‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 119 sur 229 · ÉS · texte numérisé non relu

ÉS

Inscriptions trouvées sur les rochers U'Ainuy, |>rès do l'île Formose.

Sardaigue réunies, vous aurez approximativement l'étendue de cette île, soit 400 kilomètres de long sur 100 de large. 11 est probable qu'elle fut, grâce à son voisinage, connue de tout temps par les Chinois, cependant on ne la trouve mentionnée dans les annales de cet empire que vers le commencement du quatorzième siècle. Elle fut visitée au seizième d'une façon très-superficielle par les voyageurs portugais et espagnols, ces derniers tentèrent, sans succès cependant, d'y établir des missions comme celles qui leur avaient si bien réussi dans les Philippines. Un peu plus tard en 1724, les Hollandais s'établirent à Formose et construisirent un fort en face du groupe des îles Pescadores ; après s'y être maintenus trente-sept ans, ils furent chassés par les Chi-

t* iddcc. — 2* semeslre.

! nois. Ceux-ci s'établirent sur la côte du canal deFoj Kien en repoussant les tribus indigènes, qu'ils n'ont ! pu, même sur celte côte, jamais soumettre entière- | ment. Eu somme, la domination chinoise n'existe que sur les bords du canal; l'intérieur de l'île et le rivage qui regarde l'Océan ont toujours été indépendants. Bien que les côtes aient été relevées au dixhuitième siècle par quelques voyageurs, il faut arriver à notre époque pour rencontrer un travail hydrographique d'ensemble, entrepris par les Anglais. Quant à l'intérieur il n'a guère été entrevu jusqu'ici que par un consul anglais, un Français, M. Guérin, un naturaliste américain, M. Steeveet par M. Campbell, qui a publié, dans le Géographical magazine, le récit de son excursion. L'intérieur de l'île n'a

jamais été visite ; on sait cependant qu'une immense chaîne de montagnes, comme sous lo nom do Ta-chan, d'origine volcanique, court du nord au sud. Le plus liant massif désigné par les Anglais sous le nom de mont Morris* on, est couvert de neiges éternelles, sort sommet lo plus élevé atteint 3,292 mètres. Les deux versants do celte chaîne sont entièrement dissemblables et comme population et comme pays. Le versant qui borde le canal de Fo-Kien est partagé en une grande quantité de vallées arrosées par d'importants cours d'eau. C'est là que les Chinois se sont étahlis depuis des siècles et qu'ils ont fondé un nombre immense de villages et huit à dix villes importantes, dont les plus connues sont Tang-Kang et T aï- Wang-Fou, capitale de l'île, qui compte 50,000 âmes, et dont le port est, depuis 1858, ouvert au commerce de foutes les nations. La côte orientale ne présente pas un abri, c'est une muraille haute et continue de rochers à pic. Pas une baie, pas une échancrure par laquelle une rivière un peu considérable [misse descendre des sommets de l'intérieur revêtus d'une végétation luxuriante.

Il est impossible d'évaluer, même approximativement, le nombre de la population car elle est estimée par certains voyageurs à 20,000 et par les autres à 200,000 habitants. Elle est généralement divisé*: en quatre catégories: les aborigènes sauvages et indépendants qui habitent la partie de l'île inexplorée, ceux do la côte occidentale qui reconnaissent la domination chinoise, les Chinois et les métis résultant du mélange des deux races : chinoise et arborigene. Los Shek-lioans et les Pepo-hoans sont les aborigènes civilisés, les Chay-hoans sont ceux qui vivent à l'état sauvage.

M. W. Campbell, misionnaire de l'Eglise anglicane, qui a visité en 1873 les villages de ces derniers, nous donne sur leurs mœurs et leur caractère d'intéressantes informations.

Le voyageur s'était tout d'abord attiré la bienveillance des Shck-hoans en administrant à quelques-uns d'enîre eux des doses de quinine qui les avaient guéris de la fièvre, si bien qu'il reçut un message d'un clieik des Chay-hoans, nommé A-Kek, l'invitant à visiter ses établissements et à essayer de guérir quelques-uns de ses hommes malades des fièvres.

