L. LuÉllIIIER
CHRONIQUE
Première ascension fin Cotopaxi, volcan de l'Amérique du Snil. — Le Cotopaxi est le volcan le plus élevé et le plus terrible de ceux qui ouvrent leur cratère à la surface du globe terrestre. l'ai INÛ'2, lluinboldt et Bnnplind, en 1831 M. Poussitigaull, en 1870)1. Wagner, n'avaient exécuté dans celle montagne que des explorations incomplètes. h'Evt'itiiHj-Puat, de .\ew-iork, nous apprend que le Cotopaxi a été gravi jusqu'à son sommet, pour la première Sois, par un intrépide voyageur, le docteur Reiss. Sous les ordres de ce savant géologue, le 27 novembre de l'an dernier, une caravane formée de onze personnes, partit de llulolo, pour gravir le versant sudouest du cratère. Des spectacles admirables, et bizarres, allaient successivement se présenter aux jeux des voyageurs, au milieu d'une roule liérissée d'ubstaclos. Ils franchissent d'abord îa rivière do Cutucba, dont l'onde glisse à travers des campagnes dénudées, entièrement couvertes de cendres volcaniques; ils atteignent bientôt la pampa de Veiitunillas, dont le sol poreux ressemble à de la pierre pouce; ils se mettent enfin en mesure de franchir les premiers échelons du gradin volcanique. Arrivés à l'altitude de 16,000 pieds anglais, ils embrassent d'un seul coup d'icil le versant ouest du Cotopaxi; c'est ûu immense désert aride, dénudé, formé d'une cendre sèche, friable, et d'un sable noirâtre, dont la profondeur augmente de pas eu pas. Plus loin, une fissure profonde s'ouvre devant
eux, et des torrents de lave encore fumante s'y précipitent avec fracas.
Après un repos d'une nuit, le docteur Iteiss et ses compagnons se remettent eu marche; ils arrivi nt enfin au but tant désiré, conquis au prix de si grands efforts. 11 fallut pour atteindre le cratère, traverser des mers de glace hérissées d'aiguilles et d'aspérités, longer le bord d'abîmes où la lave incandescente dégageait eu abondance du gaz sulfureux, vaincre en un mot les obstacles les plus difficiles. Le cratère s'offrit aux veux des vovageurs sous l'aspect d'un vaste entonnoir, dont ils ont évalué la profondeur approximative à 600 mètres, et d'où s'échappaient des torrents de produits gazeux, à une température très élevée, l.e baromètre indiquait, au sommet du Cotopaxi, une altitude de 19,0(10 pieds anglais, qui dépasse le chiffre adopté jusqu'ici, pour la hauteur de ce pic escarpé.
\tiiYelles du (tliallcnger. — Le Challenger, navire chargé d'exécuter des sondages dans toutes les mers du monde et qui a quitté l'Angleterre à la tin de 1872, vient d'arriver à Ncw-Ï'ork, où il a excité la plus vive curiosité.
te Monûnq Herald et les principaux journaux de cette ville ont envoyé à bord des reporters qui ont visité les installations et décrit les premiers êtres retirés des abîmes océaniques. Le voyage durera quatre à cinq ans. Le capitaine scientifique de l'expédition est M. Wyvillc Thompson, qui s'est distingué dans les voyages de la Proserpi ne dont il a été si souvent parlé. Les sondages ont lieu avec des appareils perfectionnés, et des machines à vapeur sont employées pour relever les sondes. Nous rendrons compte des opérations qui ont eu lieu depuis l'Angleterre jusqu'à Sainl-Thuinus en passant par les IJennudes, et depuis Saint-Thomas jusqu'à New -York.
l'ne grande croisade scientifique. — M. Richard Proctor, secrétaire de la Société astronomique de Londres, auteur d'un grand nombre d'ouvrages très-populaires de l'autre côté du détroit, et lui-même astronome très-distingué, a reçu d'Amérique une invitation pour faire une campagne de conférences à l'instar de celles du célèbre Tvndall.On nous apprend que M. Ttichard Proctor a accepté. Nous sommes certain qu'il ne trouvera point un succès moins enthousiaste que l'illustre successeur de Faraday. Eu quelques mois, Tuidall a recueilli près de cinquante mille francs de bénéfice, qu'il consacrera à une institution destinée à rappeler le souvenir de son voyage triomphal. Un comité s'est formé pour recueillir des souscriptions destinées à augmenter ce fonds.
