NE UT ON
Lorsque Dupuytren iiioiiiuL, un des membres de l'Académie de médecine, résumant la vie et les tra-
vaux de ce grand homme, s'écria : v Ainsi a vécu celui qui porta pendant plus de vingt ans, d'une ma. il si ferme, le seeptrede la chirurgie française. )> Xéhiton a ramassé ce sceptre, que la mort avait fait tomber des mains de Dupuytren. l'eudant sa
fit.
Mal on
longue et belle carrière, il a su lui aussi, le tenir haut, grâce au merveilleux ensemble de facultés dunl la nature l'avait doué.
Le chirurgien, pour s'élever au rang des grands maîtres, doit posséder des qualités multiples que l'on rencontre bien rarement dans lu même cerveau; il est indispensable que l'anatomie ut la physiologie
lui soient 1 imilières, mais il ne lui suffit pas d'être savant, il faut qu'il y ait en lui l'étoffe d'uu artiste, afin qu'il sache bien saisir le sens de la forme, comme le sentiment du beau. N'est-il pas appelé à entraver ou à respecter le travail de la nature, que « tantôt il combat, suivant l'expression d'un praticien habile, et tantôt il appelle à sun aide, lorsqu'il lui faut COliti-
nuer l'œuvre de Proniélhée sur des statues désormais animées. » Le cliirurgien doit avoir un sang-froid à toute épreuve, de l'énergie, de l'autorité sur ses semblables. 11 doit se montrer tour à tour ingénieux, inventif, adroit et fécond en expédients. C'est principalement à sou intention que Franklin a dit : « 11 faut savoir percer avec une scie, et scier avec une vrille. »
Kélaton réunissait, eu sou intelligence, ces rares facultés qui, jointes à l'amour du travail, lui permirent d'atteindre le rang des grands hommes, s;in> que l'éclat de la naissance, ou les avantages de la fortune lui aient prêté le moindre secours aiixdébul.s de sa carrière.
11 naquit le 1 7 juin 1807. o. On avait remarqué de bonne heure, dit un de ses biographes anonymes, chez l'enfant et chez le jeune homme les qualités les plus heureuses. Il était docile, appliqué, réfléchi ; sou intelligence- était plus soie que vive, ses îiiovens plus solides que brillants. Il se destina, suis trop d'hésitation, à la carrière de la médecine et ses débuts dans l'école ne semblent avoir présenté rien de particulier. Ses camarades ne voyaient en lui qu'un élève assidu à l'amphithéâtre et à l'hôpital, curieux d'apprendre, intelligent, ingénieux, mais exempt de ces ardeurs fougueuses qui rompent tous les obstacles et qui marquent souvent les débuts des grands caractères. »
En 1 8Ti0, Nélaton est reçu docteur en médecine et sa thèse qui avait pour titre : Recherches sur l'affection tuberculeuse des os, produisit une véritable sensation dans le monde médical. Ce travail, essentiellement fondé sur l'anatoniie et la clinique, révélait chez sou auteur un esprit original, audacieux, fécond. Quelques années après, eu 1859, Kélaton est nommé chirurgien des hôpitaux, et agrégé à la Faculté de médecine; pendant dis. ans on le voit sans cesse prendre part à tous les concours ouverts pour le professorat, avec une constance inébranlable et une étonnante ténacité. Le travail semble être sa seule préoccupation, et il acquiert beaucoup de science et beaucoup de pratique dans cette phase de son existence, jusqu'au moment où il est nommé au concours, professeur de clinique chirurgicale en avril 1851.
