LES BOLÉES DE SAUVETAGE
A LUJIIË11E IXEXTINUL'lllI.E.
On emploie, depuis longtemps, à bord des navires, diverses espèces de bouées, ou flotteurs, pour le sauvetage des hommes tombés accidentellement, à la mer. Le règlement des vaisseaux del'Ktatest formel : dès (pie le cri: l'n homme h la mer! s'est l'ail, entendre, le factionnaire placé près de la bouée doit trancher, d'un coup de hache, la corde qui retient celle-
ci suspendue à l'arrière du bàlimenl. I,a bouée de jour est formée d'un disque en hége assez épais, traversé eu son milieu par un tube métallique vertical : dès que l'appareil tombe à l'eau, un mécanisme trèssimple fait sortir, à la partie supérieure du tube, nu drapeau rouge qui doit servir do guide au naufragé, bannit., une autre disposition est en usage : au centre du flotteur est iixé un cylindre en cuivre contenant une fusée d'artifice; lorsqu'on vient à couper la corde qui tient la bouée, cette dernière, pendant sa chute, raidit un autre bout de filin attaché par uu
ftouvcdle buui'e lumineuse (système Silas).
petit crochet en S, à la partie supérieure de la fusée, laquelle se trouve, par la secousse mémo, presque entièrement sortie du tube, puis aussitôt enflammée par son amorce; le crochet, supportant alors le poids de tout le système, ne tarde pas à céder, abandonnant la bouée qui tombe à la mer. On obtient de la sorte un signal lumineux durant vingt minutes environ.
11 est aisé de comprendre les inconvénients de ee procédé: la flamme de la poudre peut être éteinte par l'effet du vent, de la pluie, ou des vagues ; de plus, par sa nature même, cette flamme, quoique visible à une certaine distance, ne jouit pas de propriétés éclairantesqui permettent de faire distinguer, dans l'obscurité, les objets environnants. Dans le but d'obvier à ces difficultés, inhérentes à l'emploi de la poudre ou de toute autre matière combustible habi-
tuellement usitée, MM. Sevfci'th et Silas ont mis en pratique une idée fort ingénieuse : utiliser la propriété singulière offerte par un composé du phosphore, le phos phure de calcium, de fournir, au contact de l'eau, un gaz qui brûle spontanément à l'air, en donnant une vive lumière que la tempête même ne peut éteindre 1 .
Voici en quoi consiste l'appareil imaginé par les inventeurs, avec [es modifications apportées à sa forme primitive par, le conseil de l'txole de pyrotechnie de Toulon : la bouée, en bois ou liège, analogue à celles déjà cmplovées pnr la marine, porte à
1 Le phosplim-c de calcium est un cm ps sulide, de couleur hrune, campusé de p!'o*plioœ et de çjdcium : ou suit que ce dernier, réuni i l'oxygène, constitue la chaux. En piv.sf.iice de l'eau, le pliosphun; donne lieu à un dégagement d'hydrogène phosphore qui s'enflamme spontanément â i^iir.
LA JVATURE.
son centre une cavité dans laquelle est installé le système; éclairant. Ce dernier se compose d'une boite métallique (destinée à contenir le phosphore de calcium), encastrée dans le flotteur et traversée par un tube qui dépasse d'une certaine longueur en liant et en bas. Ce tube, dans la portion qui traverse la boite, est percé de trous permettant, nu moment favorable, l'entrée de l'eau nécessaire à la décomposition du phosphuro. Deux robinets, disposés, l'on à la partie supérieure du tube, l'autre au-dessous du réservoir métallique, sont reliés par une tige qui les rend solidaires l'un de l'autre: ils sont manœuvres parla traction d'une corde, attachée pur un anneau à la tète du robinet supérieur, que protège contre les clioc-i une calotte métallique percée d'un trou dans lequel passe la corde. Pont' faciliter le change tient de la boîleuphosphure, quandsa provision est épuisée, l'assemblage de celle-ci avec le tube est à vis ; dans le but de rendre la fermeture plus hermétique, une rigole ménagée à cet effet permet de couler un peu de résine qui intercepte complètement le passage de l'air.
Tels sont les organes essentiels de l'appareil; il est facile maintenant d'en comprendre le, jeu. Lorsque le factionnaire a coupé l'amarre, passée dans une poulie, qui tient la bouée suspendue par ses trois chaînettes, la première secousse l'ait raidir une ficelle de résistance moyenne, attachée d'une part à la tige des robinets et de l'autre à un piton fixé sur la poulie : cette action suffit à faire ouvrir les deux robinets qui doivent permettre l'entrée de l'eau et la sortie du gaz. Ce premier mouvement accompli, la ficelle se brise ; on choisit on effet, pour cet usage, le filin qui sert à fabriquer les cartouches à boulets ; ce cordage ne peu! supporter, sans rupture, la secousse donnée par im poids de ,*>!) kilos environ. La bouée tombe alors à la mer, et l'eau s'introduit aussitôt dans le tube inférieur, par les trous duquel elle, passe dans le réservoir: dès que l'eau, se trouve en contact avec le phosphore de calcium, l'hydrogène phosphore se dégage et vient s'enflammer à l'orifice du tube supérieur dont le robinet est ouvert ; la flamme obtenue jouit d'un éclat remarquable et ne peut s'éteindre tant qu'il reste du gaz. Le dégagement est même si intense, au commencement de 1 opérutiou que, pendant les cinq premières minutes, la flamme a plus de 50 centimètres de longueur; on a reconnu, dans les expériences faites à Toulon, qu'une charge de 450 grammes de phosphuro, avec un. tube dont l'orifice supérieur est de A millimètres, fournit une lumière qui dure une heure dix minutes. Pendant la dernière demi-heure, la réacliouse faisant avec plus de lenteur, par suite de l'épuisement de la matière contenue dans le réservoir, il y a, dans le jet de flammes, quelques intermittences, mais clins sont de courte durée. INous avons représenté le curieux appareil, flottant à la surface des Ilots au moment où , grâce à sa vive lumière, il va pouvoir assurer le salut au malheureux qu'un coup de mer a arraché de son navire.
