DU DÉPARTEMENT DE LA LOIRE
Un savant distingué, M. Grand'Eury, a fait de la flore des terrains houillère supérieurs, et notamment de ceux du bassin rie Saint-Etienne, l'objet d'une nouvelle et importante étude dont les résultats, communiqués d'abord à l'Académie des sciences, ont été succinctement exposés par M. Ad. ISrougniart dans un travail du plus haut intérêt 1 .
Le paysage qui accompagne notre texte a été composé par M. A. Tissandier, d'après les dessins originaux de M. Graud'Eury. Les proportions, le port et
t. XVI.
Annales des sciences naturelles; But;eiique; ;j B séc
la station de ces plantes y ont été rigoureusement observés; ce dessin donne, par conséquent, une idée très-exacte de la flore houillère du bassin de Saint- Etienne. Le diagramme au trait est destiné à montrer la partie souterraine dus végétaux et à en indiquer en même temps les dimensions exactes.
Le caractère essentiel de cette dore ancienne, celui qui contribue le plus à la physionomie particulière du paysage, est la prépondérance des cri/ployantes vasculaires qui comprennent les fougères, les ljcopodiacées, les équisétacées.
Les fougères constituaient la famille la plus nombreuse en espèces, dont un grand nombre avaient des dimensions énormes. Ce que nous voyons ordinairement des Ncvroptcris et des Odontopteris, ne sont que les dernières divisions de feuilles qui avaient jusqu'à .") à G mètres de longueur; M. Grnnd'Eurv a trouvé des fructifications A'Odontopteris qui permettent de ranger ce genre et le genre Nevropteris, qui eu est très-voisin, dans la tribu des Maralliées.
Les Lepidodnndrons, qui sont des Lycopodiaeées arborescentes, manquent presque complètement à Sain L-E tienne ; ils se trouvent beaucoup plus fréquemment dans les terrains houillers anciens ou moyens. Les Kquisétacées, au contraire, occupent une pai't très-importante dans le terrain homller du bassin do Saint-Etienne et dans la flore primitive en général. Aujourd'hui cette famille n'est plus représentée que par un seul genre composé de végétaux de petite taille connus sous le nom de prêles qui croissent dans les terrains marécageux.
Un regard sur notre gravure, dont la moitié gauche est exclusivement composée, de ces prèles gigantesques, suffit pour montrer au lecteur combien ces plantes étaient variées et à quel développement elles atteignaient à cette époque. Tous ces végétaux se reconnaissent à leurs tiges marquées d'articulations dont, les intervalles sont sillonnés de stries parallèles. Les travaux de M. Grund'Eury ont conduit ce savant à y établir une division entre les vraies Calamités et les Calamodendrées. 11 a suivi les Calamités dans tout leur développement; elles ont des rhizomes rampants, articulés, ou des bases de tiges dressées donnant naissance à des racines et produisant des bourgeons souterrains comme nos Equisétacées actuels (vov. la gravure au trait) . Les tiges des Calamités sont droites et le plus souvent simples, mais quelquefois ramifiées, comme dans les Calamités ramosus, dont lus branches se terminent par de petits rameaux qui n'ont souvent que quelques millimètres de diamètre. Les Calamités paraissent avoir été des piaules herbacées fistuleuses et se rapprochaient, par conséquent, de nos prèles, malgré leurs dimensions ; elles s'en distinguaient pourtant par l'absence de gaines et de toute espèce d'organes appendiculaires.
Les Calamodentlrées sont des Equisétacées arborescentes, dont les rameaux et les jeunes liges portent des feuilles verticillécs et dont les tiges renfer-
ment un cylindre ligneux entourant une large moelle. Elles renferment deux genres distincts : les Calamadendrons et les Arthropitys. Sous le nom provisoire de CalamophyllUes, M. Grand'Eury entend des tiges portant des feuilles longues et étroites, verticillées, dressées, souvent appliquées contre la tige et qui paraissent Être identiques avec les anciens Âsterophyllites. Les Dicotylédouées gymnospermes (Conifères et Cycadées) paraissent avoir formé la plus grande partie des végétaux terrestres et ont beaucoup contribué à la formation de la houille. Le Flabellaria brassifolia, qu'on avait pris autrefois pour un palmier, est devenu le type du genre Cordaïles, à côté duquel vient se placer le genre Noygeralhia. Ces derniers sont rares dans le bassin de Saint-Etienne ; mais les Cordaïles y sont très-abondants et très-variés ; ils ont des feuilles sessiles, rétrécies à la base et ressemblent aux Daunnara de la végétation actuelle par leurs organes végétatifs, et, par leurs fructifications, aux Tuxïne'es; les rameaux sont Irès-divisés et forment des embranchements successifs à divisions alternes dressées ou étalées. Les arbres qui se trouvent à la droite de la gravure peuvent donner une bonne idée du port de ces végétaux. Us avaient souvent '20 à 50 mètres et plus d'élévation; le tronc était droit et nu, la couronne très-ramifiée et les branches se terminaient chacune par un bouquet de longues feuilles comme celles des Yucca; ou, dans d'autres cas, plus courtes, elliptiques, comme celles des Daunnara.