Un changement manifeste s'opèrcalorsdansles allures de ce candidat d'hier, aujourd'hui devenu maître J il se sent à l'aise sur la scène où il a ambitionné depuis longtemps de jouer un rôle. Son esprit d'observation se révèle, sa hardiesse et son jugement se manifestent; il attire à lui la jeunesse, les étudiants, il est entouré d'une assistance nombreuse et renouvelle bientôt le succès des cliniques dû Dupuvtren. i\ous laisserons apprécier le professeur par un de ses amis, quia su retracer, eu un tableau sincère et vivant, les mâles qualités et le mérite de Kélaton:
« Ce qu'il fut comme professeur de clinique chirurgicale à la Faculté de médecine, dit 31. Sappey, un court parallèle nous le dira. Kélaton était élève de Dupuvtren. Entre tous ses titres, aucun n'avait plus
de prix à ses yeux. Depuis le jour où il lui fut donné, pour la première fois, de voir et d'entendre cet homme célèbre jusqu'au moment où une lente agonie est venue le clouer sur son lit de douleur, l'élève a conservé pour le maître une déférence égale à sa vive admiration. Formé à sou école, doué des puissantes facultés qui l'avaient illustré, il grandit en quelque sorLe à l'ombre et dans le culte de sa mémoire. A trente ans de distance, l'élève était devenu l'émule du maître. Le chirurgien de la Clinique avait pris eu Europe la grande pusitiun qu'occupait autre- Ibis le chirurgien de l'Ilôlel-Dieu. Si la loi qui règle nos destinées avait permis alors qu'ils se trouvassent eu présence, le maître eût été lier d'un tel successeur; et l'élève, toujuurs animé des sentiments de sa icuiiesse, se fût incliné encore avec le même respect devant celui qu'il considérait comme la personnalité vivante du génie de la chirurgie,
« Us se rapprochaient par les grandes qualités qui l'ont l'homme supérieur et le chirurgien émmenl, mais dilueraient, du reste, par tous les autres côtés de leur organisation. L'un et l'autre brillaient par le regard pénétrant qu'ils apportaient dans l'examen des malades, par l'ait infini qu'ils mettaient à grouper dans leur enchaînement le plus naturel tous les phénomènes observés, par la lucidité avec laquelle ils précisaient le siège et la nature de la maladie. Celle-ci déterminée, il montraient la même habileté à saisir les indications qu'elle présente, le même talent à les remplir. C'était surtout dans les cas difficiles qu'on aimait à les voir et à les entendre ; déroulant le tableau de la maladie, ilsn'en dissimulaient pas les points obscurs, ils les mettaient, au contraire, en pleine évidence ; puis, par l'interprétation logique, des faits, par la comparaison de ceux-ci avec des faits analogues puisés dans les annales de la science ou dans leurs souvenus, par une savante et lumineuse discussion, ils soulevaient peu à peu le voile sous lequel se cachait la lésion à combattre et unissaient le plus souvent par la montrer dans tout sou jour. Qui n'a vu notre eminent collègue aux prises avec une de ces grandes difficultés de la chirurgie, qui n'a assisté à une de ces leçons dans lesquelles il répandait sur son sujet et sur ses auditeurs les vives clartés de son esprit, ne saurait avoir une juste idée du caractère et de l'élévation de son talent. Il apportait dans les opérations une main ferme et sûre, calculant et prévoyant tout d'avauce, allant droit à son but, ne se préoccupant que des intérêts du malade. Si l'un de ce» accidents que la science la plus consommée ne permet pas de prévoir venait à surgir, avec une admirable présence d'esprit il modifiait à l'instant même tout son plan d'opération, et arrivait à suu but, aussi sûrement, aussi rapidement par une route improvisée.
« Comme professeurs, Dupuytren et Kélaton ont obtenu tous les deux un éclatant succès. Tous deux étaient suivis dans leur clinique par la foule des élèves et des médecins étrangers. De la part de ceux-ci c'était le même empressement, le même dé-
LA NATURIv
sir de les entendre, lu même déférence ; ut cependant combien les deux maîtres étaient différents! Dupuytren avait une puissante constitution, une belle stature, une physionomie hautaine, le regard sévère. Grave, solennel, imposant, il tenait la foule à distance. Lorsque le moment était venu de prendre, la parole, sa voix au début semblait presque éteinte; ensuite cille s'élevait peu à peu, puis remplissait toute la salle; il s'animait alors et bientôt, par son élocutiou claire, facile, abondante et correcte, il s'emparait de l'esprit de son auditoire, qu'il tenait suspendu à ses lèvres. Nélaton était simple et digne; sou attitude, sou langage, ses manières, tout en lui exprimait la bienveillance ; les élèves l'entouraient et l'abordaient sans crainte; aux réflexions et objections qu'on lui soumettait il répondait volontiers, discutait quelquefois et toujours sur le ton de la simplicité et de la plus grandi: courtoisie, fitre utile à ses malades, instruire ses élèves, remplir, eu un mot, la haute mission qui lui était confiée, la remplir lo mieux possible, telle était sa grande et sa seule préoccupation. Il avait aussi Je don de la lucidité, et le don, plus rare, de captiver l'altenlion de ses auditeurs. Mais il arrivait à ce but, moins peut-être par les formes brillantes du langage que par les développements cliniques dans lesquels il entrait est sur lesquels il savait répandre le plus vif intérêt. Dupuvtren restera comme le type le plus accompli du professeur, et [Nélaton comme le modèle le plus parlait du clinicien 1 . »
M. Sappey, comme ouïe voit, rend surtout hommage au clinicien ; un autre biographe de Nélaton nous donne sur le praticien quelques intéressants documents.
