M. F. MAURY
Mathieu-Fontaine Maury descendait, comme sou nom l'indique, d'une famille française, qui avait émigré, en Amérique après la révocation de ledit de Nantes. Quatrième fils de Richard Maury, il était né le. 10 janvier 180(5, dans le comté de Spoit-Sjlvania, en Virginie, la patrie de Washington, Jefferson, Henry et Lee. Il avait quatre ans quand sou père, cultivateur, vint établir sa ferme dans le Tennessee, près du village de Franklin, situé à 18 milles environ au sud de ÎVasbville.
Après avoir acquis l'instruction élémentaire qui pouvait lui être donnée dans les écoles de cette ré-
gion, le jeune Maury, dans sa seizième année, entra à l'Académie d'IIarpcth, alors dirigée par le Hév. ■lames Otcy, qui fut depuis évèque du Tennessee. L'esprit actif, l'intelligence, les habitudes studieuses du nouveau pensionnaire attirèrent bientôt la bienveillante attention do ses professeurs, lui valurent leur at lâchement, r et faut que vécut le bon évèque, il ne. cessa de témoigner la plus cordiale affection à son ancien élève.
Fin 1825, après avoir obtenu nu brevet d'aspirant, Maury quitta l'école pour entrer dans la marine militaire des Etats-Unis. A cette époque, le gouvernement n'avait pas encore établi une. Académie navale, et les aspirants devaient immédiatement commencer l'apprentissage de leur profession. Ou comprendra facilement combien dut paraître étrange à un jeune garçon élevé librement au milieu des forêts l'étroit espace où il devait maintenant vivre 'avec ses compagnons, cl combien aussi fut nouvelle pour lui la sévère discipline d'un bâtiment de guerre. Le milieu dans lequel il se trouvait ainsi placé était peu favorable à l'élude. Mais, avec une persévérante volonté, il cherchait cependant toutes les occasions d'acquérir la pratique et la théorie de sa profession, et, par ses consciencieux efforts, de justifier la confiance qu'on lui montrait, déjà dans les circonstances où il y avait à faire preuve de zèle et de savoir. Il était surtout attiré par les éludes purement, scientifiques, et ses camarades, à un âge où l'on recherche ardemment, les plaisirs, le plaisantaient quelquefois sur les préoccupations qui le poussaient à tracer des ligures géométriques sur le pont pendant ses quarts.
Durant la première année de son service, il visita les celles d'Angleterre sur la frégate Brandi/icine. Mais n'ayant d'autres ressources que ses faibles appointements, dont il envoyait la moitié à l'une de ses sœurs, il no put profiter de ce voyage comme il rainait voulu, et dut renoncer aux excursions intéressantes dont l'occasion lui était offerte.
Après une croisière, dans la Méditerranée, sa frégate retourna à New-York en 1820. Il fut alors embarqué sur la corvette Yincennes, qui faisait une campagne autour du monde. Ce changement lui fut très-favorable. 11 trouva sur son nouveau bâtiment plus de tranquillité, plus de facilités pour l'étude. Fin dehors de sou service et des amusements qu'il pat lageait avec ses camarades, il continuait à s'instruire avec un zèle constant, et il fit de tels progrès dans la science qu'il put construire durant cette campagne une série de tables lunaires. Malheureusement il apprit à son retour que ces tables existaient déjà.
En 18.">1, il fut embarqué comme maître' sur la corvette Fahnoutli, qui allait prendre la station de l'océan Pacilique. Promu au grade d'aspirant de première classe, et remplissant les fonctions île maître, il avait pour travailler une chambre à lui, et sa nio-
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ilt^te bibliothèque s'était accrue dîme collection de lions livres mise à sa disposition par un de ses camarades. C'est pendant la traversée du Falnwitlk de .Ni iv-Yoi k à Piin-,laneiro que son esprit n rr t. i P conçut l'idée des cartes de vents et de courants qui depuis ont rendu de si grands services au commerce du inonde entier, l'our la première l'ois il ;i\;iit en partie la responsabilité du voyage, et il désirait iialnlelleioeut une rapide traversée. AmiuI. de quitter }u"\Y-\ork il recueillit toutes les informations relatives aux vents et aux courants qu'il devait reucouti'i'i 1 , afin de, tracer la meilleure route, à suivre. Il reconnut bientôt le peu de valeur de ces informations, et il résolut dès lors do s'appliquer aux recberclics ipu devaient combler pins tard une lacune si préjudiciable à la navigation.
lin doublant le cap lloru , pendant le même vovage, il fut frappé des irrégularités barométriques île cette région. Il inséra sur ce sujet dans le Journal américain des arts et da sciences (ami. \ Soi) un mémoire qui fut sa première publication seientilîqiie.
C'est durant la même campagne qu'il prépara, aVee les matériaux qu'il amassait depuis plusieurs années, un ouvrage sur la navigation. Après avoir passé du Falmoitlh sur la goélette
Dnlj/hiil, où il remplit les fonctions de premier lieutenant., il fut embarqué sur In frégate l'olovinc, sur laquelle il retourna aux Etats-Unis en IXÔi, Ce bâtiment y désarma, et le jeune auteur eut le loisir nécessaire pour publier sa Navigation à Philadelphie. Paraissant sous le nom d'un officier qui n'avait pas encore dépassé le grade d'aspir.mt, cet ouvrage fut d'abord assez mal accueilli, Mais il obtint en Angleterre un légitime succès et fut plus tard également adopté par la marine des Etats-Unis.
