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L'ÉCOLE ANDERSON

Al'X ÎLES KUSARETII.

Ait commencement do l'amiùc 1875, l'île I'enikese, une de celles qui l'ont partie de l'archipel 1-J 1 i—

sabeth, à rentrée de l;i liule Blizzard, appartenait à M. Andersen, riche négociant do New-York. M. Agassiz ayant manifesté, dans un de ses ouvrages, le désir d'établir quelque part sur les bords des Etats île la nouvelle Angleterre, une Ecole d'histoire, naturelle spécialement consacrée à l'étude des animaux marins, II. Aiidersou écrivit au grand îchthvologiste pour mettre à sa disposition la propriété de ce charmant

domaine, dont la valeur était estimée à 2,500,000 francs. Ce généreux donateur, comme ou en trouve si peu de ce coté de l' Atlantique, ajoutait à son présent, plus que princier, une somme de 1,550,000 francs eu espèces pour construire l'Ecole d'histoire naturelle, et il priait M. Agassiz de vouloir bien eu être le fondateur.

Agassiz, qui avait refusé la direction du Muséum d'histoire naturelle de Paris, proposée par Napoléon III, son ancien élève, répondit favorablement à une offre si inattendue, si honorable, tant pour l'homme généreux qui la Faisait que pour le savant qui eu était l'objet. Il mit cependant à son adhésion une condition formelle. 11 exigea que l'ancien pro-

L'Écol" d'hiMoire îKHui'dli: Andftr^on, dirige par M. Aj;;i:-*ii.

priétaire do l'île l'euikese conservât une maison de campagne- dans une presqu'île qui en fait partie.

M. Anderson ayant souscrit volontiers à cotte obligation, un acte en règle de donation fut rédigé et remis à M. Agassiz par M. Anderson en personne. C'est alors seulement que ces deux hommes, dont le nom ne sera point séparé dans l'histoiredes sciences, se serrèrent la main pour la première fois, car jusqu'alors ils étaient parfaitement étrangers l'un à l'autre.

Aussitôt cette cérémonie essentielle accomplie, on se mit à l'œuvre pour construire les bâtiments destinés aux élèves, auv collections, aux laboratoires et aux professeurs.

Les constructions, terminées en temps utile pour que les cours de l'été 1875 aient commencé en juillet, sont simples et commodes; elles sont assez vastes pour recevoir une cinquantaine d'élèves, nombre ipii a été considéré comme largement suffisant. Elles

se composent d'unédillce à un seul étage, dans le rez-de-chaussée duquel ont été placés les laboratoires et les amphithéâtres. Une aile a été réservée pour le logement du directeur et du corps enseignant.

C'est le 8 juillet, à midi, quatre jours après la célébration du quatre-vingt-dix-septième anniversaire de la déclaration d'indépendance, que l'Ecole a été ouverte par le professeur Agassiz, en présence de M. Anderson, des élèves et de quelques notabilités scientifiques.

Par une coïncidence bizarre, c'était à peu près à la même époque que M. Agassiz, qui était depuis longtemps attaché à l'Académie des sciences de Paris, en qualité de simple correspondant, était nommé un des huit associés étrangers de cette illustre assemblée.

Agassiz a prononcé un discours que tous les journaux américains ont reproduit avec un empressement qui nous surprend peu de leur part, car 1 îl-

lustre iehlhyologiste a eu surtout en vue de populariser lu nécessité, trop peu comprise encore malgré la multiplication du nombre des aquariums, de vivre, en quelque sorte à côté des animaux marins, si on veut les étudier d'une façon réellement utile.

Ce n'est point de la vérité imparfaite, renfermée dans les livres, que. le véritable ami des sciences se contentera, c'est, à la nature elle-même que l'homme intelligent s'adressera s'il vent obtenir une réponse sérieuse.

Heureuse sera cette petite île de Peuikese. fille deviendra bientôt l'épouvantai! de la routine, si les professeurs n'oublient jamais celle magnifique parole d'Agassiz : fi Dans les examens que je ferai subir aux élèves de l'Ecole Andersen, je ne leur demanderai jamais ee qu'on leur a appris, niais uniquement ce qu'ils ont pu voir. » 11 y a, dans ce but, un entraînement magique.

L'exemple de M. Andersen a déjà trouvé des imitateurs. M. Gallampa, de Swampscott, a fait cadeau à l'École Peuikese d'un yacht valant 100,000 francs. Ce joli navire, que nous avons représenté sur notre dessin, sera d'un grand usage pour les sondages sousmarins et les excursions indispensables à un enseignement d'un caractère aussi pratique que celui que M. Agassiz se propose- de donner.