h Comme opérateur, dit ce biographe, Nélaton était surprenant, incomparable. Il y a peu d'opérations qu'il n'ait portées à leur perfection: le traitement des polypes naso-pharyngieus, ta suture intestinale dans l'établissement d'un uuns contre nature, l'opération du bec-de-lièvro, la suture des os, etc., voilà des opérations dont if a, par sa pratique, définitivement constitué le manuel opératoire. Son esprit était plein de ressources : avec un morceau de bois, un lil de fer, des ciseaux, il improvisait un instrument ou un appareil. Par goût, et uu peu par vanité, il évitait dans les opérations ce déploiement d'appareils et d'instruments : it je n'aime guère, disait-il, la doit rurgieà grand orchestre; » et sa main petite, sèche, velue, aux doigts pointus, mal ongles et au long pouce , semblait jouer avec les difficultés et les obstacles. »
Son sang-froid égalait sa dextérité. « Quand on a fait un diagnostic correct et que l'on sait où l'on va, disait-il, on ne risque jamais rien. »
« Si vous avez le malheur, eu opérant, de couper la carotide! d'un homme, répétait-il quelquefois, rappelez-vous qu'il faut environ 2 minutes pour que
1 Galette hebdomadaire de médecine it de chirurgie, 26 septembre 187a.
la syncope se produise et environ autant de minutes pour que la mort ait lieu. Ur, quatre minutes, c'est quatre fois le temps suffisant pour placer une ligature sur le vaisseau pourvu que voua ne vous pressiez pas. » Ne jamais se presser ! telle était la formule de sou sang-froid et le secret de sa promptitude opératoire, « Vous allez trop vite, mou ami, disait-il un jour à uu de ses aides, nous n'avons pas, vous le savez, de temps à perdre. »
lin 1807, Nélaton donna sa démission de professeur de clinique chirurgicale ; il fut nommé professeur honoraire. L'année précédente, il avait été nommé chirurgien de l'empereur; l'opération qu'il avait réussie sur le jeune prince impérial, en 18(35, contribua singulièrement à illustrer sou nom. Mais le mérite de cette opération avait été singulièrement exagéré, Nélaton se plaisait à le reconnaître luimême. Le diagnostic, devenu légendaire, de la blessure de Garibaldi, fut encore, dans la vie de N'élalou, un événement important qui contribua puissamment à le rendre populaire, et qui devint, tant il eut de retentissement, le thème de chansons populaires (18(12).
Nélaton avait été nommé commandeur de la Légion d'honneur le 24 janvier 1805; un décret du li août 1808 l'éleva à la dignité de sénateur. Ce grand praticien n'a publié que quelques rares ou- \ rages, dont la plupart sont des oeuvres collectives 1 . Ou lui a reproché de n'avoir pas assez écrit, mais, où et comment en aurait-il trouvé le loisir ï 11 se levait souvent à quatre heures du matin pour préparer ses cours, et tous les instants du jour étaient consacrés au travail. Vers la fin de sa belle carrière, il y avait parfois plus de soixante visiteurs qui remplissaient son salon à l'heure de la consultation ut attendaient avec impatience les oracles du maître. Si Nélaton n'a pas écrit, il a fait faire des progrès importants à la pratique chirurgicale, simplifiant les opérations, perfectionnant les outils et les appareils, transmettant à ses nombreux élèves ses méthodes et ses procédés. — Comme homme, Nélaton était simple, affuble et bienveillant; il avait cependant peu d'amis. Sa vie, longtemps prospère, était devenue intolérable depuis quelques années. Lue affection organique du cœur condamnait au repos cet esprit si actif, qui n'avait jusque-là connu que le, mouvement. Depuis deux mois, la maladie, avait fait de grands progrès. Nélaton ne se dissimula point la gravité de son état; il ne tarda pas à perdre toute illusion, mais n'en eut pas moins l'énergie d'attendre sa Un prochaine avec la résignation des âmes fortes. Après avoir noblement vécu, il sut bien mourir
1 Voici l"éuiiiii''i\itioii des principaux eccita de. Nétatun : Recherches sur inffectioti tuberculeuse (les os [thèse, 1837, iu-S°'j ; — Truite des tumeurs de ianiamellc [1M5D, m-8 u ] ; — de i Influence de la position dans les maladies chirurgicales [INaT; ; — Eléments de pat/inlogie chirurgicale (18S4- 1860, à vul. iu-S"). — Cette dernière œuvre capitule a élé faite avec ta collaboration de quelques-uns du ses èJèvcs, qui y ont risuiné les principaux points de la pratique et de l'en-> seiftnemciil du maître.