If. Y. Silas, archiviste de l'ambassade de France, i à Vienne, a développé, dans nu mémoire publié en 18f>'J, diverses autres applications du phosphore de calcium à des appareils qui pourraient être d'une grande utilité pour les marins, exposés pendant la nuit à tous les dangers de la tempête. L'auteur fait valoir les avantages que présenterait son procédépour établir: — un petit fanal portatif, qui, réuni par un lieu à la ceinture de sauvetage, flotterait derrière le naufragé de manière à le faire distinguer dans l'obscurité; — un fanal de détresse à grande flamme, permettant à un navire en danger de signaler sa préj seuce au loin, et d'éclairer au besoin, les embarcations ! de sauvetage; — enfin, divers systèmes de transi mission nocturne de dépêches, signaux, etc. — I M. Silas indique encore un autre usage spécial de ses appareils qui mérite d'être mentionné : il propose de les utiliser, sur les voies de chemins de 1er, pour garantir un train en détresse par un feu visible à une distance considérable, n'exigeant pour être allumé, qu'un peu d'eau et résistant au vent et à la pluie.
L'amiral lligault de Gonouilly, ministre de la marine, avait, eu 18(j8, fait étudier avec le plus grand sein, par l'Ecole do pyrotechnie de Toulon, les bouées à lumière inextinguible; tous les rapports faits par les commissions appelées à juger du. mérite démette invention lui furent très-favorables. Depuis cette époque, on a entrepris sur ce sujet une série de recherches dirigées à un double point de vue: d'une part, le fonctionnement facile et immédiat, des bouées, et de l'autre, la parfaite conservation du phosphore soumis à des circonstaucesatmosphériqiies variables. On a d'ailleurs fait distribuer à toutes les stations navales que possède la marine française dans les mors lointaines des bouées Silas destinées à être expérimentées sous différentes latitudes.
Les études consciencieuses butes à cet égard par nos officiers avaient été un peu perdues de vue à la suite de la dernière guerre ; elles sont reprises eu ce moment avec toute l'attention que comporte un sujet intéressant à un si haut point la navigation maritime. Lue circonstance récente vient encore coiitiibuor à l'actualité de lu. question qui nous occupe: la marne anglaise se dispose à adopter, d'une manière générale, les bouées à lumière inextinguible, sous le nom d'un étranger qui s'est contenté, de copiée l'idée de notre, compatriote 1 . Il appartient à la France de revendiquer la priorité de celle invention. et de rendre à chacun ce qui lui est dû, selon l'adage
latin : iS««?n cuiqvc.
P. de Sai.m-Michel.
i Nous .-tvims pailû île eelti; imeiitiuii ,|i;i^J 77': et nous sommes tieineux île rectiiier iiujininl'luii l'erreur que iiuus avions bien imoleiiUiiTiuent tuiuuiiso, au détriment d'un de nos dut i l'-it i iuLes. ,G. T. ,
LA NATL'IU
REYl'E MËTEOKULOUIQIjE
Le père Denza, directeur de l'observatoire île Moneuheri, a attaqué, dans une lettre que publiant la plupart des journaux italiens, les prédictions faites par les astronomes de Paris sor les ploies et les chaleurs de l'été. Le savant astronome a eu la lionne idée de donner un tableau du maximum des lempétures de toutes les stations en communication scientifique avec l'établissement qu'il dirige. On reconnaît que tuus ces muxunss se sont produits dans le cours du mois de juillet, et qu'on peut les séparer en deux groupes, ceux qui ont atteint leur maximum dans la première décade et ceux qui ne l'ont atteint que dans la troisième. Le milieu du mois avant été troublé par des orages qui ont Cette année coïncidé avec la pleine loue, la température a partout été moindre du 10 au ai) que du l'' 1 ' au 10 ou du 20 au 51 . Nulle part le maximum ne s'est produit après le ,11 juillet, (l'est à peu de chose près ee qui s'est passé dans nos régions avec cette dillérence que, le maximum de température, s'est, plutôt produit à la fin de juillet qu'au commencement, contrairement a ce qui a eu lieu en Italie.
Maxima du commeueeiueul. île juillet.
Alexandrie. . . . ôô°2 Palaiiza 50 li (j
Serravillu .... 5rr2 Ivrée ô"2 l> 2
lira 7ii>" Mondovi fii'O
Vercelli ô>9 lliello 51"o
Lodi 5i*'G Vasallo 29"
Moncalieri .... 5i"2 Castchino .... 37 u 8
Visevano 55"7 Sacra-Sahit-liii bel 20 1
Saluées 55"5 Aoste ...... 2I"0
Plaisance 52 u 7 Simplon 10 '0
Yolpeglino . . . . 32"7 Grand-Saint -lîoin. lt>"8
Muximu de la fin de juillet.
Domadoiuda . . . ôo"'l Cogne 2i-'o
Suse 52°9 Petit-Saint.-Jkm.. 19"2
Casalc 3'2"8 Col-de-Valdeonble 1G*
Nous ne citons pas seulement cet instructif tableau pour mettre en évidence les oscillations dont la température est susceptible dans un district météorologique de faible étendue ; nous tenons surtout à faire comprendre combien lesinllucnccs locales sont susceptibles de modifier l'état du temps. Eu effet, nous vuvoijs figurer des chiffres différant de 15". Quoique le soleil luise pour tout le monde, ses ravous n'agissent point de la même manière, même dans tout pays. C'est une vérité dont le père Denza ne parait que médiocrement, se douter.
Les raisonnements que nous avons faits pour la Lrance seplcnlnoiiale n'ont aucune valeur pour le district alpestre, dont nous ne nous occupons point. Lu Lrance, nous dépendon.s'pliis du courant polaire que du courant tropical, car le voisinage des résidus de la
débâcle annuelle produit des effets toujours très-énergiques efdunt les Italiens n'ont point à tenir compte, au moins de la inêineinaiiièreque nous. Au commencement de juillet, d'après le rapport du lieutenant Parent et du capitaine Pahlander, la banquise se rencontrait déjà par le 80", 48. Elle permettait à peine d'approcher de l'ile Doss. Un soleil trè.vénurgiqiie n'a pas manqué, de la démembrer. Les dernières nouvelles reçues de la Diana ne laissent aucun doute à ce sujet.
