LE CANON HISSE DE 40 TONNES
a (,'kxpositiok de vienke.
Le gouvernement russe a envoyé à Vienne un gigantesque spécimen de son matériel d'artillerie navale; il n'est peut-être pas sans intérêt d'établir un parallèle entre les divers svstèmes actuellement en usage pour la fabrication des bouches à feu de gros calibre. Notre intention n'étant pas, en raison même de l'importance du sujet, de faire un historique complet des canons de marine, nous parlerons seulement de ceux dont le diamètre est supérieur à 2u centimètres : les uns se chargeant par la bouche, les autres par la culasse. C'est surtout, en effet, de ces énormes pièces que les grandes puissances de l'Europe se servent aujourd'hui, pour l' armement des navires et la défense des côtes, alors qu'il s'agit de lutter, d'une manière sérieuse, contre des vaisseaux blindés et des batteries flottantes pourvues de cuirasses en fur de 12 à 35 centimètres d'épaisseur!
Les trois principaux systèmes usités sont les suivants :
Système de Woolwiah (ou Fraser),
— Krupp ,
— français ;
le premier employé par l'Angleterre, le second parla Prusse et la Russie, et le troisième par la France, l'Italie et plusieurs autres puissances.
Avant de passer à l'examen do ces divers modes de fabrication, il importe d'indiquer les motifs qui ont engagé les constructeurs modernes à substituer le fer au bronze : ce dernier métal offrait cependant un grand avantage, celui de pouvoir être facilement coulé dans des moules, tandis que le fer et l'acier ne peuvent être travaillés qu'au moyen d'un outillage spécial, impliquant une augmentation notable de la main-d œuvre. Les bouches à feu en bronze, qui donnent d'excellents résultats comme pièces de cam-
pagne pour lancer des boulets île 12 livres, ne pouvant être utilisées lorsqu'il s'agit de projectiles de. 2,ï0 kilogrammes, exigeant des charges de 50 kilog. de poudre,. Pour comprendre l'impossibilité dans laquelle on se trouvait d'employer le bronze pour les gros calibres, il est hou de rappeler que lorsqu'un tube métallique est soumis à une pression intérieure, la résistance de ce tube n'est pas proportionnelle à son épaisseur et dépend surtout de la ténacité du métal qui le compose. On peut menu: arriver à formuler ce résultat, en disant qu'on cylindre creux, d'une épaisseur quelconque, ne peut supporter une pression intérieure plus forte que la résistance à la rupture, d'une barre de même matière : ainsi, par exemple, si une tige de métal d'un centimètre carré de section se brise sous l'effort d'un poids de 1,000 kilogrammes, un cvlindre de ce même métal éclatera s'il est soumis à une pression de 1,000 kilogrammes environ par centimètre carré.
D'après cela, lorsqu'un canon doit, subir l'effet brusque et presque instantané du pressions supérieures à 5,000 atmosphères, il est clair que les métaux qui le composent doivent offrir une résistance énorme sous une épai-seui' telle- que le pouls de la pièce n'en rende pas la manœuvre impraticable.
Partant de ces principes, les ingénieurs des différents pays ont cherché à combiner le plus avantageusement possible, dans la fabrication des bouches à feu, l'emploi des métaux dont la ténacité est la plus grande : le fer et l'acier. Mais, eu raison îles diflicultés de toute nature que présente la mise en œuvre de blocs de fer pesant. 20 tonnes et plus, on a dû former chaque canon de plusieurs parties travaillées séparément, puis réunies à chaud par le moyen do gigantesques marteaux à vapeur. Celte manière d'opérer offre surtout l'avantage de fournir des pièces parfaitement homogènes, par suite du lini que coin porte le procédé de détail; de plus, on peut ainsi donner aux diver es parties du canon une position relative telle, que chacune d'elles concoure à la résistance à l'éclatement dans un sens déterminé. Ainsi, la force de cohésion du fer forgé étant, dans la direction des fibres, double de celle qu'il présente en travers, il y aura intérêt, à forger une pièce de culasse dans le sens parallèle à l'axe du canon, tandis que les tourillons qui supportent la pièce devront être travaillés perpendiculairement à ce même axe.
