‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 120 sur 229 · LE VOYAGE AÉRIEN DE J. DIJRUOF · texte numérisé non relu

LE VOYAGE AÉRIEN DE J. DIJRUOF

M. et madame Duruof sont devenus les véritables héros du jour. Il est peu d'aéronautes qui aient obtenu un si grand et si légitime succès ; mais il faut reconnaîtra qu'il est peu d'ascensions qui se soient exécutées dans des circonstances aussi dramatiques que celle dont on se préoccupe si vivement aujourd'hui en Angleterre et en France.

Nous étions à Calais, le lundi 31 août, au moment même où Duruof gonflait son aérostat sur la place de la ville. Le vont soufflait plein sud-ouest, et la route que traçait au ballon ce courant aérien, semblait être funeste et mortelle. C'est madame Duruof qui, malgré l'apparente folie d'une entreprise engagée dans dételles conditions, insistait le plus énergiquement pour le dépari : « Si nous tombons en mer, disaitelle, nous rencontrerons un navire! » Grâce au ciel, ce pressentiment s'est réalisé; mais tous ceux qui assistaient Duruof dans ses préparatifs, firent tous leur? efforts pour empêcher un voyage qui paraissait devoir se terminer fatalement par un sinistre. Le maire de Calais s'opposa formellement à l'ascension qui fut ajournée au lendemain. A 7 h. 50, Duruof et sa femme, lassés par les railleries et les quolibets, sur lesquels nous ne croyons pas devoir insister après l'heureux dénouement du voyage, retournent auprès du ballon le Tricolore. , et s'élèvent dans l'espace au milieu des acclamations d'une foule profondément émue.

M. Duruof, miraculeusement sauvé avec sa femme par un navire anglais, a donné dans le Times le récit de son étonnant voyage, nous laisserons la parole au courageux aéronaute, au moment où, après avoir passé la nuit dans les airs, au-dessus de l'Océan, le jour apparaît :

« Il est impossible de vous décrire mes angoisses rapporte Duruof. Ma pauvre femme, que je m'efforçais de consoler en lui disant que nous étions dans la bonne voie, ne perdit pas courage. Je lui montrai deux bâtiments qui naviguaient justement dans la direction où nous étions poussés nous-mêmes, et je lui dis que nous allions essayer de nous faire recueillir par l'un d'eux. Des huit sacs de lest que j'avais avec moi j'en avais seulement déchargé trois, et j'aurais encore été en mesure, s'il l'avait fallu, de continuer mon voyage 13 ou 14 heures. Je remarquai que le plus petit des deux bâtiments, un gros bateau de pèche, manœuvrait dans le but de venir à notre rencontre. La mer était forte, très-forte.

« Sans crainte alors, j'ouvris la soupape et je descendis jusqu'à ce que nos cordes touchassent l'eau; mais, au bout d'un instant, nous avions dépassé le bateau-pêcheur. Les gens de l'équipage, cependant mirent à l'eau leurchaloupe, et deux hommes lamontaut, ranù'ivut vigoureusement vers nous. 11 était alors six heures du matin. Voyant la bonne volonté des pêcheurs à nous secourir, je résolus d'arrêter la fuite rapide de mon ballon enfermant la soupape, jus-

qu'au moment où notre nacelle se trouva sur l'eau; c'est ainsi que je pus opposer quelque résistance au ballon qui nous emportait. Mais, lorsque ballottés par la mer, nous regardâmes autour de nous, nous ne vîmes plus le bateau. D'instant en instant d'énormes vagues venaient se briser contre le ballon et nous couvraient d'eau ; cependant le ballon résistait encore, et ma seule crainte était alors qu'il ne crevât, auquel cas nous étions bien sûrs d'être perdus.

« A 7 heures, enfin, nous aperçûmes de nouveau le bateau-pêcheur à l'horizon; nous vîmes avec joie qu'il cinglait vers nous et qu'il approchait rapidement. » Gaston Tissajndieh.

— La suite prochainement. —

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