‹ La Nature 1873Chapitre 40 sur 171 · LA .\ AT LUE · texte numérisé non relu

LA .\ AT LUE

liant de la souscription du capitaine Lambert avait I été employée, pur notre malheureux ami, à acheter le Boréal ; mais ce n'en avait pas été de menu: de l'acquisition du Polaris , dont le capitaine n'avait point eu à s'occuper ; l'amirauté des Etats-Unis s'était empressée de mettre gratuitement, à sa disposition celui des navires de la Hotte nationale qui semblait le mieux disposé ù recevoir les aménagements spéciaux, propres à l'exécution d'une campagne arctique. Dans les dispositions accessoires, les plans du Boréal avaient élé copiés, comme ou va le voir.

Le Polaris, qui avait à pou près le même tonnage que le Boréal (400 tonneaux), avait été choisi à cause de la solidité exceptionnelle de sa construction ; on l'avait entièrement doublé de planches de chêne et consolidé avec des traverses en fer. Suivant l'expression d'un journaliste américain, qui décrivait le navire à l'époque de son dépari, on eût dit nu solide morceau de métal et de hois.

Sa machine, qui était Lrès-iorle, avait été pourvue d'un loyer particulier destiné à être alimenté avec de l'huile de phoque ou de baleine, en même temps qu'avec du charbon.

Dans les innombrables conférences qu'il l'aisait, le capitaine Lambert insistait fortement sur la nécessité: d'une disposition de cette nalure, car il comptait assez sur la pèche pour en faire, non-seulement un moyeu de se procurer du combustible, mais encore un but commercial de l'expédition. Richement doté par une subvention de 150,000 francs, que l'amirauté avait, jointe au don du Polaris, le capitaine Hall n'avait pas besoin de se préoccuper de la question d'argent. Il avait en outre trouvé un concours sans réserve auprès des hommes qui, comme le généreux (iriiuit I, ne marchandent point leur appui aux explorateurs, entreprenants, cf. qui, sinombieux eu Amérique, sont si clairsemés chez nous.

On n'a pas oublié; le soin avec lequel le capitaine Lambert, avait commencé à recruter son équipage. Le capitaine Hall, animé des mêmes préoccupations, avait pris" des précautions analogues. Il avait il boni, parmi son état-major, une des grandes célébrités arctiques, le capitaine Moicton, qui avait accompagné le docteur Ilaye.s, dans le détroit de Sinilh, vers lequel le Polaris se dirigeait, et qui, dans une grande expédition fin traîneau, était remonté au delà du 81 " Ja parallèle, en suivant la côte occidentale de la terre de Crinnel. Le sous-lieutenaiit Tyson, qui a commandé les naufragés pendant leur retour en Europe, s'était distingué dans deux ou trois campagnes de baleiniers. Il avait déjà soutenu des épreuves analogues à celles qu'il vient de traverser; séparé, ainsi que son équipage, du navire qu'il commandait par le brusque mouvement d'une banquise, il avait trouvé le moyen de regagner le rivage, d'hiverner, et de retrouver, au printemps, son bâtiment, avec lequel il avait continué sa campagne comme si aucun événement extraordinaire n'était survenu. 'U était même revenu eu Amérique avec une riche cargaison.

L'équipage du Polaris se composait en grande partie, de marins accoutumés aux mers glaciales, parmi lesquels plusieurs Danois, Suédois et >iorwé-

f.e capitaine Hall s'était entouré de savants d'élite offrant les garanties les plus sérieuses de capacité. C'est ce que h: capitaine Lambert avait commencé à faire, et le choix de sa commission scientifique était le but constant de ses préoccupations.

