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OMBRES EXTRAORDINAIRES

SI'KCTUES AÉUIKSS ET AURÉOLES U'JllSEUSKS.

Tout le monde a entendu parler des illusions bizarres du mirage, des effets singuliers produits par la lumière, au milieu des sables brûlants du désert, ou à la surface glacée des banquises polaires. .Mais le soleil donne souvent naissance à d'autres merveilles moins généralement connues, parce que leurs observations ont été plus rares; nous voulons parler de ces ombres extraordinaires que certains voyageurs oui vu se projeter sur le brouillard îles montagnes, ou sur les nuées atmosphériques, ombres étranges, qui, apparaissent enveveloppée.s d'auréoles colorées et de contours lumineux. Le soleil, il est vrai, n'est pas prodigue de ces jeux de lumière, on dirait même qu'il les révèle à regret, et. seulement à l'explorateur assez audacieux, pour atteindre le. soin m cl, de montagnes peu fréquentées, ou pour s'élancer vers les hautes régions de l'air dans lu nacelle d'un aérostat,

Il y a fort longtemps du reste que de semblables phénomènes, quelque exceptionnels qu'ils soient, ont été signalés ; depuis des époques très-reculées, la montagne du Brocken, célèbre dans le liait/, en Hanovre, a été réputée comme le théâtre habituel d'apparitions extraordinaires. Les paysans du pavs, vous parlent encore aujourd'hui du Brocken avec un certain effroi; ce sommet, qu'ils croient ensorcelé, leur inspire des terreurs superstitieuses; ils redoutent d'en faire l'ascension à l'heure du lever du soleil, car c'est à ce moment surtout, que d'après leurs récits, des spectres formidables apparaissent au sein de l'air, que des ombres colossales surgissent, au milieu des massifs de nuages. Quand ils se hasardent à gravir les rampes escarpées de la montagne, ils montrent au voyageur, durant la route , certaines pierres granitiques qu'ils appellent Y autel de la sorcière ouïe rocher magique, ils s'arrêtent devant la fontaine enchantée, ils vous 'racontent que les anémones du LYoekcn sont douées de vertus particulières. D'après l'affirmation des archéologues allemands, ces dénominations remonteraient au temps où les Saxons adoraient encore leurs anciennes idoles, alors que le christianisme commençait à dominer les esprits des populations de la plaine. 11 est probable que le spectre du Brocken, dont nous allons entretenir nos lecteurs, s'est souvent montré à cette époque, comme de, nos jours, et qu'il avait sa part des tributs d'une idolâtrie superstitieuse.

La des premiers observateurs, qui ait donné une description exacte, et rationnelle du "spectre du Brocken, est le voyageur liane, qui l'aperçut eu l'année -171)7. Avec une persévérance infatigable, ce naturaliste se rendit plus de trente fois au sommet du Brocken, sans que l'apparition se révélât à ses veux. Mais sa ténacité eut. enfin sa récompense, Lu certain jour du mois de mai, liane a gravi le Brocken ; il est arrivé au sommet de la montage à A heures du

L\ NATCRM.

matin. Le temps est calme, le vent chasse devant lui une nuée Je brouillardsopalhi5,de vapeurs indécises qui ne sont pas encore métamorphosées en nuages. Le soleil se lève à 4 hcures-J3minul.es, l'heureux observateur voit son ombre colossale se découper sur le massif des brumes, il porte sa main à son chapeau, et la grande silhouette- fait le même geste, ('lus tard, en 1862, un peintre franeaisj], Stroobanl, aperçut nettement le spectre de brocken; l'ombre du vovageur se dessina sur les nuages, ainsi que celle d'une tour du voisinage. Ces silhouettes étaient vagues, leurs contours mal définis, mais elles apparaissaient nettement entourées d'un contour lumineux formé des sept couleurs do l'arc-cn-cicl .

T.p. ci^rdo d'I'llo^.

