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CHRONIQUE
Texcncn. — ■ L'ancienne capitale des Aztèques, la ville de Texcoco, située au pied de la Cordillièru orientale de la vallée de Mexico, vient d'être décrite minutieusement par un voyageur, M. Guillaume Hay. Cette antique cité, à peine connue jusqu'ici, compte environ 6,001) habitants dont un tiers appartient à la race indienne, et l'autre tiers est composé de métis. Les environs de Texcoco, sont formés de roches volcaniques, recouvertes d'une terre végétale, épaisse et fertile ; ça. et là se rencontrent des ruines remontant à l'époque de l'apogée de la civilisation aztèque.
Les chemins «le fers européens. — D'après les derniers documents publiés à ce sujet par le ministère des travaux publics, on sait que la longueur totale des chemins de fer de l'Europe atteint 95,888 kilomètres, c'està-dire, plus de deux fois la circonférence du grand cercle terrestre. Le pays le plus riche en voies ferrées est la Grande-Bretagne, qui compte une longueur de 24,760 kilomètres de chemins de fer. L'Allemagne en possède une longueur de 17,322 kilomètres, la France de 10,051, l'Autriche de 8,051, la Belgique de 5,052. La Russie n'a que 7,674 kilomètres de voies ferrées, chiffre très-rcstreint pour le plus grand empire du monde.
Une locomotive routière. — Un nouveau système de locomotive routière a été essayé à Rouen. Une foule nombreuse a suivi avec un intérêt marqué les premières expériences qui ont eu lieu le 20 octobre. Cette locomotive se compose de deux cylindres à vapeur, accouplés sur un arbre coudé ; le diamètre do chaque cylindre est de 105 millimètres, la course do228 millimètres, ella vitesse moyenne de 220 tours à la minute. Par un procédé nouveau et ingénieux, les roues dû l'appareil sont recouvertes de bandages en caoutchouc, et ces bandages eux-mêmes reçoivent une garniture de sabots en acier destinés à les préserver des pierres tranchantes du chemin. La largeur des bandages est de 350 millimètres, leur épaisseur est de 40 millimètres. La force que la locomotive peut développer est de 30 chevaux environ ; elle est alimentée de vapeur par un générateur vertical à tubes. La vitesse de l'appareil varie de 4 à 10 kilomètres à l'heure, suivant l'emploi de vapeur, les rampes à franchir et la charge à traîner.
L'affection parusitatre des meutes iln Poitou.
— M. Legros,lors d'une des dernières séances de la Société do biologie, a signalé des faits singuliers relatifs à une épidémie fort grave, qui exerce des ravages parmi les chiens des meutes du Poitou. « Un propriétaire, dit M. Legros, a envoyé quelques bêtes malades à M. Mathieu, avec le concours duquel, j'ai pu constater, dans le sang de ces animaux, la présence de Claires bématiques décrits pour la première fois par MAI. Gruby et Delafond. Ces Maires ont le corps très-étroit, long de ; ™ de millimètre ; ils sont extrêmement vifs, très-alertes et se meuvent encore dons le sang tiré de la veine aubout de 24 heures, n
Le roi de l'Oukami. — La R. P. Horner a fait récemment une fort intéressante communication , à la Société géographique, sur le beau voyage qu'il a entrepris de Bagamojo à l'Oukami, où il a pu pénétrer en partant de Zanzibar, « L'Oukami, dit l'explorateur, est gouverné par un roi ou Kinngarou qui jouit du l'autorité la plus absolue
et la plus despotique. Celui que nous visitâmes était un vieillard octogénaire regardé comme le fondateur do ce royaume, et vénéré comme une sorte de divinité par ses sujets, qui dans la languedu pavs l'appelaient Mrouiu/uuja Kali, c'est-à-dire Dieu en second. Il avait grand soin d'entretenir Sun peuple dans ces idées superstitieuses. C'est ainsi qu'il possédait un turban merveilleux, qui selon lui, le rendait invincible dans les combats, et un tabouret non moins merveilleux, qui avait la singulière vertu d'amonceler les nuages et de faire tomber la pluie. Dans sa jeunesse, il s'était rendu célèbre par ses exploits militaires. Il était parvenu à se former un harem qui dépassait celui du sultan de Zanzibar, car on assure que le nombre de ses femmes s'élevait au chiffre de huit cents. » En dehors de la cour royale, il n'y a plus partout que misère et désolation : la traite des esclaves est en pleine vigueur dans l'Oukami. Cependant le R. V. Horner nous apprend que des tentatives sont faites par des hommes dévoués pour lutter contre ces iufàmcs barbaries. •
Le sucre de betterave en Allemagne. — La production du sucre de betterave en Allemagne a pris une importance considérable depuis 25 ans, particulièrement dans le grand duché de Bade, la Saxe et la Silésie. Pendant la campagne de l'hiver dernier, il y avait 522 raffineries de sucre de betterave en opération, elles ont produit plus de 3 millions de tonnes de sucre quoique le rendement ait élé moindre qu'à l'ordinaire. La douceur de la température durant l'automne et l'hiver derniers a occasionné une nouvelle germination des betteraves, peu de mois après qu'elles avaient été récoltées ; une grande partie de leur sucre a été ainsi décomposé avant qu'on les ait fait bouillir. En outre de ce nombre de raffineries, il en existe encore 245 appartenant à la Prusse et spécialement à la Prusse saxonne, où, près de Magdebourg, il s'en trouve un grand nombre rapprochées l'une de l'autre ; il en est de même dans les provinces Rhénanes.
