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Après avoir assisté à la construction du grand télescope récemment installé à Melbourne, il est intéressant pour nous de compléter notre appréciation sur la valeur de cet instrument d'optique et île le comparer aux plus grands appareils analogues qui aient été construits jusqu'à ce jour.
C'est ici le lieu de rappeler à nos lecteurs la différence qui existe entre les télescopes et les lunettes. Tout le monde connaît celles-ci. On sait qu'elles se composent essentiellement d'une lentille de verre, nommée objectif, montée à l'extrémité d'un tube, à l'autre extrémité duquel il y a une autre lentille, plus petite, nommée oculaire. Ce sont là les parties essentielles de toute lunette. L'oculaire se compose, dans les grandes lunettes, non d'une seule lentille mais de plusieurs combinées pour produire le plus grand effet optique ; c'est un petit tube de cuivre, qui se visse à l'extrémité intérieure du tube de la lunette, et s'enlève à volonté pour fane place à un autre, attendu que la lunette est. susceptible de recevoir plusieurs oculaires différents, dont les grossissements sont variés. Cette pièce porte le nom d'oculaire parce qu'elle ert placée pi" jdc l'œil. La grande lentille porte le nom d'objectif parce qu'elle est placée du côté de l'objet à observer.
Le télescope, bien différent de la lunette, se coinpose non d'une lentille de verre transparente, mais d'un miroir opaque, lequel, bien entendu, ne peut être placé de la même façon qu'un objectif, car alors il ne servirait à rien, niais est installé à l'extrémité inférieure d'un tube. L'oculaire, par conséquent, devant être comme- dans la lunette, au foyer où se forme l'image, ne peut être placé qu'en avant du miroir, à moins que, nomme dans le système de Cassegram, on ne renvoie l'image vers le grand miroir percé d'une ouverture. Celte ouverture centrale faite au grand miroir n'empêche pas les images de se former eoiuplélemeiit et parfaitement.
Le grossissement normal des lunettes est de 2 fois par millimètre du diamètre du miroir ou de l'objectif. Ainsi une lunette de [11 , 1 1 de diamètre, instrument d'étude ordinaire des astronomes, peut supporter un grossissement normal de 230 lois. C'est-à-dire que l'objet observé est grossi 2ii0 fois en diamètre ou 48,400 fois en surface. C'est comme s'il
«Hait rapproché de 220 fois. Ce grossissement n'est pas le plus lort que l'on puisse donner, et j'ai souvent appliqué avec succès, dans des conditions exceptionnelles de transparence atmosphérique- ut de tranquillité, des grossissements do 2110 et. oOÛ ibis. Mais l'oculaire normal est 220, et parfois même il faut se contenter de 150 ou 100, quand l'atmosphère n'est pas très-pure. Pour les télescopes, ce grossissement proportionnel est un peu moins élevé.
D'après cette proportion, le télescope de Melbourne ayant un miroir de l'VJO devrait pouvoir supporter mi grossissement de 2,000 à 2,400 fois. Mais le système Casse-grain, comme nous l'avons dit, l'ait perdre, beaucoup île lumière. Lu tel oculaire ne donnerait ({lie des nuages trouilles et diflusos. Toutefois le grossissement maximum de 1,000 indiqué me parait trop modeste , et si l'instrument fabriqué par M. Crubb est aussi parfait qu'on ledit, il rue semble qu'on pourrait l'élever utilement an delà de 1,500. Notre, grand télescope Foucault, établi à l'Observatoire de Marseille, et dont le miroir eu verre argenté est de 0"',80, supporte facilement un grossissement de 1,000 Ibis, qui peut, dans certaines circonstances exceptionnelles, être porlé à 1,500. Celui de lord Russe, dont le miroir a l' 1 ',8o de diamètre, avec une distance focale de 17 mètres, snpporLe un grossissement normal de 5,000 fois. On a même pu, dans certaines circonstances, l'élever jusqu'à 4, 000, 5,000 et même 6,000, mais certainement en perdant beaucoup de netteté et sans rien gagner, excepté pour des cas tics-rares.