Au siècle dernier, liougner et Llloa, envoyés à l'équaleur avec la Condamine pour mesurer le degré terrestre, observèrent des phénomènes du même ordre pendant leur séjour sur le Piehincha. llloa, qui a donné son nom à ces effets de lumière, a décrit avec précision l'apparition, devenue classique, qui se manifesta sous ses yeux. « Je me trouvais, dit-il, au point du jour sur le Pambamarca, avec six compagnons de voyage ; le sommet de la montagne était entièrement couvert de nuages épais; le soleil, en se levant, dissipa ces nuages ; il ne resta à leur place que des vapeurs légères qu'il était presque impossible de distinguer. Tout a coup, an côté opposé à celui où se levait le soleil, chacun des voyageurs aperçut, à une douzaine de toises de la place qu'il occupait, son image réfléchie dans l'air comme dans un miroir ; l'image était au centre de trois ares-eu-ciel nuancés de diverses couleurs et entourés à une certaine dislance par un quatrième arc d'une seule couleur. La couleur la plus extérieure dcchaquearcétaitincarnat ou rouge; la nuance voisine était orangée; la troisième était jaune, la quatrième paille, la dernière verte. Tous ces arcs étaient perpendiculaires à l'horizon ; ils se mouvaient et suivaient dans toutes les directions la personne dont ils enveloppaient

l'image comme une gloire. Ce qu'il y avait de plus remarquable, c'est que, bien que les sept voyageurs fussent réunis en un seul groupe, chacun d'eux ne voyait le phénomène que relativement à lui, et était disposé à nier qu'il fui répété pour les autres. ))

Kaenitz sur la cime de quelques montagnes alpestres, Scoresln dans les régions polaires, Ramond dans les Pyrénées, de Saussure sur le mont Blanc, M. Boussingault dans les Cordillères, ont confirmé depuis ces récits intéressants par leurs propres observations. Mais ces beaux phénomènes se manifestent bien plus souvent aux yeux des arronautes quand ils sillonnent une atmosphère chargée de nuages.

)!!U. Glaisher, Flammarion et de Formelle les ont décrits succinctement depuis quelques années. Nous avons en l'an dernier, et cette année même, la bonne fortune d'observer des ombres aérostatiques ceintes d'auréoles des plus variées : nous croyons intéressant de les décrire.

C'est dans le cours de notre dix-huitième ascension aérostatique exécutée le 8 juin 1872, avec M. le contreamiral baron Rouss'ui, que nous eûmes le bonheur de voir ces beaux phénomènes apparaître à nos yeux dans leur magnificence.

A 3 heures 35 minutes du soir, l'aérostat avait dépassé les beaux cumulus blancs qui s'étendaient horizontalement dans l'atmosphère à 1,900 mètres d'altitude. Le soleil était ardent , et la dilatation du gaz déterminait notre ascension vers des régions plus élevées, que je ne pouvais atteindre sans danger, n'ayant pour la descente qu'une faible provision de lest. Je donne quelques coups de soupape, pour revenir à des niveaux inférieurs. A ce moment, nous planons au-dessus d'un vaste nuage ; le soleil y projette l'ombre assez confuse de l'aérostat, qui nous apparaît entourée d'une auréole aux sept couleurs de l'arc-en-ciel. À peine avons-nous le temps de considérer ce premier phénomène, que nous descendons de 50 mètres environ. Nous passons alors tout à coté du cumulus qui s'étend près de notre nacelle et forme un écran d'une blancheur éblouissante, dont la hauteur n'a certainement pas moins de 70 à 80 mètres.

L'ombre du ballon s'y découpe, cette fois en une grande tache noire, et s'y projette à peu près eu vraie grandeur. Les moindres détails de la nacelle, l'ancre, les cordages, sont dessinés avec la netteté des ombres chinoises. Nos silhouettes rassortent avec régularité sur le fond argenté du nuage; nous levons les bras, et nos Sosies lèvent les bras. L'ombre de l'aérostat est entourée d'une auréole elliptique assez pâle, mais où les sept couleurs du spectre apparaissent visiblement, en zones concentriques. La température était do 1-4 degrés centésimaux environ; l'altitude, de 1,900 mètres. Le ciel était très-pur et le soleil très-vif. Le nuage sur la paroi verticale duquel l'apparition s'est produite, avait un volume considérable et ressemblait à un grand bloc de neige eu pleine lumière. Nous étions nousmêmes entourés d'une certaine nébulosité, car la

LA NATUI'.i:.

terre, ne s'entrevoyait plus t[iic sous un brouillard indécis.

