‹ La Nature 1873Chapitre 122 sur 171 · I.e lûbscopfi île Miilliuunie · texte numérisé non relu

I.e lûbscopfi île Miilliuunie

rienre le petit miroir, qui renvoie l'image dans l'oculaire placé au centre du grand, comme nous l'avons expliqué. 11 est formé de bandes d'acier croisées et rivées. Des cercles de fer l'enserrent et quatre diaphragmes sont fixés à égales distances dans son intérieur. Il est si

solidement établi, qu'un poids de 112 livres attaché à son extrémité ne lui donne qu'une flexion de j-J- (f de pouce.

En résumé, ce grand télescope, que l'on peut nommer un ebet-d'eeuvre do travail, présente les proportions suivantes en mesures françaises. Le n;iroir a l'V-0 de diamètre; sa distance focale est de !■)"', 00. Il semble que le télescope devrait être au moins aussi long que la distance focale; mais dans le système Casscgrain, le petit miroir est convexe et coupe le faisceau des rayons lumineux avant la for-

Zt\

Fie/. 2. — Coupe tin tt'li^copi'. de C:.is5^Tiùn .

iiiation du lover ; il est doue en deçà du foyer (fig. 2) . Aussi la longueur totale du télescope est-elle de mètres. Sa largeur est de 1 IJ1 ,5.">. Neuf oculaires lui sont

adaptés. Les

____ — ,™™„ ..__„„. grossissements

de ces oculaires, et c'est en définitive là le point capital, sont compris entre 200 et 1,000; l'astre observé avec ce dernier pouvoir est vu comme s'il était rapproché de mille fois sa distance ; ainsi la lune, qui est à 9(1,000 lieues d'ici, est vue comme si elle n'était qu'à 90 lieues.

Quelque prodigieux que soient ces résultats obtenus par l'optique moderne, il n'est pas douteux qu'ils seront dépassés, et que les appareils astronomiques de l'avenir rapprocheront encore de noire globe l'image de l'astre des nuits.

Camille Flammarion.

— La suite prochainement. . —

■jH.

COLORATION ACCIDENTELLE DES EAl'X

DOUCES DU 'slABIXES.

l'TtÉTKÏDUES IT.ITIES UE SAHG.

Dès la plus liante antiquité, la couleur rouge du certaines eaux paraît avoir attiré l'attention des peuplcs. De tout temps on a parlé de pluies sanglantes, de Heuves changés en sang, et ces phénomènes oui donné, lieu aux explications les plus liizarres , aux terreurs les plus ridicules.

On lit dans l'Exode (chapitre vu) « Et fit cruor in omni. terra JEyypli, tam in ligneis vasis quam. in saxeis. »

Traduction : tt Et l'on vit

paraître du sang dans toute

la terre d'Egypte, tant dans

es vases de hois que dans

ceux de pierre. »

Homère, (Iliade, liv. XII, v. r>"> et liv. XVI, v. 450), parle des rosées de sang qui précédèrent le combat entre les Urées e! les Troyens, et de colles qui amenèrent la mort dû Sarpédon , roi des l.yeiens.

Pline, dans son Histoire naturelle (li v. II, chap.xxxvi) , rapporte qu'à Rome, sous le consulat de M. Acilius et de li. Porcins, il plut du lait cl du sang : lacté et sanguine ]duisse.

Enfin l'historien Tite Livc mentionne une pluie semblable qui tomba sur le marché aux bœufs : in fvro «, bûaria sanguine pluisse.

Dans des temps beaucoup plus rapprochés de nous, des phénomènes du même genre ont été observés sur divers points de l'Europe, et fiant le progrès en toute chose est lenl. à s'accomplir), y causèrent do ridicules terreurs, et même de vraies séditions '.

La cause, ou plutôt les causes, do ces prétendues pluies de sang, sont aujourd'hui bien connues. Ou sait qu'il faut les attribuer soit à des poussières minérales répandues dans les couches d'air que traverse la pluie, soit aux déjections de certains papillons parvenus au moment de leur dernière mîtamor-

1 Telles sont les pluies sanguinolentes qui tombèrent, en 1608, :i Aix, e.i l'iovenie, et y piïivo^uèrtmt un soulèvement populaire; en '10,ïû,ù tiruxelles; en llaâ, à TJlm et à LuaTiie; en 1819, à lll.inknnlio irg-, près d'Oslemle; en 1821, H tiiessen, élu., etc.

pbose, soit à des dépouilles d'infusions enlevées par le vent.