Ktratum.
Dans le numéro de la Nature du 1" novembre s'est trouvé par accident un dessin incorrect sur les Taupins lumineux, que nous prions les lecteurs de corriger comme il suit. Le Pyropharus noctilucui au vol doit avoir les élvtres étalées ainsi que les ailes, tandis que le dessinateur l'a fait voler à la façon des Cétoines, qui sont une exception sous ce rapport. Le Pyropharus strabus a les pattes un peu trop longues.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 3 novembre 187!>. — - Présidence de M. de Qi'ATlUÀFAGf.3.
Effet de capillarité. — Mettes dans un petit flacon un peu de sulfure de carbone, puis, au travers du bouchon, faites-y plonger un papier à filtrer roulé en flèche, dont l'extrémité supérieure reste au-dessus du bouchon. Grâce à la porosité du papier, le liquide s'élèvera, traversera le bouchon, et, au contact de l'atmosphère, s'évaporera rapidement. En s'évaporant, il produira un froid de 16 à 18 degrés au-dessous de zéro, dans les circonstances ordinaires ; par conséquent, l'eau contenue dans l'air à l'état de vapeur sera condensée et précipitée à l'état de givre. Au contact du sulfure de carbone, cette; eau formera avec lui un hydrate particulier, étudié depuis longtemps par 11)1. Bcrthe-
lot el Duclaux, qui, se déposant sur le papier, y formera une couche Hanche persistante. Une nouvelle quantité de sulfure remplaçant constamment dans le papier celui qui vient de s'évaporer, le phénomène continue sans cesse et, au bout d'un instant, un champignon blanc de plusieurs centimètres de haut et de large surmonte le flacon. Telle est l'expérience signalée par M. Deeharme et répétée aujourd'hui devant l'Académie. Elle semble de nature, pour M. Dumas et pour M. Chevreul, à rendre compte de certains phénomènes géologiques, tels que les concrétions ferrugineuses et calcaires, dont les formes générales sont identiques à celles des stalagmites artificielles dont nous venons d'indiquer la formation.
Dérivés du caoutchouc. — Etudiant le caoutchouc du Gabon, M. Aimé Girard eu a isolé une substance cristalline blanche qui, soumise à l'analyse, s'est résolue en étïier méLhvliime et eu sucre de raisin. Dans une seconde série de recherches, l'auteur s'attachant au caoutchouc de Bornéo, en retira une seconde matière, analogue pour l'aspect à la première, contenant comme celle-ci de l'éllier méthylique, niais en différant en ce qu'elle renferme du sucre de raisin condensé, si on peut dire ; c'est-à-dire répondant à la formule C^II'^O 1 *, au lieu de C 6 J1 6 6 , qui convenait dans le premier cas. M. Girard pousse les choses plus loin, et voici que le caoutchouc de Madagascar lui abandonne un composé continuant admirablement la série, si bien indiquée par les deux autres. C'est encore une matière cristalline, donnant à l'analyse de Féther métliyliquc, mais on y trouve en outre un sucre dont la molécule contient G lîi ll ls O l! *, c'est-à-dire qui représente le sucre de raisin condensé deux fois.
