‹ La Nature 1873Chapitre 132 sur 171 · DANS LES NUAGES · texte numérisé non relu

DANS LES NUAGES

Nous avons d r j à. parlé de l'ascension aérostatique que nous avons exécutée, mon frère et moi, eu compagnie de quelques autres observateurs, le 10 février de cette année'. Quoique initiés, depuis longtemps, aux incomparables splendeurs des liantes régions atmosphériques, nous avions rarement assisté à des scènes aussi grandioses,

àdeseffetsdelumière === ,

aussi étranges. Non- Ai, \t \ % J i-\ l- (\ !'•.%■

seulement nous . f ' . -

avons admiré les auréoles aux. sept cou- " ,ï * r .-x,. w leurs, qui ceignent . ■ l'ombre aérosta- v,, \ \ 'i'£, i: *ï tique, projetée suides nua«es aussi blancs que la neige îles Alpes, mais nous avons eu la bonne fortunede rencontrer un image à glace, semblable à celui j que MM. Barrai et J JSixio ont traversé jadis, au grand étouuement de l'illustre Arago, qui attacha nue importance considérable à cette observation météorologique. L'existence de petits glaçons suspendus dans l'atmosphère, déjàentrevLio par les théuz'ieicns, dans l'explication qu'ils ont donnée des halos et des partielles, rencontra des incrédules , malgré !

l'autorité des savants aéronautes de 1850.

M. Marrai a bien voulu nous féliciter récemment d'avoir

vérifié son observation et de dissiper les doutes qui pouvaient encore exister à cet égard. Nous attendions l'occasion d'un nouveau voyage aérien pour donner quelques détails sur la nature de ces nuages singuliers, qui ne s'offrent i]uc bien rarement aux regards du navigateur aérien . Avant de parler de notre récente ascension exécutée le k de ce mois, nous compléterons donc le récit de notre expédition du 10 février.

Il était 2 heures 25 du soir, nous avions plané pendant trois heures consécutives, au-dessus d'un p!n-

' Voy. p. Si, Ombres extraordinaires.

La nnrellc du Jran-Bart [Awgie dans un nuage Je plate.

teau de nuages, surmonté d'un dôme céleste, d'un bleu intense. A 1 ,200 mètres d'altitude, l'aérostat quitte ce pays de la lumière pour s'enfoncer dans le massif des vapeurs aériennes ; il nous fait passer subitement delà clarté resplendissante, au crépuscule sombre, de la chaleur de l'été (17°, 5) aufroid de l'hiver ( — 2°). Les vapeurs qui nous entourent ont un aspect particulier; elles sont blanches, opalines et nous cachent entièrement la vue de l'aérostat; nous mettons nos paletots à

,, . la hâte , car nous

•']' > } , i sommes subitement

' '! >' . '■ "' saisis par un abais-

sement de température aussi prompt.

Quelle n'est pus notre surprise en apercevant des cristaux de givre qui se déposent sur nos vêtement s et qui croissent subitement comme une végétation fantastique ! On voit grandir à vue d'oeil ces arborescences singulières. Mais ce n'est pas seulement sur le drap que les cristaux glacés forment des houppes hérissées, ils se groupent sur nos cordages, sur noire panier d'osier et sur le fil de cuivre, long de 200 mètres que j'ai laissé pendre de la nacelle pour étudier l'électricité atmosphérique. Nous jetons les yeux autour de nous, et nous constatons que le nuage au sein duquel l'aérostat nous a plongés est entièrement formé de paillettes adamantines, réunies çà et là en masses allongées, comme l'indique la gravure qui accompagne notre récit l . Ce nuage détermine la condensation du gaz et nous fait descendre avec une rapidité vertigineuse. L'n de nous a le temps d'approcher lu doigt du fil de cuivre , et il reçoit une forte étincelle électrique , qui ne laisse pas que de nous causer

1 Celle gravure a été l'aile d'après un croquis Ac. M. Albert Tissundier, «l publiée déjà dans le charmant Journal de. la Jeunesse. I.e directeur de culte publication a bien voulu mettre un cliché à notre disposition avec le plus aimable empressement.