De même que le capitaine Lambert, le capitaine Hall avait bien compris que les expéditions en traîneau devaient être le complément obligatoire de l'expédition maritime, aussi le Polar is a-t-il t'ait escale sur la côte du (iroenlaud, pour acheter de magnifiques équipages de chiens. Il avait pris à son hotd, deux guides esquimaux, et leur famille. L'un d'eux était le célèbre Mans, qui avait accompagné le docteur Hayes dans sa grande expédition. Précaution fort sage, qui, sans la mort malheureuse de Hall, aurait assuré le succès de l'expédition; le Polaris avait été pourvu de quatre canots très-vastes, très-solides, très-soigneusement confectionnés. 11 y avait même à bord une cinquième embarcation qui ne pesait que 12ii kilos, et dans laquelle 20 personnes pouvaient trouver place ; cette merveilleuse embarcation était, faite en toile goudronnée, maintenue par mie carcasse eu bois et en fer. Elle a péri pendant une des expéditions. A l'heure actuelle, le> marins restés à bord du Polaris, s'ils sont encore de ce monde, ne possèdent d'autres embarcations que celles qu'ils peuvent avoir fabriquées pendant, l'hivernage de 1875,

Nous n'avons pas cru nécessaire de retracer les péripéties d'un voyage dont tous les journaux politiques se sont occupés, mais nous avons cru indispensable de représenter le vaillant navire gréé sur un plan analogue à celui de notre pauvre Gustave Lambert. Au moment que notre artiste a choisi, le Polaris, fidèlement reproduit d'après une photographie américaine, se trouve au milieu des glaces encombrant la baie à laquelle il a donné son nom. Le capitaine lîaddington a renoncé à l'entreprise dans laquelle son prédécesseur a trouvé une mort glorieuse. Il a mis le cap au sud et se dirige, eu louvoyant, vers le détroit où le Polaris s'est engagé treize mois plus tôt.

Plus d'un des braves marins qui se trouvent à ce bord doit se dire avec dépit que Ju conquête du pèle iNnrd ne sera point achevée par les Yankees! Certes, si notre brave capitaine Gustave Lambert n'avait succombé, sous les murs de Paris, 'et si le Boréal était parvenu dans ces hautes latitudes, il n'aurait, point battu en retraite si facilement.

Cependant, hâtons-nous; de. dire que la position du Polaris est horrible au moment où nous le représentons. A chaque instant la glace peut se refermer sur lui. Nous ne pouvons mieux peindre la situation du vaillant navire, qu'en l'assimilant à celle d'une faible barque qui, pendant les premiers élans d'une folle débâcle, chercherait à descendre le cours de la Seine; supposons qu'elle s'efforce de franchir le

pont Neuf, il est facile, de comprendre qu'elle Serait hrnvée, mise en pièces, avant de gagner l ft bassin plus libre cl 1 1 quai d'Orsay : c'est ce qui semble devoir armer au /'«taris.

L'embouchure septentrionale du détroit, de Sniilh est d'autant plus dangereuse, pour un navire descendant du pôle, qu'elle est obslniée par une sorte d'archipel, qui augmente la tendance des plaçons à s'y accumuler. Le courant qui vient du pèle n'est pan très-rapide, mai- la niasse de. places est si grande que les moindres chocs sont épouvantables.

Si l'expédition du Polar in montre qu'il est facile de s'engager dans le détroit de Smith, la perte des naufragés de la banquise prouve qu'il est. Lien difficile de s'en échapper et. que le parti le plus piaulent est peut-être d'avoir du courage jusqu'au bout.

Les difficultés que les successeurs du capitaine JIa.ll ont trouvées, lorsqu'ils ont voulu revenir en Amérique, sont immenses.

l'cut-ètie le capitaine Baddingtou, qui est resté à boni ânPnlarl-i, avec treize vaillants marins, trouverat il moyen de les surmonter? Il est possible que parla route qu'il avait choisie, le capitaine Lambert ne les ait point rencontrées; quoi qu'il en soit de ces spéculations, nous devons nous empresser de dire qu'il est faux que l'expédition du Polark ait é.ci'eué, comme nos amis d'Amérique se sont trop pressés de le dire eu voyant que la Tiyresne ramenait ies deux tiers de l'équipage.

