CORRESPONDANCE
M. Flulard, directeur de l'Observatoire national d'Alger, nous envoie un fort remarquable travail sur les observations météorologiques qu'il a exécutées depuis plusieurs années et dont nous avons parlé précédemment (p. 250). L'Observatoire d'Alger, qui n'est encore qu'une simple maison d'habilatiou, est situé; à 211 mètres au-dessus du niveau de la mer. 11 est pourvu de tous les instruments nécessaires à de bonnes observations ; nous ne doutons pas qu'il est certainement destiné à faire honneur à noire belle colonie.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du it septembre 1873. — Présidence de M, Eehimmi.
Le double deuil qui a frappé la science cette Semaine est connu de tout le monde avant que M. le président informe officiellement l'Académie de la mort de M. ?iélaton et de M. Coste. Aussi la proposition faite par M. Larrcy de lever la séance immédiatement, après le dépouillement de la correspondance, reçoit-elle un silencieux acquiescement de toute l'assistance. Il faut donc nous borner aujourd'hui & ce que renfermait la correspondance, mais ce ne sera pas renoncer à tout intérêt, grâce au retour de M. Dumas et au détail dans lequel entre, au sujet de plusieurs pièces, M. le secrétaire perpétuel.
Projet de communication avec les habitants de Venta. — In jeune savant qui s'est déjà signalé par plusieurs travaux marqués au coin de l'originalité la plusremarquablc, M. Charles Gros, pense que le prochain passage de Vénus serait une occasion favorable pour savoir s'il y a des habitants dans cette planète, et, dans ce cas, pour entrer en relation avec eus. Comme le l'ait remarquer >I. Cros, « il est possible que Vénus soit habitée ; il est possible qu'il y ait des astronomes parmi ses habitants, il est possible que ces astronomes jugent que le passage de leur planète sur le disque solaire peut attirer notre curiosité; il est entin possible qui; ces savants essayent, à l'aide de moyens particuliers, de nous envoyer des signaux , précisément à l'instant où ils peuvent supposer que beaucoup de télescopes sont braqués sur leur planète. » Auus nous permettrons une seule observation tirée surtout des conversations se rattachant à l'observation sidérale : c'est qu'il y aurait, suivant toute probabilité, avantage à renverser les rôles, en remplaçant Vénus par Jlars : c'est-à-dire qu'il faudrait saisir le moment d'un passage de la terre par rapport à
Mars et essayer de faire des signaux aux habitants supposés de cette planète. Tout porte à croire, en effet, quelcs habitants de Mars doivent être plus avancés que nous sous tous les rapports et à l'inverse des habitants (le Vénus, planète plus jeune; ils peuvent donc être mieux préparés à saisir nos tentatives de correspondance, d'autant plus que, parmi eux, un autre Charles Gros a pu faire une proposition relative à la terre, mais toute analogue à celle que l'Académie reçoit au sujet de Vénus.
Traînée, persistante dun bolide. — Les récents travaux de M, Nordcnskiold ont donné un nouvel intérêt à l'observation des traînées de. bolides. 51. Chapelas en signale une qui, à la suite du passage du globe lumineux, a persisté le 20 septembre pendant plus de dix minutes. Cette trainéc phosphorescente a montré, dans une lunette, qu'elle était animée d'un mouvement ondulatoire causé très-certainement par l'action du vent qui l'entraînait.
Proportion de l'acide carbonique, de, l'air à diverses altitudes. — On admet, en général, d'après les mesures de Saussure et d'autres savants, que l'air contient normalement 4 dis— millièmes d'acide carbonique pendant la nuit et 3 dix-millièmes et demi pendant le jour. Cependant plusieurs chimistes allemands, tels que M. Sclmltz, ont trouvé récemment des nombres différents : suivant eux, la proportion diurne est égale à 4 dix-millièmes au lieu de 3. M. Truchol, chargé d'expériences à la station agronomique du centre à Clermont-Ferrand, montre que le. désaccord n'est qu'apparent et lient à ce que les diverses mesures ont été faites à des altitudes différentes. Ainsi, Clcrmontr'eiraud, le sommet du puy de Dôme, et le sommet du pic de Sanr.y étant en gros à 1000, 1500 et l!t()0 mètres audessus du niveau de la mer, la quantité d'acide carbonique en dix-millièmes s'y est trouvée respectivement et toutes choses égales d'ailleurs : 3, 13, 2 cil, 72, On voit que cette proportion décroît très-régulièrement quand l'altitude augmente et on explique aisément que Paris puisse fournir le nombre 4.
