DE LYON
La commission météorologique de Lyon est chargée de la continuation du double service de la commission h ydrom étriqué et de la commission des orages, autrefois réunies sous la présidence de M. Fournet, dont la mort avait occasionné une interruption momentanée dans les travaux poursuivis depuis plus de trente ans. On sait avec quelle ardeur cet observateur dévoué se livrait à l'étude des lois qui régissent les phénomènes météorologiques, s'eiïorçant d'imprimer à ce genre d'observations une direction vraiment scientifique. Convaincu de l'importance des services que la météorologie peut rendre à l'agriculture, il faisait enregistrer, chaque année, dans les annales de la Société d'agriculture de Lyon, les observations de la commission bydromélrique et de la commission des orages. Dans les derniers mois de sa vie, épuisé par de cruelles souffrances, il ne manquait pas un jour d'enregistrer les indications fournies par les instruments, s'intéressant toujours aussi vivement aux travaux des Sociétés savantes qui ont rendu un juste hommage à sa mémoire, à son zèle éclairé, à son activité infatigable.
L'idée de la création d'une commission bydromélrique à Lyon fut suggérée par les désastres de la terrible inondation de 1840, pendant laquelle la Saône détruisit une partie du faubourg de Vaise. « Ces désastres, comme le dit très-bien la notice 1 que nous résumons, n'étaient pas arrivés à l'improviste. La Saône n'était alors que l'interprète de l'état de l'atmosphère, et celle-ci, par ses bouleversements, pouvait fournir des signes précurseurs. On vit, en effet, la pluie tomber pendant vingt-huit journées entières dans l'intervalle de cinquante-trois jours (13 septembre — 5 novembre), tandis que la température, exceptionnellement douce, f; lisait fondre les neiges et apportait au Rhône un énorme contingent.»
1 Notice sur la Commission hydrométrique et l'Observatoire de la ville de Lyon, par M. A. Lafou, président de la Commission.
C'est a la suite de cette inondation que MM. Lortet et Fournct demandèrent au maire de Lyon la formation d'une commission permanente, chargée d'étudier les rapports existant entre les hauteurs des rivières et l'état du ciel, rapports qui peuvent conduire à prévoir les crues les plus menaçantes. La proposition fut immédiatement acceptée, et M. Lortet fut chargé de la direction des travaux de la commission jusqu'en 1848. Forcé alors de se retirer, à cause de sa santé, il fut remplacé par son savant ami M. Fournet, resté directeur jusqu'en 1869, époque de sa mort.
Peu après, l'offre faite par la Société d'agriculture, histoire naturelle et arts utiles de Lyon, de se charger du double service des observations hydromefriques et météorologiques dans le bassin du Rhône, fut acceptée par le préfet du département. Conformément aux termes de l'arrêté préfectoral, la Société procéda aussitôt à la formation d'une nouvelle cornmission permanente, désignée sous le nom de Commission de météorologie. Celte décision était motivée par plusieurs considérations, et surtout par la nécessité de faire converger vers un centre unique toutes les observations se rapportant au bassin du Rhône. Les instruments de météorologie furent placés dans un des pavillons de l'Observatoire, et confiés aux soins du directeur.
Il fut décidé que les études ne s'étendraient pas au delà du bassin du Rhône, « Le champ est déjà assez vaste, disait le président de la commission, et, vouloir l'étendre davantage, ce serait affaiblir les éludes et compromettre les résultats. Car, pour arriver à formuler des lois, il faut, il est vrai, de nombreuses observations ; mais, avant tout, ces observations doivent être d'une grande exactitude. Il est donc nécessaire de vérifier de temps en temps les divers instruments échelonnés dans le bassin et de ranimer le zèle des observateurs, en les visitant et en leur donnant des récompenses. »
Le but que la commission s'est ainsi proposé nous paraît pleinement atteint, si nous en jugeons par les documents publiés dans les trois volumes renfermant les observations faites en 1869, 70 et 71, dont le dernier viiiut de paraître. Ces volumes contiennent:
Les observations météorologiques faites chaque jour, à l'Observatoire de Lyon, sous la direction de M. Lafon, professeur à la Faculté des sciences et directeur de l'Observatoire;
Les orages de l'année, le relevé des grêles et de leurs dégâts dans le département du Rhône ;
Des tableaux indiquant, pour chaque jour de l'année, dans le bassin du Rhône et de la Saône, les pluies et les neiges, la hauteur des rivières et la direction des vents, le relevé des hauteurs d'eau du Rhône au pont Morand, et de la Saône au pont de la Feuillée, avec la température de l'eau de ces rivières et de l'air ambiant à midi ;
Les observations ozonométriques ;
Le résumé trimestriel de la situation sanitaire de la ville de Lyon ;
Enfin, de très-intéressantes notices de M. A. Go-
bin, ingénieur des ponts et chaussées, sur les variations barométriques et la prévision locale du temps, sur le jaugeage du Rhône, sur un remarquable exemple de division de la foudre; et de il. Tabouriu, professeur à l'École vétérinaire de Lyon, sur l'hygrométrie atmosphérique.
Ce rapide aperçu indique l'ensemble des travaux poursuivis par la commission météorologique de Lyon, dont les membres se recommandent tous par leurs connaissances spéciales. L'importance de ces travaux est de toute évidence et nous ne saunons témoigner trop de reconnaissance aux savants dévoués qui donnent ainsi l'exemple de ce qu'on pourrait faire, sur beaucoup d'autres points de notre pays, pour le progrès de la météorologie et l'extension, si désirable, de ses applications pratiques.
Eue Marcollé,