Ces quelques préliminaires posés, nous allons examiner successivement les trois systèmes de construction énumérés plus haut, en prenant pour type de chacun d'eux une bouche à feu remarquable par ses dimensions fit réalisant tous les perfectionnements apportés jusqu'à ce jour.
1° Système de Woolwich (chargement par la bouche).
L'artillerie anglaise, pleine d'enthousiasme il y a quinze ans pour les canons de sir W. Armstroug, se chargeant par la culasse, parait aujourd'hui avoir reporté ses préférences sur le mode de chargement par la bouche. La fonderie royale de Woolwich fournit
actuellement, dans ce système, des pièces de tous les calibres, depuis celui de 7 livres (poids du projectile), jusqu'à celui de 12 pouces (Û ,!, 50) de diamètre, lançant des projectiles de 518 kilogrammes. Le Wouhvicli's Infant, représenté par noire gravure, constitue le plus beau spécimen de ce genre de fabrication. Ce canon se compose d'un tube en arier qui forme l'âme, d'un second tube plus épais en fer enroulé (coilcil iron), enveloppant le précédent sur la moitié environ de sa longueur du côté delà volée, d'un bloc de culasse qui s'emboîte avec le second tube, et enfin d'un tampon de culasse en fer forgé. Le travail des coîh ou barres do fer enroulé mérite une mention spéciale : pour les obtenir, on place dans un four chauffé au rouge un mandrin légèrement conique, autour duquel, par une rotation dafis un sens déterminé, on peut enrouler en hélice une barre, de fer placée dans le four. Cette barre est ensuite dégagée du mandrin, puis chauffée au blanc soudant, et enfin soumise à l'action d'un puissant marteau-pilon qui rapproche les spires de l'hélice et. régularise, les surfaces intérieure et extérieure du coll. Ou pont former des tubes d'une solidité remarquable en superposant des coi lu dont les diamètres vont en augmentant ; ou a d'ailleurs soin, à chaque opération, de les chauffer à blanc, et de les porter sous le marteau pour les souder entre eu\.
Voici maintenant de quelle manière sont assemblées les différentes parties du canon : le tube eu acier, après avoir été foré aux fl/l 0'""' environ, est forcé dans le second tube, composé lui-même d'un double coil et préalablement chauffé au feu de bois. La volée étant ainsi ajustée, on la réunit de même au bloc de culasse, formé d'un coil double et d'un triple, emboîtés l'un dans l'autre et. maintenus par la trotte des tourillons. Tous ces assemblages se font à chaud; pendant chaque opération, un courant, d'eau froide dirigé dans l'intérieur de l'âme refroidit la pièce de manière à régulariser le serrage des diverses couches concentriques; puis la niasse étant chauffée à blanc, on la soumet à l'action de marteaux pesant vingt et trente mille kilogrammes, qui en soudent, les diverses parties avec une solidité à toute épreuve. Il ne reste [dus alors, après avoir (ilelé la vis du tampon de culasse et l'avoir fixée, qu'à aléser soigneusement l'intérieur et l'extérieur de la pièce, puis à rayer lame.
Lesolliciers de l'artillerie anglaise se félicitent des bons résultats donnés par l'emploi du canon que nous venons de décrire. Quoique la pièce seule pèse 55 tonnes, la manœuvre en est assez facile, grâce à un ingénieux système d'affût; le Woolwich' s Infant lance, des projectiles de 518 kilos avec une vitesse initiale de 400 mètres environ.
'2" Système Kmpp (chargement parla culasse).