Mais le vulgaire ignorant n'en continue pas moins à croire aux pluies de sang, et il s'incline aveuglément devant de soi-disant prodiges qui n'ont de réalité objective que dans l'imagination aventureuse de ceux qui les prônent comme de vrais articles de foi.

Laissons donc là toutes ces erreurs, toutes ces superstitions dont la science moderne a fait bonne justice, et occupons-nous maintenant de faits bien avérés, dont la cause ne saurait donner lieu à aucune f a équivoque , ni soulever la

moindre incertitude. On sait aujourd'hui, à n'en pouvoir douter, que les eaux douces, accidentellement colorées , doivent les teintes variées qu'elles présentent soit à des animalcules infusoires (Euylerta viridis, E. sanguinea.

Astasia hœmatodes), soit à des végétaux microscopiques ( Osciltatoria rubescens , Sphœroplea annulina), quelquefois même à de petits eutomostracés (Daphnia piller, Cyclopsquadricornis) .

Les eaux de la mer ellesmêmes ne sont pas étrangères à ce genre de coloration. Ainsi, en 1820, le capitaine Scoresby , cité, par Ch. Morren, constata que, la teinte bleue ou verte de la mer du Groenland était due à un animalcule voisin des Méduses. Il en compta o4 dans un pouce cubique; 110, 392 dans un pied cube, et 23 quadrillions 888 trillions dans un mille cubique 1 .

D'après M. Arago , les bandes vertes si étendues et si tranchées des régions polaires renferment des myriades de Méduses, dont la teinte jaunâtre mêlée à la couleur bleue de l'eau, engendre le vert. Près du cap Palmas, sur la côte de Guinée, le, vaisseau du capitaine Tuckey paraissait se mouvoir dans du lait. C'étaient aussi des multitudes d'animaux flottant à la surface, qui avaient masqué la teinte naturelle du liquide. Les zones rouges de carmin, que divers navigateurs ont traversées dans le Grand Océan, n'ont pas une autre cause. * A une époque toute récente (lHii), MM. Turrel et de Freycmet ont vu, sur les côtes du Portugal, l'océan Atlantique coloré en rouge foncé par un végétal microscopique du

1 Ch. Morren, Hechcrchcx sur la rubéfaction (fa eaux, — Bruxelles, 1841.

Arlcinia Sfdina.

Adulte grandeur naturelle, et. l'oi-tpnient grossi.

ty.il lisse ou médian. - y, y ^eus pédoneuii's. — a, e, antennes. — p, p^elic inciibatrice avec quelques-uns des rrufs qu'e.le renferme, vus par transparence. — i à 11, les ouïe paires de pieds, tout à la t'ois natatoires si respiratoires. — ati, abdomen. tip, appendices eaudit'ornie-. — c, tube dieestif eoloré en rouge par les Monas Dunalii.

genre Protococcus (Protococcus Ullanticits, Montagne;). Cette, teinte n'occupait pas moins do 8 kilomètres carrés d'étendue. M. Montagne, qui a fait connaître, l'algue qui In produisait, termine ainsi son mémoire : c Si l'on considère que pour couvrir une surface d'un millimètre carré, il un faut pas moins de 40,000 individus de cette algue microscopique, mis à coté, l'un de l'autre, on restera pénétré d'admiration en comparant l'immensité d'un Ici phénomène à l'exiguïté de la cause à laquelle il doit son I origine '. »

Quant aux eaux de la mer Rouge, elles doivent la rubéfaction périodique qui les distingue à la présence d'une algue confervo'idcque les naturalistes ont désignée sous le nom de ï ridiodesmium erythrœum, Ehrcnherg. Enfin l'atlas nous apprend qu'il existe en Russie nu lac salé, nommé Mnlinuioc-Ozcro, ou hic de framboise, parce que : sa muirc et son sel sont ruua.es et ont Fadeur de la violette. Il attribue, évidemment à tort, cette couleur aux rayons du soleil, et il ajoute qu'elle se perd par les temps pluvieux.

