DE L'HISTOIRE DU POLARIS
La seconde partie de l'équipage du Polarh qui a été relrouvée dans les mers polaires vient de regagner le rivage de l'Europe.
Au moment où sévit la tempête du 15 octobre qui sépara du bâtiment l l J matelots du Polaris, la plus grande partie des provisions : viande conservée, pommes de terre, thé, sucre, café, embarcations et jusqu'aux vêtements avaient été débarqués sur le glaçon où comptait.se réfugier tout entier l'équipage du malheureux bâtiment à demi défoncé parles icebergs. Par cette nuit obscure, avec ce vent déchaîné et cette , neige qui tombait ù flots pressés, le Pataris fut emporté à travers une mer relativement ouverte au milieu de blocs énormes qui s'entre-ehoquaioul, avec un bruit terrible. Aussitôt que la teni| ête fut un peu apaisée, les 14 matelots restés à bord explorèrent l'horizon, espérant apercevoir leurs 1!) malheureux compagnons qui avaient été entraînés par la bourrasque. Ce fut en vain. A bord du Polaris, la situation était affreuse; un bâtiment qui coulait bas d'eau et qu'on ne pouvait maintenir que par le jeu constant ries pompes, peu de vivres, pas de vêtements et très-peu de charbon, c'était une mort certaine et à courte échéance. Il fallut éteindre aussitôt tous les feux, sauf celui de la pompe à vapeur, sans laquelle le bâtiment eût été bientôt, rempli. On avait l'ait déjà (lu chemin lorsqu'on aperçut la petite île Littleton ; le bâtiment y fut échoué et l'équipage s'empressa do débarquer toutes ses provisions qui, bien ménagées, pouvaient lui assurer une existence de quatre mois. Une Imite, fut élevée sur la glace, non sans peine toutefois, car il fallut entraîner Jes matériaux pendant un quart de mille sur une glace raboteuse, à travers des morceaux de neige. Fort heureusement un petit campement d'Esquimaux n'était pas loin; ils furent
aux naufragés d'un grand secours, leur procurant des peaux et, des fourrures ainsi qu'une ample provision de foies de morses, préservatil certain contre le scorbut. Lire fois que le stock de charbon fut épuisé, et rien n'en fut perdu, l'équipage, se mit à dépecer la mâture du navire, qui s'était enfoncé aussitôt que la pompe avait cessé do fonctionner.
Ce fut pendant une de ces visites au Polaris que le second, Henri Cherter, eut l'idée de construire nue embarcation avec les planches légères qui garnissaient les cabines des officiers. Son idée fut approuvée par le reste de l'équipage, niais l'exécution n'en fut pas facile, car il n'y avait, à bord qu'un seul charpentier, et les gants et les fourrures dont les mains et. le corps des matelots étaient enveloppés rendaient leurs mouvements lents et difficiles. Enfin, à force de travail et de persévérance, deux embarcations furent achevées au commencement de. l'été. Ce fut à la fin de juin que l'équipage abandonna le Polaris et la hutte qui leur avait servi de demeure pendant plus de huit mois. Le temps ne les favorisa pas tout d'abord, et, pendant une journée ils ne cessèrent d'être couverts par les vagues qui passaient au-dessus de leurs têtes. Vingt jours de suite, ils errèrent sur la mer, ne pouvant, faire de feu et mangeant crus les oiseaux qu'ils avaient, abattus, se réfugiant toutes les nuits sur un glaçon, [l'ayant pour se réchaufter que la chaleur d'une pauvre lampe, et pour reprendre quelques forces qu'une simple tasse de thé par joui-. Au bout de ce temps, un bâtiment baleinier, le Rnvemcraig, lus aperçut et les recueillit à demi morts rie froid, de fatigue et de faim ; puis ils furent transbordés sur l'Arctique, mieux installé pour recevoir ce surcroît d'équipage, et no tardèrent pas à débarquer en Irlande.
Le correspondant du Daily Tdegraph, à qui nous empruntons ces détails, ajoute que le médecin de l'expédition, qui a saigné le capitaine Hall, affirme que ce dernier est mort d'apoplexie et non empoisonné, comme on l'avait dit tout d'abord. C'est dans lu délire que le malheureux chef île l'expédition aurait proféré cette accusation, que rien n'est venu justifier.
Le docteur Bessel, malgré tant de mésaventures, rapporte, paraît-il, un grand nombre d'informations curieuses, d'expériences et d'observations intéressantes qui enrichiront certaines branches de la science : la géographie, la physique et la météorologie. Tour la première fois, des observations du pendule ont été faites à la latitude 81°ÔS' et les observations astronomiques n'ont pas été interrompues pendant tout le temps que le malheureux équipage cherchait à échapper à sa longue captivité. G. Marcel.