; il y a peu d'exemples en zoologie d'aussi grands écarts entre le langage vulgaire et les noms de la science exacte.
Les véritables sauterelles sont les Loeustiens. Leur type le mieux connu est celui de la grande sauterelle verte (l.aatsta WnVîs j si»iiï,Liim.), YàSauterelle à coutelas, de Geoffroy, qui vole à quelques mètres de distance, en étalant ses vastes ailes de gaze verte, dans les blés, les prairies, les plates-bandes do légumes, les bordures des champs. Le mâle, retiré souvent dans les haies et caché par les feuilles, chante pendant toute la nuit à la fut de l'été. Ou croirait, entendre vie, ztc,zi.c, avec des interruptions égales à la durée de chaque note. C'est ce grand et bel insecte qu'on nomme souvent, la Cigale, aux environs de Paris,
Il est représenté en tète de la fable classique, dans des anciennes éditions illustrées, faites sous les yeux de La Fontaine, qui partageait l'erreur commune. Si l'on examine de près cet insecte caractéristique et qui n'est pas nuisible, on observe que ses pattes se terminent par des tarses de quatre articles. Le nombre des articles des tarses fournit, comme on le sait, d'excellents caractères de classification aux entomologistes. En outre, ces insectes ont de longues et fines antennes, et les Loeustiens femelles oilrcnt J'abdomen prolongé par un long liivan en gouttière, destiné à la ponte des neufs. Cet oviscapte, qui rappelle par la forme un coutelas ou un sabre, selon qu il est droit nu courbé, indique des insectes qui déposent leurs œufs dans des cavités, des fentes du sol, des fissures des végétaux. Le chant des Loeustiens est produit, presque exclusivement chez les mâles, par le frottement de certaines parties des pseudélytres ou ailes de devant l'une contre l'autre. C'est la résonnauce du tambour de basque, toujours avec la même note, variant, suivant les espèces, d'une monotonie fatigante.
Les orthoptères dévastateurs appartiennent à un autre groupe ; les Acridiens ou Criquets. Los différences sont très-notables pour quiconque a un peu l'habitude d'observer. Les antennes sont plus ou moins courtes et épaisses. Les tarses n'ont plus que trois { articles. Les femelles ne présentent plus au bout de : l'abdomen le tube allongé des précédentes. Les quatie pièces accolées deux à deux sont devenues quatre valvules, courtes et pointues, deux supérieures, deux inférieures. Aussi la ponte a lieu sur le sol même ou dans de vastes creux où l'insecte peut introduire tout
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son abdomen. En outre les organes musicaux sont différents. Les violonistes remplacent les cvmbnliers. Le chant des mâles résulte du frottement des pal tes de derrière, munies d'épines ou de stries, contre les grosses nervures des pseudélytres. La note est grave quand le mouvement de la patte est allongé et. lent, aiguë s'il est court et précipité. Les timbres diffèrent selon les espèces, comme avec des crécelles de bois, de carton ou de métal. Ces stridulations fout plus variées que celles des vraies sauterelles ou Locustions. De plus, elles ne se produisent que pendant le jour. Le? mâles aiment à se chauffer au soleil juchés sur les hautes herbes. Dans certaines espèces ils l'ont à l'approche des femelles des contorsions bizarres, comme pour les séduire et attirer leur attention. Le chant d'appel ou d'amour est plus doux et d'une antre note que le chant de jalousie et de colère, quandplusieurs mâles se rencontrent.
En Algérie on devrait, depuis longtemps, être éclairé sur ces insectes en raison de trop fréquentes cl cruelles expériences. Cependant la routine l'emporte encore et on no peut adopter, même officiellement, un langage exact. On y appelle, sauterelles les jeunes acridiens dépourvus d'ailes, et. criquets ceux qui, parvenus au développement complet, promènent au loin, avec le secours des vents, leurs légions affamées. Lors de la dernière grande- invasion de notre colonie, dans l'article du Moniteur qui annonce le fléau à toute la France et l'ouverture d'une souscription publique (1 er juillet 18G0), il c-l dit que les sauterelles dorment, naissance à des légions de criquets. Autant vaudrait scientifiquement prétendre que le faon du cerf devient, un bœuf. Malheureusement, chez nous, ces erreurs d'histoire naturelle sont, des plus fréquentes, même, parmi les personnes instruites, delà tient surtout à la déplorable idée qui a germé dans quelques cerveaux de théoriciens saturés de mathématiques pures, lorsque, sousleurbaute et maladroite initiative, les sciences naturelles ont subi un véritable ostracisme dans renseignement secondaire, et cela parmi les compatriotes de Cuvieret de Geoffrov Sahit-llilaire.