Des observations analogues oui été faites jtlu^ii.'urïi fois comme nous venons Je. le dire par quelques aéronautes ; mais jo tu; crois pas que l'on ait jamais • vu l'ombre d'un ballon se découper sur un nuage, avec une intensité telle, qu'on eût dit nu efft.'t de lumière électrique. Le spectacle qu'il nous a été donné do contempler était vraiment saisissant, et ce genre de spectre aérostatique, doit être, certainement consi- : ^V^.

déré comme une des plus belles scènes aériennes qui puisse

s'oiïrir au voyageur . " J

en ballon 1 . $

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ques mois, le. 1G ié- "--

vrier dernier, il nous a été possible d'observer ces phénomènes dans des conditions plus exceptionnelles encore. IJi effet pendant trois heures consécutives, , nous n'avons pas cessé un seul instant , d'apercevoir sur la nappe de nuages au-dessus desquels nous planions, l'ombre de notre aérostat sans cesse enveloppée d'un coutour irisé. Jamais semblable occasion ne s'est offerte à l'observateur aérien, de bien étudier les circonstances de production de ces jeux de lumière ; jamais d'ailleurs panorama plus imposant de montagnes de nuages ne s'est peut-être aussi présenté aux regards d'un aéronaute.

A midi, nous venons de quitter la terre, cachée sous un épais manteau de brumes ; nous traversons le massif des nuages, et nous sommes éblouis tout à coup par les torrents de lumière que lance un soleil

1 Comptes rendus de PÂcadé/nie des sciences, t. I.XXV, p. 38 (1872).

Le intime volume de: cette publication contient, pa<$o HH, une intéressante communication de M. (lav. « Lu description du phénomène observé en ballon par M. Tissaudier, dit. ce savanl, me rappelle un fait identique observé pur moi, il y a quatre ans. Le 3 septembre 1808, vers cinq heures du soir, je me trouvais, avee plusieurs personnes, sur réLruiLe plate-

l'hi'iicmène d'optique observé en ballon, le 18 février 1873.

des tropiques, ruisselant de feu, au milieu d'un ciel azuré. Ni la mer de glace, ni les champs de neige des Alpes, ne donnent une idée de ce plateau de vapeur qui s'étend sous notre nacelle, comme un cirque lloconueux où des vallées d'argent apparaissent au milieu des flocons de feu. Ni la mer au soleil couchant, ni les Ilots de l'Océan éclairés par l'astre du jour au zénith n'approchent eu splendeur de cette année de ciiintihis arrondis qui ont aussi

leurs vagues et leurs ; montagnes d'écume, niais qui ont eu plus une lumière d'apo- . ; ' '■■:, v" .. ;' .-. théose.

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lon a dépassé d'une cinquantaine de niè- . ■ , ■ très environ la plaine

des nuages, sali ombre s'v projette avee ^M ■■■:.:; une netteté vemiir-

.lîflljp qual>]e,el un magni-

fique arc-en-ciel circulaire apparaît autour de 1 ombre de notre nacelle, La gravure ci-contre, dont le croquis a été fait d'après nature par notre frère qui nous accompagnait, donne une idée très-exacte de cette apparition.

L'ombre de la nacelle forme le centre de cercles irisés et concentriques , où se distinguent les sept couleurs du spectre :

violet, indigo, bleu, vert, jaune, orange et roiiiie. Le violet est intérieur, et le ronge extérieur, ces deux couleurs sont eu m émet en ips celles qui se révèlent avec le plus de netteté. Nous sommes au moment de cette observation à l'altitude de 1,330 mètres au-dessus du niveau de la mer.

L'aérostat, dont le gaz se dilate par l'effet de la chaleur solaire, continue à s'élever rapidement dans l'atmosphère, son ombre, diminue à vue d'ceil ; bientôt à 1,700 mètres d'altitude, le cercle irisé

tonne qui termine le Grand-Soin ['2,0ôïi mètres (ï'nUitmlel et (tout tes parois se dressent à pic, au-dessus de la Grande- Chartreuse. Des nuages nous enveloppaient a chaque instant; le soleil, près de se coucher, projeta noire ombre et colle de la ei[>i:t plantée sur le. sommet, un peu agrandie et entourée d'un cercle irisé... présentant toutes les couleurs du spectre, le violet à l'intérieur, le roug;e au dehors. 3)

l'enveloppe tout entier, et cesse de se produire autour de la nacelle. Un peu plus tard enfui, à 1 heure 7>J minutes, nous nous rapprochons de !a couche des nuages, et l'ombre est ceinte cette l'ois de trois auréoles aux; sept couleurs elliptiques et concentriques, comme le représente la gravure au trait qui accompagne notre texte.