L'instrument de Melbourne n'a pas donné, du reste, les résultats qu'on attendait, après tout le lapage qu'on en a fait surtout. Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que, estimé excellent, quand on l'essava en 1808 en Irlande, il paraît inférieur depuis son installation en Australie, qui eut lieu à la fin de 1869. l'eul-ètrc les niii, us ont-ils un peu perdu de leur poli par suite de l'opération singulière qu'on leur a l'ail subir : ils avaient reçu une couche de vernis à la gomme, destinée à proléger leur surface pendant la traversée. Pour les nettoyer, à leur arrivée, on les a plongés dans l'alcool mélhylique, puis dépouillés dans l'eau. C'était là un traitement un peu rude.
L'un des premiers usages auxquels on appliqua ce télescope l'ut de le diriger sur la Lune, ce monde si voisin de nous et si différent, et de faiie la photographie directe de cet astre. M. Kllcry, astronome royal d'Australie, a annoncé, en 1872, à la Société royale de Londres que l'on a obtenu des photographies de la Lune n meilleures qu'aucune de celles dont il avait eu connaissance, dit le journal anglais Nature. Ces images de la Lune ont environ 5 pouces de diamètre, taudis que les précédentes épreuves photographiques du même, astre n'avaient que trois quarts ou sept huitièmes de pouces de diamètre, bien qu'on en ait tiré ensuite des agrandissements d'environ 2 pieds. i>
Cette allégation n'est pas tout à fait exacte. Aux
Etats-Lins, M. Ruthori'urd a obtenu des photographies directes de la Lune de A pouces de diamètre, au moyeu d'une limette de 13 pouces anglais (0 l ",ôr>) d'ouverture , achromatisée spécialement pour les rayons chimiques. L'exposition des clichés originaux a varié d'un quart de seconde, dans la pleine Lune, à deux secondes pour le premier ou le dernier quartier. Mais les photographies des Etats- L'uis n'empêchent pas celles d'Australie, et en relevant cette inexactitude, je ne voudrais pas paraître déprécier l'instrument de Melbourne , qui reste, sans contredit, un des plus beaux qui existent.
Déjà ou l'a appliqué à l'observation des lointaines planètes, L'rauus et Neptune, mais sans rien découvrir de nouveau. Les étoiles doubles, les nébuleuses oui fait l'objet d'études spéciales, et l'oua cru reconnaître entre autres dans la nébuleuse llèta d'Argo des changements qui se seraient produits depuis qu'elle a été décrite, eu 1854, par sir John llerschel ; mais ces changements ne sont pas certains, car de f.iibles déformations dans la courbure du miroir peuvent modilier l'aspect d'une nébuleuse. Depuis quatre ans, plus de 00,000 étoiles ont été observées à Melbourne, et le dernier rapport constate que, malgré quelques défauts, le grand télescope rendra d'éminents services à l'astronomie. On avait fondé d'immenses espérances sur cet, instrument, et le docteur Robinson, l"un des promoteurs île cette entreprise scieutilique, s'écriait en le voyant partir de Liverpool pour l'Australie : « Il est impossible de songer, sans être dominé par l'enthousiasme, au trésor des grandes découvertes qui attendent l'astronome fortuné dont le regard soudera les deux à travers ce puissant, appareil, presque le premier qui soit au monde! » lielles paroles que l'on comprend bien, mais qui tout d'abord ont été singulièrement déçues, attendu que l'astronome de Melbourne auquel il fut confie en 1800 donna sa démission en 1870, par suite de diflieultés administratives. Les hommes ne sont pas parfaits ! D'ailleurs il faut bien avouer ici qu'en général cène sont pas les instruments qui font les découvertes, mais les astronomes.
Tel est ce fameux télescope, qui désormais est installé sous le beau ciel d'Australie pour l'étude des univers lointains, 11 est. intéressant pour nous de lui comparer rapidement les plus grands instruments astronomiques qui existent sur celle planète, de voir à quel point eu est actuellement l'optique, et quels progrès nous pouvons espérer l'aire encore pour nous rapprocher des grandeurs célestes.
Le plus grand des télescopes construits jusqu'à ce jour est. celui qui a été élevé par le célèbre lord ' Rosse dans le parc de sou château de Parsonstown en Irlande, cl qui lui a fait découvrir les merveilleuses nébuleuses en spirales, ces amas de soleils si éloignés de la terre, que leur lumière emploie des millions d'années pour nous arriver. Le tube de ce télescope véritablement colossal a 55 pieds anglais (lu" 1 , 711) de longueur, et pèse 0,004 kilogrammes. Par sa forme, il pourrait être comparé à la cheminée d'un navire à
LA NATUnK.