Après avoir franchi nombre de torrents, de collines et de défilés, M. Campbell arriva au village de Tur-u-Oan, le principal établissement de la tribu. Il commença pur administrer à A-Ilck une forte dose de quinine puis une tasse de bouillon à l'extrait de viande de Liebîg (sic), et lui fît cadeau d'une pièce de flanelle rouge, de quelques peignes de bois et d'une vieille chaîne de laiton. La première chose que M. Campbell remarqua le lendemain matin fut une grande quantité de crânes attachés sur le toit de la maison du chef. Presque tous étaient fendus et à la plupart adhéraient encore des lambeaux de chair, comme s'ils n'avaient été séparés du tronc que depuis un ou deux mois. Le plus grand nombre des autres huttes étaient décorées de même. 11 compta

ô9 crânes sur une hutte, 22 sur une autre, li sur une troisième. Le voyageur pense que les Chey-hoans irrités des empiétements incessants des Chinois sont pris d'un désespoir intraitable qui les porte à voir dans tout homme un ennemi. A l'intérieur des huttes un certain nombre d'instruments suspects et des niasses de cheveux qui pendaient au poutres, lui donnèrent à penser que ces Cliay-hoans sont cannibales. C'est une belle race, dit-il, honnête, chaste et point menteuse. Le meurtre est le plus commun de leur* péchés. Hommes el femmes se teignent le visage. Lorsque l'un d'eux meurt, ses amis enlèvent hors de lu cabane le feu qui y couve constamment, creusent un trou profond où ils placent assis le corps du défunt auprès duquel ils rangent du tabac, des pipes et les objets dont il avait coutume de se servir de son vivant. Une courte cérémonie se fait pendant laquelle lus assistants donnent cours à leur chagrin, la terre est rejetée, le feu reprend sa place dans son coin habituel et les choses suivent leur train de chaque jour.

Quant à leurs habitations elles ne ressemblent à aucune de celles que j'avais vues, dit M. Camphell. Ils commencent par creuser un grand trou profond de quatre pieds ; puis après avoir battu la terre on élève en rond les murailles avec de grandes pierres jusqu'à trois pieds environ au-dessus du niveau de la terre environnante. Puis on établit une charpente en bambou qui dépasse les murs de deux ou trois pieds, enfin, on place sur le tout des ardoises ou plutôt de grandes plaques de pierre. Le pays environnant est le plus sauvage et le plus magnifique qu'on puisse imaginer, Glencoé n'est rien à côté, ajoute M. Campbell que cette comparaison désigne comme Ecossais.

En revenant àTaï-wan-fou M. Campbell suivit une route différente qui lui permit de visitor les Chin- Hoans sauvages qui vivent au bord d'un lac long de quatre ou cinq milles et large de trois milles environ. Leur principale occupation est la pêche, ils se servent de longs canots creusés dans le tronc d'un seul arbre qu'ils mettent en mouvement au moyen de courtes pagaies en forme de feuilles.

Les aborigènes de Formose présentent dans la démarche, beaucoup du balancement des quadrumanes supérieurs, du gorille par exemple, leurs bras sont longs, leurs pieds énormes. Les voyageurs dont nous avons parlé précédemment ont remarqué que dans la progression, la moitié antérieure de la face plantaire appuie seule sur le sol qu'elle saisit en quelque sorte par le jeu perfectionné des articulations.

Ajoutons, en terminant, que la langue de ces indigènes appelée le tayal a les plus grands rapports avec le ta gai parlé aux îles Philippines, il y a donc lieu de penser qu'ils appartiennent à la grande famille polynésienne, et comme leur langue ne contient aucun mot sanscrit, il est probable que leur émigration remonte avant l'introduction du houdhisme dans l'archipel indien. Gàisiuel Marcel.

LA NAITRE

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