lin nouvel argument contre Dnruïn. — M.Max
Muller, le célèbre physiologiste allemand qui a montré tant d'animosilé contre la France pendant la guerre, et qui fait un si mauvais usage de son talent, en essayant de populariser la nouvelle Académie allemande de Strasbourg, a senti le besoin d'attaquer vigoureusement la théorie de Darwin. L'argument de M. Vax Millier est développé dans une série de lectures que publie en ce moment une des principales revues mensuelles do Londres. Il est assez; curieux pour que nous le résumions rapidement.
M. Darwin, admettant que l'homme n'est qu'un singe transformé, a été conduit à soutenir que le langage humain n'est qu'un langage bestial également transformé; mais l'analvse des éléments fondamentaux de toutes les langues connues permet de remonter à des éléments en quelque sorte irréductibles, qui semblent identiques dans
LA NATlilU
les langues les plus diverses. Ces radicaux, qu'on arrive à distinguer au milieu de tant de transformations successives, ont un sens généra] et une valeur abstraite qu'on ne retrouve jamais dans les expressions phonétiques spontanées dont se compose le langage des animaux, et qui n'est pour ainsi dire formé que d'interjections, il y a dans tout langage humain un élément abstrait qui ne se retrouve point dans les cris des animaux : « S', mon âne, pareil à celui de Balaam, se mettait à nie parler pour me. dire : « Je « suis un âne » , disait plaisamment un physiologiste anglais, j'aurais le droit de lui répondre qu'il a menti, car il serait un homme dès qu'il parlerait une langue véritablement articulée. »
Les voles ferrées de l'Asie centrale* — Le en-
lurii'l von Stubendorff, de l'année rus-e, vient de lire il la Société de géographie autrichienne une intéressante communication sur le projet de construction d'un chemin de fer dans l'Asie, centrale. Le colonel a présenté à cette occasion a la Société la dernière carte du gouvernement russe sur ses possessions asiatiques, l.'n chemin de 1er est dé,a construit, dans la Trauscaneasîe, de Poti jusqu'à Tiflis ; il gagnera prochainement Baku sur les bords de la mer Caspienne : on voit que le gouvernement russe fait de grands efforts pour traverser d'une voie ferrée ses immenses domaines de l'Asie centrale.
l.e plus grand pont du monde. — The Toi/ Bridge. — Ou le construit en ce moment en Kcosse. On sait que les entes de ce pays sont découpées par des baies profondes, des embouchures de rivières que l'on appelle Firlhs. Dundee, ville, manufacturière, de 120,000 habitants et port de mer important, est située sur La rive nord du Firlh of Ta y fus charbons du rondo de Fifo ne peuvent y arriver que par un transbordement ou en chemin de fer, par un long détour vers l'ouest. Les communications avec Edimbourg et l'Angleterre sont allongées de 50 '« 40 kilomètres par ce bras de mer, au bord duquel les Wagons doivent s'arrêter. On y remédie en ce moment pae il construction d'un pont de 5,000 mètres rie long, qui réunira les deux rives du. Firfh of Tav à quelques centaines de mètres en amont de Dundee.
(le pont consistera en SB travées dont quatorze do. 01) mètres d'ouverture. Les piles surit des caissons cylindriques en tôle, remplis en maçonnerie de briques. A part les courants et les gros temps qui interrompent souvent le travail, les ingénieurs n'ont pas rencontré de difficultés excessives dans les fondations, car le roc se trouve à une faible prolondeur au-dessous du ht de la rivière, et le fond n'est, à l'endroit le plus creux, qu'à 1"bÙ au-dessous (1rs basses mers. Le tablier est formé d'une poutre tubulaire, suivant le modèle bien connu qui a été appliqué tant de fois en France et ailleurs. Il est en ponte de 2 millimètres et demi par mètre d'un côté et de 12 millimètres par mètre de l'autre côté, en sorte que le point le pins élevé est à 20 mètres au-dessus des plus hantes eaux. A l'une des extrémités, sur 600 inèires de long, le .p«tu décrit une courbe de près de 90 degrés, afin de sa raccorder au chemin de fer tracé sur le littoral.
