LA NATU11K
Dans ce but, il plaça un de ces engins à l'avant du petit bateau et se dirigea droit sur Je navire-amiral, qui était ïlhosatonic ; il l'atteignit, fixa sa torpille et s'éloigna... Lu montent après, l'arrière de VHoosalonic sautait, ut le bâtiment tout entier s'abîmait dans les Ilots! Le torpedo-hoat était créé.
L'exemple donné devant Chai'leston ne fut pas perdu. Les Américains commencèrent à construire des petits canots sur le modèle de celui qui avait si bien frappé le navire fédéral, a\ec cette différence, qu'ils n'étaient pas sous-marins et qu'ils étaient pourvus d'une machine à vapeur.
A l'avant, un espar d'une vingtaine de pied-- s'avançait, lui mécanisme très-simple permettait de manœuvrer cette lance, à l'extrémité de laquelle était la torpille. Celle-ci consistait eu un vase de cuivre ayant la l'orme d'une bouteille de Champagne, rempli d'une poudre puissante, et dont le ventre était pourvu de cinq détonateurs. La tète de l'espar s'enfilait dans le col de la bouteille, où celle-ci était, retenue par une clavette.
Le mécanisme qui faisait mouvoir la lance permettait de l'incliner sous l'eau dans la mesure nécessaire pour atteindre le navire au point que l'on supposait le plus vulnérable.
Le premier essai de ce genre de bateau eut lieu dans la nuit du 9 avril lsti-l contre le Minnesota, navire amiral fédéral, mouillé à Jlainpton-Roads, devant Newport-iN'evvs. Le canot employé dans cette affaire se nommait le Squib et avait été confié: au fameux capitaine Davidson. Aidé de deux hommes, celui-ci descendit la rivière dans le Squibei s'approcha d'abord de VAtulanfu ; mais ce Làlimcnl étant près du rivage, et d'ailleurs environné d'emburcations, les torpilleurs se dirigèrent sur le navire le plus Voisin, qui se trouvait être le lloancke; malheureusement ce dernier n'était guère pion accessible que le premier, occupé, qu'il était à l'aire son charbon, et par conséquent presque entièrement entouré de chalands.
Le Squib fut hélé; Davidson répondit qu'il venait du fort Monroé et qu'il apportait des dépêches pour l'amiral; bénévolement on lui indiqua alors le lieu où était mouillé le navire de cet officier.
La lune brillait au ciel, çà et là cependant, obscurcie par quelques nuages, ce qui ne permettait pas au Squib de se diriger aussi bien que le désirait son audacieux équipage. Avant d'atteindre le Minnesota, Davidson fut donc interpellé plus d'une fois par les navires près desquels il dut passer. Il leur fit la réponse qu'avait déjà reçue Je Iloanoke, et continua sa course; mais en approchant du Minnesota les qui vive! devinrent plus impérieux, et ordre fut donné de délivrer ses dépêches au iender, qui était en arrière.
Davidson comprit que le moment était venu d'agir. Lançant donc sou canut, il contourna le navire de façon à l'atteindre sur tribord.
L'officier de quart, croyant à -une faute de manœuvre, réprima vertement le commandant du canot ;
| mais celui-ci ne tenant aucun compte de l'observa-
! tion dont sa gaucherie simulée était l'objet, l'officier
■ comprit enfin le péril qui le menaçait et donna aus-
| sitôt le signal d'alarme, tr C'est le canot-torpille
Squib des confédérés! n lui cria Davidson. Au
I même moment, le S(juib frappait le Minnesota à
8 pieds au-dessous de sa ligue d'eau, tout près de
l'hélice.
Le choc fut si violent que l'arbre de l'hélice fut projeté hors du centre, quatorze canons de la batterie lurent démontés, et plusieurs matelots jetés hors de leurs hamacs. Le Squib, cause de ce désordre était lui-même dans une situation difficile : lechoc ajant fuit sortir de leurs paliers les tourillons de son unique cylindre, il se trouvait dans l'impossibilité de s'éloigner. IJuelques matelots et marines du navire fédéral, revenus de leur surprise, lui tirèrent plusieurs coups de carabine et quelques coups de canon de bordée; mais le Squib était trop prèsde la frégate pour être atteint. Enfin sou mécanicien, qui avait conservé toute sa présence d'esprit, ayant remis les tourillons à leur place, la machine reprit son mouvement et le canot, favorisé par l'obscurité, rentra dans la rivière, sous une pluie de projectiles dont aucun ne le toucha.