Les canons de ce système étaient, dans l'origine, formés d'un bloc massif d'acier fondu, qu'onamenait ensuite, par le travail du marteau et du tour, à ses dimensions définitives. Depuis lors, M. Krupp a adopté, dans ses ateliers d'Essen, la fabrication par
frettuge qui n'offre pas les mômes inconvénients. U y avait en effet, dans le procédé primitif, de sérieuses difficultés à vaincre, en raison du poids énorme des masses à forger. Le hetlagc, un le sait, consiste dans l'application à chaud d'anneaux en acier sur le corps du canon maintenu froid. Cette opération donne à la pièce une résistance à l'éclatement bien supérieure à celle d'un culot massif de môme épaisseur totale.
La bouche à feu représentée par notre gravure,
quoique fabriquée en Russie dans les ateliers Oboukhoff, est faite selon le système Krupp : elle est formée d'un gros tube eu acier fondu entouré d'anneaux de frettage, superposés sur quatre rangs de manière à s'échelonner le long de la pièce. Le tube intérieur est prolongé en arrière des fret tes et porte une ouverture latérale destinée à recevoir le mécanisme déchargement ou culasse mobile.
Voici en quoi consiste ce mécanisme : un coin cylindro-pi'ismatique, ayant sa face plane perpendi-
^p'-:V '^WIMÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊi^
!\ouvcau canon îu^e de iO tonnes [sysUijne riiupp}.
Canon un^irtU do Wuolwic-li (?yslàiini Fraser). — OJ tûiilliid.
— ^iata__»„iv
(talion do 0" , ,27 do la marine française. — tU Lonncs.
culaii'û à Taxe de l'âme, est mis en mouvement par l'action d'une vis à pas allongé, qui s'engage à la fois dans une portion d'éerou fixée au canon et dans une rainure non filetée pratiquée à la partie supérieure du coin. Lorsqu'on a, par le mouvement de cette vis, déterminé le serrage approximatif du coin, pour le rendre plus complet, on lait mouvoir une seconde vis à pas plus court, et mobile dans un écrou fixé en arrière du coin sur sou milieu. Une manivelle permet d'agir successivement sur ces deux vis. Pour assurer l'obturation, c'est-à-dire pour empêcher les gaz chauds provenant de la combustion de la poudre de détériorer les joints de la culasse mobile, ou emploie l'obturateur de Broadwell. Un anneau élastique en acier, dont la surface postérieure
est plane et creusée de gorges circulaires de O ln ,00o de large sur m ,002 de profondeur, est fixé à l'orifice postérieur de l'âme, de manière à se trouver en contact intime avec le rebord d'un plateau encastré dans le coin de serrage, lorsque la culasse mobile est fermée.
Si les gaz chauds arrivent dans les gorges de l'anneau, ils s'y répandent, y perdent leur pression et ne s'échappent pas au dehors. On évite ainsi, en même temps, les fuites et l'inconvénient résultant du passage des filets de gaz échauffés, qui produiraient des stries du métal, amenant ainsi une détérioration rapide des joints. Les projectiles sont cylindre-coniques, en fonte, et revêtus d'une chemise de plomb; trois couronnes de ce dernier métal, faisant saillie à
l'extérieur, ont pour effet d'engager le projectile dans les rayures, de manière à lui donner le mouvement de rotation nécessaire, et en même temps empêcher la fuite des gaz pendant le, tir, inconvénient qui serait très-grave au point de vue de lu. justesse et do la portée.
Le canon d'Oboukhoif, construit pour la marine russe, dans le système que nous venons de décrire, pèse 40 tonnes; il lance des projectiles de 290 kilogrammes avec une vitesse initiale du itO mètres: environ.
Iî° Syslfane français (chargement parla ciilassei.