111TBKFÀCTION OES EAUX DES MAIUIS SAI.AXTS MÉUn'KnilA>"ÉLiS.

Connue depuis longtemps des sauniers du Languedoc, mais étudiée pour la première fuis par les savants, vers l'année lRoti, et par nous-rnènie en 18?>'J, la coloration des marais salants méditerranéens a donné lieu, elle aussi, à des explications diverses et plus ou moins rapprochées de la vérité. JIM. Audnuiu, Dumas et Fayen, de l'Institut, l'allnbuaient, à des Aiicmia satina, petil crustaeé liraucbiojiode, quipullule en eflet dans h-s]xtrtenacmeril,-i où la salure est de beaucoup inférieure au degré de saturation qui amène la précipitation du sel marin, mais qui est beaucoup plus rare dans ceux où l'eau, amenée à un très-haut degré de concentration, est. quelquefois d'un rouge de sang.

MM. A. de Saint-IIilaire et, Turpin, tous deux aussi de l'Institut, prétendaient que. la véritable cause de celte coloration étrange était due à des végétaux microscopiques d'une organisation très-simple, auxquels ils ont donné les noms tic protococeits san<juinem et hœmalococcus hermesinus . C'était aussi l'opinion de. M. F. Dunal, doyen de la l'acuité des sciences de Montpellier, qui s'était, avant MM. Aug. de Saint-IIilaire et Turpin, occupé de la rubéfaction des eaux de nos marais salants. Chargé moimême, à cette époque, de renseignement de l'histoire naturelle au collège royal de Montpellier, où je comptais parmi mes élèves des jeunes gens qui, depuis, sont devenus des maîtres justement renommés (MM. Louis Figuier, Amédée Couity et Henri Mares,

* MnnLcine, Annales des sciences naturelles, année ■] 84G, j). 'ifi.j (partie briliiui^Hé.

- I.cs samiicis (iHivrifTs des salineiè du Languedoc dïsijrnrnt sous les noms <ie l(ililes i de. ptirfcmtniwitls, de pièrrs maîtresses, les divers cnm|i;ii'lini<:nt5 où il* introduisent l'eau de mer, parvenue à Hilfijients degrés de salnrc.

par exemple), je voulus étudier à mou tour le curieux phénomène de la rubéfaction des eaux, et, dans ce but, je me rendis aux salines do Villeneuve, situées à quelques kilomètres de Montpellier. Elles étaient alors d'un rouge fortement prononcé, ,1e m'empressai de faire, sur les lieux mêmes, une petite provision de l'eau dont la nuance rappelait le plus celle du sang, et je remplis également à moitié quelques (laçons de Celle qui, moins salée

<fe 3

Fi:.;. 1. Fij. 2 .

1. Kau rûn^c il<^ TTiac^ [s salants , pui^'r, il la surFacfi. mémo t?nu r^pusé.'. — I o inl'ii-t>iiT^ sc»nt rmi:ilé> it 1

lllJ liijllilll'

- 2. La sui'fare

que, la première, était aussi moins rouge. Examinée bientôt après au microscope, l'eau puisée dans les divers partennemeuts me montra des myriades de petits êtres, que je, décrirai ainsi qu'il suit : Corps ovale ou obloug, souvent rlranglé dans son milieu, quelquefois cylindriques incolore chez les très-jeunes individus, verdàtre chez ceux qui sont un pou plus avancés, d'un rouge poneeauchez les adultes ; bouche en foi nie de prolongement conique, rétractile, point, d'veux, estomacs et anus indistincts.

A l'aide des fortes lentilles de mon microscope, je pus apercevoir encore, à la partie antérieure de ces prétendus protococcus, deux longs prolongements fl.ngellilormes et d'une transparence parfaite, qu'ils agitaient rapidement, et au moyen desquels ils parcouraient la goutte liquide étendue sur le porteobjet de mon instrument. Le doute n'était donc plus possible. Les protococcus et les hœmatococcuh de MM. Dunal, Aug. de Saint-IIilaire et Turpin étaient des animaux : c'étaient de vraies Monades, auxquelles je fus heureux de servir île parrain. Je les baptisai du nom de Monas Dunàlii, voulant rappeler ainsi que mon excellent, et regretté maître, le professeur Dunal, avait été le premier à entrevoir la cause réelle de la coloration des marais salants méditerranéens, mais il n'avait fait, que l'entrevoir.