La série si nette au point de vue de la composition chimique se manifeste aussi relativement aux propriétés physiques. Ainsi, le premier composé fond à 212 degrés; e second à 220, et le dernier à 235 : la température monte avec le degré de condensation, ce qui est conforme aux lois établies. 11 en est de même pour les propriétés optiques. Le premier composé est inactif sur la lumière polarisée; le second fait tourner le plan de polarisation de 52 degrés vers la droite; le dernier détermine dans le même sens une rotation de 79 degrés. M. Girard a donc découvert toute une série de composés, liés entre eux de la manière la plus intime, et représentant des éthery dont les acides sont des isomères du sucre de raisin.
Volcans el tremblements de terre. — Nous avons dit, dans un précédent article, que M. Gorcix demandait à être envové par l'Académie à IVysiros, dans l'archipel où se manifestent en ce moment des phénomènes volcaniques. Ce géologue arrivé à Smyrsie et sur le point de partir pour l'île qu'il doit étudier, donne sur les faits observés depuis le mois de juin quelques détails nouveaux. Le 2 juin, après une très-violente secousse do tremblement de terre suivie bientôt de deux autres moins fortes, un petit cratère s'ouvrit tout à coup. Des pierres et des cendres Curent lancées do toutes parts et un torrent d'eau salée et chaude convertit l'ancien cratère en un lac. L'évaporation dessécha bientôt le sol qui se trouva recouvert, comme les arbres eux-mêmes, d'une épaisse couche de sel marin qu'on aurait pris pour du givre. Desgaz combustibles s'échappèrent en longues flammes, mais on ne parle pas de. coulées de laves. Le 24 septembre, il y eut recrudescence dans ces phénomènes peu à peu affaiblis. De Rhodes on voyait s'élever à l'horizon une épaisse fumée.. Plusieurs habitants furent blessés, et il a été question d'évacuer Kvsîros.
Une dépêche télégraphique informe le secrétaire d'un
fait moins important peut-être, au point de vue géologique, mais d'un intérêt beaucoup plus poignant pour nous, vu la situation des lieux soumis au phénomène. Vendredi dernier à 1 h. 20, on ressentit à îiancy une secousse de tremblement déterre : les sonnettes furent agitées, les objets déplacés. A 12 kilomètres delà ville, à Varangéville-Saint- Nicolas, les choses prirent l'allure d'un vrai désastre. Des éhoulements se produisirent dans les magnifiques galeries souterraines des salines et ils déterminèrent la ruine totale des bâtiments et des cheminées de l'usine. Dix-sept personnes furent blessées et deux tuées. Nous ne pouvons nous empêcher de nous rappeler, à cette occasion, l'aspect de fêle que présentaient ces mêmes galeries, malgré leur situation à 150 mètres au-dessous de la surface du sol, éclairées par d'innombrables torches, lors d'une des dernières courses géologiques du Muséum.
Muscles rouges et muscles blancs. — Envoyant un lapin dépouillé de sa peau tout le inonde a été frappé de la différence de coloration que présentent les divers muscles d'une même région, d'un membre par exemple. Les uns sont rouge foncé, les autres sont presque blancs. Dans un travail du plus vif intérêt, M. Ranvier montre que ces nuances distinguent deux catégories de muscles ayant des structures différentes et des propriétés différentes. On se rend compte de ce dernier tait en soumettant, par exemple, les muscles (pi i nous occupent à l'action de l'électricité. Les blancs se contractent presque instantanément, et si on y détermine un série très-rapide d'excitations ils donnent une série de contractions très-ncltement distinctes les unes des autres. Au contraire les rouges sont beaucoup plus paresseux ; il leur faut un certain temps pour obéir à l'excitation et les décharges interrompues n'y font qu'une contraction permanente. 11 parait que ceux-ci sont de la nature du cceur et comme lui des muscles do la vie animale; les autres seraient des muscles de la vie volontaire.
Un bon livre. — C'est YAlmanach astronomique de M. Joseph Vinot, le zélé directeur du journal le Ciel. M. fa je, en le présentant, en fait le plus complet éloge. On y trouve, outre les éléments numériques obligés de tout almauach, une foule de notions intéressantes sur tous les chapitres de l'astronomie. Saisissons cette occasion pour annoncer que M. Yinot reprendra, le 9 de ce mois, à 10 heures 1/2, dans la grand amphithéâtre de l'Ecole de médecine, son cours public et gratuit d'astronomie populaire qui a eu tant de succès l'année dernière.
Stanislas Minier.