Les confédérés ne furent pas seuls à faire usage des canots-torpilles. M. AVood, professeur de machines à l'Lcole navale d'Aunapolis, inventa un boutdehors et un obus-torpille qui, pendant la guerre, fut appliqué à quelques canots d'avaut-poste. Ce boutdehors diffère de l'espar des confédérés en co qu'il est creux; il contient intérieurement un plus petit bout-dehors ou tige. Le tout c>t avancé ou abaissé au inoven d'un mécanisme. C'est avec un bateau de ce genre que le lieutenant Cushing, de la marine fédérale, entreprit l'expédition qui l'a rendu célèbre.
C'était en IStii. Les navires fédéraux étaient sur le Iloanoke, devant l'iymouth. Deux fois YAlbemarh; monilor confédéré, avait paru au milieu d'eux, et chaque fois leur avait fait les avaries les plus graves. « Las de le combattre sans résultats avantageux, dit le secrétaire de la marine dans son report de 1801, le commandant des forces navales dut se préoccuper d'en avoir raison par des moyens autres que les movens ordinaires, et choisit dans cette intention le lieutenant AV. B. Cushing. On mil à sa disposition un des canots destinés au service d'avant-garde, sur lequel ou plaça une torpille Wood d'une puissance extraordinaire. Le lieutenant Cushing reçut l'ordre de faire SCS préparatifs, et l'exécution suivit de près, aussi brillante que rapide. Avec quatorze officiers et matelots qui s'offrirent pour le seconder, il remonta le Iloanoke jusqu'à Plymouth dans la nuit du 27 octobre, atlaqua le bélier amarré à quai, défendu par son équipage cl par un détachement de soldats postés à terre, et le coula, s
« Le lieutenant Cushing revint seul avec un de ses hommes, ajoute le Report ; tout le reste fut tué. Mais le succès tic cette audacieuse entreprise faisait tomber la plus solide défense de Plymouth. »
Ce type de bateau-torpille (pichet-bout) a survécu à la guerre de sécession. 11 n'y a pas aujourd'hui une seule marine qui n'en ait un plus ou inoins gi and nombre dans ses arsenaux.
Ou doit aux fédéraux un autre modèle de bateautorpille : le Spayle.n- Dwjvil. 11 a 74 pieds de long et jauge 1">0 tonneaux. 11 est muni de compartiments dans lesquels on peut introduire de l'eau jusqu'à le couler à la hauteur de la ligne du pont. Ce pont, qui dans ce cas est la seule pailie du navire qui émerge, est doublé de plaques de fur. Au milieu se trouve la guérite du pilote; elle est également cuirassée. Le système de torpilles adopté pour ce tvpe de bateaux est celui dont H. Wood est l'inventeur ; il est manœuvré de l'intérieur par un mécanisme puissant :
une cloison s abaisse et l'espar armé de sa torpille va frapper l'ennemi sons sa ligne de flottaison et sans qu'une goutte d'eau puisse entrer dans le navire agresseur 1 .
La guerre de sécession a\aut pris lin au muuiont de son lancement, le Spnytcn-Dni/vil n'a servi jusqu'à présent qu'à faire sauter , avec un succès dont notre dessin représente fidèlement les effets, les barrages (pie les Américains avaient établis sur quelquesunes de leurs rivières.
Sou infériorité par rapport, aux picketbouts est, à noire sens, d'être plus visible, et par suite moins propre à un cou]) de main.
Celui que l'amiral Porter fait construire en ce
moment à Brooklyn, dans le plus grand mystère et sur des plans semblables, ne nous paraît pus mieux conçu, au moins au point de vue tic Virivistbititc. Il est néanmoins supérieur à son aîné sur ce. point qu'il « est muni, dit le New-York Times, d'un épe-
J.<* &paij(t-a -l)iujt:it drlL'uisunE ilf5 oljïtnu-lioif! soll^ mui'Incï.
1 ht suture que nous uuunuiis du Spuylcn-Duyv'd [y. 177] i^l cXtinUe île lti nouvelle; édition de notre uuvi,i^e 1rs Mt-rccfltt-a de l'art ttucat* -— lludwtlii cl C k , 1873.
ion long de 40 pieds à l'extrémité duquel fonctionne une machine qui, sous l'action de l'électricité, pourra envoyer de petites torpilles contre l'ennemi. » Mais les essais donneront-ils gain de causcà son auteur?.-. Nous le répétons, s'il est possible de trouver dans une escadre un certain nombre d'hommes décidés et capables de manœuvrer ce genre de bateaux (pichet- boats, plus ou moins vastes), un navire bien gardé aura toujours des chances nombreuses d'échapper à leur eonlaet ; et leur action ne saurait être effective que dans des circonstances particulières et assez rares.