Il n'est pas impossible que le hardi y.icht ait pu franchir les débris accumulés sur la cote septentrionale du ^pitzberg, et s'avancer plus loin que les autres navigateurs arctiques ne l'ont fait. Mais ces débris ont-ils tous disparu sous l'action des rayons solaires'.' La chose est infiniment peu probable, car des glaçons énormes ont été récemment rencontrés dans les parages de Terre-Neuve. 11 est à présumer que ces glaces, échouées le long d'une multitude de baies et de rivages, ne vont point tarder à se ressouder. Suivant toute probabilité, elles deviendront lu racine de nouvelles banquises qui seront pour nous la cause d'un automne pluvieux et d'un hiver rude prématuré.
L'été exceptionnellement chaud pour nous de 1873 semble devoir être suivi, connue eu 1 775 et en 1795, j par un automne désagréable cl un hiver rigoureux, n'en déplaise au père Denza. Peut-être en sera t-il autrement en Italie : c'est une question que nous n'examinons point aujourd'hui, nous ne parlons que pour la Lrance, et encore uniquement pour la partie de. la Fiance qui fait partie du bassin océanique. Certains astronomes, qui trouvent tout naturel qu'un s'occupe du nombre des taches solaires et de leurs périodicités, seront sans doute surpris qu'on fasse entrer des phénomènes terrestres en ligne de compte dans la prévision rationnelle du temps. Mais, mémo \ dans le cas où nous nous tromperions dans l'usage que nous faisons de ces données, il ne nous resterait pas moins la satisfaction d'avoir été mi des premiers à en signaler l'utilité. Qu'il nous soit permis d'ajouter que notre manière de voir est partagée par M, John Colwells, de la marine royale d'Angleterre, habile navigateur qui connaÎL très-bien les mers arctiques, où il faisait campagne l'an dernier et dont nous préférons l'autorité à celle du célèbre jésuite italien. Nous prendrons lu liberté de faire remarquer que l'intluenoo du voisinage des glaciers se fait sentir d'une façon très-remarquable dans les chiffres recueillis par le père Denza, quoique les glaciers des Alpes soient bien peu de chose eu présence des masses de glace qui flottent sur l'Océan !
L'altitude est un élément important dans le déero:ssement de la température. Ainsi le Simplon n'offre que 19", t! dans son maximum de 1875, année trèschaude, parce qu'il est à un niveau de 2,003 mètres. Le petit Saint-LJeriiard, qui est à 185 mètres plus haut, n'a atteint que 19", '2. Enfin le grand Saml-Uernai'd, qui est à4G5 mètres au-dessus, ne donne plus que lt>8. La décroissance est beaucoup plus rapide
dans ce cas, parce que le pic est environné par les glaciers, grâce auxquels Je district alpestre se trouve singulièrement refroidi. 'W. ne ïosvieli.k.
LA GUISÉE SEPÏEMRIOXALE
A PitOI' OS DK I.' EXPÉDITION A N G I. Al SU.
La portion de la côte de Guinée qui sépare la république nègre de Libéria des bouches du ÎSiger a une étendue d'environ quatre cents lieues. Ello'se dirige presque exactement de l'ouest à l'est, et se trouve située à une latitude moyenne de 4 à û degrés au nord deTéqualeur. Cette longue ligue de pais m ritimes se partage en trois parties à peu pifs d'égale étendue : ia cote d'Ivoire, dont il semble que la république de Libéria finira par s'emparer, la cote d'Or, d'un accès plus facile et possédant un assez grand nombre depotts; enfin la cèle des Esclaves, lapins arideet, de toutes la plus inhospitalière. C'est, sur la côte d'Or que l'attention publique se trouve dirigée en ee moment. C'est donc de cette vaste partie de la Guinée que nous parlerons plus parlieulièrement.
L'embouchure de tous les fleuves de la Guinée septentrionale- est obstruée par des péninsules trèslongues et très-étroites, formées par des limons déposés pendant les grandes inondations, mélangés de sables, et, où s'est développée lentement une végétation bien moins robuste que celle des forêts inextricables de l'intérieur. Aucune partie du périmètre de l'Afrique n'offre à un aussi baut degré cet étrange caractère provenant en partie de l'état d'abandon dans lequel ont été laissés, depuis l'origine des âges, de puissanls cours d'eau dignes de rivaliser avec les plus grandes artères fluviales du monde.
Deut-ètre la côte d'Or est-elle plus riche que les autres parties de la Guinée en métaux précieux, car c'est dans celte partie de ia côte que la poudre est sinon plus abondante, du moins plus pure. C'est aussi là que, les nègres et les grands, qu'on nomme eabossirs, ont Je plus d'ornements, de bijoux et d'ustensiles en or. On comprend facilement le soin avec lequel les Anglais cherchent à établir leur influence, à peu près exclusive, dans un pays où le plus précieux de tous les métaux sert quelquefois à des usages auxquels nous réservons ordinairement le fer, ut où le climat! quoique terriblement chaud, n'est point aussi destructeur qu'on pourrait le croire. Eu effet, l'année offrant deux saisons de pluies, les sécheresses ne sont naturellement pas très-longues.
Le principal obstacle qu'ils ont rencontré provient des Achantis, peuplade très-puissante, quia fondé dans ces régions barbares un véritable empire, trèsbien décrit en 1818 par un diplomate anglais nommé iSowdieh, et, qui n'a point considérablement changé depuis cette époque, ni de mœurs, ni d'étendue, m
de religion. C'est toujours la même nation aussi éitergiquement idolâtre et barbare, aussi sanguinaire, aussi jalouse de sou indépendance.
Les origines de la querelle qui fait aujourd'hui couler le sang dans une terre avide de sacrifices humains sont trop obscures pour que nous cherchions à les déterminer. Les Achantis affirment que les Anglais ont violé les lois internationales en. refusant de livrer un cabossir qui avait enlevé des trésors appartenant au roi. Les Anglais prétendent que l'humanité leur l'ail un devoir de ne point abandonner ce personnage, qui est venu chercher l'hospitalité du fo\er britannique, car le roi des Achantis ne s'en emparerait que pour le. faire périr dans les supplices que peut rêver l'imagination d'un barbare. Dans le voisinage de la mer, le .sol est. léger, sablonneux et, par conséquent, peu favorable, à la culture. C'est, seulement dans l'intérieur que la végétation tropicale reprend ses droits, et elle ne tarde point à être d'une richesse prodigieuse. C'est sur la zone stérile, découverte pur des marins dieppois à la lin du quatorzième siècle, que plusieurs nations ont successivement formé des établissements qui n'étaient à l'origine que, des grands foyers de la traite des nègres, et qui ont perdu momentanément une grande pallie de leur importance, dès que la chair humaine a cessé d'être une marchanlise.
