‹ La Nature 1873Chapitre 45 sur 171 · L. LiiÉniTiEH · texte numérisé non relu

L. LiiÉniTiEH

Le l'itijiru'tairc'Gcrnnt : G. Tissa^difr.

Fllil*>. — 1HI'. &1HOS KtÇQV KT COMP., ule u'Lniimin, 1.

IU JL'ILLKT lfUT,.

L'EXPEDITION DU CIULLENliElt

ET LES SOi'ltAGES OCKAMQt'ES.

Les explorations sous-marines confiées aux soins d'un certain nombre do savants anglais par l'association britannique, ont déjà fourni à la science, de nouveau*, rit précieux documents.

Le Challenger continue son voyage autour du inonde, jetant partout, à la surface de toutes les mers, sa sonde ou ses filets 1 . Ce navire a récemment

quille Nciw-Vorlv, après a\oir accompli la première partie de son vaste programme d'expérience ; nous l'accompagnerons do nos voeux, dans sa belle croisade scienlïfii|ue, et nous voulons, dès aujourd'hui, dire quelques mots de sa campagne, depuis son départ de l'ot tsmoulli jusqu'à sa première étape. Le Clialleixjer e>t une corvette à faux pont de 2,0U0 tonnes, dont Ja construction est parfaitement appropriée au but qu'elle doit poursuivre. On a retiré l(i canons de son armement, et son embolie- est transformée en un véritable établissement scientifique. La cabine d'arrière est séparée par une cloison,

Le kdoratruic du ChalU'ntjer.

en deux pièces distinctes, dont l'une est destinée an capitaine Narès, et dont l'autre sert de cabinet de travail à un des savants de l'expédition, M. Wvville Thomson, à qui nous empruntons les descriptions qui vont suivre, d'après un très-intéressant récit qu'il vient d'adresser en Angleterre 2 . La cabine d'avant sert do bibliothèque, elle est remplie de livres destinés aux expérimentateurs et aux savants de l'expédition. Vers le milieu de l'embolie, se trouve un cabinet de travail et une chambre obscure destinée

1 Voy. Chronique du n° 5, p. 40.

2 L'intéressant voyaço: cl 1 1 CJudiauijer est ivguli'jrerncnt publié dans le journal malais Salure. L'honorable directeur du journal anglais, le savant M. Loebvcr, a bien voulu souhaiter la bienvenue à la Sature française. Il irais a l'ail l'Unnoeur île nous demander quelques-uns de nos clichés, et de traduire.

aux opéi allons photographiques. A tribord est disposé le magnifique laboratoire de chimie, dont la gravure ci-dessus représente très-exact cmeul l'ensemble. Des microscopes sont placés au milieu d'une grande, table, tout prêts à recevoir sur leurs porteobjet, les préparations micrographiques, à amplifier pour l'observateur, les foraminifères, les débris organiques que le filet ou la sonde viennent d'arracher sur place, aux abîmes de la mer. Des oiseaux empaillés, pris en mer ou sur les côtes, sont accroches

en amollis nos articles qui les accou:p:t;isa'ciii. II nous a proposé, en ro.tiaiiLre, de mollre à nolce disposition les documen de. sa belle publication. Nous aiuns accepté avec empressement cettii offre di: coiitralernilé scientifique, dont nos lecteurs proiiteront dès aujourd'hui, en ayant quelquos renseignement inédits en Fiance sur l'expédition du Challenger. G. T.

au jilalbnd. aveu des boites de fer-blanc, destinées à conserveries collections. Des lampes pendues à un use mobile, éclairent le chimiste, malgré les oscillations de son laboratoire ballotté à la cime des vagues .

Presque tout l'avant de l'r.mbello du Cliallenqer, est orcupé par les drisses dessoudes et des filets, par les appareils thermomélriqucs, et photoractriques de M. Siemens, par toutes les machines encombrantes, telles que pompe hydraulique, et aquarium.

Des laboratoires de zoologie, des cabinets do physique, riches des plus beaux appareils, complètent l'armement de ce navire, que ses captures ne tarderont pus à transhumer en un .Muséum lloltaut.