La même critique peut être adressée à l'invention deil. llarvey, qui, elle aussi, malgré l'engouement dont elle est encore l'objet de la part de quelques marins , ne saurait avoir, dans les rencontres navales un effet décisif.
Yuiei en quoi elle consiste :
Ktant donné umiavire de guerre, ce navire, allant au combat, remorque de chaque boni une torpille amarrée à un câble filé à 100 mètres de barrière ; une bouée soutenant la torpille la maintient à une profondeur telle que la caisse immergée ne.
[misse pas passer sous la quille du navire qu'elle est destinée à heurter.
Mais pour qu'elle frappe en plein dans la carène, la caisse contenant la matière explosible et la bouée doivent avoir mie forme allongée, eflilée, de manière à diminuer la résistance à la marche dans l'eau. Cette caisse est munie d'un appendice fixe , qui , maintenu sous une inclinaison déterminée, fait l'office de gouvernail; l'appareil tout entier s'écarte ainsi du navire qui le remorque, jusqu'à faire un angle de 45 degrés environ. La figure formée par le bâtiment agresseur et les deux torpilles remorquées est celle d'un V renversé (\), ouvert de 90 degrés.
Lorsque latorpille est convenablement disposée, un enlève la clavette de sûreté, qui neutralise le méca-
Misait: pcrcutiint, ut il suffit, dans cette situiitioii, d'un lûget' choc sur le bras du levier supérieur pour déterminer l'implosion. Les expériences ont constaté que si Ja torpille rencontre le bâtiment ennemi ou glisse le long de ses ilancs, un des deux leviers dont elle est pourvue, fonctionnera juv;iri;ilileincnt ; de ce côté les résultats sont certains. L'appareil est également maniable à Lord. Son infériorité provient des manoeuvres spéciales et tout à fait extraordinaires imposées au navire torpilleur. Ainsi l'explosion avant lieu au contact, ce bâtiment doit courir sur l'ennemi et le ranger de façon que l'une des torpilles vienne heurter la carène. Quoi qu'en dise M. Ihtrvey, dans ses Instructions , cette opération est assez difficile pour qu'en beaucoup de cas elle devienne- un obstacle insurmontable au sucrés. Il e>t logique de penser d'ailleurs qu'un cuirassé muni d'une forte artillerie, bien servie, ne la laissera pas s'exécuter aussi tranquillement que le suppose, M. llarvey. Su torpille ne nous paraît doue ne devoir exercer sur l'ennemi qu'un effet mora). Il est vrai que cet effet peut jouer dans une lutte, et sur un oftirier manquant de coup d'œil, de décision, de sang-froid, un rùle capital.
Les tentatives laites dans ces derniers temps pour doter la torpille d'une force motrice, indépendante auront sans contredit sur les futurs engagements maritimes, si elles aboutissent, (ce qui nous semble certaiuj,une, action beaucoup plus marquée, Pour ce motif, et bien qu'elle ne soit pas encore, l'idéal, lu torpille Whilehead-Luppis mérite, l'attention des hommes qui dirigent, eu ce moment leurs études sur lu question qui nous occupe.
Son invention est due à M. Luppis, officier de la marine autrichienne, et à M. Yv'hiteliead, ingénieur d'une manufacture de Faune. Le gouvernement anglais, après que l'Autriche l'eut essayée pendant plusieurs années, eu paya le secret 2o0,t)00 francs, avec promesse de verser une seconde somme de 1i2.'),0I.H) s'il était reconnu qu'il fut possible de le rendre pratique. M. Whithead exhiba sa machine devant quelques ofticiers anglais, en 1870, dans la Medway. C'était un vase en 1er, en l'orme île cigare, d'environ 4"',-!ù de long et mû au rnoven d'une hélice et d'une machine à air comprimé. Un gouvernail automatique dirigeait l'appareil, et sou immersion était réglée par \u\ système de valves.
Le bâtiment destiné à lancer la torpille Wliitehcad porte à l'avant, dans la direction de la quille,, un tube spécial fixé sous la flottaison. Au moyeu de l'air comprimé, on lance le projectile-torpille, iionl le moteur entre en action au sortir du tube et communique sa vitesse à la torpille, (lutte vitesse a été, dans la Jledjvay, d'environ A mètres 10 par seconde; il faudrait donc àk torpille (>(i secondes pour franchir les 270 mèlres qui constituent sa portée estimée.