Les Hollandais et les Danois, et même les Anglais s'étaient donc contentés de forts malsains, situés mile bord de la mer, c'est-à-dire dans la partie inhabitable du pays, et, n'avaient jaunis songé à poi 1er leurs établissements dans la régirai que peuplent des singes semblables à des hommes, et des hommes semblables à des fauves.
Les Danois ont occupé pendant, plus d'un siècle les forts de. Fiicdersborg, de Cbristiunborg, de Kicnigstein, dont l'Angleterre hérita en 184(1 par un traité d'acquisition.
Les Hollandais ont longtemps possédé à la côte d'Or des établissement- d'une importance encore plus grande : Saiut-Georges-d'Elmiiia, le principal comptoir de tout le pays, et Crèvecœur, eu même temps qu'une multitude de villages et de territoires peuplés par plus de 100,000 habitants.
Un peu avant, cette époque (janvier 1871), nous avons abandonné spontanément les possessions que nous avons récemment réoccupées sur cette côte. A la suite d'explorations et de traités passés avec les chefs indigènes, nous avions en effet acheté, il y a trente, ans, les comptoirs d'Assinie et de Grand-Hussam, situés l'un et l'autre sur les frontières de la côte d'Ivoire, bue révolte qui avait éclaté en 18;iâ et dans laquelle le général Faiitberbe, alors simple capitaine du génie, avait, commencé à se faire connaître, ayant été réprimée, nous serions encore établis dans ces régions, si l'on n'avait été réduit par les malheurs des temps à économiser la solde d'une centaine de soldats nègres, et l'entretien de quelques embarcations de guerre. Grâce à ces circonstances funestes, les Anglais sont donc actuellement les
maîtres incontestés de tout ce vaste territoire qu'ils soient obligés de respecter In neutralité du pays que nous avons occupé , ils n'ont plus à redouter nue influence étrangère, rivale île lu leur.
Leur capitale est le château du cap Corse, vil le de 10,001) âmes , la plus peuplée île la cote après Saint -Georges -d'Elmina, longtemps sa rivale. Malheureusement pour les Anglais , la cession que les Hollandais ont laite de leurs droits ne par.nl, point avoir été acceptée avec une égale satisfaction par' tous les habitants de la côte. Les gens d'Elmina, ayant accueilli les Achantis, ont vu leur ville brûlée de fond eu comble par des navires de guerre de Sa Majesté, britannique. Mais ce succès n'a point empêché les Achantis d'envahir successivement toutes les parties du territoire occupé par les alliés de l'Angleterre et de corner étroitement les Anglais dans le château du cap Corse , après avoir battu leurs auxiliaires. Le plus redoutable ennemi contre lequel les Anglais aient à lutter est sans contredit la lièvre, compliquée cette année de la petite vérole. Les causes de cette épidémie désastreuse sont, attribuées au système vicieux de construction des fosses d'aisance qui paraissent infecter les eaux potables. — La capitale des Achantis se nomme Couinassiet, ville située au nord do la chaîne
quoi- \ du liltoral, et leur empire s'étend jusqu'aux premiers
rameaux des monts Gong. Cette chaîne du littoral est d'un accès fort difficile, non point parce que ses hauts sommets sont très élevés, mais parce que ses pentes sont couvertes d'une végétation inextricrblo. C'est par le 1er et le feu qu'une armée peut seulement arriver à s'y frayer un passage. Aussi les Achantis , qui peuvent, dit-on, mettre sur pied deux cent mille guerriers pour défendre leur territoire dans le cas d'invasion étrangère, doivent compter sur la nature plus encore que sur leur nombre.
Leur puissance date de la fin du dixseptième siècle, époque à laquelle un guerrier, nommé Saï- Toutau fonda leur monarchie, où le pouvoir se transmet par ligue collatérale féminine. Us ont été quelquefois assez heureux dans leurs guerres contre les Anglais, car ils conservent à Coumassiet le crâne du général Mac-Carthy, tué dans un combat en 1828.
Leur roi , nommé Colïy Calcaly, s'en sert pour boire le vin de palmier dans les occasions solennelles, alors qu'on procède à d'horribles sacrifices humains pour rendre les fétiches favorables.
C'est sur les territoires abandonnés par la France que les Achantis se procurent actuellement des armes, que leur apportent des nègres Fantis, très-actifs courtiers de ce commerce
LA N A TU Fi F,
interlope. Ce n'eut point à nous qu'il importe d'examiner s'il est à espérer que cette circonstance ramène, notre pavillon dans ces régions. Mais nous ne pouvions donner nue idée de la géographie de ces contrées sans ruron'er sommairement l'histoire îles vicissitudes auxquelles nutre domination y a déjà été soumise, et qui ne sont peut-être point les deinières.
Au sud de la cote d'Or, commence la cote des Esclaves, également connue, sous le nom de rovaume. de Dahomey. Cet empire, barbare est encore, plus célèbre que celui des Achantis par les horribles miaules qui s'y commettent. Guy trouve cependant une oasis où l'humanité exerce tous ses dioits les plus raffinés, et où biille le dévouement le plus sublime : c'est l'établissement français d'Ouvdat, occupé maintenant [lardes sœurs dépendant de l'éièque du Gabon, et qui, abandonnées à elles-mêmes, car la France n'a jamais [iris possession de ce territoirc, n'ont en quelque sorte que Dieu pour les protéger sur la terre. Autour tic ces religieuses se sont groupés des noirs affranchis, que ces julmirables tilles ont, élevés à viire libres; sans v avoir aucun droit, ils arborent le drapeau delà France, dont ils ont appris à balbutier la langue.
La mort du roi de Dahomey, qui est toute récente, donnera peut-être lieu à des complications nouvelUs, et, par conséquent, ajoutera un nouvel intérêt aux conquêtes morales que, la vertu chrétienne a su faire siu' une côte où règne le paganisme le plus sauvage.