Nous prendrons pour type de ce système ie canon de0 !,1 ,27 fmodèle de 1870), qui représente le plus gros calibre couramment adopté par la Hotte. La fabrication d'une de ces bouches à l'eu s'effectue cou une il suit : On coule un tube en fonte, puis on v adapte successivement deux rangs de fret les en acier puddlé, fixées à chaud par des procédés analogues à ceux que nous avons décrits plus haut. Lue heureuse modification apportée au modèle de 1801 consiste dans l'addition, à l'intérieur de l'âme, d'un tube court en acier placé le long de la chambre de culasse jusqu'à l'extrémité du logement du projectile. L'effet principal de ce tube est de prévenir le déeulasaement., c'està-dire la rupture des filets de la vis intérieure, rupture qui se produisait assez fréquemment lorsque l'âme était en fonte sur toute su longueur. La lermeture de culasse consiste en une vis centrale placée dans l'axe du canon de manière à former bouchon à l'arrière. Cette vis, dite à. filets interrompus, se compose d'un cylindre en acier, (ilote le long de trois secteurs d'un sixième de circonférence, séparés par trois autres secteurs non filetés. Lue disposition semblable de la vis intérieure permet d'introduire la culasse mobile par glissement. A cet effet on lui donne une position telle que ces filets soient en regard des parois lisses de la culasse, et inversement. Il suffit alors d'un sixième de tour de la manivelle fixée à l'arrière du bouchon pour le visser complètement. L'obturateur est formé d'un anneau en cuivre, en forme de gouttière amincie, pi ai:/: dans l'âme de manière à appuyer, par sa face postérieure, contre une autre couronne en cuivre encastrée dans la tète de la vis; il s'établit ainsi un contact d'une intimité parfaite qui prévient foute fuite des gaz. Le projectile est revêtu de ceintures eu cuivre dont la supériorité sur celles en plomb est de ne pas encrasser l'âme : au contraire, le cuivre offre, eu raison de sa dureté, J'avantage d'assurer par le tir même le nettoyage des rayures. Le canon de 0"',27 pèse 20 tonnes environ et lance des projectiles de 21 G kilogrammes, avec une vitesse initiale de 420 mètres.
Nous ne croyons pouvoir mieux établir une comparaison entre les divers systèmes énurnérés ci-dessus qu'en empruntant les lignes suivantes à une brochure récemment publiée par un officier distingué, M. Scbert :
« Tandis que nos bouches à feu actuelles, qui reviennent, toutes terminées, à 1 iï. 251e kilogramme,
peuvent imprimer à leursboulets massifs utio vitesse de 120 à iùO mètres, selon le calibre, et à leurs obus une vitesse île 470 a .MM) mètres, les canons anglais de construction Fraser, à tube intérieur d'acier, coûtent plus de 5 francs le kilogramme, et ne donnent que des vitesses de Ô90 à 41,') mètres, lorsqu'ils tirent des projectiles dont les poids sont dans le même rapport avec les calibres que ceux des boulets français.
« Les canons Krupp, en acier, coûtent bien davantage encore. Leur prix s'élève à francs le kilogramme. Us ne peuvent cependant imprimer à leurs projectiles massifs, avec la poudre prismatique, qu'une vitesse de 410 mètres au maximum; et les accidents survenus, dans ces dernières années, avec ces canons, eu liussie et en Italie, accidents dont on n'a qu'impaiiaitementréussi à masquer l'importance, sont venus prouver qu'ils n'avaient même pas pour eux l'avantage de la sécurité de remploi...
<< Le canon français de, 52 centimètres, dont quatre spécimens sont déjà construits, et dont le projectile, du poids de 550 kilogrammes, aura une vitesse initiale de 410 mètres, traversera les murailles revêtues de plaques de :
15 cent, à toutes distances ; 20 — à 0,700 mètres;
— à 4,7500 mètres;
— à 2,500 mètres. i>
Ou ne peut nier l'éloquence de ces chiffres qui font voir la valeur des résultats obtenus : espérons ipu: chaque jour, les expériences de nos savants nliiciei's viendront fournir de nouvelles preuves des progrès qu'il serait temps de \uir réalisés par l'artillerie française.
1'. DE S.U.NT-MlCUF.L.