Un corps professoral nombreux, formé d'hommes éminents dont les noms sont pour la plupart connus en Kurope, s'est mis à la disposition do M. Agassi/. Il se compose du docteur A.. Packard et du professeur Putnam de l'Académie Peabody, à Salem, du comte Pourtalès et du professeur Mitehell, du service hydrographique, des professeurs Joseph Lovering et N.-S. Shaler de Harvard Collège, du professeur Hrowu-Séquard, du professeur Watorhousc Hawkins, d'Angleterre, du professeur Arnold G-uvot, de Princeton New-Jersey, enfin de M. Paulin Roi ter, artiste du Muséum de Cambridge.

Cent cinquante élèves s'étant présentés pour èlre admis dans une école qui ne peut en contenir que cinquante, ou a été obligé d'en éliminer les deux tiers. Toutefois, apprenant l'intérêt que les dames .prennent toujours à l'étude de l'histoire naturelle, si bien appropriée à leurs goûts, à leurs habitudes d'observation et à leur patience, II. Agassiz leur a, avec raison, réservé vingt places. Il n'a pas eu le mauvais goût, de les exclure, comme on le fait encore dans un grand nombre de pays, et notamment dans certaines universités suisses. Craignant de voir reparaître, sous forme de visiteurs, les personnes qui n'avaient pu être admises d'une façon régulière, M. Agassiz a publié dans tous les journaux un avis annonçant au public qu'il n'y a pas d'bùtel dans l'île et. qu'on ne peut recevoir à l'école d'autres hôtes que les élèves et les personnes attachées à leur instruction.

Il ne sera pas superflu de donner maintenant quelques détails sur l'administration matérielle d'un établissement d'éducation si bien en dehors de tout ce qui a été organisé jusqu'à ce jour.

Les élèves n'ont à paver que leur nourriture, préparée par un cantinier et vendue à prix coûtant. Comme les dortoirs ont été construits sur les fonds de l'École, on n'exige des pensionnaires aucun loyer proprement dit. Ils ont cependant une somme minime à verser chaque semaine pour représenter l'usure des meubles garnissant leur chambre à coucher, et le service personnel auquel donne lieu leur séjour dans l'établissement.

Les bâtiments ont été construits d'une façon économique, et l'Ecole n'a point dépensé, à beaucoup près, tout son capital. Lue somme de près de un million, placée sur l'Etat ou en valeurs do tout repos, sert à assurer le pavement des professeurs et le service général, de sorte que les élèves, qui vivent à bien meilleur marché que n'importe dans quelle ville des Etats-Unis, n'ont à supporter aucuns frais d'instruction.

Enfin, comme un grand nombre de personnes désireront faire des collections pour leur usage personnel, peut-être même pour les vendre, les vases et l'alcool, achetés en gros par l'école, sont mis à la disposition des élèves, a prix coûtant, ce qui facilite beaucoup un genre d'étude attrayant et utile.

On ne saurait imaginer un système pluslihé.ral et plus voisin de la gratuité absolue. Nous ne perdrons pas de vue les travaux d'un établissement qui, inauguré d'une façon si brillante, se trouve placé sous une direction si habile, si intelligente et si franchement philosophique.

LES CllIQUETS DÉVASTATEURS

(Suite. — Viij. |i. 250.)

Il e\iste de très-grandes difficultés, au point de vue cntomologique, pour distinguer entre elles les espèces d'Acridiens migrateurs dont les ravages sont à redouter pour nos cultures. Elles sont réparties eu plusieurs genres par les auteurs modernes.

Le genre Acridium (Geoffroy) renferme l'espèce lu plus redoutable, qui heureusement ne vient, jamais en Europe. Les caractères les plus saillants de ee genre sont tirés de la région muvenne du corps, do son premier anneau, le pro thorax, portant la première paire, de pattes. Il offre en dessous une corne cylindrique, libre et proéminente, droite ou courbe. La partie supérieure, peu prolongée en arrière, distinctement comprimée sur les cotés, présente eu dessus une crête ou carène médiane plus ou moins élevée, sans carènes latérales sensibles; les organes du vol sont bien développés dans les deux sexes, et composés, selon le caractère général des orthoptères, d'une paire antérieure d'élytres seini-conaees, et en dessous d'ailes membraneuses beaucoup plus larges, dont toute la région postérieure se plisse au repos en éventail et se replie- au-dessous de la région antérieure, de sorte que toute l'aile est alors protégée et cachée par l'élytre, comme un étui qui empêche les

déchirures de la voile délicate par Ses aspérités du i sol ou des buissons, alors que l'insecte marche ou saule. La figure où l'on voit deux Acridium l'un au repos, l'autre parcourant l'atmosphère , fait bien comprendre cette distinction.

