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LES CROTTES DE MENTON

et i.a oi:estiox de l'homme fossile.

La découverte d'un squelette humain, dans l'une des grottes de Menton, a produit, on se le rappelle,

1 Dans notre ascension, exécutée, au champ tic Mars cri ÎSO'J, avec le ballon lu Pâle-Sord, nous avons été obligé*, p mr maintenir en l'air c-t énorme ballon de 10,0110 mèlrc;;, de jeter, en trois heures de temps, 800 kilogrammes île lest. I.e billion à terre, était exposé ù un soleil brillant, La température du gaz pouvait rertiiuemenl dépasser 40". \ 3,000 mètres, la température était de 4° au-dessous île zéro; l'aérostat descendit bientôt avec une vitesse extraordinaire, te. lest l'ut jeté, sic par sac, sans interruption. Dans œs conditions, mal^r ; 1,000 kilogrammes de lest, le Pô'i~Suid eût clé incapable de séjourner en l'air plus de 24 heures.

un véritable événement dans le monde savant; elle s'est présentée comme un nouvel et frappant exemple de l'homme fossile.

Cetle déeouverle a déjà été l'objet de, bien des commentaires, mais elle offre à la critique quelques caractères saillants que l'on a omis d'exposer jusqu'à ce jour et que nous croyons intéressant de passer eu revue.

Chargé par M. le ministre de l'instruction publique de faire des fouilles dans les cavernes de Menton, déjà explorées par plusieurs savants, M. le D r Rivière étudia neuf grottes, situées sur le territoire italien, au voisinage de la frontière. Ses recherches le mirent bientôt en possession de nombreuses pièces qui se r ïésentèretit comme l'affirmation des assertions émi^s avant lui pur JIM. Antonio Grand, Forci (de

Morges), (ieuv, Pérès, Issel, Chantre, Ronfils, Moggridgo, etc. , à savoir que l'homme préhistorique avait habile ces cavernes.

Les grottes de Menton sont creusées, ainsi que j'ai pu le vérifier par moi-même, non dans le crétacé inférieur, comme l'a écrit M. Rivière, d'après les auteurs de la carte géologique île France, mais dans le calcaire garumnien, immédiatement au-dessous de l'étape tertiaire iiummulitique, si bien développé aux environs de Vintiuiille, entre cette ville et celle de Menton. De larges failles, probablement post-éocènes, ont donné lieu au creusement naturel de ces cavernes et même de quelques-uns des abris décrits par M. Rivière,

Les touilles dirigées pai 1 eel observateur ont été conduites avec un grand soin, sinon une grande expérience; ses descriptions se ressentant en effet du peu de pratique du chercheur, elles sont quelquefois ou diffuses ou incomplètes. 11 n'eu faut pas moins reconnaître que M. Rivière a fait preuve d'une rare persévérance dans sus recherches, dans ses travaux, et que Cette- pratique des fouilles qui lui faisait défaut à l'origine, il l'aura certainement acquise dans le cours de ses belles découvertes.

Il résulte do l'ensemble des investigations de notre confrère, que généralement à la partie supérieure d'un certain nombre des cavernes étudiées, gisent des instruments et des outils de l'époque préhistorique qui a immédiatement précédé, dans l'ouest de l'Kurope, l'apparition des métaux. Au-dessous des couches de la surface, abondent des débris d'industrie humaine indiquant nue civilisation bien plus primitive-, en même temps que la superposition des amas, leur assignait une antiquité plus considérable. C'est dans ce dépôt ancien qu'a été retrouvé , à une profondeur de G'",T)5, le fameux squelette humain dont nous représentons l'asiiect. Le terrain paraissant vierge de remaniement, il était naturel de penser et de dire, ainsi que l'a fait M. Rivière, que le squelette était contemporain du dépôt, qui l'entourait. Mais quel est. l'âge géologique et paléoutologique de ce dépôt? c'est ce qu'il est impossible d'affirmer d'une manière parfaitement exacte d'après la description de M. Rivière.

Eu effet, tandis que certaines espèces de la faune, entourant ce squelette, permettent de désigner une époque paléoutologique ancienne, l'étude des instruments en os, et en pierre, celle de la parure encore attachée au squelette, semblent nous conduireà une époque plus récente.