Rien no saurait donner une idée de la pureté de ces ombres, qui se découpent dans une bruine opaline, de, la délicatesse, de tons de l'arc-en-ciel qui les entoure. Le silence complet qui règne dans les régions de l'air, où se manifestent ces jeux de lumière, le calme absolu où l'on se trouve, au-dessus de nuages que le soleil transforme eu Ilots de lumière, ajoutent à la beauté de ces spectacles, et remplissent l'âme d'une indicible admiration. \ul ne saurait rester indifférent à la vue de ces tableaux enchanteurs que la nature réserve à ceux qui savent la comprendre.

Ombre uci'Ujluliiiuc entourée de trois auninles.

Ou ne sait pas encore exactement à quelle cause attribuer la production d'un contour lumineux autour de l'ombre projetée sur des vapeurs ou des brouillards. Quelques observateurs ont pensé que ces phénomènes étaient dus à la diffraction de la lumière, niais il serait possible qu'ils aient une origine commune avec l'arc-en-ciel. Ce qui tendrait à accréditer cette opinion, c'est la nécessité de la présence de la vapeur d'eau, pour que le phénomène se manifeste : s'il était le résultat de la diffraction, il devrait apparaître aussi bien sur un mur blanc, sur un écran quelconque que sur un nuage. Il ne serait pas impossible du reste d'étmiier ces laits curieux, au moyen d'expériences exécutées à terre ; en disposant convenablement des écrans de soie, ou des écrans de mousseline imbibés d'eau, qui simuleraient un nuage, on pourrait espérer voir le phénomène se manifester ainsi par synthèse. Tout récemment, M. Luterne a encore signalé un excellent moyen de l'étudier, sans qu'il soit nécessaire de s'élever audessus des nuées dans la nacelle d'un ballon. « Au

printemps, dit cet observateur, le matin, lorsque le soleil, arrivé à 15 ou 20 degrés au-dessus de l'horizon, a déjà nu peu réchaufté l'atmosphère, et qu'il s'est produit une légère condensation de vapeurs sur le tapis de gazon qui horde les routes, le vnvageur peut voir sa silhouette, projetée sur ce tapis de verdure humide, entourée d'un contour lumineux dans lequel on reconnaît les couleurs du spectre, mais où le rouge domine'. » Ou voit que cette observation est facile à provoquer ; à défaut de rosée, ne pourraiton pas mettre à profit les jets d'eau qui forment une pluie de gouttelettes liquides, où, comme on le sait, l'arc-en-ciel apparaît fréquemment. Il n'est pas douteux que de semblables études complétées par des expériences ingénieuses sont susceptibles de conduire à quelque résultat intéressant. Comme l'a dit Montaigne, d il n'est désir plus naturel que le désir de oognoïssaiice...; quand la raison nous iault, nous y employons l'expérience. » On ne saurait mieux faire que de suivre les conseils de l'immortel auteur des Essai*.

Gastos Tissasiiikh,

LE PHYLLOXÉRA

LT LA KOUVfcLLE MALADIE DE LA VI USE,

(S ni tu t;l 11 ii. — Yoij. pat^s f, \&, -13.)

<*" Submersion. — 11 est évident qu'une submersion suffisamment prolongée des vignes doit amener l'asphvxie des parasites qui habitent leurs raeini s. 11. faucon, viticulteur à llraveson (au nord de Tarascon), séduit par la rationalité de ce moyeu curatif, l'appliqua à un vignoble de al hectares fortement attaqué par le phylloxéra, et en obtint des résultats tellement encourageants qu'il n'y a pas témérité à avancer que si toutes les vignes de France aujourd'hui atteintes pouvaient être submergées, le lègue du pbylloxéia toucherait bientôt à sa fin. La récolte qui était de G23 hectolitres en 18117 dans le vignoble, de 11. Faucon, descendit à 10 hectolitres en 1808 et à 5o eu 18(19, mais remonta après la première submersion à 120 hectolitres en 1870, à -150 après la deuxième en 1871 et à 900 après la troisième en 1872. Aujourd'hui, le vignoble de Graveson, désormais célèbre sous le nom de Mas de Fabre, oflre une végétation splcndido sur laquelle la vue aime à se reposer an milieu de la stérilité environnante.