L'espèce la plus répandue de ce genre funeste doit avoir son origine dans divers lieux diserts de l'ancien monde, comme les steppes de l'Asie centrale d'une part et l'intérieur de l'Afrique de l'autre, sans qu'on puisse préciser exactement la limite australe. Lille étend ses ravages par d'immenses colonnes voyageuses des rivages orientaux do la Chine aux côtes du Maroc et du Sénégal ; ou en rencontre des légions dans toute la Chine, la l'erse, l'Asie .Mineure, i'l\gypte, le Soudan et les anciens Etats harharesques ou tout le nord de l'Afrique et, ce qui est fort triste pour nous, l'Algérie. C'est le Criquet nomade ou pèlerin (Aeridimn peretjrinum, Oliver). Il est de grande taille, pouvant atteindre (15 millimètres dans les deux sexes. Le corps est dépourvu de poils, ordinairement d'un jaune vif, avec beaucoup de lignes et de points ferrugineux, formant connue une marqueterie. Les antennes sont jaunes à la base puis brunes. Lesélytres, plus longues que l'abdomen, assez étroites arrondies au bout, sont opaques et jaunes à la base ainsi qu'au bord antérieur, puis transparentes avec des séries de taches noirâtres, ce qui constitue des bandes transversales très— il régulières. Les ailes, aussi longues que les élytres, sont amples et transparentes, à nervures jaunes avec le bord antérieur teinté de la même couleur.

L'abdomen et le dessous du corps sont brunâtres et luisants, et les pièces qui le terminent sont courtes ; les pattes sont d'un beau jaune avec les épines des jambes postérieures noires.

La détermination de cette espèce est. due au savant voyageur Olivier (Voyage dans l'empire ottoman, t. Il, p. 121), à la fin du dernier siècle. Voici comment s'exprime Olivier, alors en Syrie, sur les migrations de cette espèce, dont il a été témoin, et ce récit est précieux en ce qu'il émane d'un homme habitué aux observations scientiliques : « A la suite de vents brûlants du midi, il arriva de l'intérieur de l'Arabie et des parties les plus méridionales de la Perse des nuées de sauterelles (nom vulgaire), dont le ravage, pour ces contrées esL aussi fâcheux et presque aussi prompt que celui do la plus forte grêle eu Europe. Nous eu avons été deux fois les témoins (Olivier et son compagnon Bruguières).

« 11 est diflicile d'exprimer l'effet que produisit eu nous la vue de toute l'atmosphère remplie de tous les côtés et à une très-grande hauteur d'une innombrable quantité de ces insectes, dont le vol était lent et uniforme, et dont le bruit ressemblait à celui de la pluie; le ciel en était obscurci et la lumière du soleil considérablement affaiblie. En un moment, les terrasses des maisons, les rues et tous les champs furent couverts de ces insectes, et, en deux jours, ils avaient presque entièrement dévoré toutes les feuilles des plantes ; niais heureusement ils vécu-

rent peu, et ne semblèrent avoir émigré que pour se reproduire et mourir. En effet, presque tous ceux que nous vîmes le lendemain étaient accouplés, et, les jours suivants, les champs étaient couverts de leurs cadavres, j'ai trouvé cette espèce en Egypte, en Arabie, en Mésopotamie et en Perse. »

Olivier fait mention d'une variété de V Acridium peregrinum, où le fond jaune est remplacé par du rougeâtre clair. Audinet-Serville dit avoir reçu cette variété de Palestine, prise sur le mont Siuaï. Elle existe aussi en Algérie, comme me Ta fait connaître M. Couie, qui professa longtemps l'histoire naturelle au lycée d'Alger; ces Sauter elles rouges sont souvent prises à tort comme une espèce particulière. Les nururs du Criquet pèlerin ont été observées dans notre colonie, notamment par M. 11. Lucas lors de l'exploration scientifique do l'Algérie, entreprise sous Louis-l'hilippe à la suite des victorieuses campagnes du maréchal llugeaud. C'est l'espèce qui s'y rencontre le plus abondamment, bien qu'elle n'y soit pas dévastatrice tous les ans. Les indigènes la nomment El Djerad (la sauterelle) ou Djerad el arbi (la sauterelle arabe). Lille présente cinq mues ou changements de peau : la première a lieu cinq jours après la sortie de l'œuf, la seconde six jours après la première, la troisième huit jours après la seconde, et dans ces trois premières mues (état de larve) l'insecte n'a pas d'ailes ; ensuite, se produit la quatrième mue au bout de neuf jours, et l'insecte est alors en nymphe, avec les élytres et les ailes raccourcies, pendantes sur le dos, impropres au vol et enveloppées de fourreaux. Enfin la cinquième mue ou l'état parfait arrive dix-sept jours après, en tout quarante-cinq jours à partir de la sortie de l'œuf.