Lu tous cas, l'expédition du Polar k a justifié h légitimité des précautions prises par notre infortuné (iustave Lambert, que l'on accusait de compliquer sans nécessité son expédition. Elle a en outre démontré la non-existence do la prétendue- haie libre, entrevue par Kan, contre le. récit duquel quelques publicités ont vainement protesté depuis une quinzaine d'années, et qui portait, au reste, toutes les traces d'une exagération manifeste.

Nous discuterons en détail les découvertes importantes dont, grâce au sauvetage miraculeux du 1 ti mai 1873, la science se trouve actuellement eu possession. Nous le ferons aussitôt que le rapport officiel de l'Amirauté américaine nous aura été transmis.

Hâtons-nous d'ajouter que le navire la Tigresse a été acheté par le gouvernement des Etats-Luis, et fera partie d'une expédition destinée à porter secours au Polaris.

Au moment où ces lignes seront sous les veux de nos lecteurs, la Tiijresse aura quitté l'Amérique aux applaudissements du monde entier !

LES ARTS Di; DESSIN EN FRANCE

A L'ÉPOQUE DU IUvMNE.

11 fut un temps, prodigieusement éloigné de nous, antérieur à tontes les traditions, où l'homme euro-

péen ignorait l'usage des métaux, vivait dans les cavernes, y ensevelissait les morts, y célébrait des repas funèbres et préludait peut-être ainsi à la naissance d'un culte religieux. Vêtu de la dépouille des animaux dont il faisait sa proie, et qu'il abattait à l'aide de l'are et des pointes de flèches en silex et en os, il se nourrissait de la chair du cheval, de, l'éléphant, du rhinocéros, du bœuf musqué, (lu renne, du castor, etc., qu'il prenait à peine le temps de faire cuire, que souvent même il mangeait encore toute saignante.

Toutes ces armes, tous ces instruments étaient fabriqués avec la pierre, l'os ou l'ivoire, et parmi eux cependautilenétait d'extrêmement délicats *, surtout à l'époque du Penne, le beau tempsde cette industrie, pendant la période que les antiquaires et les paléontologistes ont nommée Vàqe île la pierre taillée ou arekc'olitkiqiie, par opposition à l'rhye plus récent de ta pierre polie ou âge néolàliique.

Or, dès la seconde moitié de l'époque archéolithiquc, l'homme des cavernes de l'âge du renne savait déjà graver, ciseler, sculpter la pierre et l'os, et il nous a laissé de son talent originel des preuves aussi curieuses qu'incontestables.

Lors de l'Exposition universelle de i807, tout Paris a pu voir et admirer dans les vitrines du Palais de l'industrie consacrées à l'histoire du travail, ces premiers essais qui déjà dénotent ^\ne certaine habileté de main, et surtout un vif sentiment de la nature. Choisissons doue quelques-uns de. ces bijoux, d'une valeur très-contestable aux yeux du vulgaire ignorant, d'un prix infini pour l'homme de science, pour l'homme de goût, et surtout pour le véritable artiste, l'ius humbles ont été les commencements, plus les noms des ouvriers sont demeurés obscurs, et. plus nous devons nous applaudir des progrès accomplis.

Yoici d'abord une. plaque d'ivoire fossile trouvée dans la grotte de la Madelaiac (Dordogue) par MM. Ed. Lartet et Christy, dont la mort est venue depuis si malheureusement interrompre les remarquables travaux. Sur celte plaque, uu artiste antédiluvien a gravé le portrait d'un mammouth, ou éléphant de la Lena, parfaitement reconuaissable à son front large et bombé, à ses oreilles petites et velues, à ses longues défenses recourbées en dessus, aux longs poils qui couvraient sa tète et son corps, enfin à la crinière épaisse et brune qui bordait sou cou et son dos, et qui, paraît-il, offrait beaucoup de ressemblance avec celle du Bison américain (fig. i).