('21 septembre 1873) : son nom ne périra pas, et restera comme une des grandes gloires Je la chirurgie irauçaise.
LES PIERRES OUI TOMBENT DU CIEL
(Suite. — Yoy. p. ST.)
On a admis, pendant fort longtemps, que les météorites des diverses chutes étaient identiques entre elles, sous tous les rapports, on au moins fort peu différentes les nues des autres, fiel Le opinion, pour le dire en passant, a même été fort utile, pour amener les savants à reconnaître la réalité du phénomène qui nous occupe : de ce que les pleines étaient toutes semblables entre elles, ou concluait plus aisément que leur origine était commune. Aujourd'hui, au contraire, on a reconnu qu'il existe autant de variétés entre le.; météorites qu'entre les loches terrestres, et on en est même arrivé à ce point que leurs caractères communs se bornent à fort peu de chose. Ce qui frappe tout d'abord, quand ou égards; une série de météorites, c'est l'irrégularité de leur forme extérieure. Leurs angles, sans doute vifs, à l'origine, sont énioussés comme par l'effet d'un frottement énergique ou longtemps continué, : il suffit, en effet, de les comparer aux blocs de roches terrestres, ayant subi l'exercice d'actions analogues pour reconnaître une identité dans les formes générales. Un second caractère général des météorites est l'existence, à leur surface, d'une éeotee noire extrêmement mince et tout à fait caractéristique. Toutefois, elle n'est, pas identique, chez les diverses météorites. Ordinairement d'un nuir mat, elle est, au contraire, très-luisante citez
certaines pierres que nous citerons tout à l'heure; et même une météorite tombée, en 1843, à liishopville, aux Etats-Unis, offre une croûte luisante qui est presque blanche. A part ces deux caractères de forme fragmentaire et de surface vernissée, les masses qui tombent du ciel ne nous offrent rien de général à noter ; eu les examinant nous verrons surgir entre elles de profondes différences.
Lorsqu'on passe eu revue nue collection de ces corps, ce qui attire nécessairement l'attention, c'est l'existence, parmi elles, de masses n'ayant aucuns analogues parmi les roches terrestres : elles sont composées de fer métallique compacte. Ou les désigne depuis très-longtemps sous le nom de fera météoriques, et, par opposition, d'autres sont appelées pierres météoriques. Entre ces deux, termes extrêmes on trouve des masses qui établissent des transitions presque insensibles.
Ce l'ait de la présence ou de l'absence du 1er métallique parait être le meilleur caractère pour faire les grandes divisiuns parmi les météorites. Mais, en examinant les choses de plus près, on reconnaît que les pierres absolument dépourvues de ce métal sont extraorditiaîrement rares. La plupart des météorites contiennent à la fois, et, même quand la première apparence ne le ferait pas croire, du fer et de la pierre en proportion d'ailleurs extrêmement variable. Mais la situation relative de ces minéraux est loin d'être toujours la munie. Tantôt la pierre est à l'état de grains englobés dans le 1er, tantôt, au contraire, le métal est en grenailles disséminées dans la pierre. C'est d'après de pareilles considéra- Lions que M. Daubrée a établi chez les météorites les quatre grandes divisions que représente le tableau ci -dessous :
/ Ni: amtL'iiituL |us ili;
pierre
Lt! U:.v i:ni ihLiLLiai.it im vusij.m oii sont englobas
LIOl.OSlDLIIïMS.
JlËmUUTES .