.vapeur île (importions énormes ; il osl tcrniiin', eu lias, par un reuflemenl carré, espèce, île. boite qui renferme le niirnir, dont le diamètre est de 6 pieds ( 1 "', Sri) , et le poids (ie rî,R(l!) kilogrammes, c'cst-àdire (irès de quatre ibis le poids de celui dllerschel. Le poids total de l'appareil est de 10,413 kilogramme*. Ce magnifique instrument, établi sur uni: espèce de fortification oblongue, d'environ 7,'»] pieds du nord an sud, y est placé entre deux murailles latérales à créneaux, hautes d'une cinquantaine de pieds, qui ont été construites des
deux côlés pour servir de point d'appui au mécanisme destiné à le mouvoir. A ces murailles latérales sont adaptes des escaliers mobiles qui peuvent être, amenés à l'ouverture du télescope, quelle quo soit la position qu'il prenne. Avec lui, ou pénètre dans les profondeurs du ciel les (dus incommensurables, au delà de toute distance où l'œil ait jamais pénétré. On s'en est servi pour décrire la l'orme exacte de nébuleuses qui jusque-là n'avaient présenté que confusion. En ouvrant, en 18u."), la session de l'Association britannique, à C.laseow, le
te grand Itjli'srnpc Je l.aïscl, dans l'ilc de Malle.
due, d'Argyle disait ; « Cet instrument, en agrandissant énormément le domaine de l'astronomie, a jeté quelque incertitude sur la généralité, des lois qui régissent les corps célestes et l'ait douter si les nébuleuses spirales obéissent bien réellement à ces lois. » « Le télescope de lord Rosse, disait Cabinet, ne rendrait pas sans doute visible un éléphant lunaire, mais un troupeau d'animaux analogues aux troupeaux de. buffles de l'Amérique, serait trèsvisible. Des troupes qui marcheraient eu ordre de bataille y seraient très-perceptibles. Les eoustruelions, non-seulement de nos villes mais encore de moiiimieiils égaux aux noires, n'échapperaient pas à notre vue. L'Observatoire de Paris, Notre- Dame et le Louvre, s'y distingueraient facilement,
et encore mieux les objets étendus eu longueur, comme les cours de nos rivières, le tracé de nos canaux, de nos remparts, de nos routes, de nos chemins de fer et enfin de nos plantations régulières. » Ce gigantesque télescope, conslruit il y a vingt ans, n'a pas encore été dépassé. Il a coûté ,"UO ( uOO francs à son propriétaire. Depuis la mort de lord Puisse, sou fils suit ses nobles traces et consacre la meilleure partie de sa -vie à l'étude du ciel.
Avant la construction de cet immense appareil, le plus grand et. le [dus fameux avait élé celui d'IIerscliel, qui avait frappé les imaginations, non en raison des découvertes astronomiques auxquelles il avait donné lieu (ce dont ou ne s'occupait qu'accessoirement), niais plutôt à cause, de ses dimensions énur-
mes, qui étaient de 59 pieds 4 pouces anglais (l'i mètres) dn longuei r, ut de 4 pieds 10 ponces (l ,u ,47) d'ouverture. De pareilles proportions étaient, cependant bien mesquines auprès de celles que lui attribuaient les personnes qui ne l'avaient pas vu. Lu matin, le bruit se répandit dans Londres que l'illustre astronome llerschel venait de donner un bal dans le tuyau evluidnque de son télescope. Cette fantaisie parut pleine d'originalité, et servit à Cuire considérer comme véritablement, phénoménal l'instrument, que l'on regardait déjà comme un colosse.