Cette résurrection progressive et presque miraculeuse devra vraisemblablement s'observer dans toutes les localités soumises au même traitement. La seule difficulté, gît dans la rareté apparente des vignobles

4 Comptes rendus de l' Académie des sciences. , l. LXXVI, 1873, p. 780.

on élat do recevoir nn pareil traitement. Mais, d'après les calculs de M. Fan non, on pourrait facilement, à l'aide du canal d'irrigation jn-ojeti'. par M. Domotit dans la vallée du Rhône, inonder par jour 2,8.'i() bectares avec nne hauteur moyenne de 10 à 12 centimetrès, ou au moins l.otli) hectares en tenant compte, des pertes d'eau par la filtratiou eu par évaporatiou, ainsi que du surcroît de dépense nécessaire pour maintenir une épaisseur suffisante dans les nappes d'eau déjà déversées. Ce canal, déjà tracé tout en Lier sur le terrain depuis l'été dernier, doit dériver à la hauteur de Cundrieu, près de Vienne, un volume, d'eau de "m mètres cubes par seconde à l'extrême étinge du IUiùne et \7i mètres cubes dans l'état ordinaire; il doit de là étendre, ses eaux sur une étendue de 110,1100 hectares appartenant aux quatre départements do la Drame, de Yaucluse, du tard et de l'Hérault, qui sont précisément les plus éprouvés. Le prix de revient de ce canal d'irrigation et des travaux d'endiguemcnl nécessaires dans les points à pontes trop rapides, atteindrait à peine, d'après les estimations de M. Faucon, la somme de cent, francs par hectare de vignes. Le remède do la submersion, si heureusement appliqué à (iraveson, pourrait donc s'impliquer à presque tous les points de la région la plus maltraitée par le fléau.

La durée du séjour de l'eau varie avec les époques : quinze à vingt jours suffisent en septembre et en octobre, alors que le phylloxéra est encore, dans la période, de la vie active, mais trente à quarante jours d'immersion non interrompue, sont nécessaires lorsque, l'insecte est devenu plus capable de résister à l'asphvxie par suite de la suspension presque complète de toutes SCS fonctions.

L'inondation est doublement, avantageuse lorsqu'elle est faite avec de l'eau limoneuse, additionnée des substances minérales favorables à la végétation, car alors elle constitue un procédé à la Ibis curatifet cultural. Quelle que soit d'ailleurs la méthode curalive que l'on applique, il est toujours indispensable de combiner son action avec celle des meilleurs engrais et des moyens culturaux les plus perfectionnés.

L'efficacité de la submersion est du reste affirmée par l'action destructrice que les pluies abondantes exercent sur les phylloxéras. Ainsi, celles qui, du commencement d'octobre. 1872 au mois de février 1875, ont donné plus de 000 millimètres d'eau, en ont fait périr de grandes quantités.

Dans toutes les situations où l'eau de pluie a séjourné assez de temps pour pénétrer le sol et atteindre, le parasite jusque dans ses re Irai les les plus profondes, et pour équivaloir ainsi à la submersion méthodique pratiquée par M. Faucon, il ne reste plus nu seul parasite sur les racines. Mais ou en trouve partout, où, soit par suite d'une disposition orographique spéciale, soit à cause d'un simple défaut de perméabilité, la submersion naturelle n'a pas eu un effet assez prolongé.

Le procédé expérimenté à (iraveson a fourni des

preuves trop évidentes de son efficacité pour que. son auteur ne cherche pus à en étendre autant que possible l'application. Les vignobles des coteaux euxmêmes peuvent, d'après M. Faucon, être appelés à partager les bienfaits de la nouvelle méthode curative, et cela à i'aide de dispositions préparatoires, très-simples. A cet effet, l'ingénieux viticulteur insiste pour que les propriétaires de ces vignobles, jusque-là considérés comme condamnés à une destruction irrémédiable, fassent établir en travers de la pente, de distance en distance, une série de bourrelets succe=sifs, de 50 à 40 centimètres de, hauteur, et plus ou moins rapprochés suivant la déclivité du terrain. Les masses d'eau qui tombent pendant la saison pluviale seraient ainsi facilement retenues pour la submersion des racines à l'aide de ces petits remblais étages, disposés en courbes horizontales : certains terrains des plus inégalement mouvementés, et présentant parfois jusqu'à 7 centimètres de pente par mètre, ont pu être inondés ainsi d'une manière assez complète pour être préservés des atteintes de la maladie.