Nul doute, par conséquent, que le graveur qui a tracé ces traits, n'ait vu l'animal dont il reproduisait l'image, et, chose bien digne de remarque, sou dessin est bien plus correct que celui de l'artiste moderne 2 qui a représenté, d'après nature, le mammouth trouvé en 1806, avec sa peau, sa chair

1 P;u- eieuiple, lus si:ies ai silci pour déeoopcr le bais de renne, et tes aiguilles eu os munies d'un clias.

' J Cet artiste, il est vrai, était ua simple commerçant russe : il se nom niait HulLniow.

LA NATUItK.

et ses os, près il fi l'endroit où la Lena se jette dans la mer Glaciale. Ku comparant les deux dessins, reproduits l'un et l'autre dans ias Mémoires de l'Académie impériale de Saint-Pélersbourg pour l'année 1806, on pourra facilement se convaincre de la supériorité de l'artiste inconnu de la Dordogne sur l'artiste russe, notre contemporain, du moins en ce qui concerne l'exactitude des détails relatifs aux

formes extérieures et au pelage de l'animal. Du reste, cette supériorité a été si bien reconnue par le professeur Jîrandt, juge très-compétent, s'il en fut, qu'il s'est inspiré lui-même, du dessin prunilif pour corriger les imperfections de la figure un peu trop idéale du mammouth, qui accompagne son mémoire sur l'anatomie de ce gigantesque proboseidien. C'est encore à la Madelaine que MM. Ed. Lartet

Fig. 1. — .Miiinimulh ou tlipkiul de lu J.Oiia.

Y']-. "2, — U'iloii ik coinnundeiiicnl..

Fig - . 3 — Autre I âton du coîTLuj.mdcmen..,

Fi", d. — Grand ours ilna cavernes.

Fij;. 3. — Tète dih morse flL U'ie do crocodile.

et Christy ont trouvé un sceptre ou bâton de commandement sur lequel sont gravés, d'un coté, deux tètes d'aurochs, de l'autre, un bonimo nu entre deux têtes de chevaux, cl un poisson, paraissant très-voisi:i des anguilles (fig. 1). Mais, dans celte gravure, la première peut-être où la forme humaine, ait été représentée, la face est sans expression aucune, et les membres, bien que assez nettement dessinés, ne sont pas complètement finis, l'artiste n'avant modelé ni les pieds ni les mains. Un bras, tatoué peut-être, ou du moins marque d'entailles obliques en zigzags, et terminé par une main à quatre doigts seulement

(le pouce n'est point dessiné), se voit sur les deux faces d'une pointe de dard de la même provenance que l'objet précédent. Enfin, sur une roche schisteuse très-dure, recueillie par M, Brun dans l'abri de Lafayo, près Drumquel, on voit, finement gravées à l'aide de la pointe en silex, deux têtes humaines, avec le buste seulement.

Voici maintenant une autre roche schisteuse sur laquelle le graveur a représenté une scène d'amour, dont les rennes sont les acteurs. L'un d'eux, qui relève fièrement la tète, après avoir terrassé son rival, sollicite les faveurs de la femelle pour prix de la

victoire qu'il vient de remporter. « Cette composition assez compliquée, dit M. G. de Mortillet, ' rendue avec un vrai sentiment des situations, est pourtant, exécutée avec une extrême naïveté. Chaque animal est tracé comme si les autres n'existaient pas. Ainsi, les pattes du renne terrassé, qui devraient être masquées par le corps de la femelle, sont bel et bien représentées quand même 1 . »

Le renne est l'animal le plus souvent figuré par les artistes du Périgord et du Languedoc. L'aurochs, le bouquetin, le chamois, le cerf commun, etc., se voient aussi sur quelques instruments. Le cheval, au repos ou au galop, s'y reconnaît également, mais son image n'est pas toujours bien réussie.

Cependant elle est parfaitement rceonnaissable sur un bâton de commandement en bois de renne, dont nous donnons ici la figure (fig. ri).