CuuLi'iiiiiiL *lu / métallique
' L ' l UjiiIoji.lilL à ia luis " 1 Uu Ici" eL dus mi- ' l ti lires Liiurn'i]âe-S4
dus grelins pleurcux.. ,
Le fer iioiiîit-iluiuiL des gieruiillu3 dissiîiiiiiidcs au milieu dune gunguu
SliSSlliF.IlES.
Si'OlUDUÏIULlŒS.
\ No eouluuauL
ÀSIULKKS.
Les holosidères, ou fers météoriques, constituent des roches très-singulières, non-seulement si ou les compare aux coches terrestres, niais même si on les compare aux autres météorites. Ils sont formés d'un métal compacte tout à fait pareil, pour l'aspect et les principales propriétés physiques, à l'acier le mieux fabriqué. La chute de ces fers est beaucoup plus rare que celle des météorites des autres groupes. Ainsi, depuis plus de 120 années, on n'a
observé dans l'Europe entière que quatre chutes d'iiolosidères, et même l'une de ces chutes est douteuse. Elles ont eu lieu à Ilraschinu, près d'Agram, en Croatie, le 20 mai 1751; à l'iaiifroiiiont, dans les Vosges, en décembre 1842 (c'est celle-ci qui est douteuse); à Uraunau, en Ifohèuie, le 14 juillet 1847; enfin à Taburz, en Thinhige, le 18 octobre 185 t. Cette rareté contraste avec le nombre relativement très-grand des chutes de
pierres. Pendant ces mêmes 120 ans, qui n'ont fourni que -4 fers, 1 «» ciel a laissé tomber sur l'Europe plus de 190 pluies de pierres, dont plusieurs se composaient de milliers de météorites distinctes les unes des autres.
Quoi qu'il en soit, on connaît, à la surface du globe un nombre considérable de blocs métalliques qui sont évidemmentd'origine météorique, quoique- leur chute n'ait pas eu de témoins. Malgré celte circonstance, ou les reconnaît comme météoriques, avec autant de certitude que si on les avait vus tomber et cela, parce qu'ils présentent toute une série de caractères qu'aucune roche terrestre ne peut nous offrir et qu'on retrouve dans les masses fournies par les chutes observées. Disons un mot des principaux de ces caractères.
Souvent les fers météoriques sont ductiles et malléables. La collection du Muséum contient plusieurs barreaux forgés avec le métal eélo-te. Il suit de là
que certains sauvages utilisent le fer météorique à la fabrication d'ustensiles qu'ils seraient contraints, sans cela, de façonner avec de la pierre, et la collection renferme, par exemple, une petite hachette de ce genre, provenant des Esquimaux, lie même, les peuples civilisés utilisent aussi le fer météorique, mais plutôt pour le convertir eu objets d'ornement qu'eu ustensiles ou en outils. Lu des derniers empereurs de Russie avait une épée faite du métal extra-terrestre, et II. Roussiugault raconte que Bolivaren avait une de même nature. Parfois cependant le fer météorique est trop cassant pour se prêter aux usages ordinaires de ce métal. C'est, par exemple, ce qui se présenta pour le fer tombé,, en 1620, devant D'Geban Cuir, l'empereur du Mogol, qui ne put en obtenir des armes qu'après y avoir fait ajouter une forte proportion de 1er doux. La collection du Jardin des plantes, renferme plusieurs fers qui se pulvérisent sons le choc du marteau.