L'espèce apparaît au milieu du printemps à l'état adulte, venant du sud. Ces criquets ne commencent à voler qu'entre sept et huit heures du matin, suivant (pie le temps est plus ou moins clair, demeurant jusque-là engourdis sur les branches d'arbres, sous les feuilles larges, dans l'herbe des fossés, surtout quand il est touillé de la rosée pendant la nuit. L'accouplement s'opère dans la journée, le mâle grimpé sur le dos de la femelle. Il agite de temps en temps ses longues pattes, et la femelle y répond par un mouvement analogue. La femelle marche et mange, gardant avec elle le mâle, qui souvent même ne la quitte pas pendant la ponte. Cet acte s'opère de préférence dans des terres meubles, sablonneuses. Si la terre est un peu dure la femelle y creuse un trou cylindrique, large d'un centimètre environ, cndoimaut une demi-rotation à sou abdomen et ouvrant en même temps ses quatre valves terminales, qui tassent la terre sur les côtés; ou dit que les trous soit creusés par la femelle, soit probablement préexistants en partie, peuvent avoir une profondeur de trente millimètres, et qu'alors les anneaux do l'abdomen qui s'enfonce en terre se distendent comme un tube élastique.

On voit un grand nombre de femelles pondant en cercle, serrées les unes contre les autres là où la

'erre est meuble, ce qui fait que souvent le même amas de terre renferme un grand nombre de grappes d'oeufs. Le trou est d'abord enduit d'une matière albumineuse rejetée par l'oviducte, puis les œufs, au nombre de 80 à 90, sont pondus en trois rangées et entourés chacun de la même viscosité, et enfin la femelle ferme le trou au-dessus de la grappe d'œufs par une bave blanche et mousseuse, destinée à dérober le nid aux insectes parasites, La matière d'enduit se sèche, brunît et s'incruste de grains de terre formant alors une sorte de coque courbe, arrondie à bout et tronquée à l'autre, que ferme une calotte de terre. Les œufs sont d'un beau jaune au moment de la ponte, oblongs, arrondis aux deux bouts, longs de (K0()8 à 0^009, largesde 0^002. Huit joursaprès la ponte, ils deviennent d'un blanc grisâtre, dont perdu leur transparence. Les petites larves à grosse tète, ('closent 20 à T,'i jours après la ponte, suivant, la nature du sol, l'influence atmosphérique, l'humidité, etc., causes qui avancent ou retardent l'incubation. Elles mangent la substance nlbumineu.se de la glèbe des œufs, et même parfois la coque de ceux-ci. D'un blanc sale en éclosant, elles durcissent et se colorent en peu d'heures, devenant noires avec des marquetures blanches. Les femelle pondeuses meurent souvent sur place, et, dans la grande invasion de 18(10 en Algérie, on remarquait que les amas de criquets rejetés sur le sable par les vagues contenaient beaucoup de mâles et peu de femelles ; cependant quelquefois les couples survivent plusieurs jours à l'accouplement et à la ponte.

Le genre Acridium nous offre une autre espèce dévastatrice pour laquelle les renseignements sont moins précis. Elle offre beaucoup de variations, ce qu'indiquent les noms A' Acridium iartaricum, Linn.; et Liiteola, Fabr. donnés à ses deux principales races. L'espèce est plus petite que la précédente, avant I ",039 à 0'",0u8, chez la femelle et 0"',0r"),'j à nl ,fJ 17 chez le mâle, dont la taille est notablement moindre, l'ait fréquent chez les insectes. La tète, le corps et les pattes sont d'un vert jaunâtre, passant souvent au brun eu se desséchant, poilus, maculés de brun. Les élytrcs, beaucoup plus longues que l'abdomen, sont comme nébuleuses en raison de leurs nombreuse nervures brunes ; les ailes transparentes, rembrunies au sommet, ont vers le milieu une large bande noirâtre, arquée, sans contours nets. Les deux races diffèrent par les couleurs des paltcs.

Cette espèce se renconlre en Italie, en Espagne, en Portugal, en Ikdmatiu, en Sardaigne, en Hongrie, dans le Tyrol austral. Ou en trouve desindividus isolés, mais très-rarement en septembre, dans les prairies, jusque dans le milieu de l'Allemagne. Elle existe dans la Provence, et l'entomologiste Solicr l'indique parmi les espèces nuisibles des environs de Marseille. On ne l'a jamais rencontrée au centre ni au nord de la France. Joignons à ces localités l'Egypte l'Algérie (il. Lucas) , la Syrie (c'est, dit-on, l'espèce qu i se vend cuite sur les marchés de Bagdad), peut-être les Indes orientales. Latreille et Ericsou disent que

cette espèce émigré souventeldevastelescampagn.es; cependant elle ne possède peut-être pas partouteette redoutable propriété. En effet, un excellent observateur, rtamhur, bien connu pour ses explorations de la Corse et de l'Andalousie, affirme qu'en Espagne cet Acridien ne se trouve pas en troupe ni à terre, comme la plupart des espèces voyageuses, mais habile isolément sur les arbres. Si quelqu'un s'approche de l'arbre où il gite, il s'envole avec un frémissement, presqu'à la façon d'un oiseau, mais toutefois ne vole pas loin.