ai

LA SATURE

uno certaine inquiétude, car nous ne pouvons oublier que cette foudre en miniature jaillit sous une masse do gaz inflammable de 20U0 met. cubes! Mais l'idée que nous obtenons pour la première fois, dans de telles circonstances, une manifestation électrique aussi énergique, aussi extraordinaire, apporte une compensation à nos craintes. Le baromètre, malgré le lest que nous jetons par dessus bord, indique que la descente est toujours rapide; à 1000 mètres nous entrevoyons la terre; le nuage de glace avait, par conséquent, une épaisseur de '200 mètres environ. Il nous a semblé que les petits cristaux de glace dont il était formé existaient surtout au centre,

L;t[û du voyaj i tlu IjliI] o;i le Jean Mari, la i oc:o!iie jri";.

et qu'ils étaient cacbés en liant et en bas sous mie couche de vapeur d'eau. Ce nuage, vu à quelques centaines de mètres [dus lias, avait à peu près l'apparence d'un cumulus ordinaire.

Mais nous n'avons pas le loisir de le contempler longtemps, car la brusque variation de température a singulièrement contracté notre gaz : le ballon a dû se charger, en outie, d'un poids considérable de glaçons ; il se précipite vers la terre, que nous voyons approcher avec une rapidité prodigieuse. Par malheur, le plateau de Montiieau, où nous descendons malgré nous, esta 200 mètres au-dessus du niveau de la mer ; c'est eu vain que nouslaiiçous tout pleins les sacs de lest qui nous tombent sous la main; la nacelle se heurte contre h', sel avec un choc impitoyable, lu vent violent nous enlève ensuite et nous lance avec fureur au-dessus des arbres, jusqu'à ce que l'aérostat, éveiilré par la rafale, se dégoulle et nous laisse à terre...

S'il est vrai que les jours se suivent et ne se ressemblent pas, on peut affirmer qu'il eu est bien de même pour les ascensions aérostatiques. Jamais nous n'avons opéré une descente, aussi tranquille, aussi douce, que le samedi i octobre, lors de notre dernier voyage aéneu: notre nacelle, lentement ramenée à terre par un jeu de lest régulijr, est pour ainsi tombée entre les bras des habitants de Crouy-sur- Ourcq, qui ont pu nous remorquer à l'état captif, jusqu'au milieu de leur ville. Les braves gens qui nous entourent mettent un empressement si louable à nous aider, ils nous accueillent d'une façon si obligeante, si hospitalière, qu'il est impossible de leur refuser le plaisir de s'asseoir sur les banquettes de Il nacelle aérostatique: nous faisons mouler à '200

Omlm? du IkiIIoii piojfllji; slii' iii]Cî |t::mir i:V ciHLHirci; tl'llllû amcole île ilil'ji\iclion.

mètres de hauteur, des aéronautes improvisés, enlevés par l'aérostat qui s'élève et descend, à l'état captif. Quels que soient le charme, l'imprévu, de ces épisodes, il nous faut ici les passer sous silence et arrêter l'élan de notre plume, qui, si nous n'y prenions garde, nous entraînerait loin du domaine de la science, jusque sur un terrain pittoresque, dont nous devons nous borner à effleurer la frontière.

La particularité la plus remarquable de cette ascension aérostatique est la route suivie par l'aérostat sous l'influence de deux courants aériens superposés. Au moment où nous nous sommes élevés de l'usine à gaz île la Villelle, à midi trois minutes, le courant aérien inférieur nous a lancés dans la direction Est- Sud-Est, taudis que, vers l'altitude de 700 mètres, le courant supérieur Sud-Ouest nous a dirigés vers le Nord-Est. On nous a vus décr.re dans l'espace une courbe très-prononcée, connue l'indique le tracé de notre vovage. Celte particularité se présente assez fréquemment au voyageur aérien. 11 ne nous semble pas nécessaire d'insister sur l'importance considérable

qu'elle offrcaupoint.de vue de la navigation aérienne, puisqu'elle permet à l'aéronaute do choisir à son gré deux directions différentes.