LKS FONDS DE LA AIER
Non s n'avons pas négligé: do donner de nombreux détails sur l'exploration des profondeurs do l'Océan, actuellement entreprise par une expédition anglaise, dans des conditions exceptionnelles '. 11 ne nous semble pas nécessaire d'insister sur l'importance de ces soudages opérés au fond des mers; ils sont certainement appelés à nous révéler, en même temps qui! Icsmvstères do la vie sous-marine, les merveilles de la coustituljon de notre globe, car sur notre planète, les continents occupent à peine le quart de la surface, et l'eau qui s'y étend est véritablement la généralité, La géologie des fonds de !a mer, science à peine créée, est destinée à ouvrir de nouveaux horizons à l'étude de notre sphéroïde; les savants qui vont fouiller ces profondeurs océaniques, aussi éloignées de la superficie des mers, que les sommets de nos plus hautes montagnes le. sont en sens inverse, ont, à n'en pas douter, de riches butins à recueillir, dans ces domaines encore vierges de tout regard humain. Mais les renseignements que nous avons procurés à nos lecteurs nous ont a 1 tiré certaines réclamations.
Quelques-uns de nos lecteurs, fort compétents
1 Exjmlilioii du Challenger, p. 07 lengcr, p. 220-2'J5.
Prrhcs du Chal-
dans ces sortes de travaux scientifiques, nous ont fait, observer que nous mettions en évidence une expédition anglaise d'une importance évidemment capitale, mais que nous négligions jusqu'ici de sieiïalor les travaux qui avaient été entrepris depuis longtemps, dans le même sens, par des savants français. Nous nous hâterons de dire que la science n'a pas de patrie; c'est, peut-être un de ses beaux privilèges ; tous les hommes de bonne volonté qui étudient la nature, qui professent l'amour du travail, qui consacrent leur intelligence à conquérir dans le monde de l'inconnu quelque fait nouveau, pour le bien de l'humanité, sont tous au même titre, et quelle que soit leur nationalité, dignes de notre estime et de notre reconnaissance. Mais il n'en est pas moins juste d'accorder à chacun selon ses œuvres, et de rendre à (léser ce qui appartient à César. Nous avons parlé avec quelques détails de la belle exploration du Chullcnijer ; nous croyons devoir compléter, en quelque sorte, les documents que, nous avons publiés à ce sujet, en mentionnant des entreprises antérieures, exécutées dans le mémo but par un groupe de savants français qui poursuivent actuellement leurs remarquables investigations des fonds de la nier. A l'époque où parurent les remarquables travaux de Maury sur la géographie de la mer, MM. do l'olin et f'éiïer eurent l'idée de compléter les travaux du savant américain sur la météorologie marine eu créant la géologie du fond des mers, en étudiant, la faune et la llore de ces incomparables vallées enfouies dans les abîmes de l'Océan, Fin 186Ô, M. de Folin eut l'occasion de commencer de curieuses observations marines, près de l'isthme de l'anaiiii, et il découvrit tout un monde de petits oslracodes foraminilërr.s ; ces résultats furent aussitôt communiqués à la Société Liuuéenne de Bordeaux ; leur importance fut comme une révélation. MM. de 1-olin et Périer comprirent quelles richesses inouïes la science devait puiser dans les fonds de la mer; pour s'assurer des ressources ils fondèrent en 181)7. avec M. Fischer, les Fonds de la nwr, publication remarquable, qu'ils envoyèrent aux Etats-Unis, en Allemagne, on Italie, faisant un appel au monde savant dotons les pays civilisés pour former une coalition d'un nouveau genre, destinée à dévoiler les innombrables merveilles que cache à nos regards l'immensité de la nappe océanique. Celte publication coutume et prospère ; elle abonde en révélations curieuses en observations fécondes, et elle nous offre, une preuve manifeste de l'initiative, intelligente que notre pays a su prendre dans les explorations des profondeurs de l'Océan. Les auteurs des Vomis i/c la mer se sont depuis longtemps signalés à l'allcution des savants par de remarquables opérations de soudage, et, dès 1868, ils publièrent de très-intéressants travaux sur les fonds du golfe de Gascogne où ils recueillirent un sable magnétique de la plus haute curiosité, où ils découvrirent plusieurs espèces animales inédites, dont quatre crustacés nouveaux et deux mollusques. Malheureusement la France ne
sait pas encourager les travaux do ce goure ; tandis que de l'autre côté do. la. Manche, lus naturalistes, avides d'explorer los profondeurs océaniques, ont. été pourvus d'un magnifique, navire, véritable arsenal de l 'observation scientifique, tandis qu'on leur a assuré les ressources d'un voyage autour du inonde, nous laissons nos savants jeter leurs sondes à quelques kilomètres de nos eûtes !
fÎAKn» TlSSAXMKIi.
LES CYCLONES
Les cyclones ou tempêtes tournantes sont l'un des phénomènes les plus importants elles plus curieux; de l'atmosphère. Ces formidables météores, dont la route est marquée par tant de désastres, sont désignés par différents noms : ouragans (llurracart), dans Toi éan Indien ou l'Atlantique; typhons (Tijfoon), dans la mer île Chine; simoun, dans le désert; tornades, sur la côte occidentale d'Afrique. Ces derniers tourbillons no. s'étendent qu'à une petite distance de, leur point de formation, tandis que les cvclones peuvent couvrir nue surface circulaire dont le diamè.lre varie de cent jusqu'à cent, cinquante milles marins. Ku même temps qu'il tourbillonne avec une vitesse qui va croissant de lu circonférence au centre, où règne un calme eomplct, le cyclone obéit à un mouvement do translation dont, la vitesse, comme celle, du mouvement de rotation, varie suivant, l'intensité de l'ouragan, et augmente à mesure qu'il progresse.