In second genre contient les espèces les plus dangereuses pour l'Europe, c'est, le genre Pacliytylus, Ficher. Le prothorax n'offre pas de proéminence en dessous, et présente en dessus, outre la carène du milieu, des carènes latérales peu développées ; il se prolonge en arrière. Les épaules sont obtuses et proéminentes; les ailes sont, bien développées, raccourcies quelquefois chez la femelle, mais demeurant propres au vol. Le P. migratorius, Linu. atteint. 0"",0ui chez la femelle et 0"',0i'J chez le mâle, dimensions moindres que celles du Criquet pèlerin. Sou corps est lisse, sans poils, ordinairement vert, quelquefois brunâtre. Les élytres et les ailes dépassent beaucoup l'abdomen dans les deux sexes ; les élvfres sont jaunâtres à la base, parsemées partout de taches brunes eu bandes nuageuses; les ailes sont grandes, d'un vert jaune au milieu, souvent enfumées au bout. Les pattes postérieures sont d'un jaunâtre pâle avec les jambes souvent bleuâtres. Une seconde race, qui paraît remonter plus au nord de l'Europe, a les jambes postérieures d'un rouge sanguin plus ou moins prononcé. C'est le P. daniciis, Linu. ou cinurascens, Fabr., dont beaucoup d'auteurs fout une espèce distincte. Ce Criquet, migrateur, originaire, dit-on, des steppes de la Tartane, produit ses ravages dans une grande partie de l'Europe, se trouve, aussi en Asie- Mineure, en Algérie (11. Lucas), à File do Madère, et aussi, paraît-il, à l'île de France. 11 habite constamment l'Espagne et l'Italie, la Hongrie, la Dalmatie. Il apparaît, dit-on, en hiver en troupes dans les campagnes du Valais. Des individus isolés se prennent au mois de septembre près de Fribourg-en-Rrisga ii, de Fraucfurt-sur-le-Mtin, etc. 11 eu est de même pour le centre et le nord de la France. Il est commun dans les plaines arides de la Sologne, mais difficile à approcher. Près de Paris, on rencontre parfois à l'airière-saison ce curieux insecte, de beaucoup le [il us grand de nos Acridiens ; il a été trouvé à Fontainebleau, dans une prairie près de Sceaux, en septembre, à Vanves, à Montrouge (les deux sexes), enfin dans le jardin même du Muséum. Ce sont des sujets emportés au loin par le vent; Geoffroy, notre vieil historien des insectes de Paris, n'a pas connu cette espèce. Le Criquet migrateur remonte au nord jusqu'en Danemarck et, en Suède; une de ses colonnes fut poussée par les vents en Angleterre eu 17-18. Ou l'a rencontré en Irlande, près de Dublin. Un des entomologistes les plus distingués de la Belgique et de

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l'Kurope, M. lu sénateur de, Sélys-Longchamps, nous apprend que ces deux races existent, locales en Belgique, celle à jambes toutes dans les bruyères du ht Campine, et en llesbaye celle à jambes bleuâtres ou d'un jaune pâle. L'espèce est assez fréquente dans les années chaudes, à la fin d'août et en septembre, dans les champs de trèlle et de pommes de terre; M. de Sélys-Longchamps pense qu'elle peut se reproduire pondant plusieurs années de suite, bien qu'on ne la trouve pas tous les ans. Les Sphinx du laurier-rose et eélerio, originaires du centre de l'Afrique, offrent des faits analogues. Les individus septentrionaux du Criquet migrateur sont d'ordinaire plus petits que ceux des régions australes.

Plusieurs auteurs disent que le mâle stridule, ee qui | n'a jamais été indiqué pour le grand Criquet d'Ai'ri- : que (Acridium pereqriimm) . Ile fîéer rapporte qu'une femelle du Criquet migrateur, qu'il conservait dans une boite, pondit un grand nombre d'oeufs qu'elle attacha à des tiges de gramen. Ils étaient allongés, d'environ 0"\00j, arrondis aux deux bouts, d'une couleur de chair obscure, à coque très-fragile, et entourés d'une matière écuraeuse, rosée, sécrétée par la mère et qui devint dure en se desséchant.