Mais un dessin des plus curieux et des plus importants, sans contredit, non-seulement au point de vue de l'histoire de l'art glyptique, mais encore au point de vue de la paléontologie pure, c'est celui que M. le docteur F. Garrigou a vu gravé au trait sur un galet provenant de ia grotte de Massât (Ariége). Ce dessin, comme celui du mammouth, représente un animal d'espèce depuis longtemps éteinte, niais qui avait encore de rares représentants à l'épique du renne, je veux parler de l'ours à front bombé ou grand ourx des cavernes (Ursiis xpclœus 1 ) (fig. -i). L'artiste nriëgeois qui nous en a donné la figure si parfaitement roconnaissable a donc vu cet animal encore vivant ; il était son contemporain, ronniie l'artiste du l'érigord était celui du mammouth dessiné par lui : preuve nouvelle et, certes, bien inattendue de la haute antiquité de l'homme dans nos contrées.

Dans sou intéressant mémoire sur la Grotte de la Vache (Ariége), M. le docteur Garrigou a aussi donné deux figures dont l'une représente, à ce qu'il croit, la silhouette, d'un morse, gravée sur un fragment d'os; l'autre, la tête d'un crocodile, également tracée à la pointe sur un bois do renne (fig. 5).

Enfin, sur l'extrémité d'un uudouiller de bois de cerf, cassé à l'endroit où se trouvait un trou de suspension et provenant aussi de la grotte de Massât, M, Kd. Lartet a vu la tète de Yours actuel des Pyrénées très-exactement représentée. Des hachures, nettement tracées, sont destinées à indiquer les ombres; progrès réel relativement aux figures précédentes, simplement dessinées au trait. Je pourrais facilement

1 G. tit; Mortillet, Promenades préhistoriques à l'Exposition universelle, p. 28 ; Paris, 1867.

a On sait que M. Kd . LarteL », le premier, fondé une sorte de Cltronologie palèonlologique, en se basant sur l'ordre successif dû disparition des espères éteintes ou aujourd'hui éiriigvées vers le Nord, qui jadis habitaient nos contrées.

Le premier des quatre âges établis par ce savant maître, que nous tenons à honneur d'avoir compté parmi nos auditeurs, est I'ace pe i.'orats des cavernes [ursus spclœus), le second est Paul du hahjiolth [ela^hus prhniffimtus), le troisième est I'aoe lu HERSE [cervus larandus), le quatrième enfin, le plus récent de tuus, est I'ace de l'aurochs [bison européens)*

citer d'autres dessins gravés sur pierre ou sur ivoire et. provenant des eavernes. Les exemples, que j'ai mentionnés pourront nous convaincre rpie rien n'est nouveau sous le soleil, pas même la merveilleuse invention d'Aloys Senefelder, à qui revient pourtant l'honneur d'avoir créé, dans les temps modernes, la gravure et le dessin lithographiques.

La sculptureellc-mème ados origines tiès-rcculécs : elle remonte, comme l'art glyptique, à l'époque du silex taillé; car c'est sculpter, c'est modeler la matière que de la transformer en un instrument usuel et vulgaire 1 , aussi bien qu'eu un objet d'art du plus grand prix.

Dans leurs ReliqiiiœanHitmiicw, reliques profanes, il est vrai, mais du moins parfaitement authentiques, SIM. Kd. Lartet et Cbristy ont figuré un poignard dont le manche sculpté représente un renne, avant le mufle relevé de manière que les bois retombent sur ses épaules, contre lesquelles ils s'appliquent ; tandis que les pattes de devant, repliées sans effort sous le ventre, contribuent avec eux à former la poignée. Les jambes postérieures, au contraire, sont allongées dans la direction de la lame, qu'elles rattachent ainsi au manche du poignard. Bien que celte sculpture 'soit restée à l'état d'ébauche, elle n'en indique pas moins un artiste vraiment digne de ce nom, par l'intelligence avec laquelle il a su adapter la posture de l'animal, sans la violenter, aux nécessités du programme qu'il s'était tracé pour atteindre sou but, savoir, le maniement facile d'une arme enrichie de sculptures (fig. 9).