On se rappelle peut-être que des circonstances analogues nous ont sauvé d'un naufrage imminent, en 18G8, lors de notre ascension de Calais, où entraîné jusqu'à sept lieues au large en pleine mer du Nord, il nous a été possible de revenir à terre, en rebroussant chemin, sous l'influence d'un courant de surface, complètement opposé au courant supérieur 1 . L'étude des couches atmosphériques superposées ne présente pas moins d'intérêt au point de vue météorologique ; elle ne peut être bien exécutée qu'à l'aide de l'aérostat. Dans l'ascension, en effet, l'observateur mesure avec exactitude la vitesse des courants supérieurs, dont l'action échappe aux anémomètres terrestres. Connaissant la durée de notre voyage et la longueur de la distance parcourue, nous avons constaté que le courant supérieur dans lequel nous étions plongés avait une vitesse de 5o kilomètres à l'heure. La vitesse du courant inférieur n'était que de 6 à 7 kilomètres à l'heure, ainsi que M. Paul Henry qui nous accompagnait a pu le constater.

L'observateur de la nouvelle comète, habitué aux mesures astronomiques, est facilement arrivé à un résultat exact eu observant la différence des temps du passage des bords du ballon sur une ligue terrestre. C'est avec une légitime surprise que nous avons ainsi constaté l'existence d'un courant atmosphérique, entraîné par un mouvement relativement trèsrapide au-dessus d'une couche d'air terrestre d'une si faible vitesse.

A la hauteur maximum de l'ascension, c'est-à-dire à 2,600 mètres, l'aérostat s'est trouvé plongé dans un banc de cumulus très-espacés. Ces nuages étaient dominés par une couche épaisse de cumulo-nimbus, dont nous avons évalué l'altitude à 5,000 mètres environ ; quelques éclaircics s'ouvraient çà et là, dans ce massif de vapeurs, et nous laissaient entrevoir le bleu du ciel. A ce moment, M. Paul Henry a constaté que la polarisation de l'atmosphère était beaucoup plus faible qu'à la surface du sol. Pendant le voyage on a relevé à l'aide d'un psychroinètre l'état hygrométrique de l'air et les températures*. L'air à l'altitude de 2,000 mètres était particulièrement sec, et la quantité d'humidité était plus considérable en se rapprochant de terre.

Nous n'avons pas cessé d'apercevoir l'ombre du ballon, non pas cette fois sur les nuages, mais sur la terre. À 1 h. 55, à l'altitude de 700 mètres, cette ombre projetée sur une prairie est apparue, entourée d'une auréole de diffraction, très-lumineuse et de couleur jaune. Le dessin ci-contre qui a été exécuté dans la nacelle par SI. Albert Tissandier, représente iidèlemeut ce curieux phénomène. — Malheureusement, quelque intéressant qu'ait été notre voyage, nul effet, de lumière, aussi grandiose que le

1 Vov. YayageH titricws. ' — L. Hachette et C L , 1870. * Voy. Comptes rendus de l'Académie des scïcnves. — Séance du 13 octobre 1873.

16 février dernier, aussi imposant que dans le cours de quelques-unes de nos ascensions précédentes, ne s'est offert à nos yeux. C'est pour nous un regret réel, car nous avions offert une place dans notre nacelle à un artiste éminent, M. Donnât, dont le pinceau serait digne de créer la nouvelle école de la peinture aérostatique.

Mais le ciel, une autre fois, sera plus favorable ; pour notre part, nous serons toujours heureux de fraterniser au-dessus des nuages, avec de véritables amis delà nature, artistes ou savants; car il ne faut pas oublier que l'art véritable et la science bien entendue doivent être considérés comme deux alliés inséparables. L'artiste et le savant ne gravissent-ils fias avec la même ardeur, des chemins également difficiles, qui, quoique différents, conduisent l'un et l'autre au sublime sommet de la vérité 1 ?

Gastom Tissahdier.

L'ASSOCIATION BRITANNIQUE

.Session de KradlWd (1873).