Les criquets, comme tous les orthoptères, sont des insectes à métamorphoses dites incomplètes. À leur sortie de l'œuf ils sont agiles et pourvus de leur conformation définitive. Ils n'ont plus qu'à s'accroître en taille, à acquérir les organes alaires et à développer un appareil génital rudimontaire. Leurs moeurs, leur nourriture restent les mêmes pendant, toute leur vie. Il parait probable, comme l'indique Mnrray, que cela dépend d'un développera a nt embryonnaire très-avancé, et qu'ils subissent sous les enveloppes de l'œuf les phases que d'autres insectes accomplissent au dehors, celles de larve et de nymphe sédentaire ou second œuf. De cette façon tout se trouve ramené à un plan unique.
,\ous aurons à examiner les principales espèces qui nous infligent ces dévastations, rangées par nos ancêtres an nombre des plus cruels châtiments de la colère céleste, puis nous indiquerons, dansuncrevne
rapide, quelques détails historiques sur leurs apparitions en France et eu Algérie. 11 est tout d'abord un fait encore inexpliqué et très-important. La plupart des espèces d'Acridiens, quoique considérables en nombre d'individus, restent disséminées sur d'immenses espaces, surtout dans les localités montagneuses et arides, et ne causent pas de véritables dégâts. D'autres, zoologiipiement analogues, demeurent aussi à l'ordinaire cantonnées dans des steppes lointains, ainsi dans la Tartane ou au Sahara, et n'ont qu'une locomotion très-hornée, prolongeant leur saut par un vol de quelques mètres, qui n'est le plus souvent qu'une action do parachute. Maison certains moments, sans doute lorsque les parasites sont devenus impuissants à restreindre, dans de justes limites l'accroissement prodigieux d'une famélique multitude, quand toute nourriture manque, l'instinct migrateur se développe. Les insectes en général s'écartent peu des lieux qui les ont vus naître et qui nourriront, leur postérité ; des circonstances insolites, une sorte de pressentiment mystérieux, amènent des voyages au long cours, dans tous les ordres de ces miniatures zoologiques si hautement privilégiées par leurs fonctions de sensibilité et de locomotion, et, je dirai même, par les lueurs intellectuelles. Ne voit-on pas des voyages aériens des papillons blancs du chou et de la rave, on de la belle-dame (Vanessa Cfirdui, Linn.), et. aussi des coccinelles ou bêtes à bon Dieu. Les sphinx du liseron et du laurier rose viennent des profondeurs de l'Afrique jusqu'en Angleterre renouveler des espèces imparfaitement appropriées à nos climats, et destinées à disparaître sans cette immigration; de même que les colonies de la race européenne dans la zone torride, boréale ont besoin de renouveler, par de continuelles arrivées de sujets d'origine, une race où la reproduction s'arrêterait sous l'influence d'un climat débilitant. Les insectes des mares (coléoptères, hémioptères) passent souvent plusieurs générations sans faire usage do leurs ailes; tout à coup, la proie épuisée, ils s'envolent par quelque chaude soirée d'été, et portent le ravage dans des eaux nouvelles.
Quand les Acridiens dévastateurs vont entreprendre leurs funestes pérégrinations, ils passent quelques jours à se préparer. Grimpés sur les broussailles ou au sommet des gazons brûlés par le soleil, on les voit gonfler et rétrécir alternativement les anneaux de leur abdomen.
Ce sont des mouvements d'inspiration par lesquels ils chargent d'air leurs trachées ou tubes respiratoires, emmagasinant une forte provision d'oxygène, source de force musculaire par la combustion. Ces trachées, qui à l'ordinaire sont plates et paraissent dans la dissection sous l'eau comme de minces rubans d'argent, deviennent gonflées et cylindriques, avec des vésicules plus renflées par places.
Comme à un signal, précédée de quelques essaims d'avant-garde, une immense armée de destruction et de mort prend sou essor, et, gagnant nue couche atmosphérique où règne le courant propice, se dirige
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vers les ragions cultivées, parcourant des centaines de kilomètres en nuage qui intercepte le soleil.
Le choc précipité des ailes ressemble, au sombre mugissement de la mer courroucée. Il nie parait certain, d'après mes expériences sur les insectes bons voiliers, que la température du corps, d'ordinaire assez faible parmi les orthoptères, qui volent peu, doit alors présenter un grand excès au-dessus de l'air ambiant, comme chez les sphinx, où In main suffit pour constater une forte chaleur, lorsque pendant les soirées fraîches de septembre, on saisit entre les doigls leur corps frémissant.
M.miuce Gnu
— I.r MiiU: [Hochniin'iiioiu
LA TKLIÎGRAPHIE ATMOSniKLUQLE
(Suite et fin. — Voy, pa^e lït.VJI-J.
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11 n'est pas de visiteur qui, voyant partir les curseurs engagés dans les tubes pneumatiques, ne pose cette question : « Si les boîtes s'arrêtent