1 Voy. les figures G, 1 et 8 qui représentent : la dernière, une pointe île lance en silex; la deuxième, une llèche barbelée en bois de renne, diint les ailerons portent des entailles ou rainures, destinées, à ce que l'on croit, à recevoir une substance vénéneuse; la première, lui poinçon en os.

Laugerie-Basse (Dordognc) a aussi fourni, outre autres richesses inappréciables, doux manches do poignard sur l'un desquels sont. scnl[ilcs doux hmul's, | tandis nui! l'autre porte la figure d'un mammouth. \

lin. t.*. — Manche dn poiLiiiud .^ul^li'*. (Uuiiorie-B.wr )

Doux autres poignard s trouvés à Bruni quel représentent doux rennes en relief, d'un travail beaucoup plus fini et beaucoup plus parfait ipie relui de toutes les stations jusqu'à présont explorées (fie;. 10).

Fig. ^- — Mniu-lj n th? p43i m nîirrl sfïnleti' 1 . ([Siiiniqn^].)

Nous ne saurions passer sous silence une staluclto eu ivoire, dont la tète et les pieds n'es istetit. plus, dont les liras n'ont jamais existé, sorte de Vénus impudique aux formes étrangement prononcées. Celte statuette a été trouvée à Langerie-liasse, et fail maintenant partie do la belle collection de .M. le marquis de Vibraye.

Une antre découverte dos plus importantes pour 1 histoire du travail, c'est celle d'une figurine, on bois de renne, très-grossièrement sculptée , sorte d'ébauche informe qui dénote l'enfance de l'art, et qui remonte eu effet à ses premiers commencements, c;u le terrain où elle a été trouvée 1 appartient aux couebes supérieures de l'âge du niainmoutb. C'est pour la Belgique un des plus anciens inonimieuis de l'art sculptural.

Nous ne dirons rien de la peinture, dont le temps ne nous a conservé aucun spécimen authentique.

Cependant M. Brun, conservateur du musée de Montauban, a trouvé à liruuiquol de Y hématite, ou sanguine, réduite on poudre, et parfaitement, conservée dans une coquille de cardium 1 . A côté, de cette coquille, se trouvait un instrument eu os, espèce de fourchette à pointes très-courtes mais très-aiguës, qui pourrait bien avoir servi au tatouage, genre de parure, très-répandu, personne ne l'ignore, chez les sauvages contemporains.

De l' hématite également pulvérisée a été trouvée aussi à Monluslriic, par M. Peccadeau de Lisle; dans

1 flans le Trou Mugrilt!, jiri? Dijiiint.

s I.e carrfium cdulv uu bucmdc, inutl nsiriie marin comestible, qui se vend sur nos niarclu's.

la Dordognc, par MM. Ed. Larlct et Cbristy, et en llelgii[iiej)ar M. Ed. Dupont.

Pendant la période néolilbique, les arts du dessin semblent avoir été oubliés ou, du moins, tellement négligés, qu'aucun spécimen n'est venu jusqu'à présent, nous en révéler l'existence. Nous aimons mieux mure à une lacune regrettable qu'à un pas rétrograde ou à une décadence complète : car. en délimlive, la loi. du progrès est infaillible dans les rouvres de l'art, connue dans celles de la nature.

Du reste, ou l'a dit avant, nous, cette loi s'observe d'une manière évidente en ce qui concerne l'industrie du silex. Elle n'est pas moins manifeste quand on compare la gravure sur os de la grotte inférieure de Massai (tige de l'aurochs) avec, celle de 1 Savigné (âge du renne) . Là, c'est-à-dire à Massât, le progrès est marqué, non-seulement, par une plus grande fermeté de trait, par une pins grande régularité dans les contours, mais encore par des hachures destinées à indiquer les ombres et à donner ainsi du relief au dessin.