Comme on le voit, la torpille Whitehead est, pour ainsi dire, mi éperon prolonge, et allant frapper le navire ennemi sur un point où l'artillerie a de nombreuses chances de rester inefficace. Le seul inconvénient qu'on lui reconnaisse est celui-ci :
Au moment du lancement, il est nécesaire que la vitesse du bâtiment qui projette la torpille soit inférieure à celle qu'on peut imprimer au projectile. Il convient donc, à cet. instant, de modérer la marche du navire, jusqu'à ce qu'elle soit d'un nœud (1,873 mètres) ou d'un nœud et demi inférieur à celle de la torpille. Cette précaution est de toute nécessité pour éviter les causes d'accidents. Elle représente aussi une obligation que les marins signalent comme un embarras des plus graves. On entrevoit facilement , en effet , les conséquences auxquelles peut enf rainer une diminution aussi notable de lu vitesse normale. On comprend tout le danger qu'il v a, pour l'agresseur, à ralentir sa marche au moment même où il s'approche de l'ennemi et s'expose à ses coups. D'autre part, la torpille n'étant plus fixée à l'avant du bâtunenl, tuais au contraire lancée comme un projectile vers un but mobile, l'incertitude du résultat, qui est le. choc, augmente rapidement avec la distance du bâtiment ù atteindre. Enfin pour lancer su torpille à propos, l'agresseur doit, tenir compte de la direction du bâtiment qu'il attaque, apprécier sa vitesse et manœuvrer ensuite, pour présenter son avant sous un angle de lirdilticïle à préciser avec des données aussi problématiques.
11 peut arriver néanmoins que des circonstance* se prêtent à une bonne manœuvre de la torpille, ainsi qu'il arriva lors de l'expérience faite dans la Medwuv, par VOlieron sur YEai/le, qui fut atteint avec un plein succès à une. distance de 118 mètres. La torpille Whitehead devient alors une arme contre laquelle aucun navire ne saurait lutter. Mais ces conditions de réussite se reproduiront-elles deux fois?.. Pour donner une plus grande certitude à l'action de lu torpille Whitehead, en Angleterre (et, croyonsnous, en franco) on s'efforce de remédier aux défauts qui ont donné lieu aux critiques que lions venons de reproduire, tandis qu'eu llussie, en Allemagne, en llalie, en Autriche, aux États-Unis, on recherche, avec des engins de formes diverses, une utilisation absolument pratique de l'air comprimé. Les Américains, dont les chantiers ont cessé, depuis leur guerre de sécession, de construire des navires de guerre, montrent, en revanche, dans cette voie nouvelle l'activité qui est le trait le plus saillant de leur physionomie nationale. Le constructeur du Spuyleni) uyr.il, M. Lay, a fuit agréer du gouvernement un bateau-torpille automobile dont les expériences n'ont pus encore donné les résultats que son inventeur en espérait. Il v a, pensons-nous, plus de fond à faire sur la torpilla mobile sous-marine que son compatriote M. le capitaine John Ericsson se propose d'expérimenter prochainement. Les obstacles qu'il prétend surmonter sont nombreux et de plus d un genre, mais il a dans le succès une foi si profonde, qu'on no peut se défendre- de la partager. M. John Ericsson s'est acquis d'ailleurs, dans le monde scientifique et marin, une place exceptionnelle. C'est lui qui, concurremment avec l'Anglais Smith, a rendu pratique l'usage de l'hélice. Son propulseur est le premier
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qu'aient employé la France et les États-Unis. Lors do la guerre de sécession, il a imaginé le type Monitnr, adopté depuis par toutes les marines. Enfin dans ces derniers temps, il a puissamment contriliué, avec le capitaine Coles, à imposer les tourelles tournantes aux grands cuirassés.
Tel est le degré de perfection atteint par les lorjulleurs à l'heure où nous écrivons. Si leur science a l'ait, depuis une dizaine d'années, d'immenses progrès et dans la l'orme des engins, dans la composition des substances qui les chargent , et en lin dans les moyens propres à eu produire l'explosion, il leur reste, pour en faire des armes d'une valeur absolue, bien des problèmes à résoudre. 11 no nous parait pas, quant à nous, que ce résultat soit impossible ; nous avons même lieu de. supposer qu'on l'atteindra dans un avenir très-rapp roche. Ce jour-là, l'art du combat naval aura dit son dernier mot, la guerre, d'escadre, épuisé ses combinaisons. Encore, une l'ois la science, plus puissante que le droit, aura primé la force. Lko.v I'kwwi.