i" Moyens de dp.slrucl.imi fondes sur l'observation des mœurs du phylloxéra , — Les heureux résultats des travaux d'Audouin. sur la pyrale, de Doyère sur l'alucilc des céréales, connue do ceux plus récents de M. lîlancàard sur la noctuelle des moissons, montrent bien tout le parti qu'on peut tirer d'études biologiques conduites avec méthode et persévérance, La connaissance des moindres particularités qu'offre l'insecte nuisible dans sa manière de vivre et de se, propager, peut seule fournir l'indication du moment d'attaque le plus opportun ; il est Lien rare, en effet, qu'à une époque déterminée de son existence, s'il ne se livre pas pour ainsi dire luimême, il ne soit pas au moins plus facile à atteindre.

L'observation faite par M. Faucon de phyllouVas radicicoles, aptères ou ailés, cheminant sur le sol pendant les heures chaudes de, la journée, a suggéré l'idée de répandre au pied des ceps clés poussières nuisibles telles que la chaux vive eu poudre, employée avec tant de succès contre les colapses et les pbytonômes des luzirnières, ou la Heur do soufre déjà mortelle pour un grand nombre d'ennemis de la vigne et. dont l'action nuisible sur lephvlloxéra ne peut guère être mise en doute depuis qu'il est, constaté, grâce aux expériences do M. Mares, que les femelles aptères périssent en peu de temps lorsqu'elles sont exposées au soleil dans un tube saupoudré de cette substance.

La marche ascensionnelle qu'exécute le, phylloxéra le long des racines lorsqu'il quitte la souche épuisée par ses succions réitérées pour aller à la recherche d'une proie nouvelle, donne pour ainsi dire le conseil de badigeonner la base du cep, déchaussée au préalable sur une profondeur suffisante, à l'aide d'une substance agglutinante quelconque.

Les nouvelles observations de M. Max. Cornu, confirmées tout récemment par celles de M. Faucon,

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nous ont appris que les parasites qui ont passé l'hiver en léthargie, se réveillent pleins d'agilité à l'entrée lin printemps, et se montrent alors revêtus [I'luig peau délicate et de fraîche formation.

La minceur de leurs téguments, l'abstinence prolongée de l'hibernation, l'activité renaissante de tontes les fonctions vitales, sont autant de conditions très-favorables à l'absorption des substances caustiques ; la mobilité dont ils font preuve augmente dans une forte proportion leurs chances de rencontre avec ces substances; eu outre, le réveil de la respiration doit accélérer à ce moment l'effet asphyxiant de la submersion : il v aura donc avantage à attaquer lo phvlloxéra vers la fin de mars ou au commencement d'avril.

Cette époque est. d'autant plus opportune que la ponte n'est pas encore effectuée. Les moyens tle destruction mis en œuvre pourraient être sans effet sur les neufs, qui sont d'ailleurs, comme, ceux dotons lesparasit.es, doués d'une force de résistance considérable; mais si leur application est faite assez lût pour qu'ils n'aient à rencontrer que les jeunes phylloxéras à peu de distance de leur rentrée dans la vie active, il y a grande- probabilité, à ce que la maladie de la vigne ne puisse reprendre un nouvel essor au retour de libelle saison.

Dans la séance du 28 avril dernier, M. Dumas a insisté à l'Académie des sciences sur renseignement à tirer île ces observations si intéressantes de MM. Cornu et ïaucon, c'est-à-dire sur la possibilité d'augmenter les chances de succès des moyens d'attaque diriges contre le destructeur de nos vignobles.

l.es résultats fournis par les nombreuses études dont la nouvelle maladie de la vigne a été l'objet, ont déjà eu pour résultat de ranimer l'espoir des propriétaires de vignobles et de les encourager à redoubler d'efforts dans leur lutte contre le fléau. Sous cette heureuse impulsion, les succès se multiplient en même temps que l'emploi (les méthodes euratives rationnelles se généralise. Aussi lo moment n'est-il peut-être pas très-éloigné où le talent d'observation de nos naturalistes, associe dans une ardeur commune à la pratique consommée de nos viticulteurs, réussira, sinon à triompher complètement du terrible phylloxéra, du moins à ralentir sa marche dévastatrice- d'une manière très-rassurante pour l'avenir.

E. VlGiNES.

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