L'expédition a quitté Portsniouth à 1 1 h. 7>i), le 21 décembre 187;!. « Pendant mie semaine, dit M. TliQinsuu, nous l'unies ballottés à l'embouchure du canal de la Manche, et, nous arrivions péniblement a. la baie de Biscaye... In peu avant d'atteindre Lisbonne, le temps s'est calmé jusqu'à Gibraltar... Je vous écris maintenant à 100 nulles au nord de Madère. iNous avons fait quelques sondages heureux, à de grandes profondeurs de 2,000 brasses environ 1 ; ils ont mis entre nos mains un grand nombre d'espèces animales dont la plupart sont d'une grande rareté, et dont quelques-unes sont nouvelles pour la science. C'est de la grande vergue que l'on jette le filet de sondage, soutenu par un système spécial, à l'extrémité de la vergue.

Les deux ou trois premiers coups de blets lie nous fournirent plus bientôt au delà des côtes de Lisbonne que do la vase marine, visqueuse et homo-

K ' !Ile ' "

Plus tard, à la hauteur du cap Sauil-\ ineenl, la

grande sonde est jetée en mer, cite atteint le fond à une profondeur de fj(J0 brasses, et rapporte à bord, dans le filet dont elle est munie, plusieurs espèces de poissons (genre Slacrourus, Mugil, etc.). (les [missous se trouvaient dans une situation particulière, par suite, de l'expansion de l'air contenu dans leurs organes: l'extrême diminution de pression qu'ils subissaient, à la surface de la mer leur faisait sortir les yeux de la tète; ou les eût dit intérieurement poussés par un ressort.

« Dans nos sondages postérieurs, ajoute if. \Vvville Thomson, nous avons ajouté à notre collection plusieurs crustacés remarquables. L'un d'eux retiré d'une profondeur de 1 ,0'JO brasses, appartenait à l'ordre des Ampliipodes ; il avait emiron 9 centimètres de longueur, et ses jeux fort remarquables s'étendaient en deux grands lobes sur toute une partie de sa tète. »

Les mollusques sont extrêmement rares dans les cauv | refondes, et les ] rises opérées par Je Challenger se sont bornées à quelques espèces n'olfrant lins d'intérêt spécial Mais une des captures les plus remarquables, faites à la profondeur de 1 ,oi!o brasses, consiste en un nouveau polype de la famille des

1 La brasse anglaise vaut 1", 80 cinii'uii.

Brvoïoaires; la forme de cet être bizarre est celle d'une coupe de cristal ; la base de son corps étrange se rassemble en une tige transparente de » à 1 centimètres de haut, analogue au pied d'un verre de Bordeaux. Les Échiiiodernes ont fourni aussi des échantillons très-variés, très-intéressants; et parmi ceux-ci il faut mentionner un individu fort rare, déjà décrit par Agassiz sous le nom de Scdenia Varispinu.

A de grandes profondeurs, la sonde a souvent rapporté des Gorgones, douées d'un pouvoir de phosphorescence très-prononcé. La lumière, que ces êtres projettent serait-elle destinée à éclairer le fond de l'Océan, (pie l'on supposait jusqu'ici plongé dans les ténèbres. Brillerait-il, au contraire, de clartés et de lueurs produites par les habitants dont iJ abonde'/

Le capitaine Maelenr, s'occupe spécialement à bord du Challenger, de ces phénomènes de phosphorescence, dont il étudie les propriétés spectrales, et qui lui apporteront certainement une riche moisson de faits inattendus.

On voit que l'expédition du Challenger, est digne de fixer l'attention de tous les amis de la science. Gctte vaillante corvette n'a encore jeté sa sonde que sur quelques points de la superficie maritime; elle ne l'a cependant presque jamais retirée des bas-fonds de la mer, sans y trouver des témoins de la vie, dans les profondeurs océaniques, sans y rencontrer quelque produit, digne d'être analvsc et étudié par le savant. Que sera-ce quand ses explorations vont se poiler vers des mers plus éloignées, vers des régions moins connues, et dans des profondeurs plus grandes ? Que de mystères sont cachés à nos yeux sous cette nappe mouvante de l'Océan ! Que d'énigmes sont à jamais enfouies sous ces flots mobiles, qui nous cachent une faune et une Ilore d'une richesse si prodigieuse, que la soude jetée au hasard en recueille partout des vestiges.

