‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 160 sur 229 · DE L'OSTRÉICULTURE EN CIME · texte numérisé non relu

DE L'OSTRÉICULTURE EN CIME

Les huîtres se trouvent en grande quantité sur toutes les côtes de la Chine, où elles sont désignées sous les différents noms de Ilao, Mao-ly, Ly-ko, Koupin, etc. Les espèces en sont nombreuses et variées. Les unes, grosses et larges, ont la forme dite dapen- Ltiuo-kan g-mou d'un pied de cheval (ma ty) 1 ; d'autres sont petites comme celles d'Ostendo; il y en a qui sont allongées (yeu-ly), ou entièrement rondes (haimao-ly) ou ayant la partie antérieure près de la charnière, très-développéc, et toujours couverte de petites pierres ou de sable adhérent à la coquille (chcniao-ly). Dans la province de Fokien, une petite espèce nommée Tch in-tchou~hao (huître à perle) est très-recherchée pour la finesse de son goût. Dans la province du Kouang-tong, j'ai reconnu également quatre espèces différentes d'huîtres et qui n'existent pas, je crois, en Europe. Les Chinois ont sur la nature et lu reproduction de l'huître en général des idées fort confuses. Les uns prétendent que toutes les huîtres de la mer du Nord, jusqu'à une certaine latitude, ont l'ouverture de leurs valves toujours rongée vers l'est; tandis que l'ouverture des valves des huîtres du midi est tournée vers l'ouest; d'autres soutiennent que la direction de l'ouverture des valves sert seulement à indiquer le sexe de l'animal ; d'autres disent que les huîtres mâles sont faciles à reconnaître par la forme très-étroite de la coquille près de la charnière. Enfin, deux naturalistes célèbres du temps des Ming, Ly-Hie-tchin et Tchin-tchang-ky, après avoir cherché à démontrer dans leurs ouvrages que tous les êtres créés par le ciel sont divisés en mâles et en femelles, concluent en affirmant que l'huître seule fait exception à cette loi, qu'étant d'une nature inerte, la réunion de l'yn avec le yang ne peut avoir lieu, et que toutes les huîtres sont mâles, pouvant se reproduire sans le concours d'un autre sexe. C'est pourquoi on leur a donné le nom de Mao-ly. Cette dernière idée est. curieuse et ne s'éloigne pas considérablement de celle que la science moderne a adoptée au sujet de la génération des huîtres.

Ce qui est plus extraordinaire, c'est que les ostréi-

' Nous avons donné le même nom à certaines liuilres qu'un minse daiis le midi.

eu Heurs chinois, en général, ignorent complètement que les huîtres pondent des œufs à une certaine époque de l'année, que ces œufs éclosent dans leur sein d'où sortent 1 à 2 millions de larves vivantes, et que ces larves sont munies d'un appareil transitoire de natation, qui leur permet de se répandre au loin et d'aller à la recherche d'un corps solide où elles s'accrochent et se fixent. On se demande alors comment ils ont pu arriver à faire ces pares d'élevage et d'engraissement, dont l'origine certainement remonte à une époque bien antérieure à celle où cet art fut, suivant Pline, inventé chez les lîomains par Sergius Orata. La réponse est, bien simple. Suivant leur habitude, ils ont employé d'une manière rationnelle la méthode expérimentale à laquelle ils ont dû tant de découvertes utiles, et qui est sans contredit la meilleure pour faire faire aux sciences naturelles des progrès sûrs et rapides. 11 est probable que les premiers éleveurs furent des pêcheurs qui, avant mis des pierres dans des endroits où ils avaient l'habitude de jeter leurs filets, furent Irès-surpris de voir un jour ces pierres couvertes de naissain apporté par les courants sous-marins, et qui se transforma ensuite en excellentes huîtres. Us placèrent alors d'autres collecteurs et étudièrent les meilleurs moyens pour donner au naissain les facilités de se fixer et de se développer. Tel fut sans doute le commencement de cette industrie qui aujourd'hui rend tant dû services au commerce et à l'alimentation publique dans l'extrême Orient.