Pendant le séjour qu'il fit alors à terre, Manry retourna dans son pays natal, où il se maria avec mademoiselle Ami fleriidon, sa liancée depuis plu- Heurs années.
En -18Ô7, il fut promu au grade de lieutenant, l'eu de temps après il eut le- malheur de se casser la jambe droite dans une chute de voiture, et devint Loitciix pour toute sa vie. Pendant longtemps il ne
F. Myiu'y, d'après une pliutû^ruphle
put marcher qu'avec des béquilles. Durant cette pénible épreuve, au moment où sa carrière semblait brisée, il retrouva la force dans sa foi religieuse, et il composa une. prière qu'il redisait à ses enfants sur sou lit de mort. L'activité phvsique est si nécessaire dans la vie du manu, que ce triste accident le contraignit à renoncer eut ièreiucnf au service de mer et an rapide avancement qu'il aurait sans doute obtenu dans ce service. Mais il ne voulut cependant pas cesser de suivre une carrière dans laquelle il espérait être utile à son pars. C'est alors qu'il commença à écrire une série d'à lieles sur la réforme des institutions navales des Etats-Unis. Ces articles
exposaient avec clarté les abus résultant de l'état de choses alors existant, proposaient des réformes qui ont été depuis en partie adoptées, et qui ont amené d'importants progrès dans la marine nationale, entre autres rétablissement d'une Académie navale.
C'est aussi à la suite d'u n projet présenté par .Ihiurv que fut créé, d'api'ès ses plans, le chantier de construction de Memphis, dans le. Tennessee. Sous sa direction , le lieutenant Marr fit sur ce. point mie série d'intéressantes observations relatives au Mississipi, origine des recherches semblables qui ont depuis fait ronnaitre tout ce qui se rapporte à la vitesse, à la niasse et à la nature des eaux de ce grand tleuve dans les diverses saisons. Manry proposa aussi et fit adopter l'établissement d'échelles indicatrices dans les principales villes qui bordent le Mississipi et ses tributaires, «fin que les capitaines île bateaux à vapeur et autres personnes intéressées passent chaque jour être informées par le télégraphe de la hauteur des eaux. Un registre des chiffres notés sur les diverses échelles permettait de déterminer l'effet probable d'une crue du tleuve ou de l'un de ses tributaires dans la région non encore, atteinte. En même temps qu'il s'occupait de ces utiles observations, Mail l'y demandait comme œuvre nationale, l'élargissement du canal de l'Hlinois et du Miclngan, afin qu'un vaisseau de guerre pût au besoin passer du golfe du Mexique dans les grands Lues, et réciproquement. Ses publications sur ce sujet excitèrent un
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LA NATURIv
vif intérêt et lui valurent de nombreuses approbations.
C'est eu 1842 que le lieutenant Maury fut nommé directeur du dépôt ries cru tes et des instruments de marine à Washington. Grâce à ses soins éclairés, à son intelligente initiative, à sou énergique volonté, re dépôt devint bientôt l'observatoire national et le département, hydrographique des Ltats-1 nis. Un vaste champ s'ouvrit dès lors à son génie pratique, et il put espérer réaliser quelques-nus des projets, qu'il avait conçus pour le bien de son pavs el pour le développement du commerce universel. .Nous avons vit comment, onze ans auparavant, il avait constaté le manque de cartes indiquant aux navigateurs les roules et les courants des parages qu'ils avaient à traverser, et. nous avons dit sa résolution de combler un jour, s'il le pouvait, cette lacune, tin consultant les anciens journaux de bord, relégués depuis longtemps au dépôt de la marine, il eu lira, non sans peine, toutes les observations valables qu'ils i enfermaient. Il recueillit ensuite les meilleures informations sur la traversée des Llats-L'nis à !tio Janeiro, et put construire, avec ces divers documents, les premières cartes de la série qu'il voulait ensuite compléter. Mais ces cartes, comme lu plupart des innovations, ne furent pas appréciées tout d'abord, et il se passa quelque temps avant qu'on eu fît usage. Le capitaine Jackson, commandant le Wriyllt, de llaltimore, fut le premier qui se détermina à suivre la nouvelle route qu'elles indiquaient. L'expérience réussit à souhait : il lit le voyage, aller et retour, dans le même temps à peu près qu'il fallait, par l'ancienne route, pour la seule traversée jusqu'à Hio.
Encouragé par ce premier succès, Maury lit imprimer des journaux debord contenant des colonnes pour l'enregistrement de tous les faits dont la connaissance pouvait servir à la construction des cartes. (les journaux étaient remis aux capitaines des navires en partance; ces officiers étaient invités à recueillir des matériaux durant leur voyage, afin d'obtenir des cartes en échange de leur collaboration. Le plus actif intérêt fut ainsi excité parmi les marins, et sur toutes les mers du globe l'entreprise commencée eut. bientôt ml grand nombre d'intelligents et zélés collaborateurs, dont les observations étaient recueillies et groupées à Washington.
Maury fui alors autorisé par son gouvernement à solliciter la coopération des États européens pour l'établissement d'un système général d'observations météorologiques à la mer. Des exemplaires de ses cartes et de. ses instructions nautiques furent distribués aux marines militaires de ces Etats, et donnés aussi gratuitement aux capitaines des bâtiments de commerce, qui prenaient l'engagement de tenir leur journal de bord dans la forme prescrite, et de l'adresser, après chaque voyage soit à Washington, soit au bureau méléorologique dirigé par l'amiral FiU-Roy, à Londres.
Lue lUiifiOLLÉ.
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