La réunion de l'Association britannique a eu lieu cette année, à Bradf'ord, ville du comté d'York, dont la population atteint environ cent cinquante mille habitants, chiffre qui n'a rien d'exceptionnel de l'autre côté du détroit. Cette industrieuse cité est renommée pour le nombre considérable de gens riches qu'elle possède. Ou la considère avec raison comme la métropole des manufactures d'étoffes de laine, industrie très-florissante, quoiqu'elle soit loin d'avoir reçu les mêmes développements que celle du coton, dans laquelle l'Angleterre est sans rivaux.

La population de Bradford n'a pas montré le désintéressement, ou au moins l'espèce de patriotisme municipal qu'on rencontre presque toujours dans les villes que choisit l'Association. Bien des visiteurs se sont plaints dans les journaux d'avoir été fort étrillés par les hôteliers, et même par les particuliers qui s'étaient dévoués à les loger. Malgré ce nuage financier, la session s'est en somme heureusement passée.

Elle n'a commencé qu'au milieu de septembre.

Ce changement dans les habitudes traditionnelles de la société avait pour Lut de donner le temps d'achever l'hôtel de ville, dont l'inauguration, pompeusement annoncée, était une, des attractions de

1 Kous espérons, à lit saison prochaine, ouvrir une nouvelle cmupagoG d'observations aérOit:Uû[ues. L'Administration des posl.es nous a conlié un magnifique aérostat do 2,0(J0 mètres cubes; l'Académie des sciences nous a fait l'insigne honneur de mettre à noire disposition la somme nécessaire a l'acquïsj-* tion d'instruments de précision, dunt nous venons do nous pourvoir; la Compagnie, parisienne nous prête le plus mile concours, eu nous autorisant â gonfler noire ballcm à l'usine de la Villettc, où le directeur ne néglige rien pour faciliter nus études. Il y aurait ingratitude à ne pas répondre, par la reconnaissance et par le dévouement à la science, à de tels encouragements, f*. T»

Bradford, Cet édifice n'a pas coûté moins de 2 millions et demi, non compris l'achat du terrain, pour lequel la ville a dépensé un million. Tous les journaux d'Angleterre ont décrit soigneusement les splendeurs de ee palais municipal, et surtout l'horloge qui oiire un détail exceptionnel. Le constructeur a imaginé un mécanisme très-compliqué, qui allume et éteint automatiquement le gaz nécessaire pour éclairer le cadran, à une heure variable suivant les saisons. 11 est Lien malheureux que cet habile homme n'ait pas tenu compte de l'état du ciel et des brumes qui, même dans le comté d'York, peuvent troubler ses combinaisons.

Les succès si enviables de l'Association britannique tiennent, en partie, à ce que les membres du bureau directeur ne négligent jamais de suivre le précopte d'Horace, relatif à l'alliance de l'utile et de l'agréable. Ils s'efforcent de ferre punctum dans le choix qu'ils font des villes. Ainsi, pour se mettre à la hauteur des besoins de la session de 1872, Brighton avait pris l'engagement d'ouvrir son aquarium.

L'hôtel de ville des Bradfordiens eut été un peu sec. Aussi a-t-on essayé de le relever par une procession moyen âge, dans laquelle les ouvriers se sont affublés de leurs costumes traditionnels. L'Illustration anglaise a donné de nombreux dessins, pour représenter cette étrange préface aux débats scientiliques dont nous avons à entretenir nos lecteurs. La cérémonie, qui était hors de saison, l'on peut dire: hors de siècle, a été accueillie par une pluie battante, que les exécutants ont reçue avec un courage et une résignation dignes d'une meilleure cause.

M. Joule, qui avait été nommé président, pour 1873, à la session de Brighton, ayant vu que son état de santé ne lui permettrait pas de remplir les devoirs de sa charge, a donné il y a deux mois sa démission. On lui a choisi pour remplaçant M. Williamson, chimiste industriel, dont le nom est honorablement connu de l'autre coté du détroit. Conformément aux usages traditionnels, le docteur Carpenter, président de la session de Brighton, a remis ses pouvoirs à M. Williamson dans la première séance générale, après avoir prononcé une petite allocution fort simple et du meilleur goût. M. Williamson, après avoir remercié sou honorable prédécesseur en excellents termes, a prononcé un très-long discours, presque entièrement consacré à un exposé populaire de la théorie atemique. Il l'a terminé par quelques propositions destinées à donner à 1 éducation publique une vive impulsion. L'honorable orateur, demande que par une série de concours gradués d'année en année, l'élite des élèves des écoles publiques puisse arriver jusqu'au plus haut enseignement universitaire. Cette manifestation de sentiments progressifs n'exeite pas d'opposition, mais il n'y a guère lieu d'espérer que le parlement y donne suite dans sa prochaine session.

