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LE PERCEMENT DU SALNT-GOTHARD

Les travaux de percement duSaint-frothard se continuent avec la plus grande, activité. De nombreux: ouvriers, armés du pie, delà poudre et (lebidvuaiiiite, attaquent les lianes du massif alpestre, sur le versant, nord, du côté du (Jœschencn, sur le versant sud, du côté d'Airolu. Pour que les deux excavations qui vont toujours en se rapprochant du centre de la montagne, se rencontrent, pour que l'immense rempart où la nature a entassé granit, schistes et calcaire, soit percé de part eu part par un tunnel de lii kilomètres de longueur, il faudra, pendant de longues années, accomplir des prodiges de travail et de persévérance.

(Juoique cette œuvre ait été entreprise, ne l'oublions pas, dans un but hostile à la France, quoiqu'elle ait soulevé bien des nuages dans l'atmosphère de la politique, elle n'en offre pas moins une importance capitale au point de vue scientifique : Jes résultats qu'on en peut, attendre au nom de la géologie, de l'art de l'ingénieur et des intérêts commerciaux, sont considérables.

Aous mettons sous les yeux de nos lecteurs la coupe du tunnel, fuite d'après un géologue distingué, M. Giordaiio, et nous l'accompagnerons des curieux détails géologiques, que vient de publier, à ce sujet, la Bibliothèque universelle de Genève 1 .

« Le Sam Kïotliard présente au centre deuv massifs granitiques considérables, dont le plus septentrional occupe la partie supérieure de la vallée de la l'euss, et le plus méridional forme les sommités du Monte-Prosa, de la i'ihhia, du Piz Lucendro ; ils restent à l'ouest du trajet, du tunnel , et sont compris dans une masse considérable de gneiss ou de micaschiste feldspalhique qui forme une grande partie du tunnel et dans laquelle se trouvent des alternances de roches dioritiques et amphiboliques. Une zone de calcaires plus ou moins micacés, associés a des calcaires cristallins, est intercalée au milieu de ces roches, au nord d'Andermatt, d'ilospenllial et de Zumdorf. Elle longe la vallée d'I.'rseren et passe au col de la Furca, où elle est associée

1 Archives des sciences physiqut s et naturelles, t. XtAI, n° 181. — >ous adressons nos remerciements sincères au directeur de cette pulilieuLiun, qui ;i bien voulu nous autoriser à kiro j^uver nuire coupe ^ôoiogique d'unies celle qu'il a publiée en Suisse,

à de la eargneule. Le gneiss recommence au delà de cette zone, mais sur une faible largeur, et il s'appuie contre le granit de Cicoseheiieu, dans lequelost creusée la partie sptentrionale du tunnel, cl qui appartient au massif do Fiusteraarhorn. Au sud, le gneiss passe à des schistes ampliiboliques, micacés et grenatifères d'une grande épaisseur, dans lesquels le tunnel se termine du coté d'Airolo. A ces schistes succède une zone calcaire qui occupe le fond de la vallée du Tessin et qui est de même nature que celle d'Lrsercn. Elle est associée à des dolomies grenues et à de grandes masses de gypse qu'on voit dans levalCanarie et sur plusieurs points du cours duTessin; elle s'appuie au sud contre des masses puissantes de, schistes calcaires et micacés qui forment l'Alpe Piscnun, le l'ico di Mezoddi, etc.

a La zone de calcaire d'Airolo se, prolonge , à l'ouest, jusqu'au col des Muffoneu et au delà. Ou y voit la eargneule en contact avec un gneiss bien caractérise, puis une roche calcaire schisteuse, foncée, d'un aspect singulier; sa surlace présente desbélemuites mal conservéesniius dont la formée!, la structure interne sont très-reconnaissables, et des corps bizarres dont les uns ont la forme de prismes et les autres celles de lentilles.

« Les roches de N'uflenen et celles de la Furcasont probablement de même époque. Par analogie avec d'autres parties des Alpes, ou est tenté de les rapporter au terrain basique ; peut-être les roches à ijélciuiiiles des Mui'feiieii sont-elles intercalées par suite d'un plissement dans les roches triasiques que paraissent présenter les dolomies, les gypses et les calcaires micacés des environs d'Airolo. Le travail de M. (liordano donne sur ce sujet peu d'éclaircissements. Ses hypothèses sur l'âge des gneiss et des micaschistes de ce massif ne seront probablement pas admises sans discussion.