Eu effet, il n'avait examiné nos animalcules qu'après leur mort, c'est-à-dire au moment où ils étaient devenus globuleux et immobiles comme des proto-

coceus 1 , et il les avait vus morts, parce qu'il avait totalement rempli et hermétiquement Louché les Hacous qui les renfermaient. Or, ces petits animaux ont un immense besoin de respirer. Accumulés en nombre prodigieux dans une quantité d'eau trop restreinte et entièrement soustraite à l'influence de l'air extérieur , ils avaient succombé tous pendant le

Monas Dunalii, çrossis 1*20 fai.s.

a, très-jeunes imliviilus tout il fait incolores. — b, individus non ;n3uHe& cl colortîs en vert, — c, Mûnas adultes [i'un rou^e très-ioneé. — d, Menas un peu mains rrio'-c-s,

voyage de Villeneuve à Montpellier. Devenus immobiles et globuleux, ils avaient été pria pour de vrais protococeus. Nous avions, nous, évité cette cause d'erreur eu remplissant seulement à moitié nos flacons et en les laissant largement ouverts, ou mieux encore en examinant l'eau des salines au moment où elle venait d'être puisée.

Munas Duniilii, vus quelque lem|is api-è, leur mort et devenus el>hulaircs.

lin fait bien digne de remarque qui se rattache à l'histoire des Monas Dunalii, c'est que, semblables sous ce rapport au protococeus nû'ahs, qui colore la neige des régions polaires, taulôl en vert, tantôt en rouge, nos animalcules présentent, dans leur jeune âge, une teinte verdàtre, qui passe aussi au rouge de brique, puis au rouge sanguin.

l,cs mânes, ilécnlni'és.

Le degré de concentration des eaux exerce sur eux une influence des plus marquées, lia effet,

1 Je me sais convaincu, par îles expériences directes, qu'il suftit île mettre une: soutle d'alcool Irês-élendu, ou to^me une simple goulte d'eau douce sur le porte-olijet où se meuvent rapidement les Monades do Dunal, poar vnir ces animalcules devenir à l'instant immobiles el gloliuleui,

le l" octobre 1839, après un été des plus secs, dont on ait gardé le souvenir, le liquide contenu dans les tables indiquait '25° de salure à l'aréomètre de liaumé, et il présentait une teinte si foncée, qu'en y plongeant, à une faible profondeur, le coin de mon mouchoir, je le retirai rouge comme si je l'avais plongé dans du sang. Le '28 octobre, après vingt jours de pluies continues, les eaux des pièces maîtresses, au lieu d'offrir cette nuance pourpre qu'elles avaient le premier du mois, ressemblaient à du sang très-chargé de sérum, et les monades y étaient moins nombreuses et moins rouges, quoique ces eaux atteignissent encore 20" de salure.

Portion du lulie d^ostif i!h VArlnnia salïna, au trjvors duquel on apen-oit eu a, a îles Monade mortes mais, non encore digdrt'es, el en l.t, b des cristaux culjique.s de. sel marin.

Enfin, nous ne devons pas oublier de dire que, les Monades sont très-sensibles à la lumière, qu'elles la recherchent avec une sorte d'avidité. On peut aisément s'assurer de ce fait en mettant un certain nombre de nos inf'usoires dans nu flacon aux deux tiers plein d'eau marine. On ne tarde, pas alors à les voir s'élever à la surface du liquide et se rassembler en plus grand nombre du côté le plus éclairé. Si l'on retourne le vase où ils sont captifs, de manière à les placer du côté le plus obscur, ils reprennent bientôt après leur position première.

Notons aussi que nos animalcules descendent quelquefois an fond des tables qu'ils occupent, et qu'alors la coloration de la surface diminue ou disparaît totalement. Ajoutons enfin que nous avons pu, moyennant certaines précautions, faire arriver nos Artemia vivants à Paris, qu'ils ont eu l'honneur d'être présentés à l'Institut, et qu'ils ont élé vus au microscope par quelques-uns des membres les plus illustres de la savante compagnie.

