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I.A NATURE

vertes et regardées comme plus générales qu'elles ne le sonl réellement.

Plus lard, l'observation des mêmes phénomènes se reproduisant et se répétant, on est conduit peu à peu, d'une manière invincible à reconnaître leur réalité ; mais on s'empresse, croyant eu être quitte à ee. prix avec eux, de les qualifier de faits exceptionnels : à ce titre, et contrairement à ce que l'intérêt de la science exigerait si impérieusement, on ne leur accorde qu'une attention secondaire. 1,'n peu plus et l'on dirait que par leur caractère inattendu, ils ne font que confirmer les lois auxquelles ils contredisent.

Enfui, il vient mi moment où ces laits mieux étudiés, malgré les entraves que leur opposent lus préjugés et les idées préconçues, révèlent de nouvelles loi.s tout aussi générales que celles précédemment établies et dont, la connaissance devient l'origine de découvertes capitales.

Ces trois phases : négation pure et, simple, tolérance à titre de fait exceptionnel, admission définitive comme notion importante, se retrouvent dans l'histoire de presque tous les grands progrès des sciences naturelles. Nous pourrions citer la génération alternante, la régénération des parties amputées ries animaux, la nidification des poissons, l'ariesthésie, l'état sphéroïdal, etc.; aucun de ces progrès ne fournit un exemple plus net à l'appui de notre assertion que ce grand fait naturel qu'il tombe des pierres du ciel.

Le phénomène de Sa chute des pierres se manifeste fréquemment depuis la plus haute antiquité, et les populations primitives frappées de sou imposant cortège d'éclairs et de détonations n'ont pas manqué: d'eu (aire entrer la description dans leurs légendes et dans leurs chants.

Il joue même, dans les traditions, un rôle si grand qu'on lui a rattaché parfois des phénomènes qui n'ont rien de, commun avec lui : par exemple, la dispersion à la surface de la Cran des innombrables galets qui la recouvrent. On commit ce passage d'un des courts fragments du Prométhée délivré :

« Te faire une arme des pierres du chemin, il n'y faut pas compter ; tout le pays n'est que terre molle. Mais, en vovant fa perplexité, Zens te prendra en pitié et, grâce a lui, de la nuée entr'ouverte, ce sera une grêle de galets à couvrir la terre. Avec eux, sans peine, tu accableras l'armée des Ligures, ft

Certains épisodes des grandes épopées Scandinaves (de la Volospâ et de ï Edda junior) sont ainsi résumées par M. Morcau de Jonnès :

« Le chemin de la Lune gronde sous le char de

Thor, le dieu du tonnerre les régions aériennes

s'en (laminent, le ciel brûle au-dessus des hommes

des yeux ronds, semblables à des lunes, sont formés par les flammes dans les cieux, la terre se déchire, les roches se détachent et le sol est couvert d'une grêle. ))

Et, quoique le savant auteur oublie d'en faire la remarque, il est impossible de ne pas voir dans ce récit une description de chutes météoritiques aux-

quelles rien n'a manqué de leur cortège habituel de phénomènes lumineux et de manifestations sonores. « Ailleurs, ajoute M. Moreau de .loiuiès, les poërnes rmiiques comparent la foudre lancée par Thor à une niasse de fer brûlante. » Et cela achève de compléter la ressemblance.

D'ailleurs, non-seulement Ses anciens ont décrit des chutes de météorites, mais ils ont de [dus utilisé souvent les produits de ces ehutes.

liii effet, c'est sans doute donner une interprétation plausible de l'anecdote mythologique qui nous montre le maître des dieux envoyant un secours de flèches aux combattants qu'il veut favoriser, que d'y voir l'indication de ce fait que des masses métalliques tombées des nues, avec accompagnement d'éclairs et de tonnerre, ont été employées à faire des flèches. La (aide qui représente les cyelopes forgeant la foudre témoigne également de l'emploi primitif du fer météorique ; par cela sent en effet que le métal céleste, si inévitablement identifié; avec la foudre, est considéré comme un produit de la (orge, il est évident qu'on savait qu'il pouvait être forgé: des forgerons mettant en oeuvre des fers tombés d'en haut auront donné, lieu à cet te fable, et l'origine céleste des premiers matériaux de leur industrie peut n'être pas étrangère nu caractère sacré que les traditions nous montrent avoir appartenu, à l'origine, aux ouvriers qui travaillent le 1er.

A des époques moins antiques, les historiens grecs romains et autres ont enregistré avec beaucoup de soin, d'innombrables chutes de météorites: l'indare, l'Iiitarque, Tito Live, l'iiue, Valero Maxime, Julius Obsequcns, César, Ammieii Marcollin, Fholiiis, Méyeruy, Avieeime, Sauvai, etc., etc., en meiitioiuniit des exemples.