Voilà les règles que l'on suit maintenant eu Chine quand on veut construire un parc. On cherche un endroit sur la eôte, près de bancs d'huîtres, à l'embouchure naturelle d'une rivière ou d'un fleuve, où l'eau est légèrement saumâtre et qui soit exposé à l'action cle la marée ainsi qu'à celle de courant, d'une force suffisante pour renouveler l'eau autour des animaux sédentaires sans nuire à leur vitalité. Le terrain doit être autant que possible de sable et d'argile. Un fond trop vaseux est dangereux pour les huîtres ; de même que s'il est trop maigre, l'engraissement est beaucoup plus lent. 11 faut que la couche d'eau qui couvre les huîtres à la basse mer soit assez épaisse pour qu'elles ne se ressentent pas de l'action directe du soleil. Cet endroit doit être aussi à l'abri des grands vents et surtout des typhons qui, dans ces pays, font tant de ravages.

Quand le choix du lieu est fait, à la cinquième lune, c'est-à-dire en mai ou en juin, on "y jette quelques pierres, des tuiles, des débris de faïence, de porcelaine ou des coquilles d'huîtres, et, l'année suivante, à la même époque, on relève ces collecteurs afin de s'assurer si à leur surface se trouvent quelques huîtres. Si ce premier essai a donné des résultats satisfaisants, on construit le parc; dans le cas contraire, on cherche un autre endroit, ou bien l'on transporte dans le même lieu des huîtres de 5 ou 4 années avec leurs collecteurs, autour desquels on dispose un grand nombre d'autres collecteurs, eu

tenant complu de la direction des courants. Duuze ! mois après on relève ces collecteurs pour voir si l'on a été plus heureux.

Les parcs se ressemblent presque tous. Quand un lieu a été reconnu propre à l'élevage des huîtres, on le nettoie et on y place les collecteurs destinés à recueillir et à fixer le naissain. Les tuiles sont rarement employées comme collecteur; ce n'est que dans des cas très-rares, par exemple, lorsque le fond du parc est entièrement de sable et très-solide. On fait presque toujours usage de pierres assez grosses, de forme rectangulaire, et qui sont disposées régulièrement à une petite distance l'une de l'autre, de manière à former une sorte de pavage. Près de Mingpo (Tchckiang), j'ai visité un parc dans lequel les pierres, au lieu de reposer directement sur le sol, étaient fixées avec du ciment sur un mur de deux pieds de hauteur, assez solides pour résister à l'action de la marée et des courants.

Dans le parc de Uen-kang, qui se trouve en face de Maeao, le sol est couvert d'une couche de pierres de granit, de forme rectangulaire, distancées les unes des autres de 10 à 15 centimètres, et ayant 50 à 40 centimètres de longueur sur autant d'épaisseur et de longueur (voy. fig. <i). Avant de se servir de ces pierres, qui sont taillées grossièrement, on les passe au feu afin de détruire tous les germes nuisibles qui pourraient se trouver à leur surface. Chaque mois, un certain nombre de ces pierres est relevé; on enlève avec soin la vase ou les herbes et on les remet en place. Entre les interstices des pierres, quelques éleveurs jettent des coquilles de vieilles huîtres. Le parc de Henkung, dont je viens de parler, a environ 400 mètres de longueur sur 200 de largeur; la profondeur moyenne de l'eau est de 1 brasse à 1 brasse et demie. Le fond est de sable et d'argile. -

La direction des courants est nord et sud (fig. 1). Au sud se trouvent des bancs d'huîtres naturels, situés près do l'île de Taipa, l'eau, légèrement saumàtre, est entretenue ainsi par une branche de la rivière de l'ouest, qui vient du sud-ouest.

Les huîtres de ce parc sont magnifiques comme grosseur 1 , et deviennent tellement grasses que la couleur et la forme de l'animal sout entièrement (mangées après un certain temps. Quand elles sont parvenues à cet état d'engraissement, à la fui de la deuxième ou troisième année, on les détache des pierres qui en portent chacune 50 ou 40, on les ouvre et on les fait dessécher. Cette opération se fait deux fois par au, en avril et en septembre, et jamais pendant les mois de mai, juin, juillet et août.

Pour relever les pierres, on se sert d'un instrument composé de deux longs bambous, liés entre eux par une corde, à l'extrémité desquels sont fixées deux pattes en fer formant tenaille, et qui permettent de saisir les pierres en dessous, sans toucher aux

Beaucoup d'elles sont vertes et acquièrent une saveur un peu piquante. Les Chinois ont cjassé les huîtres de ce parc en huîtres blanches et huîtres rouges ; les huîtres vertes apparti"iiiicut à la première de ces espèces.

huîtres qui se liuuveiit sur la partie supérieure

Les huîtres, une fois détachées des collecteurs, sont recueillies dans de grands paniers, puis elles sont lavées sur le Lord de la mer et ouvertes au moyen d'un instrument en fer, composé d'une tige se terminant à l'extrémité supérieure par un crochet très-pointu, et dont l'extrémité inférieure forme ciseau. Lorsque les huîtres ont été détachées des pierres, celles-ci sont remises en place et les coquilles jetées dans la mer. On en conserve un certain nombre pour faire de l'engrais ou de la chaux.