Malgré le tort réel produit par un changement, dans l'époque ordinaire des sessions, le nombre des

membres inscrits s'est encore élevé à plus de 1,900, et les recettes ont dépassé 50,0(10 francs. Ces chiffres n'ont point été de beaucoup inférieurs à ceux obtenus à Brighton, ville de plaisance si admirablement placée. 11 est facile de prévoir qu'ils seront largement dépassés dans les grandes cités, Belfast, Bristol et Glaseow, où l'Association se réunira successivement pendant les trois années 1871, 1875 et 1876.

Belfast, moins riche que Bristol et Glaseow, fera certainement de grands efforts pour attirer dans son sein une large affluenee de savants français. Nous aimons à croire que nos concitoyens n'imiteront point l'indillérence des Allemands vis-à-vis de ces pauvres Hradtordiens, et que notre académie ne négligera rien pour affermir ces rapports affectueux avec l'Irlande, qui n'ont jamais été interrompus,

On a remarqué que l'archevêque d'York, un des deux métropolitains de l'Église anglicane, s'est fait inscrire à l'ouverture do la session au nombre des membres ordinaires. Il a même poussé la condescendance jusqu'à, faite, dans la cathédrale de Bradtord, un sermon spécial à l'usage des membres de l'Association. Lieu entendu il n'y a que les anglicans qui s'y sont rendus et personne ne s'inquiétait de la fin de son voisin.

— La iuitc prochainement.

LES PIERRES QUI TMIREM DU CIEL

(Suite. — Vuy. p. 87, Wi.)

Arrivons au troisième grand groupe de météorites, celui des sporadosidèreis, caractérisées par l'cxismétalliques disséminées

tenec de grenailles métalliques disséminées dan une gangue pierreuse. Ce qui frappe tout de suite, quand ou examine ces météorites, c'est que la proportion relative de ia pierre et du fer est extrêmement variable, et à ce point de vue on peut les subdiviser eu poiyxitléres, en oliyosidérex et en kryptosidères, suivant que le fer est abondant, rare ou caché à la vue. Dans la première subdivision, nous trouvons la très-mtéressanle météorite représentée dans la ligure ci-contre. Elle provient de la sierra de Chaco en Bolivie, où elle constitue, à la surface du sol un très-grand nombre de blocs de toutes grosseurs. Cette météorite est remarquable par les traces qu'elle a conservées d'actions géologiques très-complexes. Une section polie, comme celle que la ligure reproduit, montre les grosses grenailles métalliques, de forme tuberculeuse et donnant tics ligures régulières par l'action des acides, associés à des gros grains pierreux, de composition variée et reliées entre elles et avec ceux-ci par un lin réseau de fer, rappelant, dans certaines parties, celui des masses syssidères. Un fait important est que ce type de météorite s'est trouvé reproduit avec la plus scrupuleuse précision par la masse tombée, le \ juillet 1 8 12, à Barea, près de Logrono, en Espagne.

C'est aux olignsidères que l'on donne d'ordinaire lti nom de pierres météoriques. Leur portion prédominante est, en effet, do nature lithoïde et consiste le plus souvent, en silicates magnésiens. Le nombre de (vpes que conduit, ii y distinguer l'étude minéralogique est très-cnusidénible, et. nous ne pouvons songera les éniunérer ici. Il suffira de citer rapidement ceux qui sont les plus remarquables, ceux surtout dont l'examen est de nature à nous éclairer sur l'origine des pierres qui tombent du ciel.

