DE L*AMIRAUTÉ ANGLAISE
Le département hydrographique de l'Amirauté est de création relativement récente puisqu'il ne remonte pas au delà de 1795. Les renseignements recueillis jusqu'à cette époque dans les admirables expéditions de Cook, de Vancouver et de tant d'illustres navigateurs avaient été mis en œuvre par eux-mêmes; ou comprit enfin combien il serait désirable de centraliser dans un établissement spécial les documents originaux et les cartes qu'il serait alors facile de corriger, de compléter et de tenir à. jour. I.e premier hydrographe fut Alexandre Dalrymple, qui avait longtemps voyagé pour la compagnie des Indes. Il occupa ce poste jusqu'en 18Û8 ; à cette époque les lords de l'Amirauté voyant qu'aucune carte n'avait été fournie aux bâtiments, qu'aucune expédition de reconnaissance n'avait été entreprise, lui en témoignèrent leur mécontentement en nommant à sa place le capitaine Ilurd. C'était le moment de la guerre contre la France, on dut déployer une activité excessive pour satisfaire aux besoins de la navigation. C'est à dater de cette époque que les cartes furent régulièrement délivrées aux bâtiments en partance et dressées suivant la destination de chacun.
Le département compte aujourd'hui un hydrographe, sept auxiliaires officiers de la marine royale, un auxiliaire civil employé au service du pilotage, uti écrivain, un surintendant des compas avec un auxiliaire, un surintendant des cartes, six dessinateurs et quatre hommes de service, en tout vingttrois personnes. Les dépenses sont fixées par le vote n° 5, qui comprend le département hydrographique à White-llall, le service d'exploration flottant, les observatoires de Greenwich et du cap de Bonne- Espérance, l'établissement du Nautical almanach et d'autres branches moins importantes du service scientifique. Le budget total était, d'après le vote n° 5, de 120,357 livres sterling pour l'exercice 1861-1862 et seulement de 107,790 livres sterling pour celui de 1873-74. Le chapitre: bâtiments delà marine en croisière hydrographique montaità 72,860 livres sterling en 1861-62 et seulement à 62,678 livres sterling eu 1873, réduction misérable de 10,000 livres qui produit les plus déplorables résultats.
Les croisières sont faites par des bâtiments de guerre spécialement arrimés pour cet usage ou par de petits bâtiments qu'on loue dans ce but, cette
tlernicio méthode a été prise par mesure d'économie. Il n'y a en ce moment que quatre bâtiments de l'Etat armés, ce sont la Porcupine, p' tit bâtiment à vapeur, croisant sur les côtes anglaises et commandé par le staff commander Parsons ; le Shearwater, capitaine Wharton et le Nassau, commandé par le lieutenant F.- J. Gray ; ces deux derniers envoyés sur les côtes orientales d'Afrique, grâce aux représentations de sir Bartle Frère, enfin la Sylvia qui doit achever la reconnaissance hydrographique du Japon.
Outre ces bâtiments de guerre on compte huit bâtiments loués OU équipages loués pour ces expéditions. Ils sont employés à relever les côtes australiennes de Victoria, de Queen'sland, de l'Australie méridionale et occidentale. Ces colonies tantôt fournissent le bâtiment, tantôt paient une partie des dépenses; un autre bâtiment, sous les ordres du lieutenant Llewellyn Dawson, faitl'hydrographie des côtes de la Nouvelle-Guinée. Enfin, deux navires font des sondages dans les Indes occidentales ou Antilles et vers Terre-Neuve taudis qu'un dernier relève les côtes d'Ecosse.
Le nombre des officiers de marine employés est de 4^, qui se décomposent de la manière suivante : deux capitaines, un commander, sept lieutenants, douze staff commander s, quatorze navigating lieutenants (chargés du point et des observations sur les courants) et douze sous-heutenanls.
Le département hydrographique a pour devoir d'accomplir des reconnaissances exactes de toutes les parties du globe visitées par les bâtiments anglais, de rédiger et de publier des instructions nautiques qui doivent accompagner les cartes, de préparer les tables annuelles des marées et la liste de tous les phares du monde, de prendre connaissance de tous les journaux de bord des bâtiments de l'Etat, de rassembler, compiler et publier aussi rapidement que possible tous les avis de dangers, toutes les notices hydrographiques, enfin de corriger les cartes d'après les informations les plus réeenles. Il doit aussi fournir à tous les bâtiments delà marine des cartes, des chronomètres, des almanachs nautiques et faire en sorte que le commerce ne manque jamais de cartes. On se fera une idée de" cette dernière besogne lorsqu'on saura que 400,000 exemplaires des cartes de l'Amirauté sont vendus par an au public ou aux gouvernements étrangers, en plus de ce qui est fourni à tous les bâtiments de l'État, et que 21,000 exemplaires du Nautîcal almanaçh sont annuellement vendus. Ou compte 450 boîtes contenant chacune en moyenne 5 à 400 cartes en constante circulation pour les besoins de la marine et \ ,000 chronomètres voyagent constamment entre l'Observatoire royal et les bâtiments de la marine.
Une des tâches les plus importantes, incombant au département, qui demande une extrême minutie et entraîne une immense responsabilité, c'est la vérification des compas de route de tous les bâtiments, vérification qui doit se faire non-seulement lorsqu'ils
sont armés pour la première fois, mais à chaque voyage.
Le surintendant des cartes, est le staff commander, T.-A. IIull, excellent dessinateur et praticien distingué. La gravure sur cuivre des cartes a longtemps été confiée à la maison Walker qui a également gravé les planches de l'atlas de l'Inde; ce travail est aujourd'hui confié à trois maisons de commerce. Les planches sont déposées dans les caves de l'Amirauté, à White-IIall, au nombre de 2,700 estimées à 170,000 livres sterling. Ou calcule qu'une soixantaine sont ajoutées par an à ce stock, duquel il eonvientde distraire un certain nombre de planches vieillies. L'impression est confiée â la maison Malby et fils, où sont enfermées dans une pièce à l'épreuve du feu les planches dont l'usage est le plus fréquent.
L'Amirauté n'a qu'un seul agent, M. Pot ter, pour la distribution et la dispersion des cartes, lequel, à son tour, a des sous-agents dans tous les principaux ports de l'Angleterre et des colonies. Sur les ventes qu'il fait le trésor perçoit encore 0,000 livres par an.
Nous nuirons en regrettant que des vues d'économie aient restreint le nombre des croisières et des voyages d'exploration. Il n'en serait aucun plus utile que le voyage au pôle Nord qui, en même temps qu'il endurcit les matelots, est pour les officiers et les observateurs une excellente école riche eu leçons toujours variées, en expériences et en découvertes pour ainsi dire infinies. Le changement de ministère nous avait fait concevoir l'espérance que le gouvernement se déciderait enfin à envoyer une expédition dans ces régions glacées, expédition réclamée par tout ce que l'Angleterre compte de marins habiles, de savants distingués, par tous ceux en un mot que touche le progrès des sciences.
G .\ mu ei. Marcel.