Si l'on compare les produits artistiques que nous vouons de décrire avec ceux do la plupart dos sauvages actuels, on trouvera chez les premiers une supériorité, bien évidente; mais ils offrent en même temps une. grande ressemblance avec les produits de l'art chez les races hyperboroeiiues (Lapons, Eskimau.r, Trhotdcliis) de nos jours.

Eaul-il en conclure que 1rs ouvriers qui nous ont transmis ces antiques spécimens de leur savoir-faire appartenaient à l'une de ces races que M. PrunorPiey a désignées sons le nom de Montjolo'itlcs, les Finnois et les Eliminons, par exemple?

Cette thèse, ou plutôt cette hypothèse, nous ne l'ignorons pas, est aujourd'hui fort à la mode, étoile a été soutenue, nous le savons encore, par dos hommes d'une grande ot incontestable autorité. Mais la Hevite des cours scientifu/ties (S" du ÏO avril 1873) nous apprend que cotte théorie vient d'être attaquée par des arguments qui n'auraient rien perdu de leur valeur, tout au contraire, s'ils ne s'étaient point produits avec une violence, une acrimonie, disons le mot, avec une grossièreté de langage dont l'opimou publique eu France a déjà fait justice, ot que la science qui se respecte réprouve et condamne, à tous les points de vue et dans tous les pays du monde civilisé.

Du reste, Finnois ou Ksl.honiens,peu importe en ce moment. Les dessinateurs et les sculpteurs de l'âge du renne n'eu sont pas moins les précurseurs, ou peut, même dire sans exagération aucune, les créateurs de l'art moderne, glyptique ou sculptural. Et quand avec leurs grossiers instruments de silex, ils dessinaient ou sculptaient la figure de l'homme ou celle des animaux qu'ils avaient sous les yeux, évidemment, quoiqu'il leur insu, ils préludaient à ces chefs-d'œuvre qu'un lointain avenir devait enfanter sous le burin de Callot, sous le pinceau de Raphaël, ou sous le ciseau de Phidias, de Michel-Ange, de

LA NATURK.

Thonvaldscn et de Canova. Enfin , ils nous prouvaient, [iar leurs cernées mêmes, qu'ils étaient les contemporains de ces espèces ('teintes (ours et hyène de* cavernes, mammouth, rhinocéros à narines clairsemées), dont nous retrouvons aujourd'hui les débris mêlés avec cens de nos troglodytes du Languedoc et du Périgord.

D r N. Jni.ï (de Toulouse).

UAiVM VL ACHAT

Cet illustre ingénieur est mort le 10 juin dernier. Le 20, un grand nombre de ses amis, de ses élèves, de ses collègues, le conduisaient à sa dernière demeure. Après un discours de M. Isaac l'ereire et. une courte allocution de M. Le Chafelier, M. Alolinos, président de la Société des ingénieurs civils, a présenté, un exposé des travaux; d'Kugrne t'iaehat.

« Je. ne puis entreprendre, dit M. Molinos, d'esquisser devant vous cette carrière si remplie, Unit entière vouée au travail et à l'amour passionné et désintéressé do notre art; cet art, je ne crains pas de le dire, il en avait le génie. L'histoire de cette belle et utile carrière mérite d'être racontée en détail pour la gloire de l'industrie française et l'exemple do nos jeunes confrères. C'est à sa famille, qui compte des ingénieurs émînehts, à ses amis, à ses nombreux, élèves, parmi lesquels je réclame le plus modeste, rang, qu'incombe ce devoir, et il sera pieusement rempli.