On ne peut examiner une série nombreuse d'oligosidères, comme celle qui est exposée au Muséum, sans être frappé des différences; qui séparent certains types de tous les autres. Eu première ligne, à cause de son étrangeté, il faut signaler la météorite tombée à Igast, en Livoiuo, le 17 ruai 1855, et (pii a été étudiée par le professeur

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aspect , absolument analogue à celui de

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ponces, n'est reproduit par aucune autre météorite, fit sa composition, consistant surtout eu feldspath orthose et en quartz , est également inaccoutumée. Elle ne diffère de certaines roches feldspalhiques terrestres que par la présence d'une très-faible quantité de fer métallique qui la rend fortement magnétique.

D'autres météorites se distinguent, par la couleur noire de leur masse qui contraste avec la nuance "ri se des masses nombreuses de même origine. L'une des mieux caractérisées est la météorite tombée le 9 juin 18(37 à Tadjcra, près de Sétif, en Algérie. Son arrivée fut aussi accompagnée d'un phénomène non ordinaire. Sun bolide (it explosion à la surface même du sol, sur lequel il creusa un sillon de plus d'un kilomètre de longueur. On verra combien cette météorite, par l'analogie de sa composition avec les pierres les plus communes et par l'élrangoté de sa couleur noire, est riche en enseignements. Comme pierres noires, on peut mentionner aussi celle. de Stawropol, Caucase (21 mars 1857), dont la structure est entièrement oolitlnque, c'est-à-dire compo-

Spouadosuikui: lt J -t:uuv^i't« en 1 So ri ilmis U'. Sii]rr;i di- Ch;ir:o {Bolivie) ot rcinhhtiinL l'u U!n: ? :LI] b lu ' pici r'Hjsn, il;ms laqimlk- snnt disbémini'.cs df. •rr:>ssi^ grenailles tni'talljquos, foiMiu'-ca dt; Ter nu:ki:lé et des fnifmcnls arrnndis (Si 1 {îros crî^uiiK nuii-s dn iiiiLure rjêridntiqui; L't pyi'osènique.

(Granrlnnr naturelle.}

sé.ede petites boules juxtaposées, et celle deRenazzo, près de Florence (15 janvier 1 824), qui rappelle par son apparence vitreuse, et malgré de très-grandes différences de composition, certaines obsidiennes teircsti'os.

Ou connaît des météorites qui sans être noires comme les précédentes sont néanmoins de teinte beaucoup plus foncée que l'on ne le voit d'ordinaire; telles sont entre autres la pierre d'Onians (Doubs, 11 juillet 18(18), qui est si friable qu'elle tache les doigts <pii la touchent, et celle de Lancé (Loir-et- Cher, 21 juillet. 1872), qui représente jusqu'ici la dernière masse météoritique tombée sur le sol de la France.

Les couleurs sombres, sous forme de marbrures, se retrouvent dans certaines pierres dont le type est

tombé à Chantonuay, en \ endée, le 5 août 1812 , et nous eu parlons parce que les marbrures offriront, au point de vue géologique , un très-sérieux intérêt.

Ceci nous amène insensiblement aux [lierres grises qui sont si fréquentes qu'on les a réunies sous le nom aujourd'hui abandonné de type commun. Sur dix chufes de météorites que l'on observe, il y en a peutêtre neuf (jui appartiennent à celte catégorie.

Cependant, en les examinant de plus près , on reconnaît qu'elles se répartissent entre divers types distincts qui, au point de vue de la structure, se groupent en trois catégories. Ce sotit d'abord des roches compactes à grains plus ou moins serrés, extrêmement fréquentes et composant surtout les deux types que nous aurons plus loin à désigner sous les noms tfaumalite [à cause de la chute d'Aumale (Algérie) 25 août 18(55] et de lucéite [à cause de la chute déjà citée de Lu ce (Sarthe) 13 septembre 17(58"]. Eu second lieu, il y en a qui sont entièrement oolitluques, comme par exemple la météorite tombée le 9 décembre 1858 à Montréjeau (Haute-Garonne), et celle tombée à Queungouck, dans l'Inde, à la suite du bolide dont nous avons précédemment reproduit l'apparence. (Voy. p. 89.) Enfin certaines pierres grises, des plus intéressantes comme on verra, sont brécho:des, c'est-à-dire résultent de la réunion de fragments distincts de roches reliés entre eux par un ciment. C'est exactement la

structure que nous offrent beaucoup de roches terrestres, telles que les brèches de froissement de beaucoup de filons et les pépérinos de nos volcans.