■ Hm.nsliiF nr iliVriuvcrr à C;iil]^ (Alpes-Mnr]timP>K fi[1 1S28, fl n5tin!r:i]il j lu lui* les fiqurrfl fil' \\'i(ll>tai}7\.\l(rttcn cl nu ro^inm ryJiiidrriïile: du Mill'iue ili* IVr, .ïejii'ir- tr&ilitv ifiiiniilfiir iKilnrr-LIc l
Quanta la composition des holosidères, elle n'est pas aussi simple qu'on pourrait le croire et contraste avec celle de l'acier. Cependant l'anal vse chimique donne des résultats, eu général peu compliqués, mais qui, comme on va levoir, ne rendent paseompte de la nature spéciale de chaque fer. Ainsi, 31. Piivol, analysant le célèbre fer de Caille, sur lequel nous reviendrons dans un moment, y a trouvé:
Fer 9n,3
Nickel 6,2
Silicium 0,9
Cobalt, chrome traces
Ces nombres fournissent évidemment des notions très-utiles, niais ces notions sont très-incomplètes. Un coup d'oeil suffit, en effet, pour montrer que le fer analysé n'est pas un minéral défini, semblable à lui-même dans toutes ses parties, mais que, comme hi plupart des roches, il consiste dans le mélange de plusieurs minéraux différents. Outre le fer nickelé, qui constitue la masse principale, on v voit de gros rognons cylindroïdes, d'une matière spéciale appelée, traïlite, que l'on observe très-bien sur notre ligure 1, et qui est formée d'un sulfure particulier de
fm- et de nickel. Sous l'influence des agents atmosphériques, ce sulfure, très-attaquable, disparaît peu à peu et busse, vide la place qu'il occupait ; c'est par cela que le, gros échantillon de Caille est tout lardé de cavités cylindroïdes, que pendant longtemps on a cru Curées artificiellement. Autour de la troïfite on reconnaît des couches concentriques de graphite tout à fait analogue à la mine de plomb et qui pourrait, comme elle, senir à la fabrication des crayons. Enfin, dans certaines régions du fer, on reconnaît des amas d'une matière métallique spéciale, appelée nchreibersite, et qui est formée parla combinaison du phosphore avec le fer, le nickel et le magnésium.
Mais ceci n'est pas encore tout. Le fer nickelé, que nous considérons comme simple, est lui-même trèscoTuplexe. Une expérience très-ingénieuse, imaginée par le, phvsicien Widniannstaetteu, montre qu'il consiste dans l'assemblage de lamelles formées d'alliages définis niais différents les uns des autres.
Pour faire l'expérience de Widmannstœtlen, on produit sur un fer une surface plane, puis on la polit avec soin et, cela fait, on la soumet à l'action d'un aride, de l'acide cblorhydrique par exemple. Au hou de s'attaquer uniformément, comme ferait du fer
terrestre, le métal céleslc laissa apparaître un réseau admirablement dessiné, que l'habile trayon de M. .lahaudier a su reproduire figure 1 , et qui doit son origine à ce que divers alliages, inégalement attaquables, occupent les uns vis-à-vis des autres des situations très-régulières, lui poussant l'altaque à un degré convenable, la surface primitivement lisse du fer se transforme en un véritable cliché d'où l'on peut tirer des épreuves comme d'une planche gravée. Les divers alliages qui sont associés dans la figure de Widmannsticften sauf, comme nous l'avons dit, parfaitement définis ; on a pu les isoler, les purifier, les analyser, et c'est, alors seulement qu'il a été possible de classer les holosidères, c'est-à-dire de séparer ceux qui sont réellement différents les uns des autres et de rapprocher ceux qui sont analogues. En opérant ainsi, ou a vu, par exemple, les 70 chutes de
fer météorique, que possède le Muséum, se répartir entre 11 types parfaitement définis, dont chacun a pu se présenter à diverses reprises.
Nous insistons sur cette dernière remarque qui reviendra pour d'autres météorites et qui sera fertile en enseignements, l'our montrer comment, des fers de (butes différentes peuvent être rigoureusement identiques, il suffira de dire que précisément les trois plus gros blocs de notre grande collection nationale appartiennent à un même type. Le moins volumineux, pesant 104 kilogrammes, et remarquable par sa forme conique, a été découvert au Chili en 1806, par don I.isara Fonseca, propriétaire dans les Andes, qui voyageait dans le but de découvrir des filons métallifères. 11 avait avec lui plusieurs mineurs et lli mules. Après trois mois des recherches les plus pénibles et d'ailleurs complëtc-
■ i:ff;f S' S'i;*-
Fi^r 2. — Sir^inS-nE découvert en 177(1, à Krasnnjarsk (Sibérie!, par le naturalise rn<se I\ill;is Celle rm'-léuriti' erm^Uli' en une l'nnittjr de fer métallique englobant di 1 petits cnbtitux de pèridot, Ou l'appelle f.ouv^rjt fer de. Patins. (Meini-^rnndeur iintiirelle }
ment infructueuses, il ne lui restait plus, le lu novembre 1 8GG, que 14 mules qui pouvaient à peine marcher, quand, traversant un endroit sablonneux et aride, dans la région lapins élevée des Andes, entre Pœdernal et le liio Juneal, son attention fut attirée par un gros idoc, qu'il ne se décida à emporter que parce qu'il le crut d'argent natif. Ce n'est qu'à trèsgrand' peine qu'il parvint, à l'amener à Nantoco, dans la vallée de Cupiapo, où l'on reconnut sa véritable nature.
