‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 155 sur 229 · U TERRE FRANÇOIS-JOSEPH · texte numérisé non relu

U TERRE FRANÇOIS-JOSEPH

Les efforts faits par les Américains pour arriver à la conquête du pôle Nord ne pouvaient laisser les Austro-Hongrois indifférents. En 1872, il se forma à Vienne une société semblable à celle que notre cher et malheureux Gustave Lambert avait organisée à Paris.

On décida d'armer une expédition pour faire le périple de l'Océan glacial le long des côtes de l'Asie. Quoique cette partie du globe soit marquée sur nos cartes, les géographes ignorent complètement son contour. L'on ne possède, sur les régions situées à l'orient de la Nouvelle-Zemble jusqu'à la mer de Behring, que des récits inexacts et fabuleux.

On lit choix du vapeur Teghettoff, que l'on plaça sous le commandement de deux officiers déjà accoutumés aux explorations arctiques, le lieutenant de vaisseau Weyprecht et le sous-lieutenant Payer. L'état-major comprenait deux ofliciers de la marine impériale, un mécanicien-chef et un médecin.

Deux capitaines marchands, un. Autrichien et un Norvégien s'étaient engagés comme maîtres d'équipage; on avait choisi les matelots parmi les plus robustes et les plus capables de la marine autrichienne. Enfin on avait eu l'idée d'adjoindre à l'expédition un guide des Alpes et un chasseur de chamois, ainsi qu'un certain nombre de chiens très-robustes pour mener les traîneaux.

Le- départ eut lieu au mois de juin 1872 à Brème. Après avoir touché à Tromsoë, les Austro-Hongrois se rendirent à la Nouvelle-Zemble, où l'on reçut de

leurs nouvelles par un des organisateurs de l'expédition qui les quitta au moment où ils devaient s'engager dans des régions inconnues. Depuis lors on cessa d'entendre parler du Teghettoff.

Tout à coup, au commencement de 1 874, le bruit se répandit que le Teghettoff avait fait naufrage sans avoir pu parvenir au détroit de Behring et que son équipage devait errer sur les côtes de la Nouvelle- Zemble. M. Smith, riche ethardi explorateur anglais, qui va tous les ansse promener dans les mers glaciales avec son sloop à vapeur la Diana t partit de Dundee pour aller à la recherche des naufragés. Mais avant que la Diana fût de retour à Tromsoë, on vit revenir les Austro-Autrichiens à bord d u schooner A : i colas, capitaine Fédor Varonin. lis avaient été ramassés sur les glaces de la Nouvelle-Zemble après avoir éprouvé des aventures très-extraordinaires et fait une grande découverte absolument inattendue.

Le TegkettQffét&it un steamer de 220 tonneaux et de 75 chevaux de force, ayant assez de charbon dans sa cale pour marcher pendant près de 1,000 heures avec une vitesse rie fi à 7 nmnrls. Cependant il avait été saisi par les glaces et entraîné vers le nord avant d'avoir pu se dégager. Il était ainsi parvenu en face d'une terre haute couverte de montagnes et de glaciers et avait été obligé d'hiverner au large, par 79°, 61 de latitude et 50° de longitude orientale.

Les marins avaient employé l'aimée 1875 à reconnaître cette terre qui est très-longue, couverte de hautes montagnes et presque entièrement dépourvue de végétaux et d'animaux. Les roches sont toutes constituées avec de la dolerite et' les glaciers qui recouvrent des sommets élevés de 5 à G, 000 pieds ont un développement prodigieux. Cette terre à laquelle les Austro-Hongrois ont donné le nom de François-Joseph, s'étend sur plus de 10 degrés de longitude. Elle s'élève jusqu'au 83 e degré de longitude boréale, c'est-à-dire un degré au nord des régions océaniques où est parvenu Parry. Elle dépasse la latitude des découvertes du capitaine Hall dans le fond de la mer de Baffin. Le cap qui la termine du côté du nord, a été exploré par les navigateurs.

On ne s'était jamais autant approché du pôle boréal dont on n'«st plus guère qu'à 7 degrés.

Le cap se trouve dans un Océan dont on ne connaît pas les limites, mais on ne saurait dire s'il s'étend jusqu'au pôle ou si au nord de l'île François- Joseph ne se trouve point une autre terre encore inconnue. Ce que l'on sait, c'est que les bois flottés sont très -rares dans ces parages, et que la glace ne parait pas avoir été charriée par des courants venant de l'extrême nord, mais avoir été formée surplace. Le minimum de froid a été très-rude, le thermomètre est descendu à bord du Teghettoff jusqu'à 50° centigrades au-dessous de 0. U était encore plus rigoureux sur l'île François-Joseph. Cependant l'équipage, en deux ans de campagne, n'a perdu qu'un seul homme, le mécanicien Otto Krisch, mort de la. phthisie.

W. DE Fo.WIELLE.

LA NAITRE

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