CHRONIQUE
JI«'tL-t»res aqueux. — Les orages se sont signalés récemment sur plusieurs points de notre territoire avec une violence, extraordinaire. Vers la lin du mois dernier, une troinlie d'eau s'est abattue sur la ville de Tulle cl v a exercé de nombreux débits. La grêle se mêlait à une pluie effrovable, qui tombait avec une indicible énergie, accompagnée de violents coups do foudre. Los rues de Tulle furent en une minute transformées en véritables torrents. A la même éprque, la ville de Louviers (Mure) a été également éprouvée. Lue trombe de veut, mêlée de grêle, s'est jetée sur la ville et les environs, où tombaient des grains île grêle aussi gros que des œufs de pigeon. Tous les carreaux des habitations volaient en éclats, les feuilles et les brandies même ne tardèrent pus à joncher le sol, sous les coups réitérés des projectiles célestes. Les dégâts sont incalculables : les caves de Louviers ont été taules inondées; lias une maison de la ville n'a cté respectée. Dans les campagnes, les pommiers ont été dépouillés do leurs frais, elles moissons, qui n'étaient pas encore rentrées, complètement perdues. La paille elle-même a élè réduite en fragments. Jamais semblable désastre n'avait eu lieu dans le pays.
Le» trrmhleiiieiits tfe terre. — Nous avons encore de nouveaux phénomènes à enregistrer, et celte fois, s'ils sont bien exacts, ils présentent tes caractères d'épouvantables fléaux. Il paraîtrait, d'après des renseignement récents, que la ville de Ligua, située au nord du Chili, a été complètement ruinée par un tremblement de terre, et qu'elle s'est effondrée, engloutissant 8,000 habilants sous ses dénombres. Il est certain que le Cbili tout enter a été ébranlé a la date du 8 juillet, et les populations ét.iient persuadées que leur dernière heure allait sonner. A Santiago, les habitants se sauvaient affolés en poussant des cris de terreur. Une des secousses a duré plus d'une minute 1 Les autres ont été beaucoup pins courtes. Elles oui été précédées d'un roulement souterrain épouvantable. De nombreuses maisons ont clé détruites à Yalparaiso. Cette catastrophe du S juillet a jeté l'épouvante dans le pays, ear pendant les trois mois qui l'ont précédée, les Chiliens ont compté trente secousses de tremblement de terre I
Vers la fin du mos dernier, une forte oscillation du sol s'est fait sentir à Smyrue, aux Dardanelles et à Seio, où plusieurs maisons ont été lézardées.
Rail* en Amérique. — Un 1854, la consommation annuelle de rails dans les Etals-Unis était de 447,058 tonnes, sur lesquelles 3T>9,4r>9 tonnes étaient importées et seulement 108,01 (i fabriquées dans le pays, soit un tiers de lu consommation. En 1872, la consommation de rails s'est élevée à 1,51)1,591 tonnes, sur 1 squelles 1)75,000 tonnes ont été, confectionnées par les Américains euxmêmes, et 5'2t),50l tonnes ont été importées. Les anciennes proportions sont renversées, ce qui dénote l'importance des progrès accomplis par la métallurgie américaine.
Société d'acclimatation de Cincinnati. — Cette nouvelle société a surtout pour but d 'élever des oiseaux, remarquables par leur chaut ou pour les services qu'ils peuvent rendre aux fermiers un aux horticulteurs. La société annonce qu'elle a dépensé, le printemps dernier, 25,000 francs, pour cliver 15 différentes sortes d'oiseaux et qu'elle a réussi à acclimater l'alouette d'Europe, qu'on rencontre en grand nombre maintenant dans les environs de Cincinnati. Parmi les oiseaux qu'elle se propose encore d'acclimater, il faut citer les mésanges, qui sont de grands ennemis des insectes nuisibles à la végélalion.
Exposition universelle de Madrid. — [a: Journal nflhe Society of Arts nous apprend que malgrcl'anarcbie qui règne en ce moment en, Espagne, il y aura, au mois d'octobre, à Madrid, une exposition des produits manufacturés nationaux, d'agriculture, des mines, de produits chimiques, d'industrie et d'arts graphiques. Les produits étrangers seront reçus contre envoi franco. Les marchandises seront vendues moyennant une faible commission. Telle sera la première série des expositions qu'on se propose de faire en Espagne.