Les études poursuivies, depuis le commencement du siècle, par li'éminents météorologistes, dont nous aurons à citer les travaux dans le cours de ce. résumé, ont permis de suivre la marche et de tracer la route, des cyclones. Les navigateurs, guidés maintenant par la connaissance des lois qui régissent ces météores, et dont la découverte est une des belles conquêtes de la météorologie, peuvent sinon les éviter, du moins les traverser avec moins de chances de perdition. Mais, avant de faire connaître ces lois des tempêtes et les intéressantes observations qui ont conduit à leur découverte, nous reproduirons, en l'abrégeant, la relation d'un cvclone observé dans les régions de l'Océan où ces tourbillons se rencontrent le plus fréquemment, et où ils présentent les caractères les ■plus- redoutables. L'ensemble de cette relation, qu'a bien voulu nous communiquer l'un des ofliciers du bâtiment assailli par l'ouragan, suffira pour mettre nos lecteurs à même de. suivre avec plus d'intérêt ce que nous aurons à dire. do. la théorie des cvelnnes, et de son application aux mouvements tournants de l'atmosphère :.
u Le 5 octobre 1871 , par un temps calme, pluvieux, le transport l'Amazone, vaisseau mixte à deux ponts commandé par M. Hiondet, capitaine de frégate, appareillait de Port-de-France pour ïîoehefort, avec 220 hommes d'équipage et 124 passagers. Notre machine étant trop peu puissante pour lutter avan-
tageusement contre les alizés, qui soufflent constamment .du N.-!;'.. ou du l'E.-N.-E. dans ces parages, nous nous élevâmes dans lenord afin d'aller chercher des vents favorables. Après avoir doublé l'île de la Dcsirade, on établit toute la voilure, et les feux de la machine furent éteints. Nous filions ainsi six nœuds au plus près du vent,
« Le 8, le temps commença à se couvrir vers l'est; les nuages passant à l'ouest par le nord nous amenaient quelques grains, pendant lesquels le vent sautait de LE.-N.-M. au N.-E. Aux nuages blancs et, arrondis, caractéristiques des alizés, succédaient peu à peu des cirrus et des nimbus. Pendant la nuit les grains devinrent fréquents ; de fortes rafales et une pluie torrentielle les accompagnaient. On commença à ] rendre des ris dans les voiles. Dans la journée du 0, le vent força ; une grosse boule soulevait la mer, et pendant les grains, la brise refusait momentanément. Avant la nuit nous avions déjà deux ris aux huniers, un ris aux busses-voiles et deux aux voiles goélettes; nous portions en outre, l'artimon et le petit foc. Les étoiles disparaissaient sons un rideau de nuages grisâtres, et des éclairs se montraient dans la partie ouest. Le baromètre commençait à descendre, mais si lentement que nous n'avions aucune inquiétude. Dans la matinée du 10, le vent se fixa au N.-E. et les grains se succédèrent presque sans interruption, amenant une pluie à larges gouttes. La mer tourmentée, marbrée, d'écume, élevait de grandes vagues dont le sommet transparent se recouvrait d'une légère poussière blanche; le ciel, couvert d'épais nuages d'un gris de plomb, était menaçant. « L'Amazone poursuivait toujours sa route. Notre unique souci était la perle de temps que nous occasionnait ce coup de vent, qui, directement contraire à notre route, nous rejetait dans l'ouest. Le 10, à midi, nous étions par 25' 52' de latitude nord et (j7"ir de longitude ouest. Le vont redoublait. Sa violence était devenue telle quo. les vagues ne pouvaient plus élever leurs crêtes, elles étaient renversées dans leur propre sillon. De longues stries blanches couraient à la surface de fa mer, surmontées à une grande hauteur d'une poussière d'écume entraînée par le vent. C'est alors seulement qu'on songea à la possibilité d'un cyclone. Ktions-nous en présence d'un de ces ouragans ou d'une tempête rectiligne ? La manoeuvre étant, opposée dans chacun de ces deux cas, il importait d'avoir le plus tôt possible une certitude. Une forte houle, la violence croissante du vent et la baisse du baromètre, qui sont les indices d'un cyclone, sont aussi ceux d'une tempête ordinaire, avec cette différence que la baisse barométrique est plus prononcée dans le premier cas. Or le baromètre, qui le 9 à midi marquait 704 millimètre, était descendu progressivement jusqu'à 759 millimètres le 1 à midi , baisse qui n'av u it rien d'alarmant et pouvait faire croire à un simple coup de vent. Nous étions, il est vrai, dans les parages les plus fréquentés parles cyclones, mais ces phénomènes sont rares, et comme nous savions qu'il en était récemment passé deux {l'un le
L 2l août, et l'autre le 1 octobre, qui avait détruit une grande partie de la ville de Saint-Thomas), nous ne pensions pas qu'un tioisième les suivrait de si près. D'ailleurs le veut gardait une direction constante, et à l'approche d'un cyclone il tourne dans uu sens bien connu. Il n'y a qu'une seule exception à cette règle, c'est lorsqu'on se trouve directement sur le passage du centre, ce qui est le cas le plus dangereux.
« Des nuages gris plomb envahissaient l'horizon et le zénith, une bruine épaisse nous entourait peu à peu. La nier grossissait toujours, et les grains se succédaient avec une rapidité remarquable. A midi et demi, la voile du grand hunier est déchirée par son milieu et emportée en mille morceaux. Vers deux heures, le temps était si couvert que de l' arrière on distinguait à peine l'avant du bâtiment. On ne vovait plus qu'une faible partie de la mer autour de. nous, c'est-à-dire les deux ou trois lames les plus voisines, dont la hauteur était effrayante. Le baromètre donnait les indications suivantes :
« Midi, 759"""; —1 h. 40, 7u7" 1,u ; — A h., 752 ,m ; 4 h. 4j, 7i7" lul . Devant une baisse aussi rapide le doute n'était plus possible. Nous étions eu présence d'un cyclone, et comme nous avions marché jusque-là dans le \.-0., que de [dus, le vent n'avait pas changé de direction et souillait du N.-Ë., le cyclone courait comme nous; son cercle mouvant se transportait du S. -Ë. au>.-0., et son centre devait passer sur nous. La manœuvre à faire était donc de fuir, vent arrière, le [dus rapidement possible, afin de gagner le demi-cercle- maniable, c'est-à-dire le côté du cyclone où la vitesse de translation étant en sens inverse de la vitesse de rotation, la modère un peu. Sous avions déjà perdu un temps précieux, et à cinq heures du soir, alors que le centre n'était [dus qu'à dix lieues et se t'approchait avec une vitesse double de Ja nôtre, nous hésitions encore, et nous avions bien lieu d'être pleins d'anxiété. D'après les derniers devis de C Amazone, il était reconnu que ce bâtiment était encore très-bon dans sis parties avant, mais que l'arrière était mauvais, et qu'il ne fallait guère compter sur sa solidité. Si dune, malgré les apparences, nous nous trouvions en présence d'une tempête rectiligne, en fuyant devant le temps nous courions le risque de perdre notre gouvernail et de. rester à la merci de la tempête, ou de démolir notre arrière, d'engager peut-être, alors qu'à la cape le bâtiment ne courait aucun risque. Dans cette grave situation, le commandant demanda aux officiers leur avis ; tous furent d'accord pour dire que nous étions incontestablement eu présence d'un cyclone, et qu'il fallait en conséquence courir les chances de fuir vent arrière, malgré l'état de la mer et la violence des lames.