Observation sur le jihtjliovéra ailé. — Jusqu'ici le phylloxéra ailé a été considéré comme une rareté. En prenant 10,000 oeufs d'insectes, on en voyait éclore 1 ayant des ailes. M. Cornu, à qui l'on doit déjà tant d'observations sur ce sujet, montre qu'en choisissant les points, on peut sur 30 ou 40 mu [s obtenir 30 ou 40 phylloxéra ailés. Pour cela, il faut recueillir les insectes, non pas sur les grosses racines, niais à l'extrémité couverte de nodosités des plus fines radicelles. Ce fait prend une très-grande signification pratique quand on remarque que h s vignobles attaqués les premiers sur une région [présentent avant tout l'altération des radicelles; elle est cotisée évidemment par les insectes qui, grâce à leurs ailes, ont pu parvenir dans le pays. Ces phylloxéra ailés pondent, eu général, très-peu d'oeufs : trois tout au plus, et ces oeufs donnent naissance aux insectes aptères, dont la fécondité est, au contraire, si grande et si désastreuse. Stanislas Memier.
L'ITINÉimiiE DES GRANDES ÉPIDÉMIES
La question de la proportion, du l'extension des épidémies est encore, à l'heure tjii'il est, vivement
controversée.
Deux, opinions sont en présence: les uns pensent que
celte propagation est duo à l'importation directe par des individus, par des marchandises, en un mot, par des objets contaminés ; les autres, qu'elle résulte tic
la marche progressive de l'épidémie, grâce aux transport des principes épidémiques par l'atmosphère, et leur incubation, leur évolution dans lu-i localités favorables à leur développement. Quoi qu'il en soi!, si toutes les étapes de l'épidémie sont parfois bien difficiles à retrouver, le lléau paraît par moments procéder par bonds, par sauts brusques pour s'abattre à l'improvisli: sur des populations qu'il ne semblait pas menacer, il n'en est pas moins vrai que l'on suit très-bien, pour toutes les grandes épidémies de l'époque moderne, une route nettement marquée. Que ces épidémies déciment, comme le choléra, les populations humaines, qu'elles ra\ agent , comme le f j pluis contagieux des hèles à cornes, les troupeaux de nos campagnes, c'est de l'Orient, c'est de l'Asie qu'elles s'avancent vers nos contrées occidentales.
Au sujet du choléra épidémique, nous renverrons le lecteur à un des articles précédemment publiés ; mais nous crovons qu'il est intéressant de rapprocher do. ces itinéraires ceux d'un antre lléau également redoutable, dont la marche a été parfaitement étudiée et retracée par M. Keynal dans sou Traite de la polka sanitaire des animaux domestiques 1 . Sur une carte très-claire, placée à la fin de cet ouvrage, le savant prujesseur de l'Ecole d'Alfort a indiqué la marche suivie par la peste bovine dans les Etats de l'Europe centrale à l'époque des neuf grandes épidémies qui ont promené la ruine jusqu'aux rivages de l'Atlantique. Ces invasions, que l'histoire a décrites avec assez de précision, sont celles de 1711, 1740, 1755, 1775, 1815, 1865, 1800, 1867 et 1870-71. Le soin qu'a [iris M. Reynal de marquer, outre les chemins de fer, les routes que suivent les bestiaux, les marchés et les lieux de quarantaine, l'ait mieux comprendre certaines particularités des trajets accomplis par les épidémies.