Une seconde espèce du genre Pachyhjlus est un de nos plus jolis criquets ; malheureusement ses belles couleurs doivent sembler une faible compensa-

MAI* 1 jiilnki- <>l |.elil-. .^ir(;nn th l'œuf. — ]'Vinelle au ycI. — ?s yuj^ïlif . — - il'.ul-, d:ms leur £:iir.e.

lion aux agriculteurs dont elle dévaste les champs. Le I'. strit/uiuSjLinu. se reconnaît tout de suileàses ailes inférieures, d'un beau muge vermillon, bordées de noir. Chez le mâle, les étvtres et les ailes dépassent l'abdomen ; elles sont plus courtes que lui chez la femelle. Celle-ci est en outre bien plus grande que le mâle, ajant de u'",0 L 27 à 0"', 03.") de long, taudis que le "maie n'a que ll'MWÛ a 0"',O27.' Cette espèce fréquente une grande partie de l'Europe, causant parfois de grands dommages aux récoltes dans les régions méridionales. A la lin de juillet, en août et septembre, il vole dans les lieux un peu élevés, sablonneux, aride et pierreux et dans les prairies montagneuses des Alpes et des Pyrénées, en Italie supérieure, dans la llahnatie, l'istrie, dans tout le sud-est de la l'rauco. .le ne émis pas qu'on le rencontre près de Paris, car il ne faut pas le confondre avec une au're espèce à ailes rouges dont nous di-

rons un mot. On le trouve dans tonte l'Allemagne, la Russie et aussi en Suède, et, d'après de Céer, dans les endroits montagneux et secs où l'on fait du charbon de bois. 11 vole par saccades et s'élève assez haut, en produisant un frémissement particulier qui lui a valu son nom. Ce n'est nullement la stridulation volontaire du mâle appelant la femelle, mais un bruit mécanique dû au frottement des nervures trèsépaisses du bord antérieur des ailes contre le bord postérieur des élytres,

lu dernier genre de criquets à espèce nuisible est celui des Caloplenus, Uuriiieister. ou Cailii>tamus, Audiuet-Sei'ville. Plus voisin des Acridium que les l'ucliyti/tus, ce genre a nu tubercule au-dessous de la poitrine et trois carènes nu-dessus du prothorax. Les élytres et les ailes sont bien développées et les cuisses postérieures trrs-dihitées. Les Caloptènes se reconnaissent immédiatement à leur corps épais et

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trapu, à leurs courtes et grosses cuisses do derrière. Ils se trouvent dans l'Europe méridionale et movenne, l'Asie, l'Afrique septentrionale et australe et l'Amérique septentrionale, sur les mou ta prie s et les collines arides, insolées, pierreuses, et dans les régions sablonneuses, de juillet à septembre. Les divers exemplaires de la même espèce paraissent varier, suivant le lieu natal, en couleur, grandeur et stature. Le type est le C. italiens, Linn., ayant île (l'",028 à 0"',030 et m 3 0i0 de longueur dans les sujets femelles. Il a une couleur ordinairement jaune ou roussâtre, avec des ailes dune charmante. couleur d'un rose délicat et les pattes de. derrière sanguines, agréablement vergetées de. noir. Le mâle est deux fois plus petit que la femelle, n'ayant que 0"',f)l2 à 0'",01(i; c'est, peut-être en raison de cette faiblesse qu'il est armé à l'oxiréiiiilé de l'abdomen de deux appendices recourbés et débordants, comprimés et excavés en dedans, propres à retenir étroitement la femelle dans l'accouplement et à la maîtriser. Cette espèce est fort redoutable par ses ravages et se trouve en fispagne, même en hiver, liambur dit qu'en Andalousie, elle paraît souvent en troupes si nombreuses qu'à chaque pas ou en fait hiver des centaines. I lie ravage l'Italie et notamment la campagne de Morne, attaque en France les champs de luzerne et les vignobles, se trouve en Allemagne jusque près de lierlin dans les prairies sèches, en Saxe, en Russie méridionale, eu Sibérie. Sol ter la range parmi les espèces dévastatrice? de la Provence récoltées dans les chasses primées par les municipalités. Elle remonte en individus isolés aux environs de Paris, où elle est. commune certaines années. On la trouve toujours à Lardy, localité aride bien cornue des jeunes amateurs parisiens par ses espèces méridionales, et je suis persuadé qu'elle existe aussi fréquemment dans les laudes sèches doChampignyet de la Varenne- Samt-Maur. Autrefois Audmet-Scrville la trouvait au champ de Mars, à Sèvres et à Saint-Clourl, mais ces lieux ont bien changé depuis quarante ans et n'ont plus rien de champêtre.

Les grands continents ont leurs criquets dévastateurs, mais je n'oserais pas entreprendre, avec le peu de connaissance que nous avons des Orthoptères, l'histoire des espèces d'Amérique et d'Australie. On a reçu tout récemment au Muséum une espèce probablement inédite, ressemblant d'aspect au 1'. migratorius , et qui couvre parfois de ses nuages obscurcissants le ciel de la Nouvelle-Calédonie, si tristement célèbre eu nos temps troublés. Peut-être vient-elle d'Australie.