Il était donc bien démontré désormais que les ilfonas Dunalii étaient la cause de la coloration en rouge des marais salants méditerranéens; mais en étaientils la cuise unique? Les Artemia salina, signalés par MM. Audouin, Dumas et Payen, ne contribuaient-ils [tas, eux aussi, au phénomène qui nous occupe? Tel était le nouveau problème à résoudre,

et il fui bientôt résolu. Rappelons d'abord que ces petits crustacés su trament eu bien plus grand nombre dans les eaux peu salées que. dans celles qui sont parvenues au degré maximum de. concentration. Rappelons surtout que dans ces dernières leur présence est relativement très-rare et, eu quelque sorte, accidentelle. Ceux qu'on y trouve sont languissants; ifs souffrent évidemment dans ces eaux trop denses où les sauniers les ont introduits avec les eaux moins concentrées, amenées par eux dans le bassin où le sel doit cristalliser. Ici, disons-nous, on voit, les arlemia nager avec peine et tout à fait à la surface du liquide. Ils paraissent plus ou moins colorés en rouge; ils le sont, en effet, dans toute l'étendue dis leur canal digestif. Mais cette coloration est tout à fait secondaire, et doit être attribuée, aux monades qu'ils ont avalées avec l'eau, qui a fini par laisser déposer dans leur intestin les gros cristaux de sel marin qu'on aperçoit à travers ses tuniques transparentes, au milieu des monades digérées en partie, ou en totalité '.

Loin d'être la cause de la nuance pourpre que présente l'eau des salines arrivée au degré ultime de concentration, les Artemia doivent doue eux-mêmes leur colorai ion accidentale aux menas Dattalii qu'ils ont. ingérées dans leur canal digestif, ou qui se sont ogées entre les filaments de leurs pattes branchiales. Lu preuve en est que nous avons pu teindre eu ronge des Artemia naturellement incolores, eu les forçant à vivre pendant quelque temps dans de l'eau de me; 1 colorée elle-même soit par des monades rouges, soit simplement avec du carmin ou de la laque carminée.

Mais, quoique dépouilles du rôle qui leur avait été attribué dans la rubéfaction des eaux, les Artemia satina n'eu sont pas moins pour lu physiologiste un sujet d'étonnement et de méditation. En effet, à l'exemple de, plusieurs animaux appartenant.au grand embranchement des articulés (psvché, abeille, papillon du ver à soie), nos crustacés jouissent du singulier privilège de se reproduire sans avoir obéi à la loi générale de l'union sexuelle. Sur plusieurs milliers d'individus soumis à notre observation, nous n'avons pas trouvé un seul mâle, nettement caractérisé. Le célèbre naturaliste genevois Cari Vogt déclarait tout récemment 2 n'avoir pas été plus heureux que nous sous ce rapport. D'où il faut conclure que les Artemia de nos salines perpétuent leur espèce à t'aiiie de femelles constamment vierges , dont les œufs, quoique privés du baptême séminal, se développent dans une poche incubatrico située à la base de l'abdomen maternel, et donnent naissance à des petits qui, avant de ressembler complètement à leur mère, devront subir d'étonnantes métamorphoses. On a donné le nom de yarthcnoqénèse à ce mode

1 Le sel recollé duus les salines de Villeneuve et des environs est souvent pins ou moins coloré en ron^ par les Mnaas Dunalii, qui lui communiquent en oulre une. oilmir du violettes passablement pronuuoée.

3 Au liongrès des naturalistes suisses réunis à Fl'ibourfr, en août 1*72.

singulier de reproduction par des femelles vierges, et indépendamment du commerce des mâles, qui souvent n'existent pas, ou du moins ne sont pas encore connus. Notons en terminant que les œufs de nos Artemia vierges ne produisent que des femelles, tandis que les œufs non fécondés de la reine-abeille ne. donnent naissance qu'à des mâles, uniquement à des nudes. X)* N. Joi.ï (de. Toulouse).