Interruption de la pose du càlilc télégraphique du llriSil. — Le navire il vapeur la Seine a commencé la pose de cette ligne entre Lisbonne et Madère, et non point entre Jladère et Rio-Janeiro, comme l'ont annoncé certaines feuilles. Mais le 24 août, après avoir filé seulement 383 nœuds, l'opération a été interrompue.
Les échanges de sigiiAux ont cessé entre Lisbonne et la Seine. iNous donnerons des détails sur celte expédition télégraphique et sur les épisodes auxquels elle pourra donner lieu, car la ligne du Brésil est sans contredit une des plus importantes. Elle est destinée à ineltre en communica-
tion uvee l'Europe, non-seulement le réseau propre au Brésil, mais le réseau qui, de Montevideo et Eueuos-Ayrcs, va rejoindre les télégraphes du Cbili.
I.e climat de la cote de Guinée. — La situation géographique de celte partie de l'Afrique, si voisine de l'équateur, est la cause unique de la mauvaise réputation qu'on lui a faile. Mais la température qui y règne est sensiblement intérieure à celle du Sénégal.
La température observée dans une cl. ambre est souvent de 80" Fahrenheit, ce qui n'a rien d'excessif. Il est vrai que le thermomètre descend rarement au-dessous de 78°, L'humidité de l'air est telle que l'on vit habituellement comme dans un bain de vapeur.
Les Européens peuvent très-bien sortir en plein jour, sans prendre d'autres précautions que de se couvrir convenablement la tète, mais les effets de l'humidité de l'air sont très-curieux. Les objets de fer sont très-rapidement rouilles et oxydés, le sel fond dans Ja salière même, le cuir et les vêlements pourrissent très- rapidement. Lesmalières animales el végétales se décomposent avec une rapidité effrayante. Enfui, pour compléter ce curieux tableau, nous dirons que les habitants ont l'habitude, pour se débarrasser de cette éternelle humidité, d'allumer des feux dans les chambres avant d'en faire usage.
La première saison des pluies commence en avril cl finit avec les premiers jours de septembre, et lu seconde comprend le mois de novembre. Décembre est le mois le plus chaud de l'année ; c'est l'époque où les brises de terre et de iner alternent avec une régularité mécanique.
Le météore de Bruxelles. — Un phénomène astronomique des plus curieux a été observé, à Bruxelles, vers la lin d'août, par plusieurs personnes de la partie haute de la ville et notamment du voisinage de Sainle-Gudule. A huit heures un quart du soir, d'après l'Indépendance belge , une large zone nuageuse couleur ardoise et de teinte uniforme, au-dessus de laquelle apparaissait la moitié de la Bêche, del'hôlel de ville, ceignait l'horizon du sud aunord, ayant sa plus grande élévation à l'ouest. Au-dessus de cette zone, le ciel était d'un bleu limpide et constellé d'étoiles. Un ce moment, un corps lumineux ayant la dimension cl la configuration exactes, l'éclat, le scintillement, en un mot l'aspect complet d'une étoile, émergea tout à coup, vers le sud-ouest, de la ligne du nuage sombre et, «'élevant graduellement avec une demi-rapidité régulière et majestueuse, prit la direction du nord, et, après avoir franchi, en montant toujours de plus en plus, toute la partie ouest de l'horizon, soit pour l'œil du spectateur l'espace compris entre la gare du Midi et celle du ÎNord, finit |ar se perdre et disparaître dans les profondeurs du ciel. La marche de ce corps lumineux, semblable de tous points, nous le répélons, à une étoile, a duré, d'un bout à l'autre du long parcours que nous venons d'indiquer, environ deux minutes, et rien dans celte course ascensionnelle et correcte n'a présenté la moindre analogie avec les évolutions rapides et saccadées des étoiles filantes dont l'apparition a lieu vers la même époque de l'année.
