‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 106 sur 229 · ET LE TUÉSOR DU 1501 PRIAM · texte numérisé non relu

ET LE TUÉSOR DU 1501 PRIAM

DÉCOUVERTES RÉCENTES DU D r SCHLIEMANM.

(Suite. — Voy. p. 181.)

Les ruines amoncelées, dans la série des âges, sur la colline de Ilissarlik, forment six couches superposées, comme des étages géologiques : les quatre premières appartiennent aux temps préhistoriques; les deux autres, plus récentes, nous rappellent l'existence de la colonie grecque qui, vers Pan 70U avant Jésus- Christ, fonda un nouvel Ilion, devint plus tard colonie gréco-romaine, et enfin disparut du sol qu'elle occupait.

De l'examen attentif de ces couches, il résulte que, 1° antérieurement à l'arrivée des Grecs-Iliens, quatre populations préhistoriques, pour ne pas dire quatre nations différentes par leurs mœurs et leur degré de civilisation, se sont succédé sur l'emplacement de Ilissarlik.

2° De cet examen résulte encore la certitude, que pendant de longs siècles, des maisons bâties avec des briques crues s'élevèrent sur les ruines (épaisses de 4 à 6 mètres), formées d'énormes blocs de pierre non équarris, qui avaient servi à la construction des demeures les plus anciennes.

5° Que, pendant des siècles encore, des maisons construites avec des pierres reliées entre elles par une terre argileuse, se superposèrent à celles en bri-

iOG

LA NATIHtE

ques non cuites, dont la surface, durcie nu feu, porte le-» indices d'un violent incendie 1 .

A Que, sur les débris de ces maisons de pierre, s'élevèrent des maisons deboi 5 , qui furent brûlées à leur tour, et sur les ruines desquelles furent assises les habitations eu pierre cimentée à la chaux, qui ont Appartenu à la colonie grecque. II n'est donc pas étonnant que toutes ces ruines réunies aient formé une couche épaisse de 14 à 16 mètres audessus du sol primitif de la colline où fui Troie.

a II semble, dit M. Emile Burnouf, il semble qu'entre l'époque ancienne ut rétablissement de la colonie grecque, celle des Iliens, au septième siècle , il se soit écoulé un long espace de temps pendant lequel ce lieu est demeuré désert.

De même, après la destruction de rilion grécoromain , SOUS Constance H, la colline a cessé d'être habitée; on ne trouve à la surface aucun reste byzantin ni moderne, Yoilà donc i ,500 ans que la colline d'Uion est une solitude. Un homme et une femme sont venus y camper il y a trois ans,

1 C'est dans les couches qui vont de 7 à 10 mètres, à panade la surface, que JI. leD'Sthlieuiann a trouvé les vraies ruims

Vases de cuivre trouvé! dans les ruines de Troie.

Vases d'or et d'éleclrurit, avec deux lingots, trouvés dans les ruines de Troie.

et ont rjmis au jour un passé qui semli's se perdre dans la nuit des temps. »

Les ossements humains trouvés dans les couches

préhistoriques sont peu nombreux, à raison de l'usage alors généralement répandu de la crémation des cadavres, ainsi que nous l'apprend Homère.

Cependant le D r Schliemann a trouvé sous les ruines d'une maison incendiée, située à 13 mètres de profondeur , le squelette assez bien conservé d'une femme qui , dans sa fuite, avait été victime de l'incendie: le crâne, malheureusement brisé , portaildesdents d'une remarquable petitesse. Une bague, trois pendants d'oreille et une gros.-u épingle en or pur, trouvés au milieu des os du squelette portent des traces non équivoques de la forte chaleur à laquelle ces objets ont été soumis. Un autre crâne de femme, trouvé sur la tour , à 8 mètres de profondeur , était renfermé, avec beaucoup de cendres et quelques os passablement conservés, dans une urne de 70 centimètres

de Troie et le trésor du roi Prïam. Avec le peuple auquel appn tient la couche de 2 à 4 maires, cessent les temps préhistoriques cl com.ncucc la colonisation des Grecs-Uicus.

«.Ici hauteur sur autant de largeur. Ce crâne avait, comme le précédent, appartenu à une Tro venue jeune encore; l'urne contenait aussi une épingle à cheveux en bronze.

Mai s la découverte, .«ans contredit , la plus remarquable, est celle du squelette d'un embryon humain de siv mois, trouvé dans une urne troyenne de couleur noire et formée d'une terre semblable à celle des vases étrusques. Cette u rue renfermait aussi les cendres d'une femme qui était morte pendant sa grossesse, ou plutôt après un part prématuré. Son cadavre avait été brûlé, et son enfant avait été mis avec les cendres de la môre, dans l'urne sépulcrale où le docteur Schliemaiin l'a découvert.