Celle de 1711, partie des environs de Korosk, non loin dePultawu, et en Ukraine, passe par Kkalérinoslaw, par Kichinev, franchit les Karpathes, arrive à 'fémesvar, traverse la Hongrie, la Styrie, J'Illyrie, le Tyrol, l'Italie du Nord, passe les Alpes et aboutit à Grenoble, en Daupbiué. Celle de 1 7-10 part, des environs d'Arad, en Hongrie, traverse la Moravie, ia Bohême et, aux alentours de Prague, bifurque; le lléau, d une part, continue, traverse la Jîavièie, le Wurtemberg, la Prusse rhénane, le Luxembourg, pour venir mourir à Metz ; d'autre part, se dirigeant vers le sud, il franchit le Danube, bifurque encore, pour aller vers Stuttgart et aller s'éteindre à Strasbourg, tandis que, par une autre route, passant par Munich, j] traverse la Suisse et s'avance jusqu'au versant occidental du Jura. Celle de 1 756 a son point de départ à Vienne ; elle passe à Prague, à Leipzig, à Cassel, Cologne, Bruxelles et jusqu'en Artois, sans atteindre Lille.
Toutes ces épidémies cheminent par la voie de terre ; celle de 1775 se propage par mer. On la voit partir de la Haye, franchir le pas de Calais, la Man-
1 Paris, V. Assdiii, 1S73, iti-b".
eho, contourner le Finistère, entrer dans le golfe de Gascogne et débarquer à Rayonne. Les transports maritimes ont souvent ainsi servi à propager la contagion de la peste bovine. L'épidémie de 1815 pari de la Poméraoïe ; elle marche, comme celle de 1870-71, à la suite désarmées qui envahissent notre, territoire. Mlle traverse le Brandebourg, le Hanovre, la Prusse rhénane, passe à Metz, à Reims et paraît s'éteindre à Paris. En 1865, le beau, qui ravagea si cruellement l'Angleterre, s'y trouve importé par plusieurs voies toutes aboutissant à Londres, d'où il se répand ensuite dans le pavs. L'n tracé paît île Revel, en Estlionie, suit la Baltique, passe à Copenhague, franchît le Skager-Rack, et, traversant la mer du Nord, entre dans la Tamise et débarque à Londres. C'est là encore que s'arrête un tracé qui part eu droite ligne d'Cperlecques, non loin de Lille.
Un autre part de Rotterdam, un quatrième unit Londres et Paris, un cinquième jouit la Hollande à la Belgique. Ku 1866, nouvelle épidémie, quittant Vienne pour passer par Lin/, Munich et aboutir en Suisse à Coire. Celle de 1867 part encore de Vii-ime, traverse la Bohème, la Bavière, le Wurtemberg et arrive dans le cœur de la Bavière rhénane. Enfui la cruelle épidémie de 1870-71, qui est venue joindre en France ses maux à ceux de la guerre la plus funeste, part de l'orbach, passe à Ponl-à-Moussau, gagne directement Baris et arrive à Orléans ; de là, elle va, à Caen, infecter la Normandie; elle se dirige aussi sur Angers et sur Bennes, portant en Bretagne ses ravages cl la ruine.
Tels sont les différents trajets suivis à diverses époques par le typhus contagieux des bêtes à cornes. Si Pou eu vient aies dessiner sur une carted'Europe, ce, qui est facile d'après les indications données cidessus, l'on s'aperçoit que le choléra et la peste bovine ont progressé le plus souvent sur des routes parallèles ou parfois confondues. Ce fait, d'ailleurs, s'explique aisément quand on songe à la direction des grands courants que suivent les peuples dans leurs relations internationales, relations auxquelles les chemins de fer et les lignes de paquebots oui ajouté, avec une activité nouvelle, des dangers nouveaux au point de vue de la transmission des maladies contagieuses épidémiques. Quant aux mesures prophylactiques et aux moyens de combattre le fléau quand il a éclaté, ils se résument, pourlesépizooties, dans l'application énergique et rigoureuse des cordons sanitaires, de Yabatage et de V isolement; pour les épidémies humaines, dans les quarantaines et l'isolement, assuré par une surveillance active et une rechenhc minutieuse de tous les cas individuels. Ces mesures ont aujourd'hui l'ait leurs preuves, et c'est aux agglomérationshumaines à user strictement, pour étouffer le mal à sa naissance, des moyens puissants et sûrs consacrés par une sérieuse expérience.
Charles Letoiit.
Le Prujiru'ttnrc-Vidrant : Cl. Tissamueil
l'AUls, — 1MI>. SiaON ÏIjIÇÛN ET CUHI' F> IIUL d'ehï UIITII , 1.
H° 19. — 11 OCTOBflE 1875.
LA NATUKE.