Un dernier mot pour les Parisiens. On rencontre en abondance dans nos environs une espèce qui vole sur les vignobles et les coteaux, -mais qu'on ne peut pas appeler dévastatrice, car ses dégâts sont insignitiants. Elle appartient au genre Œdipoda, Latr., à poitrine plate, mais avec des cavités latérales sur la tête que n'ont pas les genres précédents. Tout le monde connaît le criquet à ailes bleues et noires de Geoffroy, ÏŒ. cœrulescens, Linn, volant à peu près

partout de la fui d'août au milieu de septembre et qu'on trouve même dans les rues excentriques de Paris bordées de jardins maraîchers et de terrains vagues. Les élvtres sont d'un gris cendré, avec deux bandes trausvorses d'un jaune terne et le bout un peu transparent; les ailes sont bleues entièrement bordées de noir, d'une transparence enfumée au sommet. Les deux sexes ont les organes du vol également bien développés, et le mâle à peu près moitié moindre eu taille que la femelle. La couleur bleue des ailes ne passe pas au rouge par les fumées des gaz acides. On trouve plus rarement près de Paris, localisée dans les lieux les plus secs, une variété dite germaniea Charpentier, où le bleu des \ ailes est remplacé par un beau rouge, tout le reste de l'insecte demeurant pareil. Ce criquet à ailes ronges de Geoffroy, remonte moins au nord que l'autre. On le rencontre à Lardy en aussi grande quantité que le type bleu; il est bien moins commun à Sénars. 11 manque en Belgique et sur les falaises arides du nord de la Bretagne, où le bleu s'envole à chaque pas devant, le promeneur. Je ne l'ai jamais pris à Compiègne, tandis que \c cœrulescens y abonde. Il est facile de distinguer la variété rouge d'avec le P. slriduhis, et cependant des auteurs rccommandables s'y sont trompés. Chez le criquet stridule les élylres sont brunâtres et sans bandes, les ailes inférieures rouges ne sont qu'incomplètement bordées de noir, seulement au côté extérieur, et le bout n'est pas transparent; enfin les organes du vol se raccourcissent chez les femelles.

11 nous reste à faire un historique rapide des ravages des criquets en France et en Algérie, à indiquer les moyens bien incomplets de s'en préserver ou plutôt de les restreindre.

Mauricë Ghuiiu.

— La suite proclmni'imïiit. —

L'ASSOCIATION FRANÇAISE

roun i.'avaiscemejnt des sciences,

(Suite i:l lin — Voy. p. 1'm cl "2Ji j t" session. — Cohai-c."* de I.yan. — Anïit 1S9ÏI.

Pendant, la durée de la session, il y eut deux séances générales, le vendredi 22 août et le lundi 2ù; les questions qui y furent traitées ne convenaient, peut-être pas toutes à cette nature de séances et auraient pu sans inconvénient être renvoyées aux sections. Ou entendit successivement, le vendredi, M. l'abbé Ducrest, qui fournit des renseignements sur la station préhistorique de Solutré, que l'on devait, visiter eu excursion; M. Caudry, professeur au Muséum d'histoire naturelle, qui fit connaître le résultat de ses recherches paléontologiques au mont Léberon (Vaucluse); le docteur II. Blanc, chirurgienmajor de l'armée britannique, qui lut une partie de sou travail sur le choléra, don!, nous avons déjà parlé; M. 'A. Dnmont; ingénient' en chef des ponts

et chaussées, qui exposa en quelques mots son projet de canal d'irrigation dérivé du Rhône et ayant spécialement pour luit l'inondation des vignes pour arviverà k destruction du phylloxéra. Dans la séance du lundi, SI. F. do Lcsseps indiqua, malheureusemont d'une manière trop vague, la question du chemin de fer qui doit relier l'Europe à l'extrême Orient; le docteur Portillon, président dû la Société d'anthropologie, présenta un mémoire sur la mortalité on France, mémoire qui, pour être utile aux auditeurs, aurait gagné, croyons-nous, à être simplifié de manière à ce que les conclusions fort intéressantes puissent frapper l'esprit davantage; enfin, M. F. Papillon lut un travail sur les rapports de la science et de la métaphysique.

Nous pensons que, cette année, les séances n'ont pas été aussi utiles qu'on pourrait le désirer et si elles ne devaient pas avoir à l'avenir un programme dont la composition expliquât mieux la réunion de tous les membres, il serait préférable de les supprimer et de les remplacer par des séances de sections. ■ C'est, en effet, dans ces séances que réside réellement l'intérêt scientifique du congrès; c'est là seulement que peuvent être présentés les travaux sérieux et complets, c'est là que peuvent avoir lieu de fructueuses discussions.