LE CIEL Ali MOIS D'OCTOBRE 1873

Ce n'est pas sortir du domaine de l'astronomie que rie parler des marées et des bourrasques qui, à celle époque, de l'année, ont coutume d'aborder les côtes occidentales de l'Europe avec une violence particulière ; le voisinage de l'équinoxe est toujours signalé de cette façon dans les dentiers jours de septembre et souvent dans les premiers du mois d'octobre : les raisons astronomiques de cet étal de choses sont connues de lout le monde, ce qui nous dispensera do nous étendre sur ce sujet. Bornons nous à mentionner la grande marée de syzvgio, du 7 au 8 octobre, qui est annoncée comme l'une des plus considérables du siècle; elle est caractérisée par le nombre 1 ,14, nombre par lequel il faudra multiplier l'unité de bailleur de chaque port, pour avoir la hauteur des plus grandes eaux à la marée de ce jour, .liaison m: doit pas oublier que cette hauteur peut être sensiblement modifiée par la force et la direction du veut régnant.

Les mauvais temps de l'équinoxe touchent encore les astronomes sous un autre point de vue; le ciel étant fréquemment pluvieux, couvert de nuées ou de brunies épaisses, est peu favorable aux observations célestes. Ces circonstances ont dû être particulièrement désagréables cette année aux observateurs qui avaient plusieurs comètes, nouvelles ou nouvellement, retrouvées à surveiller, la comète IV, 1875, découverte le 1?) août dernier par MM. Paul et Prosper Henry, dont MM. Ravel et André ont pu étudier le spectre, et qu'ils soupçonnaient devoir devenir visible à l'œil nu, puis les comètes V et YI, nouvelles apparitions des comètes périodiques de Brorsen et de lave. Les observatoires européens seront peutêtre plus heureux en octobre qu'en septembre. Laisons donc une rapide revue des phénomènes célestes pendant le mois qui va courir.

La portion du ciel que nous aurons plus spécialement en vue, en octobre, au-dessus de l'horizon de, notre zone tempérée boréale, comprendra, outre la zone circumpolaire dont nous ne dirons rien parce qu'elle est toujours la même pendant toute l'année, les constellations qui se, groupent autour du carré de Pégase : le Renanl, l'Aigle, la Lyre à l'occident, Andromède, Persée, le Taureau, à l'orient, les Poissons et la Baleine vers le sud. Signalons notamment deux ou ttots objets célestes bien connus, mais qui ne perdent pas pour cela deleur intérêt, au point de

vue clo l'astronomie sidérale. C'est d'abord l'étoile variable de la Baleine, la fameuse Mira, dont la période est de ôôl jours 20 heures, qui, pendant r.e temps, atteint d'abord l'éclat d'une étoile de

deuxième grandeur , conserve cet éclat pendant quinze jours, décroît ensuite jusqu'à devenir, au bout de trois mois, invisible à l'œil un. Pendant cinq autres mois, elle reste invisible, mais tout ce

ÉÊmàmmàmmmmm

iliri tin c !'u oeloLre 1873.

V sinus éI Jupiler en octobre ltël/i.

qu'on sait, c'est qu'elle diminue jusqu'à devenir iuléneiue eu éclat aux étoiles de onzième grandeur; il serait intéressant, croyons-nous, d'étudier ses phases d'indivisibilité avec plus de. soin et de précision. Lu catalogue d'Argelanderdoiuie, pour! 841), à cette étoile 5 '2° 49' d'ascension droite et 3" 42' de déclinaison australe. Lue autre variable , non moins intéressante, est Algol, de la Tète de Jléduse, dans la constellation de l'ersée. Sa période , beaucoup [dus courte que celle de Mira, n'est que de 2 jours 21) heures et 4U minutes, de la seconde à la quatrième grandeur. Enfin, un autre objet curieux à observer est la célèbre nébuleuse d'Andromède, au sujet de laquelle les amateurs pourront exercer leur vue , puisqu'elle est

assez aisément visible à l'œil nu. ^ous l'avons ainsi souvent distinguée, même à Pans. Dans les lunettes tant soit peu puissantes, on distingue parfaitement la forme d'ovale allongé de la nébuleuse, que sa lumière transparente faisait compa-

I'uint rayonnant <lc l'essaim d'ijloilos filantes du 18 au d'aprùs A. HerschcJ. — Étoile V. d'Orion.