Quand cette première opération est terminé, on dispose les huîtres par couche dans les paniers, on les saupoudre do sel et on les transporte à l'établissement où ou leur fait subir les préparutions suivantes.

On les met dans trois grands bassins en fer qui sont encastrés dans les cavités d'un fourneau en briques, ayant trois portes par lesquelles on introduit le combustible nécessaire pour la cuisson. La hauteur de ce fourneau est d'environ i m ,20 sur 1 mètre de largeur et 2 mètres de longueur. Un autre plus petit attenant au premier, à sa gauche, est employé pour la préparation de la sauce dite hao-yeon ou huile d'huître.

On fait bouillir les huîtres pendant une demiheure ; puis on les retire des bassins et on les expose au soleil sur une claie en rotin, qui repose sur une grande auge en briques ayant 2 mètres de longueur, l ra ,10 de largeur et 0"',35 de hauteur, dans laquelle on peut faire du feu quand le temps est couvert. Les huîtres sont considérées comme suffisamment desséchées quand leur poids a été réduit de moitié. On peut les garder ainsi cinq à six jours. Quand ou veut les conserver plus longtemps, c'est-à-dire plusieurs mois, on les fait sécher sur un feu modéré pendant deux heures environ, où on les expose au soleil pendant deux jours. La réduction du poids est alors des deux tiers. Ainsi préparées, elles perdent entièrement leur forme primitive. Elles ressemblent à un ch impignon desséché et leur nuance, qui tout d'abord était blanc de lait, devient brune. Quant à l'odeur, elle est rance et môme un peu putride.

Les Chinois mangent peu d'huîtres fraîches. Ils prétendent que c'est un aliment un peu froid pour l'estomac. Le Pentsao-kang-mou dit que l'huître a un goût légèrement doux et en même temps un peu >alé ; qu'elle ne contient aucun principe dangereux, et que c'est un excellent mets pour les personnes dont la constitution est affaiblie. Il recommande, quand on les mange crues, d'y ajouter un peu de gingembre et de vinaigre; mais il ajoute qu'elles sont bien préférables cuites.

La consommation des huîtres desséchées est trèsconsidérable en Chine. Leur prix varie suivant les années. En 1875-74, la première qualité valait 28 tacls (226 fr.) les 65 kilogrammes ; la deuxième qualité, 22. taels (176 fr.). Quelquefois la première qualité se vend 17 tuels, si la récolte a été très-

LA SATIRE

abondante. J'ai essayé plusieurs fois de goûter à ce mets national ; ruais j'ai dû y renoncer chaque lois, à cause de l'odeur rance de ers huîtres sèches que rien ne peut faire disparaître 1 , et qui est due sans doute à une certaine fermentation de l'aninial qui, comme on le sait., entre si rapidement en puti exaction.

ha sauce d'huître (tao-yeou) est assez bonne et pourrait être utilisée dans nos pays.

Voici conirnent elle se prépare. Quand les huîtres ont été reti-

Fiy. 1. — Carte des parcs aux huîtres de lien îi;uig.

rées des trois bassins

dont j'ai parlé plus haut, on prend l'eau qui en pro- j vinces, sont employées par les habitants pour eu

sulfate et de phosphate de chaux. Ils les font calciner, soit en les mettant sur le feu enveloppées d'argile, ou bien en les plaçant dans un vase avec un peu d'eau et de sel. Quand la coquille a [iris une couleur rougeâtre, ils l'écrasent et eu font.

une poudre nommée mao-ly-feu, qu'ils adnniii.-lront eu cas de fièvre, inappétence, inflammation de la peau, tumeur et boutons de toute espèce.