Les réservoirs de Moutsouris. — Les eaux du canal de dérivation de la Vanne vont bientôt approvisionner les immenses réservoirs de Moutsouris, qu'une véritable armée de travailleurs construisent actuellement avec la plus grande activité. Mans empruntons au Journal officiel les curieux renseignements qu'il a publiés à ce sujet. L'ouvrage est assez avancé on ce moment pour qu'en puisse juger de son étendue, de la véritable majesté que présentera sa construction intérieure. L'un des angles du premier
des deux, réservoirs supérieurs est déjà crjiivci'L ; le second angle est à la bailleur île, lu galerie terminale qui fera intérieurement le tour île la construction. Tout l'ouvrage- Cil en meulière et ciment. Les murs extérieurs, renforcés par îles culées obliques, ont une épaisseur de. 3 mètres. Le sol est uni, sauf aux approches du mur, où s.; trouvent une série de cuvettes peu profondes, séparées par des cloisons de façon ;i former une suite du cryptes qui supportent la galerie intérieure. En Lue de chacune, des loges ainsi fermées s'alignent des pilastres cariés, amincis vers le liant, ci supportant les voûtes d'arèles qui doivent terminer l'édillcc. Cette forêt de pilastres produit un effet merveilleux. Aucun temple n'eu peut présenter un analogue, et une promenade aux torches dans cet immen-e bassin, lorsqu'il sera plein d'eau, serait certainement une des curiosités les les plus étranges qu'on pût rêver.
La Vanne apportera par joui- à ce réservoir 11)0,01)0 mètres cubes dune eau excellente, (le: ne sera pas un luxe inutile pour Paris, qui jus |u'à présent n'a par tète et par jour qu'une moyenne de 108 litres d'eau, taudisque Londres en a 132, Madrid 000, et Ruine, la \ille la plus favorisée sous ce rapport, 1,401! . L'appoint fourni parla Vanne portera notre moyenne à I 30 litres en permettant do réserver pour les seuls services d'arrosage et de voirie la plus giande partie des eaux de l'Ounq et de la Seine, qui ne sont pas des meilleures pour l'alimentation.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 1" nepteuiire 1 87!
Présidence de M. Vu ïitti.i?;d.
L'aurore boréale du 5 février. — Nos lecteurs se rappellent la magnifique aurore qui a été visible en février. Un astronome italien des plus célèbres, M. Donati, a voulu Voir si le phénomène s'est présenté simultanément dans tous les points où on l'a vu, ou si son apparition s'est trouvée liée d'un manière quelconque avec l'heure locale.
Le résultat est intermédiaire entre ces deux suppositions. Par exemple, à Pékin, toute la manifestation avait pris (in il 2 heures du matin, et le maximum s'était montré à heures du soir -, tandis qu'à Paris, le maximum avait lieu à heures du soie et que tout était terminé à minuit.
A première vue, il semble que Paris ait été en avance sur Pékin; mais c'est le contraire, vu la position occidentale delà France par rapport à la Chine, liais le calcul montre qu'au point de vue de l'heure locale il y a on avance de Paris sur Pékin, ut M. Donati a constaté que cette avance a été de plus en plus marquée, à mesure que le point considéré était situé plus vers l'ouest jusqu'en Californie. La conclusion de l'auteur est que l'aurore est un phénomène dû, avant tout, à des causes cosmiques telles que seraient des aurores sur le soleil, et il part de là pour émettre l'opinion que la météorologie sera nécessairement renouvelée avant peu, justement par l'introduction, dans l'étude de tous les phénomènes atmosphériques, de causes extra-terrestres.
Nouvelle théorie des aurores polaires. — A ce sujet. M. Fave présente, avec le talent d'exposition qui dislingue cet académicien, (h s aperçus tout nouveaux quant à la cause des aurores polaires. Au lieu d'invoquer, avec M. Donati, des causes cosmiques, en quelque sorte occultes, il croit, avec juste raison suivant nous, qu'il y a tout avantage ù rechercher l'explication du phénomène dans la puissance répulsive que 1s soleil manifeste avec tant d'évidence. Si la pince nous le pcruietlnit, nous rappellerions en quoi consiste la belle découverte de la force répulsive du soleil.