rer « à la flamme d'une chandelle vue à travers une feuille de corne » ce sont les expressions de Simou Marins, astronome du dix-septième siècle, qui a le premier attiré sur les nébuleuses l'attention suivie

des astronomes. Les plus récentes et les plus intéressantes observations que nous connaissions de la nébuleuse d'Andromède sont celles de l'astronome amé.ri cain liond. Grâce à la puissante limette de Cambridge, ce savant a pu la décomposer partiellement en étoiles ; il en a compté plus del,;i00. Quant à la l'orme elliptique de la nébulosité, elle s'est trouvée passablement modifiée par le grossissement. Il serait curieux de l'observer à nouveau , avec un instrument d'une pareille puissance, alin de comparer les dessins de cet objet singulier avec celui de Bond, et aussi dans le but de vérifier si quelque changement physique s'opère, avec les années, dans le sein de ces agglomérations d'étoiles ou de matière nébuleuse; c'est un côté de l'asli'O-

I octobre,

nomie physique qui nous parait bion négl

nejniiie en

France. L'Observatoire de Marseille, grâce au télescope do Foucault, serait seul en état de poursuivre des études de ce genre. La même nébuleuse a été étudiée par M. W. Iluggins, au point de vue speetroseopique. Cet astronome a constaté dans le spectre de la nébuleuse, spectre eu apparenceo continu, l'absence de la totalité du rouge et d'une partie de l'orangé, et il remarque que l'amas stellaire d'Hercule, facile à résoudre en étoiles, présente un spectre précisément semblable.

Un mot maintenant des planètes.

Mercure, pendant le mois d'octobre, parcourra de la Vierge dans la Balance, une longue ligne à peu près parallèle à l'éeliptique. 11 n'est toujours pas aisé avoir, pour ne pas dire impossible, puisqu'il ne se couche que peu de temps aptes le soleil, un quart d'heure environ le 1 er octobre et une demi-heure à la fui du mois.

Vénus sera toujours visible le matin, trois heures environ avant le lever du soleil. D'un peint situé très-près de l'étoile » du Lion, cette planète va, en ru longeant l'éeliptique entrer, dans la Vierge,, où elle atteindra à la fin d octobre une position très-voisine du point d'où était parti Mercure au commencement.

C'est aussi, dans cette même région céleste que Jupiter se verra, de 2 heures à 4 heures avant le soleil. 11 se mouvra du Lion dans la Vierge, entre des points ayant pour ascensions droites I 1 h. 17 1 " et 11 h. 40", et. pour déclinaisons boréales L>" 44' et o" 23'.

De toutes les planètes principales, c'est toujours Saturne qui présentera, pendant ce mois, les circonstances lesplus favorables à l'observation. Il passe, en effet, au méridien, 7 h. 10'" du soir à 5 d. l/i environ, c'est-à-dire entre une heure et une demi-heure après que le soleil est couché, et il ne se couche luimême qu'entre onze heures et demie et dix heures et demie du soir. Mais il est toujours peu élevé audessus de l'horizon, dans nos latitudes du moins, et les influences atmosphériques sont généralement gênantes dans ces conditions, pour qui veut faire des études minutieuses sur les particularités physiques d'un astre aussi curieux que Saturne. Les plus récentes acquisitions dans ce genre sont, croyons-nous, les nombreuses observations et mesures microniétriques de P. -G, Bond, et encore les observations speetroseopiques deMll.Jaiisscn ctlluggins, d'où il paraît résulter qu'il y a de la vapeur d'eau dans l'atmosphère de Saturne. Cette planète est sur les confins des constellations du Sagittaire et du Capricorne.

Uratius est dans le Cancer ; iNeptune dans les Poissons. La première de ces grosses planètes, bien petites à l'œil nu, se lève vers minuit le 1" octobre, vers 10 h. -1/2, à la fin du mois. Elle sera donc d'une observation facile : on pourra la voir comme une étoile de sixième grandeur, un peu au nord de deux étoiles de même éclat distantes de quelques minutes et dont la plus méridionale est marquée O dans le

catalogue de Boyer. L'rauus, à qui l'on attribuait d'abord six, puis huit satellites, est-il réduit à quatre, comme le prouveraient les dernières observations de Lusse! 1? C'est ce que les astronomes, munis des plus puissants instruments et observant dans un ciel très-pur, pourraient seuls décider, car si quelquesuns des satellites de Saturne sont très-difficiles à voir, ceux d'Uranus ne sont pas non plus d'une observation aisée.