La nouvelle du prétendu bal d'Ilersehel fut démentie ; il se trouva que l'on avait confondu le célèbre astronome avec un btasseur, et le grand télescope avec un immense tonneau à bière, dans l'intérieur duquel on avait effectivement dansé un quadrille, ijuelque désœuvré avait sans doute trouvé piquant de transporter à Slougli le lien de la fête, et do l'aire danser toute une .société dans na tube de 1er où un homme de la plus petite taille aurait eu de la peine à se tenir debout, fin était si prévenu eu laveur du célèbre instrument d'Ilersehel, que le démenti ne fut pas accepté par tout le monde, et que longtemps après on parlai encore du singulier bal donné par le grand astronome. Ce télescope était rie ceux dils à rue de face (front, viftw télescopes). L'image de l'astre venait se peindre sur un miroir concave, situé un peu obliquement au fond du tube, où l'astronome l'observait. a\ee une loupe, ou à la simple vue, en se plaçant à l'extrémité antérieure et eu tournant le dos aux objets. Le miroir concave de ce télescope pesait à lui seul plus de \ , (Il If) kilogrammes. Pour faire m on voir un instrument d'une pareille lourdeur, Jlerscliel fui obligé d'imaginer un mécanisme des plus compliqués et se composant de toute une combinaison de mâts, d'échelles, de poulies et de cordages, comme le gréemenl d'uo grand navire de guerre. Ce gigantesque appareil n'avait pas peu contribué à donner au télescope de, Sloiigh sa fantastique célébrité.
Aujourd Imi, cet instrument n'existe plus que comme une relique de famille, pieusement conservée dans le parc. Le 1" janvier 1 8 40, sir John llerschel, sa femme, leurs enfants, au nombre de sept, quelques anciens serviteurs de la famille se réunirent à Sluugh. A midi précis, l'assemblée tit plusieurs fois processionnel lement le tour du monument, ensuite elle s'introduisit dans le tube du télescope, se plaça sur ries banquettes préparées d'avance pour la recevoir et entonna un lietjuiem en vers anglais, composé par sir John llerschel lui-même. Après sa soi lie, l'illustre famille se rangea eu cercle autour du tuvau, et l'ouverture fut scellée hermétiquement. La journée se termina par une. fête intime.
Ces deux télescopes de lord Rosse et d'Ilersehel ont été si souvent dessinés, qu'ils doivent être connus de nos lecteurs. 11 n'en est pas de même de celui dont nous allons parler.
Actuellement, l'un des plus grands télescopes
qui fonctionnent dans les observatoires, est avec; ceux de lord Rosse et de Melbourne, celui de Lasse?, dans l'île rie Malte, Son diamètre est de h pieds anglais, comme celui rie Melbourne, auquel il devait d'abord servir de modèle. Il est construit dans le système newtonien et sa longueur est de 10 mètres. L oculaire est placé à l'extrémité supérieure du tube, qu'il traverse perpendiculairement, pour viser le petit miroir plan, incliné à 4j degrés, sur lequel viennent converger les rayons lumineux réfléchis par le grand miroir placé au bas du tube. L'astronome est donc obligé de s'élever jusqu'à la bauteur de l'oculaire, et pour cela ou a construit \u\<i véritable tour, qui glisse le long d'un chemin de lerautonr du télescope; elle est. à plusieurs étages, et l'astronome, se place sur un balcon mobile qui peut monter et descendre suivant les hauteurs nécessaires à l'observation, et se rapprocher du centre suivant l'inclinaison du télescope. Comme les vagues d'air qui traversent constamment l'atmosphère dans tous les sens, surtout verticalement après les journées chaudes, eu léchant les murs des édifices, sont très-nuisibles à la netteté des images, quand le grossissement emplové est. très-fort, ou cherche à les éviter autant que possible en installant les grands instruments en plein air. C'est ce qui arrive pour celui-ci, qui n'a même pas pour le soutenir les murs épais que lord Rosse a donnés au sien. On retire le miroir du fond du tube quand on ne s'en sert plus. A cause des leviers et rie. lu tour, cet instrument ne peut pas être dirigé: vers tous les points du ciel. Les grossissements applicables à ce télescope varient de 000 à 1 ,;>00. C'est à l'aide ris! cet instrument que M. Lassel a découvert le satellite, de .Neptune, ainsi que le 1 er et le '2" ri'Urauus, avec un oculaire grossissant 1 ,601) fois. I,e savant astronome l'a construit à ses propres frais : il lui revient à 7'2,000 francs. Le miroir est en métal et le tube est établi à jour dans va partie supérieure, connue on le voit sur notre gravure. ' Camille Flahmaiuon.
— ■ Lu milite proulijlneiiHMit. —
LA FLORE CARBONIFERE