11 entrera dans la construction 6,201) tonnes de for, a.jôO mètres cubes de maçonnerie de briques, S.O00 mètres cubes de charpente. Les entrepreneurs ont pris le,^ i travaux à forfait pour la somme de 5,<i2o,0Û0 francs. Us comptent avoir terminé en 1 &"'!■■
Celte œuvre colossale mérite d'être cilée, en raison de son importance, quoiqu'elle ne paraisse présenter rien de nouveau sous Je rapport, de l'ait dos ingénieurs.
J. industrie des mines en Russie. — La Btissie est certainement un des plus riches pays du monde en gisements métallifères. Un rapport officiel, exécuté sous les ordres du gouvernement russe, donne, rémunération Suivante des mines actuellement exploitées. Il existe, en Russie 1,128 mines d'or exploitées (principalement en Sibérie.) : G mines de platine; 2îî d'argent et de plomb; 71 do cuivre; 1,285 de fer; (J de duc; 1 de cobalt (dans le Caucase); 1 d'élain ; 2 de chrome; 105 de houille; & de sel gemme ; 772 de naphte et de pétrole. Cette exploitation formidable alimente 2 établissements de monnaies, l'J fonderies d'or et d'argent, 51) usines de cuivre, loi hauts fourneaux, 214 ateliers où se travaillent le fer et l'acier, 4 établissements métallurgiques de zinc, 1 de cobalt et 1 d'élain. Plus de 200,000 ouvriers sont employés dans toutes ces fabriques, qui utilisent, en outre, près de ëtOO machines à vapeur et 2,220 moteurs hydi'auliques.
Une nouvelle pieuvre. — Le Journal officiel dû ïedrio apprend au inonde civilisé qu'un pêcheur a capturé dans les environs de cette ville une pieuvre immense, qui avait eu la mauvaise idée de chercher à arrêter sa barque avec ses immenses tentacules, dont la longueur était de près de cinq pieds. La longueur lolale du corps informe était de seize pieds. C'est à coups d'aviron que les pêcheurs sont parvenus à tuer le monstre, dont la dépouille se ratatine progt'essiveoient. Comme les Japonais n'ont point imaginé de plonger leur immense pieuvre dans l'alcool, il est facile de comprendre qu'elle ne tardera point, malheureusement pour la science, à disparaître sous l'action des influences atmosphériques.
Influence de lu lune sur les éléments magnétiques du gloJie pendant une éclipse. — Le docteur Micliez vient de publier dans les Transactions de l'Institut de Bologne un long mémoire qui établit nettement la réalité de cette action en s'appuyant sur les observations magnétiques de Groruwich, dont sir Georges Iiidde.U Airy avait cru pouvoir s'autoriser pour la nier. Xon-seulement, romme M. Moïse Lion, aujourd'hui simple professeur de langue au lycée d'Alcnçon, l'avait démontré par des considérations théoriques, l'action se fait sentir forsque le maximum est atteint, mais l'aiguille entre en agitation dès qu'une portion du disque est entamée. La déclinaison éprouve une déviation orientale sensible, mais moins qu'elle ne devrait l'être si cet effet n'était en partie masqué par l'action magnétique directement exercée sur l'oxygène; car l'aiguille prendrait en vertu de cette action, si elle était isolée, one déviation occidentale qui diminuerait la déviation orientale, et dans certains cas la réduirait à zéro. Si nous sommes bien renseignés, M. Moïse Lion n'avait point songé à cette action accessoire, non plus que sir Georges Airy, et vingt ans plus tôt l'illustre Arago. C'est ce qui fait que ce grand fait physique a pu être nié pendant plus de vingt ans, et que de désespoir le savant qui l'avait découvert a renoncé à l'astronomie-
La navigation u vapeur en Angleterre. ■ — Le
port de Londres à lui seul contient habituellement un nombre si considérable de haleaux à vapeur que l'on peut estimer, d'après des calculs certains, leur force molricc totale à plus de 84,000 chevaux-Tapeur. En une seule année, il entre dans les ports de 1 Angleterre plus de quatre millions de tonnes de marchandise, dont la moitié au moins est transportée par des navires à vapeur