Jl considère ces roches comme des roches paiéozoïques, métamorphiques, et il serait particulièrement disposé à les regarder comme faisant partie du terrain carbonifère ; le centre du massif appartiendrait aux roches les plus anciennes. Les masses granitiques centrales auraient pénétré ces roches à l'état [lâteiu, y auraient envoyé des liions et les auraient profondément modifiées. Ce fait se serait passé après l'époque triasique. Le SaiiU-Gothard présente une structure en éventail très-régulière. M. (liordano regarde cette structure comme le résultat d'une croûte dont la partie supérieure aurait été enlevée par érosion. »

Ces détails géologiques sont complétés par la coupe du Saint-flothard (voir ei-contre), qui est exactement reproduite à - iF „V<jd ; la 'in lle inférieure représente le niveau de la mer; les chiffres delà légende explicative donnent l'étendue en mètres des diverses couches à perforer. Eu les additionnant on obtient la longueur totale du tunnel, qui est exactement de lo,070 mètres.

Une assemblée générale des actionnaires de l'œuvre gigantesque que nous étudions a eu lieu le

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50 juin dernier, l'n long rapport sui' les travaux exécutés jusqu'à la lin de l'année 1872 a été présenté au nom du la direction et du conseil général d'administration. On a rencontré les plus grandes difficultés aux débuts de l'entreprise. Il a fallu d'abord ouvrir une longue tranchée en avant du tunnel, et c'est seulement le 30 septembre que le terrassement lut terminé ; 5 , G mètres tubes de roches ont été.

broyés et arrachés desversatitsdu Saint- Gotha, rd pendant l'exercice 187*2 ! .

Mais on reconnut bientôt que des éboulements de rochers, dus à la raideur des talus, rendaient les travaux difficiles et dangereux. L'entrepreneur prit la résolution d'établir nue voûte protectrice devant l'entrée de la galerie,. Grâce à ces préca niions, les travaux ont pu se continuer en faisant sauter les roches au moyeu de la poudre et de la dynamite.

Les travaux d'installation que nécessite l'établissement de perforation mécanique dj tunnel, ont été commencés en septembre. On utilise comme force motrice la Reuss, du Saint- Gotha rd. En employant des turbines avec 80 mètres de chute, on aura 1 , pour faire fonction- ,

ner les machines, '.:-■.':■.■■'('■':■,?■:?-■■:■ M

une force disponible '" *' : 'sS

de 000 chevaux. Cette

force mettra en mouvement les machines de perforation, au moyen de l'air comprimé qui sera encore utilisé à la veutilation du tunnel.

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L'attaque du massif alpestre s "exécute des deux côtés à la fois; sur les deux versants nord et sud,

l'activité est! a même, niais sur les deux versants de l'immense montagne , dont le sommet s'élève jusqu'à 5,300 mètres au-dessus du niveau des mers, la résistance de la nature contre l'attaque de l'industrie a été également énergique , également difficile à surmonter. La dureté des roches semble avoir eu pour alliés le froid , la ncicie et les inondations, qui pendant tout l'hiver se sont en quelque sorte opposés à la témérité humaine.

Vers la fin de décembre, du côté du nord , des neiges abondantes apportèrent aux travaux do sérieuses entraves que des infiltrations d'eau avaient déjà singulièrement ralentis quelque temps auparavant. Pendant longtemps il fallut en effet réunir les efforts des travailleurs pour boucher lesfentes,oùles eaux s'écoulaient, en cascades, et la galerie ne pouvait guère avancer que d'un mètre par semaine.

Toutefois, ces obstacles furent vaincus, et pendant le dernier trimestre de l'année dernière, on avança les travaux de près de 10 mètres par jour, en moyenne.

Sur l'autre versant du Saint - Gotliard,

Jl^: Jîs ■"i = ^'= si du côté d'Airolo, les

conditions titniosplidriquos ont été tout aussi défavorables. Sur quatrevingt-douze jnnrs, il n'y a eu que cinquante-cinq jours sans pluie et sans neige. Dans le seul mois

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d'octobre, on a compté vingt et un jours pluvieux. La perforation mécanique à Airolo emprunter;! sa force motrice aux eaux île la Tremola; ou obtiendra une force de 600 chevaux, au moyen de 10.') mètres de chute.

Malgré les intempéries de l'air et la résistance des massifs géologiques, un jour viendra où le Iravail intelligent aura primé celte force inerte des éléments; le voyageur, commodément assis dans un -wagon, s'engagera comme à travers une taupinière, dans le sein même d'un des plus énormes géants du massif alpestre !

(Iasion 'J'issvmiiei;.

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