« M. Hachai a attaché sou nom à presque, tous les grands progrès qui ont transformé l'industrie de ce siècle, 11 est peut-être le seul ingénieur français dont la carrière puisse être comparée, à celle de ces grands ingénieurs anglais qui ont répandu leur activité sur toutes les branches (te l'industrie. Cette vie, trop tôt terminée, a été eu effet employée à tant de travaux divers, que je ne pourrais aujourd'hui vous eu présenter la nomenclature sans commettre de nombreux oublis, et pourtant, telle qu'elle s'offre à ma mémoire, elle vous semblerait suffisante pour remplir plusieurs existences Introduction de la méthode anglaise dans notre métallurgie, création de la navigation fluviale à vapeur, et surtout des chemins de, fer, application du fer et de la foute aux grandes constructions, partout son nom est écrit eu lettres ineffaçables au rang des ingénieurs les plus hardis et les plus féconds. Et combien de travaux- originaux qui ont exercé sur les progrès de l'art une influence décisive sont compris dans cette sèche et incomplète énumératioii ! Pour ne parler que. des chemins de fer, puis-je ne pas vous rappeler la part immense qu'il a prise à toutes ces solutions maintenant vulgarisées ou perfectionnées, sans doute, mais qui, il y a vingtcinq ou trente ans, exigeaient tant de génie inventif et de sagacité de la part de leurs créateurs?

« C'est à M. Flaehat que nous devons les premières machines à fortes rampes appliquées au chemin de

Saint-Germain, les grands combles métalliques, le s premiers ponts en 1er à poutres continues; et tandis que ces derniers ouvrages, aujourd'hui imités et répandus de toute part, étaient accueillis en France avec une méfiance aveugle contre laquelle il a du lutter avec énergie, confiant dans l'avenir qui leur était réservé, ii ne se préoccupait que d'en perfectionner l'exécution et voulait qu'ils fussent étudiés d'après les procédés scientifiques les pins exacts. C'est ainsi qu'il est l'auteur du premier pont métallique, calculé suivant des méthodes rationnelles, qui ait été établi dans le monde, et cette œuvre, qui par ce motif a fait époque dans l'histoire des constructions, était, cependant la première en ce genre qu'il ait entreprise!! Tandis qu'il renouvelait le chemin de 1er de Saint-Cermaiu, construisait les chemins de fer d'Auteuil et du Midi, il trouvait encore des loisirs pour étudier de magnifiques projets comme celui des Halles Centrales, pour exécuter d'admirables travaux comme la reprise en sous-œuvre de la tour de la cathédrale de Baveux . Dans cette entreprise extraordinaire, devant laquelle avaient reculé les plus hardis, il a l'ait preuve d'une sûreté, de, coup d'eeil et d'une audace que, le succès a légitimement couronnés. 11 a d'ailleurs obferiu une précieuse, récompense dans la profonde reconnaissance que la population entière de la ville de Baveux n'a cessé de lui témoigner.

« Toujours préoccupé des grandes questions industrielles qui intéressaient la prospérité de son pays, il étudiait les docks de Marseille, la traversée, des Alpes, la navigation transatlantique, laissant comme fruit, de ses études des livres que vous avez tous lus et qui resteront au nombre, des écrits les plus originaux et les plus iiistruetifs qui aient été publiés sur ces sujets si variés. Chacune de ces n livres était un progrès pour l'art de l'ingénieur, un modèle el un eriseiunenient! »

LES PIERRES QUI' TOMBENT DU CIEL

Pour qui regarde les choses d'un pou haut, les progrès importants dans les sciences naturelles se font tous à peu près de, la même manière. Ils traversent trois phases bien distinctes qui se succèdent régulièrement.

Les faits nouveaux d'où ces progrès sortiront sont, d'habitude, annoncés d'abord soilpar des observateurs (pie n'ont pas préparés leurs études antérieures, comme sont les paysans, si bien placés d'ailleurs pour assister aux phénomènes naturels ; — soit par des savants hardis, que l'on est porté, en attendant vérification, à croire victimes de quelque illusion.

Dans l'un et l'autre cas, les faits en question sont niés purement et simplement sous le prétexte qu'ils ne rentrent pas dans les cadres alors tracés par la science, si même (ce qui arrive souvent) ils ne sont pas eu contradiction formelle avec les lois décou-

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