U PRISE DU KRATON
DANS LE HOYA.UME d'aGIIEEN
Les Hollandais ont fini par venir à bout de la guerre contre le royaume d'Achecnou d'Àtchin, à Sumatra,
où ils ont rencontré une résistance très- sérieuse. L'issue finale n'était pas douteuse, car la dernière victoire appartient toujours à la civilisation dans ses luttes contre la barbarie. Cette expédition ouvre a;} commerce universel et à la science un pays qui ne tardera pas à être exploré et exploité.
Nous croyons intéressant de donner, sur la forteresse dont la prise a terminé la guerre, quelques détails de nature à fuirejuger l'état moral et intellectuel de ces singulières populations d'Acheen.
Les Atchinois se prétendaient musulmans, c'est en cette qualité qu'ils se sont adressés au sultan de Stamboul, comme leur protecteur naturel. Mais la Porte ottomane n'a point osé risquer une guerre avec la Hollande, et les offres d'un protectorat ont été, comme on le sait, déclinées.
L'islamisme des populations atcliinoises, comme
Superstitions dans le pays d'Acheen. — Cloche inagiqnc dans le bois du Kiaton.
celui des musulmans de l'intérieur de l'Afrique, est fortement mélangé de superstitions locales, dont quelques-unes viennent du bouddhisme, et dont les autres sans doute, sont d'origine fétichiste.
Dans l'intérieur du Kraton se trouve une espèce de bosquet planté d'arbres ; il est semblable au lucus on bois sacré des païens. Un de ces arbres porte une grande cloche attachée avec une chaîne de fer et destinée à éloigner les mauvais esprits. Nous avons reproduit, d'après des documents authentiques, cet objet bizarre.
Au milieu d'une terrasse construite en forme d'autel s'élève un arbre gigantesque, dont la naissance doit remonter à une époque très-reculée. Il est probablement antérieur au Kraton lui-même quoique
1 Voy. la Table des matières de la 1" année : le Royaume i'Alchin,
les murailles, hautes de 8 mètres et épaisses de 5, aient déjà vu s'écouler un grand nombre de siècles depuis qu'elles ont été bâties.
Ce géant végétal est aujourd'hui couronné par un drapeau néerlandais, qu'un matelot est parvenu à y arborer.
Il possède au moins 12 mètres de diamètre à la base et une cinquantaine de mètres avant la naissance des premières branches qui doivent recouvrir près d'un quart d'hectare. L'effet de ce végétai est singulièrement imposant. 11 est merveilleusement encadré par la terrasse carrée qui l'entoure, et par l'escalier qui conduit au pied du tronc.
La forteresse possède une disposition singulière dont nous devons dire quelques mots. Elle a été construite très-habilement au milieu d'un marais qui la rend d'une approche difficile. Dans l'intérieur du
grand mur se trouve une seconde forteresse également de forme carrée, mais pour une raison inconnue on n'a construit que trois côtés de ce second carré. La seconde fortification est d'environ un hectare et demi. Au centre se trouve le magasin à poudre, espèce de monument, de forme carrée, et susceptible d'être défendu avec succès. À côté l'on voit la maison du sultan, le harem de ce prince, et les tombeaux de ses ancêtres. Ces tombeaux, placés sous un monument ouvert, sont sculptés avec le plus grand soin. La tomhe du père du sultan régnant était décorée avec des draperies noires et cramoisies.
Ces déi ails témoignent d'une civilisation entachée de superstitions locales. Mais l'usage que les Atchinois ont fait de leur artillerie montre combien, au point de vue militaire, ils étaient arriérés.
La plupart des canons qui rendaient l'aspect de la forteresse formidable n'étaient destinés qu'à servir d'épouvantail, car ils étaient enchâssés dans la maçonnerie. On leur avait donné un angle invariable de 55°. Les Hollandais n'ayant point envie d'établir une garnison dans une place forte si étrangement éloignée des principes de la fortification moderne, emploient des mines pour faire sauter les murailles et détruire tout ce nui peut rappeler la puissance des sultans.
ROLE GEOLOGIQUE