I l'otnniis-tious à dire que c'est sous 1 influence de cette orce, opposée en direction à la gravité, que les comètes
j acquièrent à la fois cl leurs longs appendices appelés queues et leur éclat, deux caractères qui augmentent si rapidement à mesure que ces asJres errants approchent du soleil. Ceci posé, 51. Faye est d'avis que des phénomènes tout à fait analogues doivent prendre naissance dans les régions les plus liantes de l'atmosphère et donner lieu justement au phénomène auroral. On est revenu de l'estimation d'après laquelle l'atmosphère u'aiini-t qu'une quarantaine de kilomètres. Cette hauteur, suffisante pour rendre compte des phénomènes de réfraction, est complètement en désaccord avec celles que démontrent les étoiles tilanles et les bolides en s'enfluinniant à NO ou 100 kilomètres au-dessus de la surface du sol. liais cette dernière binite elle-même n'est sans (toute pas la dernière. Plus haut, des matières si rares qu'elles peuvent être, comparées à celles qui restent sous le récipient de nos meilleures machines pneumatiques, dosent constituer une couche sur laquelle la force répulsive, qui n'agit comme on sait que sur les masses les plus faibles, doit avoir une influence efficace. Sous reflet de celte force, ces particules doivent être vivement repoussées à raison peut-être de un kilomètre par seconde, et c'est avec cette vitesse que, cédant ensuite à l'attraction de la terre, elles pénètrent dans les couches plus profondes de l'océan aérien. Suivant M. Fave, la perle de vitesse qui doit en résulter est capable d'échauffer beaucoup ces molécules, au point de les rendre faiblement lumineuses et de développer les aurores. 11 v a là, comme ou voit, une idée très-simple extrêmement originale et bien faite pour fixer l'attention.
Clianifonent de forme et spectre de lu comète de il. M. Henry. — Dans notre dernier article, nous avons signalé la découverte de cette comèle. MM. Ilayct et André, qui en ont poursuivi l'étude, adressent à l'Académie une. belle planche représentant le nouvel aslrc et y joignent des détails intéressants. Le '23 août, la comète était sphéi ique avec une condensation lumineuse vers le centre. Dans la nuit du 90 au 11 on constata que son spectre consistait dans les trois raies brillantes P b et F sans trace de spectre continu. Du "20 au 30 elle présenta un diamètre beaucoup plus grand que précédemment et évalué à 8 minutes; en inèioe temps elle manifesta \mic queue assez lar^c. Le noyau avait acquis l'éclat d'une étoile de fi" grandeur, et les auteurs croient que cet astre est destiné à devenir visible à l'uiil nu. Au spectre discontinu dû à la lumière propre de la cuniète, est venu se joindre un spectre causé par la lumière réfléchie du soleil.
Les mers martiales comparées aux océans terrestres. — 51. Jlie de lleaiiiuout doiiue lecture d'une noie dans laquelle nous mollirons que si le niveau des océans terrestres tenait à baisser suffisamment, ces océans prendraient des formes toutes pareilles à celles des mers de Mars. L'intérêt de cette remarque réside dans ce double fait que Mars, dans la théorie de l'évolution sidérale, représente un astre plus âgé que la terre et offrant des conditions que celle-ci présentera plus tard; et que l'effetle plus visible de l'avancement eu âge des globes du système solaire inférieur consiste dans l'absorption de l'atmosphère et des océans par le noyau solide. Cette nouvelle remarque vient confirmer un grand nombre d'autres observations déjà présentées et leur donner par conséquent une nouvelle force.
Stjmslas Meunier.
Le Propriétaire-Gérant : G. Tissasdicii.
-me. êimox ba-os et coar., iice d'ofuiith, 1.