Même, plusieurs pierres météoriques furent élevées à la dignité île divinités. Témoin celle qui était adorée sous le nom d'Ela/jabale, chez les rhénicieiis ; de Cybèle ou Mère des Dieux, chez les Phrygiens; de Jupiter Amman dans la Libye, et qui, 104 ans avant notre ère, fut transportée à Rome, où elle devint l'objet d'un culte particulier ,

Une autre pierre, tombée près du temple de Delphes, passait pour avoir été rejetée par Saturne; une autre tombée à Abydos, en Asie Mineure, était conservée dans le gymnase de cette ville ; une autre, tombée à l'otidée, eu Macédoine, étant regardée comme d'un favorable augure, y avait attiré une puissante, colonie. On dit que la pierre noire rie la mosquée de la Mecque est une météorite, et l'on voyait encore en 178'), dans l'église même de la petite ville d'Ensishein, en Alsace, une grosse pierre tombée au quinzième siècle, devant l'empereur d'Allemagne.

Et cependant, malgré ces témoignages innombrables, contre-signes souvent des noms les plus illustres, nous voyons les savants, jusqu'à la lin du dix-huitième siècle, rejeter ce phénomène sans seulement l'examiner, et ne voir dans tous ces récits (chose à peine croyable) qu'une preuve déplus de la crédulité du bas peuple.

Nous n'inventons rien ; voici commuât, en 1 7GS, s'exprimait l'immortel Lavoisier, au sujet d'une chute observée tout récemment <l;ins le Maine, avec la plus vivo émotion, par la population tout entière de Lueé : « L'opinion qui nous paraît la plus probable, celle. qui cadre le mieux avec les principes reçus en physique, avec les faits rapportés par les témoins et avec nos propres expériences, c'est que cette pierre (un échantillon de la météorite) qui peut-être était couverte d'un peu de terre et de gazon, aura été frappée par la fondre et qu'elle aura été mise en évidence. » Convenons qu'il fallait avoir une bien grande confiance en soi et dans les •principes reçus en physique, et bien peu de considération pour « les parti-

culiers qui travaillaient à la recolle u (e'ot ainsi que Lavoisier appelle les témoins du phénomène), pour s'arrêtera une telle conclusion.

Quoi qu'il en soit, l'Académie des sciences rejeta solennellement, comme absolument fausse, l'idée ipie des pierres pouvaient tomber du ciel, et son intolérance à cet égard devint telle, que Pietot, convaincu de la réalité du phénomène, eut besoin d'un véritable courage pour en parler eu novembre 1802 devant le « premier corps savant du monde. »

Le verdict de l'Académie n'empêcha cependant pas les [lierres de tomber et l'époque paraît même avoir été particulièrement fertile en chutes. Celles-ci se renouvelèrent si souvent que les savants allemands

Chute u'uu liolidii y Quei]n^in]d. (Iiuic*].

et anglais, grâce surtout aux travaux de Chladni et de Howard, s'étaient complètement convertis, alors que les académiciens français se renfermaient toujours dans une négation absolue.

Enfin, la chute observée eu 1805 dans l'Orne, presque aux portes de Paris, contraignit, pour ainsi dire, les savants à se ru etlre à l'école de simples paysans et l'on vit un membre de l'Institut, le jeune Biot, aller demander aux villageois des environs de Laigle do faire son éducation et celle de l'Académie sur un des chapitres les plus importants de la physique du monde.

Repuis cette époque, on admit généralement que des pierres et des masses de fer, étrangères à notre planète, peuvent tomber à la surface de la terre. Mais, conformément à ce que nous disions [dus haut, on s'empressa de faire de la notion nouvelle un fait d'exception n'ajoutant et ne retranchant non au système de lois naturelles que l'on regardait comme connues.

Selon certains savants, comme la Place et Poisson, les météorites seraient les produits d'éjection de volcans lunaires qui, sortis fortuitement de la sphère d'attraction de notre satellite, viendraient par un second hasard tomber sur notre sol ; — d'après d'autres physiciens, tels que Chladni, ce sont de simples résidus de la fabrication des mondes ; comme une manière de copeaux oublies par le divin ouvrier qui n'a pas trouvé à s'en servir; — selon d'autres enfin, parmi lesquels on peut citer M. Lawrence Smith et il. R.-P. Greg, ce seraient les débris d'astres dévoyés accidentellement de leurs orbites et qui se seraient brisés dans leur choc mutuel.

Dans tous les cas, les météorites sont dans ces hypothèses des témoignages du désordre qui règne dans l'univers et des imperfections dont il est entaché.

Aussi, pendant longtemps a-t-on cru ne devoir ac-, corder aux pierres qui tombent du ciel qu'un intérêt de pure curiosité ; leur examen ne devant évi-

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