Les conférences qui ont lieu pendant la durée du congrès ne sont pas exclusivement destinées aux membres de l'association ; par leur nature, elles ont un caractère dû vulgarisation qui les rend intéressantes et attrayantes pour ce publie, maintenant si nombreux, qui dans les grandes villes éprouve le besoin de s'instruire, ledésir de savoir. Aussi ces conférences, qui ont lieu le soir, sont-elles publiques et gratuites ; à Lyon, elles avaient heu dans la grand»; salle de la nouvelle Bourse, spécialement disposée à cet effet et brillamment éclairée par des nombreux lustres. Outre la conférence de M. C. Vogt, dont nous avons parlé, il y eut également une conférence de 11. Aimé Cirard, professeur au Conservatoire des arts et métiers, sur les Progrès récents des industries chimiques : le sujet était des mieux choisis, car à Lyon nombre d'industries s'appuient sur la chimie ; la teinture en particulier est une application en grand des procédés étudiés dans les laboratoires. M. Janssen, membre de l'Institut, fit une conférence sur la constitution physique et l'avemr du soleil ; cette séance dut avoir lieu à la salle de l'ancienne Bourse, à cause des expériences de projection qui l'illustraient; 11. Janssen était connu et fort apprécié à Lyon, où il était venu à plusieurs reprises pour faire des conférences très-suivies ; aussi la foule qui se pressait pour l'entendre était-elle grande. Nous n'avons pas besoin do dire que M. Janssen traita parfaitement et d'une manière fort intéressante le sujet qu'il avait choisi et sur lequel il a une compétence spéciale.

Les excursions qui ont lieu pendant la durée d'un congrès ont un double but: elles permettent d'aller voir surplace des usines, des mines, des coupes géo-

logiques, des stations anthropologiques, etc.; mais on outre, bien que généralement elles soient la cause, d'une vénlable fatigue phvsique, elles n'en constituent pas moins, pour les membres du congrès, un délassement qui vient couper d'une manière agréable et instructive la série des séances fatigantes qui constituent la partie la plus sérieuse de la session ; elles fournissent, en outre, aux savants des diverses sections, l'occasion de se rencontrer, de se connaître, et souvent dans des conversations qui s'y établissent des discussions y prennent fin, des travaux s'y ébauchent.

La première excursion, cette année, avait pour but la visite de la station préhistorique de Solutré, près Màcon: les excursionnistes, au nombre de 175 environ, partis par un train spécial, furent reçus à. Màcon par une délégation du conseil général de Saone-ct-Loire et par le bureau de la Société académique. 11 fallut presque aussitôt prendre place dans les voitures rassemblées non sans peine pour parcourir les 10 kilomètres qui séparent Solutré de Màcon. A Solutré, des drapeaux lloltaieut aux fenêtres, des arcs de triomphe de verdure étaient dressés sur la route que nous devions suivre: à côtéde remplacement des fouilles, s'élevait une tente sous laquelle on avait dressé une table autour de laquelle nous prenions place un peu plus tard pour faire honneur à un repas magnifique, préparé par les soins du Comité local de Lyon, La station do Solutré offre au savant des foyers préhistoriques sur lesquels on trouve des squelettes vraisemblablement contemporains de ces foyers {un squelette de femme fut trouvé dans une fouille en présence des membres du Congrès); en outre, il existe des os de cheval en quantité considérable; ou n'évalue pas à moins de quarante mille les chevaux dont on trouve les restes : ces animaux ont. tous à peu près le même âge, et certains savants qui ont étudié la question pensent qu'ils devaient être domestiqués. 11 y a là des problèmes intéressants, mais il faudrait, pour les indiquer d'une manière complète, posséder des connaissances que nous regrettons de ne pas avoir.

Avant de rentrer à Lvon, le train qui nous portait s'arrêta à Neuville, où les excursionnistes furent reçus d'une manière splendide par un membre fondateur de l'Association, M. Guimet; une table de 200 couverts au moins était dressée dans une salle de spectacle appartenant à M. Guimet, amateur sérieux do musique. Pendant la durée du repas, des solos et des chœurs, dont quelques-uns étaient l'œuvre de notre amphitryon, furent exécutés et ajoutèrent un charme de plus à cette réunion. Disons tout de suite que, le dimanche soir, M. Guimet, offrait une fête splendide aux membres du congrès, dans le parc de laTète-d'Or. M. Guirnet doit à l'application de la science, la fortune dont il jouit (il est propriétaire du bleu-Guimet, découvert par son père); niais, on le voit, il sait rendre à la science les honneurs auxquels elle a droit. A l'étranger, du semblables réceptions pendant les congrès scientifiques ne sont

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