Parmi ces brèches extra-terrestres sur lesquelles il nous faudra, "revenir, la pierre île Saint-Mesmin (Aube), tombée le 30 mai 18(50, présente des fragments blancs empâtés d;ms une substance foncée, et la météorite tombée le 28 février 1857 à Parnallec, dans l'Inde, étudiée iithologiquement, a révélé l'existence de fragments appartenant a douze espèces différentes déroches.

La troisième division des sporadosidères , celle qu'on appelle des kryplosidères, parce que le fer s'y dérobe à la vue et ne devient sensible qu'à lu faveur de certaines expériences, est beaucoup moins nombreuse que les précédentes. Elle renferme des masses dont plusieurs sont intéressantes par leur comparaison avec diverses roches terrestres. En tète figurent. les météorites alumiueuscs appelées evkritRS par Gustave Rose, et qui sont remarquables par l'éclat de leur croûte rappelant un vernis, caractère dû à leur grande fusibilité relative. Pendant le passage de la pierre au travers de l'atmosphère, la couche superficielle a ruisselé dans certains cas et produit des bourrelets dont, la disposition permet de retrouver la situation du projectile. C'est par l'étude de ces bourrelets que l'on arrive à distinguer chez les météorites le cite d'avant du côté d'arrière. Les eukrit.es sont essentiellement formées par le mélange cristallin et grenu, d'an feldspath (anorthite ou labrador) avec le pyroxène augite. Or c'est rigoureusement la composition de certaines laves volcaniques terrestres et spécialement de celles du volcan islandais appelé Thjorza. La chute de ces météorites est rare, et les collections n'en représentent guère que cinq. Deux ont eu lieu eu France, à.lonzae (Charente- Iulérieure), le 15 juin 1810, et à Juvinas (Ardècbc), le 15 juin 1821.

Au nombre des kryptosidères se trouve un autre type remarquable par le même genre d'intérêt, c'est-àdire reproduisant une roche terrestre. C'est celui qui a fourni la chute observée à Chassigny, dans la Haute- Marne, le 5 octobre 1815. Cette pierre est formée du mélange de péridot granulaire avec le 1er chromé, exactement comme les fragments cités tout à l'heure dans le fer d'Atacama. C'est une roche qu'on retrouve sur la terre, sous le nom de dunite, à la Nouvelle- Zélande, où elle constitue do hautes montagnes d'après M. de Hochstotter, ainsi qu'à Bourbon et en France, dans l'Ardèche, où elle se trouve en fragments empâtés dans certains basaltes.

Enfin nous mentionnerons comme kryplosidère la météorite si singulière tombée le 25 mars 1845 à Uishopville. Caroline du Sud. Elle se distingue à première vue par la blancheur de lait de sa substance, qui est constituée par le minéral magnésien que les minéralogistes appellent custalite, et pur sa croûte que nous avons déjà mentionnée comme étant presque Llanche, au lieu d'être noire comme à l'ordinaire.

Nous aurons terminé la longue revue des types

de météorites quand nous aurons dit quelques mots des étranges masses de la section des asidères, plus connues sous le nom de météorites charbonneuses. Ces météorites renferment, outre du charbon libre, des composés hydroxycarhonés analogues à ceux de la chimie organique. Aussi ont-elles arrêté l'attention des physiologistes en même temps que celle des minéralogistes. Il y avait lieu, eu effet, de se demander .si ces composés remarquables, analogues à ceux qui dérivent par altération de nos matières végétales, avaient pu se produire sans le concours des vivants, et l'on comprend les conséquences auxquelles cette découverte aurait conduit. Mais, d'après les expériences synthétiques de M. lierthelot, il ne semble pas que la collaboration de la vie soit indispensable à la formation des corps dont il s'agit, et ceux-ci peuvent être comparés jusqu'à un certain point aux bitumes de nos volcans.

Stanisias Mfxsjer.

— La suite prmliainiimeiU, —

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