Neptune est en opposition le 19 octobre; précisément à la même date, Saturne sera en quadrature.

Du 18 au 20, du 25 au 2(1 octobre, essaim périodique d'étoiles filantes à observer. Le point radiant du premier est, d'après A. Ilersr.hcl, l'étoile v d'Orion; celui du second essaim, déterminé par Heirick, est voisin de l'étoile s des Gémeaux.

A.MÉDIÎE GuiLLEJin'.

CHRONIQUE

I/cxpédilion do- Mhîva. — Cette étonnante campagne, que la Russie accomplit an milieu des plus effroyables obstacles (vuy. p. l'2'.l), apportera cnrlaiiiuineiit à la science un sérieux continrent de faits nouveau*. L'armée île terre n'est pas seule à prendre port à l'expédition : une flottille russe s'efforce de pénétrer dans le fleuve Amour, en anéantissant les dignes de l'Oiirkoun-Duriu, Ces reconnaissances opérées par les Russes, dans des pays où nul Européen ne. pouvait pénétrer qu'au prix des plus grands périls, offrent une importance capitule au point de vue géographique. D'après rhtudliitevusrie, on sait déjà que le cours d'eau le plus iimiorlaut qui traverse ces régions est le Kouvaii-Djarma ; il se dirige sur le lac Doua-Knra, et de là par le bras Yanghi-Sou, dans le golfe 'fouslclié-fîass. Ce dernier cours d'eau est au véritable torrent, impétueux, terrible. 11 roule ses eaux sur un sol rocailleux avec une vitesse extraordinaire, et forme cà et là des rapides du plus imposant aspect.

Un monument a In mémoire de Uicblg. —

Le comité de direction de la Société chimique de Berlin a décidé qu'une statue de l'illustre chimiste serait érigée à barmsladt, à Giesscn ou à Munich : il fait appel au pu- | l'lic pour obtenir les fonds nécessaires à la réalisation de ce projet, et adresse des circulaires, à tous les chimistes de l'Allemagne. D'après l'importance des souscriptions, il t a lieu de croire que la statue de Liebig sera digue de l'homme dont elle perpétuera l'image.

Tempêtes. —Elles sont cxlraordinairemeut fréquentes cette année. L'atmosphère semble rivaliser de fureur avec les feux souterrains qui ont si terriblement ébranlé le Sol depuis quelques mois. Sur la mer Noire, plus de 100 navires se sont perdus et plus de 800 personnes ont péri sous l'action d'une tempête épouvantable, vers la fin du mois dernier. Sur les cotes du la Nouvelle-Ecosse, la mer en furie a fait de nombreuses victimes, et plus de 50 bateauxpêcheurs ont fait naufrage, jetés sur les côtes par un vent formidable.

Kxplorntlon du fleuve Bleu. — M. le lieutenant de vaisseau Francis Gantier, qui, aux dernières nouvelles, s'était arrêté à l'embouchure du Yuen-kiang, sur le lac rfong-ting, a traversé toute la région des rapides sans

accident sérieux, et est arrivé !i Tchong-kin-fou le 30 juin, cinquante jours après son départ d'IIan— ]u':nu. Dans la région (les rapides, l'immense fleuve se rapproche de la chaîne de montagnes qui sépare le bassin du Yang-fse de la Chine septentrionale. 11 traverse des rentrées merveilleusement accidentées, dont les mouvements géologiques devaient fatalement rendre périlleux le cours du fleuve, tout en lui prêtant les aspects les plus pittoresques. M. Garmerseplaità reconnaître avec quelle cordialité et quels égards les autorités chinoises se sont mises à la disposition d'un voyageur, qui, d'ailleurs, était déjà pour les mandarins de ces provinces une vieille connaissance. Les relèvements hydrographiques, les observations surtout, ont été souvent contrariés par le mauvais temps. Les résultats scientifiques de toute, espèce recueillis par M. Francis Garniei' ont néanmoins une grande importance.

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