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LA MORTALITÉ U FRANCE

Une des dernières séances de l'Académie de médecine l a été presque, entièrement consacrée à une fort curieuse communication de M. Ileitillon sur le mouvement de la population française. i\ous empruntons à la Gazelle hebdomadaire de médecine el de ehiruryie le compte rendu de celte intéressante séance.

M. ILrfilloii constale avec regret que la population tend à diminuer tous le.sansscnsiblernenl.cn France. Quelles sont, en dehors des événements imprévus (épidémies, guerres ou lamines), les causes de cette diminution progressive? L'auleur ne peut naturellement, les indiquer; il se contente d'appeler l'attenl ion sur cette question l'oit importante et de fournir des documents qui permettront peut-être de résoudre un jour ce, problème.

Aujourd'hui il se propose de montrer l'intUience de l'âge, du sexe, de l'état civil, des professions el. des saisons sur la marche de la mortalité, non-seulement dans toute la Franco en général, mais encore dans chaque département. Pour aider à la démonstration, l'auteur fait passer sous les veux de l'Académie, une série de caries de France où des teiules graduées depuis la couleur la plus claire jusqu'à la plus foncée permettent de saisir d'un coup d'œil dans chaque département l'état de, la mortalité suivant l'âge, le sexe ou le climat, (l'est, pour nous servir de l'expression de M. hVrtillnu, « une véritable lanterne magique, » fort inléressanle,fort curieuse sans doute, mais bien lugubre aussi; car la mort domine toujours la scène, et nous la voyous dans tous ces tableaux frapper de préférence ici les nouveau-nés, là les enfants en bas âge, [dus loin les adultes Ou les boulines nnirs, et les frapper prématurément suivant des lois qui nous sont malheureusement encore inconnues.

' 19 août 1873,

Ce travail comprend environ quarante cartes, dont M. Beiidlon n'a fait passer qu'une dizaine sous les yeuv de l'Académie. ^Naturellement nous ne les citerons pas toutes, nous nous contenterons d'eu rappeler quelques-unes où l'on trouve des renseignements instructifs et parfois fort inattendus.

Ainsi, dans un tableau qui représente la mortalité suivant, les âges, on trouve que, pour la première année, il y a nue différence notable entre les départements les plus favorisés et les plus malheureux ; dans les premiers, on a 100 décès sur 1,000, dans les autres plus de Ô00. La principale cause de cette effrayante mortalité serait duc, suivant M. Berlilkui, à la désastreuse industrielles nourrices. « Si l'on arrivait, ajnute-t-il, par des mesures énergiques à ramener la mortalité exagérée de ces départements à la mortalité moyenne, on sauverait annuellement H à 15,000 enfants. »

De un à cinq ans, la mortalité est beaucoup plus marquée dans tous les départements du littoral de la Méditerranée, où elle monte à (10 sur 1,000, tandis que dans d'autres elle n'atteint que 22 sur 1,000. M. Derlillon croit que, cette différence tient surtout à. la chaleur, à la sécheresse et aux vents qui soufflent continuellement dans ces parae.es. De vingt à trente ans, la mortalité augmente subitement et d'une façon t rès-sensihle. La différence entre les départements les plus favorisés et les plus frappés est près du double. M, IJei'tillou appelle l'attention del'Aeadémie sur cette augmentation subite de, la mortalité à l'âge adulte, augmentation qui serait propre à la Franco, car il ne !'a pas constatée pour les autres pays de l'Iiiiropc. Le sexe paraît avoir quelque influence : ainsi, dans certains département-, la mortalité du sexe masculin dépasse de 5 à 10 pour 100 celle des femmes ; dans d'autres, au contraire, les femmes meurent plus que les hommes, et dans une proportion de 10 à 20 pour 100.

Dans un autre tableau, nous voyons quelles sont les chances de mort pour chaque âge ; la première année, c'est une véritable hécatombe, et près du quart dos enfants succombent dès leur entrée dans le monde. Plus lard, les chances diminuent jusqu'à vingt ans, où l'on constate l'augmentation subite signalée plus haut et malheureusement spéciale à notre pays. 11 faut arriver à quarante-cinq ans pour retrouver la même mortalité que de vingt à vingtcinq, c'est-à-dire qu'un jeune homme de vingt-deux ans a plus de chances de mourir qu'un homme de quarante ans. Voilà certainement un fait dont ou ne se doutait guère.

M. Portillon nous montre ensuite l'influence des villes ou des campagnes sur la mortalité; cette influence se faisant surtout sentir suivant que l'enfant est légitime ou illégitime. Il arrive à ce singulier résultat que. la mortalité est beaucoup [dus grande pour les enfants illégitimes dans les campagnes que dans les \illes, et il insiste sur ce fait qui, suivant lui, n'avait pas encore été signalé. Dans les villes , en eflet, la mortalité des enfants illégitimes n'est que

de 53 pour 1,000, tandis que dans les campagnes elle mnnte à 32 pour 1 ,000.

M. Picord lui demande s'il a établi dans ce tableau une différence cuire les enfants illégitimes indigents et les enfants illégitimes qu'on envoie de la ville en province pour s'en débarrasser, ce qu'il appelle dos infanticides par commission, il. Bertillon lui répond qu'il n'a pris que les enfants illégitimes nés dans le département même. Quant aux saisons, elles auraient, au point de vue de l'enfance, une inlluence contraire aux idées généralement admises; car, d'après les tableaux île M, Bertillon, c'est dans les mois chauds qu'on trouve pour les enfants la plus forte mortalité.

M. Bertillon a cherché ensuite quelle pouvait être l'influence de la profession. Ne trouvant pas de documents en Franco, il en a emprunté à l'étranger fit a trouvé dans une statistique anglaise que, dans la période de trente-cinq à quarante-cinq ans, c'est-àdire dans la force de l'âge, la mortalité était do pour 100 par au pour les pasteurs et les magistrats, 7 pour les fermiers, 3 pour le petit commerce et les épiciers, 10 pour les maçons, les cordonniers, les domestiques et les lords anglais, 13 pour les médecins et 19 pour les marchands de spiritueux, les aubergistes et autres méfers favorisant les excès alcooliques. Frappé de celte égalité étrange et inattendue du maçon et du noble lord anglais devant la mort, de trente-cinq à quarante-cinq ans, égalité qui n'existe plus aux autres périodes de la vie, M. Bertillon s'est demandé quelle pouvait en être la raison, et il en donne l'explication suivante : que, dans l'enfance et la vieillesse, les nobles anglais bénéficient, sans pouvoir en abuser, des bienfaits de la foi 1 tune, tandis que dans la force de l'âge ds en usent et, eu abusent et arrivent à mourir dans la même proportion que les maçons et les domestiques. M. llertillon termine enfin cette fort intéressante communication par l'étude de l'influence du mariage et du nombre des enfants sur la mortalité, la criminalité et le suicide, et à ce dernier point de vue il démontre, tableau en niain, que les suicides sont bien moins nombreux chez les époux ou les veufs qui ont des enfants.

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