La seconde masse en poids de fer météorique du Muséum est célèbre dans la science pour avoir été découverte en 1828, par lîrard, à la porto de l'église du petit village de Caille (alors Yar, aujourd'hui Alpes-Maritimes). On la connaissait, dans le pavs, sous le nom de la pierre, de fer, et on prétendait qu'elle avait été trouvée. '200 ans auparavant, sur la montagne voisine d'Àudibert, à la suite d'un violent orage. Elle pèse 540 kilogrammes. C'est un petit fragment de ce fer que représente notre figure 1. Enfin la plus grosse de toutes, du poids de 780 kilogrammes, a été rapportée de Charcas, Mexique, en 1866, par l'armée expéditionnaire. Ce fer était
enchâssé dans le mur de l'église, où on lui vouait, un culte particulier ; les femmes surtout lui étaient dévotes, croyant fermement qu'il pouvait, en échange d'offrandes, les soustraire à l'horreur de la stérilité. Nos soldats ont pris le fétiche, on l'a placé, au Muséum .sur un socle avec une étiquette, on l'a scié, poli, analysé, — et l'on ne dit pas qui: le chiffre de la population mexicaine ait sensiblement baissé.
On u vu, tout à l'heure, que la seconde division des météorites consiste en fer, renfermant çà et là des grains pierreux: ce sont les syssidères. Or certains fers proprement dits, renfermant à l'état microscopiques des cristaux de nature pierreuse, établissent, entre les deux premières divisions, une transition insensible. Du nombre petit être cité le fer trouvé à ïuezon, au Mexique, en 1840, et qui contient plus de û 0.0 de petits cris f aux de péridnt disséminés dans sa masse. Les véritables syssidères sont beaucoup moins nombreux que les fers proprement dits. Pour les étudier, la méthode décrite pour ces derniers est applicable. Leur portion métallique se prête à l'expérience de Widmannsta:ttcn, et l'on reconnaît souvent alors qu'elle consiste en
divers alliages, qui se sont concrètes autour des grains pierreux. Ce point est très-im portant, eu ce qui concerne l'origine de ces curieuses masses. La nature des grains pierreux est. variable suivant les cas et leur étude est très-instructive.
J/nn des syssidères le plus célèbre est celui qu'on appelle le fer de {'allas, et dont la figure 2 donne la représentation. C'est comme une éponge de fer dont les vacuoles sont remplies de cristaux parfaitement nets du minéral appelé péridot. Il fut trouvé, en 177(1, par l'illustre naturaliste russe Pallas, à Krasnojarsk, en Sibérie, où l'avait apporté peu de temps avant un cosaque forgeron. Celui-ci l'avait trouvé sur une haute montagne voisine de l'Iénisséi,et son aspect, absolument différent de toutes les roches du pays, avait, conduit les habitants à lui attribuer des vertus surnaturelles. La masse pesait 700 kilogrammes, et l'on peut voir, au Muséum, un moulage en carton qui reproduit sa forme originelle; mais clic a été débitée en un nombre immense d'échantillons, répartis entre les diverses collections du monde.
Parmi les autres masses, faisant partie du groupe des syssidères, nous devons en citer deux dont la nature est particulièrement significative.cn ce qui concerne l'origine des météorites. L'une d'elles provient du désert d'Alaoama, au Chili. A première vue, elle ressemble beaucoup au fer de Pallas, et sa partie métallique est même identique à celle de celui-ci, mais sa portion pierreuse en diffère tout à fait. Au lieu d'être formée par des cristaux de péridot, elle consiste en fragments anguleux d'une roche appelée ilvnilr. et qui se compose de péridot granulaire associé à du fer chromé. La seconde masse, vient aussi du Chili, de la cordillère de Deesa, près de Santiago, et. présente des caractères tout à fait, exceptionnels; sa portion métallique, quoique de même composition que le fer de Caille, ne donne pas par les acides les figures de WidmainisUrlten, et sa portion pierreuse consiste en fragments irréguhers d'une roche noire, très-dure et. très-complexe elle-même de composition. Le fer de Deesa joue un très-grand rôle dans ce que nous appellerons la qéolotjie des météorites,
Stanislas Mkunier,
— La suite prochfuiK'TriftiU. —