u Vers cinq heures du soir, on commença donc à laisser porter. L'évolution fut fort lente. Ce n'est qu'à six heures que nous nous trouvâmes vent arrière, au S.-O., fuyant devant le temps sous la trinquette et la misaine avec deux ris. Malheureusement nous ne pûmes courir ainsi qu'une demi-heure. Vers 6 h. 50,
le navire refuse d'obéir à sou gouvernail, il embarde et vient au S.-E., nous ramenant ainsi dans le cvehme. Il est probable que le gouvernail avait été démonté parles lames, ^ious étions donc à la merci de l'ouragan.
« 11 faisait déjà nuit noire. Le vent avait acquis une violence si prodigieuse qu'à chaque instant nous nous dirions qu'il ne pouvait plus forcer, et cependant il augmentait encore ! 11 ne fallait plus songer à manœuvrer sur Je [tout, au milieu d'une nuit épaisse et d'un fracas étourdissant. Le commandant et, l'officier de quart seuls restaient encore en haut, mais ce n'est qu'eu se parlant à l'oreille qu'ils parvenaient à échanger quelques paroles. Au lieu d'avoir le cap au S--0., nous l'avions successivement au S.-E., au sud, etc., au gré de la tempête, nous rapprochant ainsi toujours du centre de l'ouragan. Les hauteurs barométriques étaient : à G h. 50 de 725"""; — à 7 h. 15, 71'2"""; — à 7 h. 25, 70-2'"'".
F. Zdrciikr.
— l.n suite prorlKHiicmi'îiit. —
L'INDUCTION PERIPOUÏRE!
Eu 18 L Ji, Ijanibev remarqua qu'une aiguille aimantée que l'on écarte de sa position d'équilibre oscille pendant, un temps bien moindre lorsqu'elle est placée au-dessus d'un bloc de cuivre rouge, que lorsqu'elle se trouve éloignée de toute masse de métal. La nature du corps employé excluait l'idéed'iiue action magnétique agissant directement ; mais qu'elle qu'en lut la cause, l'existence d'une force agissant sur l'aiguille et. due à la présence du cuivre, rouge était certaine. Ârago, s'appuyant sur ce fait, modilia l'expérience et mit en évidence l'existence de celte force de la manière suivante. Un disque de cuivre rouge peut être animé d'un mouvement de rotation assez rapide autour d'un axe vertical; au-dessus est placée nue aiguille aimantée, mobile sur un phnt. L'aiguille est en repos, l'une de ses extrémités dirigée vers le nord ; si l'on vient alors à faire tounier le disque de cuivre, on voit l'aiguille se mettre en mouvement et être entraînée dans le sens de la rotation du disque ; une feuille de papier ou de parchemin est tendue au-dessous de l'aiguille, de telle sorte que l'on ne peut admettre que l'air ait pu communiquer à celle-ci le mouvement du disque, (les deux expériences sont concluantes : lors du mouvement relatif d'un disque de cuivre et d'un aimant, il se développe une force appliquée aux pôles de ce dernier et agissant dans lu sens du mouvement relatif du disque, par rapport à l'aimant.
Disons, en passant, que cette propriété fut appliquée dans la construction des galvanomètres et qut l'on parvint, par l'interposition d'une plaque de cuivre, à ramener assez rapidement au repos les aiguilles de ces appareils, aiguilles qui oscillent d'autant plus lentement cl d'autant plus longtemps que le galvanomètre est plus sensible.
Lorsque plus tard les actions des courants furent connues [ilus complètement, lorsque l'induction eut été découverte, on fut conduit naturellement à rattacher à ces effets les expériences que nous venons de rappeler sommairement et qui étaient étudiées jusqu'alors sons le nom de mtMjiwtisme en mouvement. La découverte des électro-aimants qui donnent le moyeu d'obtenir des actions magnétiques, d'une intensité considérable, permit de reprendre les expériences en les variant et en les rendant plus nettes. Nous rappellerons l'expérience de faraday, qui met
en évidence, d'une manière saisissante, l'action de l'aimant sur le cuivre: un cube de cuivre auquel on communique une grande vitesse de rotation tourne entre les pôles d'un électro-aimant ; tant que celuici est inactif, le cube tourne presque sans rien perdre de sa vitesse; niais sitôt qu'un courant électrique passe dans les fils qui entourent l'électro-aimant et le rend actif, le cube est arrêté. 1., effet est presque instantané ; si, d'autre part, une petite force, comme celle (îui provient do la torsion d l'un (il par lequel le cube est suspendu, continue d'agir, le mouvement se
Nouvel appareil d'induction, roiisU'iiil pur Iluliiukoiff.
prolongera, mais avec une vitesse extrêmement faible; li! cube a l'air de se mouvoir dans un milieu pâteux. Le mouvement reprend fit s'accélère sitôt que l'un interrompt le courant et que les fers doux qui constituent l'électro-aimant se trouvent ramenés à l'état naturel.
lin modifiant les conditions de l'expérience, Faraday put conclure que c'est la production de courants d'induction dans le cuivre qui est la cause de l'arrêt observé. Dans d'autres expériences, auxquelles nous ne nous arrêterons pas, l'existence de ces courants fut démontrée par l'exploration directe d'un disque de cuivre tournant devant un aimant, exploration qui permit de définir leurs trajectoires d'une manière certaine.