11 ne manque certes pas de conquêtes à faire au sein des abîmes océaniques qui, quoique voisins de nous, sont aussi peu connus que les profondeurs du firmament!

Gaston Tissamiier.

LE TllEMULEUENT DE TERRE

DE TA SAINT-riEnriE (29 JLIR 1875).

Le centre de celébranlenient, dont les proportions ont dépassé celles des tremblements de terre, assez fréquents dans le district alpestre, parait avoir été dans l'intérieur du triangle formé par Trévise, Hellène et Conegliauo, et principalement sur les bords du Soligo, petit, torrent qui se jette dans la Pi ave.

Les secousses ont fait vibrer le sol au delà de ce district. On les a senties avec une intensité d'autant plus grande qu'on s'en approchait davantage; mais tout l'Etat vénitien, la Lornbardie, la partie orientale du Piémont, l'illyrie, le Tyrol autrichien, même les

vallées bavaroises et quelques villes de la Suisse romande, telles que Lucerne, ont éprouvé également des secousses. Le lae de Tégenie, non loin de Munich, aurait débordé.

Dans la vallée du Soligo, la terre s'est soulevée verticalement, aussi plusieurs édifices ont-ils été ruinés de fond en comble. L'église dû Saint-Pierre île Fellelre s'y est entièrement écroulée. Ou a ramassé 40 cadavres sous les décombres. Comme le 21) juin coïncide avec la Saint-Pierre, il v avait, malgré l'heure matinale de la catastrophe (5 heures), beaucoup de monde dans les églises. Cette malheureuse coïncidence a multiplié considérablement le nombre des Victimes ; car, à cause de leur Orientation indépendante des plis du terrain, et de leur volume, ces édifices sont excessivement dangereux- quand la terre se met à trembler. Ou a vu, dans plusieurs villes, les prêtres épouvantés fuir de l'autel sans prendre le temps de déposer leurs ornements sacerdotaux ; on cite ni nie un officiant qui tenait d'une? main convnlsive le calice dans lequel se trouvait l'hostie consacrée !

Les oiseaux qui chantaient dans les arbres et, sur les toits ont immédiatement cessé de faire entendre leur ramage.

Les malfaiteurs, détenus dans les prisons, ont fait des efforts pour se faire mettre en liberté. 11 a fallu l'intervention de la force publique pour les retenir dans, le devoir.! ~™~ "

Les personnes qui se trouvaient dans l'intérieur des maisons bourgeoises ont elles-mêmes éprouvé, dans bien des endroits, une excessive difficulté à en sortir; car un des premiers effets d'un tremblement de. terre est de déranger presque toujours les portes et d'empêcher de les ouvrir.

Un a remarqué que les fils télégraphiques ont été arrachés dans un grand jiomhre d'endroits. Le fait suivant donnera une idée de l'énergie des oscillations qu'ils ont éprouvés. On a vu deux fils distants de m ,10 (1 décimètre), se choquer l'un contre Pautre !

Ce tremblement, de terre semble donner raison au professeur Palinieri qui prétend qu'un volcan finira par sortirai! milieu des Alpes. C'est le voisinage du mont Baldo que le directeur de l'observatoire vésuvieu a indiqué pour la place du futur cratère.

Le bruit s'était répandu que le lac de Sauta Croce s'était mis à bouillir. Ce qui est certain, c'est que, deu.x jours avant la catastrophe, un pécheur s'est aperçu que le niveau des eaux était [dus élevé qu'à l'ordinaire. Nous ne croyons pus que l'on ait découvert des cendres volcmiques dans le voisinage de Farra, mais à Pu os on a entendu très-nettement, le sou de bruits souterrains.

La secousse principales» été, accompagnée de mouvements accessoires dans ht vallée du Soligo et dans toute l'étendue de Trévise à Belluue. Les habitants épouvantés ont campé sous la lente et sont restés plusieurs jours sans oser rentrerdansleursdemeurcs.

Comme toutes ces villes sont pourvues d'instru-

ments enregistreurs des tremblements de terre, nous aurons à recueillir d'autres renseignements sur cette épouvantable catastrophe.

— La suite prochainement. —

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