Les Siyillurla, qui paraissent devoir se classer parmi les Dicotylédonées gymnospermes, à côté des Cycadées, avec leurs racines connues sous le nom de Stiyucuria, sont également assez fréquents à Saint- Etienne. M. Grand'Eury divise le système stépbanais en divers étages établis sur des dillérenccs notables do flore et de végétation ; dans les couches inférieures, ce sont les Cordaïtes qui prédominent; dans les couches moyennes, les fougères sont les végétaux les plus abondants et les plus variés; les Calamités, les Calamodendrons, les Annularia caractérisent plus particulièrement l'étage supérieur. Grâce à ses persévérantes recherches, de véritables richesses fossiles sont sorties des bassins houillers de Saint-Etienne, et la science de la flore antédiluvienne s'est accrue de documents nouveaux, que nous sommes heureux de faire connaître à nos lecteurs.
L'époque houillère, à laquelle correspondent les dépôts immenses de charbon qui sont devenus pour l'industrie moderne une nécessité et une source, pour ainsi dire, intarissable de richesses, présente un intérêt non moins grand pour celui qui veut étudier la nature des végétaux de celte époque et qui les compare à ceux qui couvrent aujourd'hui la surface du globe.
La flore de l'époque, houillère remonte, en effet, jusqu'à l'origine du règne végétal; les végétaux dont on trouve les restes dans les terrains de transition qui précèdent les terrains houillers sont peu nombreux et ne diffèrent guère des végétaux de l'époque
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la NATimr.
houillère ; ceux-ci pcuveiil donc être considérés comme la végétation primitivc.
Au commencement, les terres émergées nourrissaient ii u certain nombre déplantes; cette végétation, faible et peu nombreuse d'abord, a augmenta progressivement et n'a atteint son maximum de développement que vers Ja lin de l'époque houillère, où nous la trouvons représentée par des forêts immenses qui couvraient une bonne partie de la surface des terres émergées.
M. Klie de iicaiumuit a calculé la quantité de carbone que produisent annuellement nos forets actuelles ; d'après ces calculs , il ni; pourrait se former sur l'étendue des dépôts bouillr.rs que O'",0l(i de ce combustible eu un siècle. I)ninonL a compté à Liège ^b couches de bouille, dont quelques-unes ont 2 mètres et au delà d'épaisseur ; admettons, pour ces concilies, une épaisseur moyenne de 11 1 ", fil) : nous aurons un dépôt pour la formation duquel il aurait fallu à peu près 500,000 ans de nos forets.
Un premier examen de cette flore si ancienne nous met on présence de deux faits d'une importance capitale : malgré la différence qui existe entre ces végétaux anciens et ceux qui couvrent, actuellement notre globe, les lois générales d'organisation végétale n'ont nullement changé et les formes qu'on y rencontre se rattachent plus ou moins directement à quelquesunes des formes qui existent encore de nos jours.
La flore liouillère né-
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cessitalt un climat chaud fit des conditions de température et d'humidité uniformes; la proportion considérai île d'acide carbonique dont l'atmosphère était chargée peut expliquer en partie, la force et l'exubérance de cette végétation, dont le principal effet consistait à fixer une: grande quantité de carbone en purifiant l'atmosphère.
On a reconnu parmi les formations carbonifères anciennes trois positions géologiques différentes auxquelles correspondent trois flores qui préseiitenl des différences très-prononcées. Les terrains liouillers les plus anciens île France sont ceux de l'Ouest, compris dans les départements de Maine-et-Loire et cïe la Loire-Inférieure, lieux des départements du Nord, qui paraissent être contemporains de ceux de la lielgicjUC, de l'Angleterre et île la plupart de ceux de l'Allemagne, viennent ensuite. Lutin ceux qui entourent le plateau central de l'runce sont les plus récents.
Les admirables travaux que nous venons de passer en revue jeitent un jour nouveau sur l'histoire des plantes fossiles des houillères, en même temps qu'ils apportent au penseur et au philosophe de nouveaux sujets de méditations sur les évolutions du globe terrestre.
Comme l'a dit l'illustre Cuvier, o si l'on met de l'intérêt à suivie dans l'enfance de notre espèce les traces presque effacées de tant de nations éteintes, comment n'en mettrait-on pas aussi ù rechercher dans les ténèbres de l'enfance de la lerro les Iraees de révo-
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lutions antérieures a l'existence du toutes les mitions? Nous admirons la Corée par kiquellu l'esprit humain a mesuré les mouvements du globe, que la nature semblait avoir pour jamais soustraits à notre vue ; le génie et la science ont franchi les limites du temps ! »