Dans une maison bâ'ie sous la tour d'Ilion (7 à 8 mètres au-dessous de la surface) , le même savant a recueilli une assez grande quantité d'os et deux crânes humains pins ou moins intacts. Ces crânes appartenaient à des guerriers morts sur les lieux mêmes ; car leurs tètes étaient encore coiffées du castjue destiné à les protéger , et ces casques, quoique brisés par le temps, ne nous permettent pas moins d'admirer une fois de plus l'exactitude des desci'i olions que lions en i données l'auteur de l'Iliade.

Il est à regret: er que l'on ne trouve

pas, dans l'ouvrage du savant antiquaire américain, desdétails

anatomiqu.'splus circonstanciés au sujet des crânes et des squelettes qu'il a eus sous les yeux. Mais, à en juger par les photographies qu'il eu a données , ces débris appartiennent à un beau type orthognalhe et de race aryenne. C'est tout ce que nous pouvons eu dire jusqu'à ce qu'ils aient été soumis à un examen plus attentif et plus approfondi.

ARMES ET IN- STRUMENTS m I'iEilllE ET EN METAL.

La présence de nombreux instrumentsen silex et l'absence presque complète des métaux dans les couches les plus profondes des ruines entassées sur la colline de Ilissarlik pourraient faire penser, au premier abord, 'pie nous sommes ici en plein âge de pierre, vers la lin de la période néolithique , et très -probablement, en effet, nous n'en sommes pas bien loin. D'un a utre côté, les cornes et les outils en bronze, les bijoux en or et eu électron ([iw nous trouvons en abondance au milieu des couches troyennes, associés à de nombreux instruments en silex, nous prouvent incontestablement que les plus anciens Troyens connaissaient le cuivre,

qu'ils savaient l'allier à 1 etain, pour en former le bronze 1 ; que leurs artistes travaillaient avec goût l'or, l'argent, peut-être même le fer (du moins le fer météorique) , lequel était certainement connu des Lydiens qui fondèrent la colonie grecque d'Ilion.

Le.mélangedes armes et des outils en cuivre, même doré, avec des armes et des outils en pierre ne saurait donc nous empêcher de rapporter à l'âge de bronze la civilisation troyenne, et probablement à l'âge de fer, rétablissement de la colonie grecque des liions sur les hauteurs de Ilissarlik.

Chose singulière, mais parfaitement constatée par M. Schliemann, les silex ouvres les plus anciens sont presque toujours mieux travaillés que ceux qui se trouvent dans les couches supérieures, et surtout dans celle qui provient de la ville aux maisons de bois incendiée et saccagée par la colonie grecque des Iliens. La même observation s'applique aux objets métalliques, ainsi qu'aux poteries, comme si, pendant toute la période préhistorique dont nous nous occupons, l'art et la civilisation avaient fait des pas rétrogrades au lieu de progresser.

Du reste, les armes et les instruments en métal reproduisent à peu près, seulement avec un peu plus de fini, la forme des armes et des instruments lithiques.

Enfui, en jetant un coup d'œil, même très-rapide, sur les armes et les ustensiles en pierre, en argile, en os ou en métal exhumés des couches préhistoriques de la colline troyenne, on ne peut qu'être surpris de l'analogie grande et souvent de la ressemblance parfaite de ces objets avec ceux de la même époque qui ont été trouvés dans les régions du globe très- éloignées de Hissarlik (en France, en Danemark, sous les ruines de Winive et de Babylone), tant il est vrai que l'homme semble posséder partout un même instinct industriel, et en suivre partout l'impulsion. De là, la similitude des produits en présence des mêmes besoins à satisfaire et des mêmes matériaux à employer.

Nous voyons en outre, d'après le travail si fini du silex, de l'os, de l'ivoire, du bronze, de l'argent et de l'or, dont les nombreux échantillons ont été remis au grand jour par le docteur Schliemann; nous voyons, à en juger par l'élégance de leurs poteries ou de leurs va^es métalliques, que les peuples préhistoriques qui se livraient à ce travail, notammeut les sujets du roiPrîam, étaient déjà très-avancés dans les arts et dans la civilisation. Ce fuit d'ailleurs nous est parfaitement confirmé par les descriptions qu'Ho-

1 M. Schliemann avait d'abord pensé que la foule d'objets trouvés par lui, sous les ruines de Truie et des villes qui ont succédé à cette dernière, étaient de cuivre; les analyses toutes récentes de M. Damour ont prou c que ces objets étaient en bronze.

Yojci le résultat de deu de ces analyses, faites sur deux haches de combat, faisant partie du trésor de Piiarii :

Hache n" 1, poids du métal ciam., 0,28G6'

Hache n* 2, —

cuivre = 0,2710] étaiu =0,1)1 10 j , cuivre = 0,2673, [ Hain = 0,02o;>| '

mère a faites de ces objets, et |>ar les sentiments, souvent si délicats, qu'il prête à ses héros ou à ses héroïnes (sacrifice d'Iphigénie, adieux d'Andromaque et d'Hector , e£c, etc.).

D p N. Jo.v, de Toulouse.

— La suite prochainement. — ,

Page 1