La présence de, l'ursus spelœus, du felis spclœa, et des autres felis; de l'hyena spelœa, du rhinocéros tichorrinus, du bos primigemus (unis), parait bien indiquer qu'il s'agit d'un gisement datant de l'époque paléoutologique quaternaire la plus ancienne (époque de l'ours). La découverte de types d'instruments en pierre, semblables à ceux du Moustier, confirme encore cotte hypothèse.

Mais, d'autre part, l'abondance des cerfs dû diverses espèces (il y en a cinq), et des autres rumi-

nants de petite taille, la présence du chamois surtout, que je ne connais guère, pour ma part d'une manière authentique, que dans les gisements postérieurs à ceux de l'âge de l'ours, la multiplicité de fort beaux poinçons en os, à formes caractéristiques, des aiguilles, des ciseaux, des lissoirs, un hàlou de commandement, le tout également en os, la parure si dislinctive du squelette, la similitude de cette parure avec celle de l'homme fossile duPérigord découvert par MM. Masseua, Lalande ctCartailhae.daus un gisement incontestable de l'âge du renne, la ressemblance enfin de cet homme avec celui de Cra-Magno, me font penser qu'il v a là toute une séné d'objets d'un âge postérieur à celui de l'ours, c'est-à-dire de l'âge du renne.

Mais,, dira-t-on, comment est-il possible d'affirmer que la seconde série de pièces citées appartiennent à l'âge du renne, puisque le renne, ne se trouve pas lui-même parmi les cerfs émmiérés par M. Rivière. La réponse est aujourd'hui facile à faire.

" Rien que l'on n'ait pas encore terminé d'étudier en Italie, les nombreuses grottes dont ce pays abunde, les recherches des Capc[lini,des Regtioldi, des Belluci, des Issel, des Scarahelli"et de tant d'autres géologues célèbres dont nous avons admiré les collections au cinquième congrès préhistorique de Bologne, ont prouvé quele renne n'existe pas dans les débris paléontologiques fournis par les grottes de l'ancien Piémont. Cependant l'industrie caractéristique de cette époque s'y dessine d'une manière tellement nette, qu'il a été possible à tous les archéologues fiançais du congrès, dédire sans hésiter: s Voilà une industrie exactement contemporaine- do celle que le renne caractérise en France par sa présence, s

Du reste, nous pouvons voir aujourd'hui, grâce au progrès de la géologie, que des glaciers avoisinaient toujours les régions dans lesquelles les reunes abondaient. Or, les côtes de la Méditerannéc n'ont jamais fourni des moraines glaciaires ; il est donc permis de penser que le renne ne pouvait pas y vivre, puisque d'ailleurs l'élude de son émigration permet de le suivre remontant vers le nord, à mesure que les glaciers ont disparu presque complètement du centre et de l'ouest de l'Kurope.

rendant que le renne était ainsi limité dans certaines régions de la France et disparaissait ensuite, la civilisation de cette époque suivait sa marche d'ascension et de statu quo ; elle se répandait dans de solides conditions pour ne s'effacer qu'à la longue, après avoir imprimé les mêmes usages à des peuplades fort éloignées les unes des autres, mais qui cependant avaient déjà des habitudes de voyages et d'échanges.

Ce n'est guère, en effet, qu'à l'époque du renne que nous voyous, pour la première fois, dans les dépôts renfermant les débris de la civilisation de cette époque, des objets caractéristiques d'un pays, transportés par l'homme dans mi autre. C'est ainsi que les coquilles du bord de l'Océan ont été portées sur les bords de la Méditerranée, dans les grottes de

Menton, par les hommes contemporains de celui que nous devons aux recherches de M. Rivière.

L'homme fossile de Menton paraît être un représentant, non des peuplades de l'ours, ainsi que l'a cru M. Rivière, maisbien de celles de l'âge du renne. 11 a probablement été inhumé dans une grotte antérieurement habitée par l'homme à l'âge de l'ours. Le remaniement de la caverne aura passé inaperçu pendant les fouilles.

Dans un prochain article nous compléterons ces aperçus on donnant, un résumé de la question générale de l'homme fossile, de manière à bien faire saisir an lecteur le côté géologique et paléontologique île cotte nouvelle branche de la science. .Vous le mettrons en mesure de porter lui-même un jugement sur la grande signification philosophique et morale des découvertes si instinctives et si nettes, que l'on doit à ce sujet, aux savants de notre siècle.

l) r F. Gaiuugou'.

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