L'expérience de Faraday, que nous venons de citer, peut être présentée sous une autre forme: un dis-
que de cuivre rouge, à axe horizontal, peut recevoir un mouvement de rotation très-rapide (10,000 tours par minute), qu'on lui communique par une série de roues dentées et de pignons mus par une manivelle. Ce disque passe entre les deux extrémités du noyau de 1er doux d'un électro-aimant, dans les fils duquel on peut à volonté faire circuler un courant. Tant que le courant n'agit pas, et lorsque le disque a atteint la vitesse qu'il peut acquérir, il suffit d'un faible effort pour entretenir le mouvement, et si l'on abandonne la manivelle, la rotation se continue pendant longtemps avec un ralentissement graduel. Mais l'arrêt est immédiat au moment où l'on ferme le circuit qui contient une pile et les fils de l'électroaimaut.
C'est Foucault qui fit disposer l'expérience comme nous venons de l'indiquer; il n'avait pas pour but de
LA INATURK.
répéter simplement l'expérience de Faraday d'une maniera un peu différente ; mais il voulait étudier ce. qui se passe lorsque l'on continue d'appliquer à la manivelle une force suffisante pour entretenir le mouvement de rotation du disque. On observe alors que, lorsque le courant passe, il faut, pour maintenu' la moine vitesse, développer nu effet, considérable, produire un travail mécanique que l'on peut évaluer et qui atteint une valeur Irès-notalile. Que devient ce travail mécanique qui n'est pas nécessaire pour maintenir la vitesse de rotation, à proprement parler et qui n'est rendu indispensable que par l'effet du courant? Foucault pensait que, conformément aux idées qui étaient nouvelles à l'époque où il construisait son appareil, ce travail mécanique devait être transformé en ebaleur ; l'expérience justifie complètement cette prévision eL l'on observe (pie, en forçant le disque à tourner lors du passage du courant, ou parvient à élever sa température d'une quantité appréciable, à la main, ou peut, même atteindre le point de fusion de la cire, en prolongeant l'expérience pendant deux minutes et en employant, le courant produit par six éléments Bunsen.
Tel était l'état de celte question, au moins dans les points les plus importants, et depuis l'appareil de Foucault aucune particularité notable n'avait été siïmaléo, relativement à l'action des aimants sur le cuivre en mouvement, lorsque M. Le Roux présenta l'appareil dont nous voulons parler .actuellement, et éludia ce qu'il appelle : Yinduction péripûlaire.
Sur une table solidement construite sont portées par des pieds en fer quatre bobines recouvertes de fil de cuivre isolés; ces (ils peuvent être reliés à une pile par l'intermédiaire du commutateur G, qui permet d'interrompre le courant ou de fermer le circuit , à volonté. Des noyaux, de fer doux sont placés au centre des bobines; leurs extrémités dépassent les bobines et constituent les pôles des électro-aimants lorsque le. courant passe. Un disque eu cuivre rouge |)D' est placé dans le plan de symétrie, de l'appareil, parallèlement aux axes des bobines.
Ce disque peut tourner autour d'un axeborizontal qui passe entre les extrémités opposées des fers doux et dont ou voit l'extrémité en A. A celte même extrémité se trouve le dernier pignon qui sert à transmettre au disque D le, mouvement de rotation produit par la manivelle, mouvement qui atteint plus de ISO tours à la seconde, soit 10,000 tours à la minute. Aux extrémités des noyaux de deux bobines opposées, et par-dessous, sont fixées deux pièces de fer doux F', entre lesquelles passe, sans les toucher, le disque de cuivre D. Lorsque l'appareil est ainsi disposé, il constitue un puissant appareil de, Foucault, avec lequel on peut répéter les expériences que nous avons indiquées plus haut. Mais, en outre, et par-dessus les novaux des électro-aimants, on peut placer deux pièces de 1er doux F analogues à celles que nous venons de signaler en dessous ; lorsque ces pièces sont posées et que, comme les pièces F', elles sont aimantées par leur contact avec les électro-aimants, le
disque D est, dans toute son étendue, soumis à l'action d'un champ magnétique présentant la plus grande symétrie dans toutes les directions, flans ce cas, on observe que la rotation du disque est aussi facile lorsque le courant pusse que lorsque le circuit est iuterrroinpu ; que l'on n'éprouve pas alors la résistance qui est si manifeste dans l'appareil de Foucault, que le disque ne s'échauffe pas d'une manière sensible.
Cependant, le courant électrique passe; dans la pile, du zinc est dissous : il y a donc une énergie dépensée de ce côté, on doit observer quelque part ailleurs une action, manifestation de cette énergie. L'étude des effets qui doivent se produire par suite de l'induction, conduisit M. Le Roux à admettre l'existence d'un courant, allant du centre du disque à la circonférence ; il fallait vériller cette conclusion. A cet effet, un support métallique vertical est en contact avec l'axe du disque.; une tige horizontale fixée à ce support est terminée par un lil de cuivre dont l'extrémité repose sur la périphérie du disque. Lorsque celui-ci tourne, sans que le courant passe, on n'observe aucun elfet spécial; par suite du frottement, l'extrémité du fil s'échauffe bien un peu à la longue; mais cette action, prévue du reste, est de peu d'importance. Si l'on vient, au contraire, à mettre la bobine en communication avec la pile, on observe, au point de contact du fil et du disque, une série continue, d'étincelles très-vives, jaillissant aver, intensité et dénotant l'existence d'un courant, très-énergique dans le circuit formé par le, disque, son axe et les diverses pièces qui y sont adaptées et que nous avons décrites.
C'est dans l'existence de ce courant prévu par la théorie, que consiste l'induction péripolaire de M. Le Roux. Jusqu'à présent, on no voit pas à cette expérience d'applications pratiques; mais elle, est cependant fort intéressante en. ce qu'elle est une confirmation des idées théoriques sur l'induction; M. Le, Roux, en présentant cet appareil à la Société française de physique, a montré que les résultats étaient d'accord particulièrement avec, la loi de, Lenz qui résume les actions des courants.
Cet. appareil agencé par 11. iuihmkorlî, l'habile, constructeur d'instruments de, physique, a été présenté également à la réunion des sociétés savantes a. la Sorbonne. Les explications fournies par 51. l.e Roux ont été écoutées avec attention, et les membres de la réunion ont suivi aver. intérêt les expériences qui ont été exécutées sous leurs yeux.