Les coquilles des huîtres fossiles, qui sont très - nombreuses dans certaines pro-

l''ig. 2. — Pierre chargée d'huîtres pruieiiaut du parc de Ve-Ly, district de Hiang-i'han-hieii, province du Kouang-ton. (A côté de la pierre sont deux Irullrcs du mémo parc, S: ces de trois ans et demi à quatre ans. Une d'elles a été ouverte pour montrer la forme de l'Jiuîlre.)

vient, ou remplit lu quatrième bassin et on la fat bouillir jusqu'à ce qu'elle soit réduite à moitié. On continue ainsi jusqu'à <e que l'eau des trois bassins soit épuisée. Ou obtient ainsi une sauce noirâtre et dont, le goût est trèsappréciédes Chinois.

Cette sauce se vend 40 à 50 francs les (55 kilog. Souvent on la falsifie eu lui ajoutant de l'eau de mer, du sel et du soya.

Les huîtres sont non-seulement recardées par les Chinois connue un de leurs meilleurs aliments, mais ils s'en servent également connue agent thérapeutique. Ou trouve dans le l'en-tsao-kang-inou que si l'on met une huître sur le feu avec sa coquille et qu'on en recueille l'eau dès qu'elle s'ouvrira, cette eau est excellente pour adoucir la peau et faire disparaître les taches de rougeur. Les médecins cliiuois tirent également parti des coquilles qui, comme on le sait, sont de véritables carbonates calcaires avec un peu de

1 Avant de faire cuire les luùircs, je les ai fait mettre pendant plusieurs heures dans de l'eau tiède, mais leur odeur n'a pas changé, et, chose bizarre, l'eau dans laquelle avaient séjourne ces huîtres est devenue très-verte. L'analyse de cetle eau sérail curieuse à opérer; j'ai cru remarquer qu'elle contenait une substance trcs-coirosivc.

faire des murs (mao-ly-lsean) ou de l'engrais.

L'ostréiculture donne en Chine les meilleurs résultats.

Ainsi le propriétaire de l'établissement de llen-kang gagne en moyenne par an de 7 à 8000 taels, en déduisant les dépenses qui s'élèvent de 1500 à 2 000 taels.

Son personnel se compose cou linuellemeut de 8 hommes, à raison de 55 taels par mois, qui sont employés principalement à veiller sur la propreté dit parc, et à faire la chasse aux nombreux ennemis qui, en Chine comme en Europe, s'acharnent après les huîtres, tels (jue bigorneaux, perleurs, oursins, étoiles de mer, etc. Mais ceux qui passent ici pour les plus dangereux sont : 1° deux coquillages, dont l'un nommé tchou-mou-lo , espèce de buccin (purpura) qui est muni, diton, d'une glande pouvant sécréter un liquide visqueux qui, pénétrant dans les valves entr 'ouvertes de l'huître, la met entièrement à la disposition de son ennemi ; '2° un poisson que les pêcheurs appellent chatig - yn - yu ' (poisson à tète

Fig. 5- — Instrument chinois pour retirer les pierres des parcs aux huîtres.

1 Ce poisson est une espèce de raie de la famille d,es myhobatcs. Il est possible, que le même poisson se trouve en France et soit une des causes principales de la destruction de certains bancs d'iiuilrcs

d'aigle), qui, m'a t-on assuré, perce l'huître et l'avale; 3° une algue marine de la famille des Floridces, de couleur rougeâtre, qui, à certains mois de l'année, apparaît sur les côtes et peut, en quelques jours, détruire tout un parc si l'on ne veille pas sur elle. Mais ce que les éleveurs redoutent par-dessus tout, c'est une trop grande abondance de pluie qui, en dénaturant la composition de l'eau, fait que les jeunes huîtres meurent en trèsgrande quantité, sans qu'il soit possible d'y remédier. D'un autre coté, si la sécheresse est extrême, les huîtres en souffrent parce qu'elles sont privées

d'une partie des infusoires qui leur servent de nourriture et dont le mélange des eaux douces avec l'eau de mer favorise le développement. Les Chinois prétendent aussi que la valeur saline de l'eau, qui varie suivant les saisons et les années, doit être étudiée avec soin quand on choisit un terrain, et que souvent un excès de chlorure de sodium, survenant tout à coup dans les eaux qui baignent les parcs, leur fait beaucoup de mal.

Les perturbations atmosphériques, les orages violents, les typhons ont également une influence marquée sur l'élevage des huîtres. Comme on le voit

Fig. -4. — Parc aux huîtres de Hen-Kang, près Je Maeao. — Coupe et plan.

les causes de mortalité ne manquent pas; néanmoins presque tous les ostréiculteurs chinois réussissent, et, pour les encourager, le gouvernement les a exonérés d'impôts.

Le rivage de la mer et les eaux qui le baignent jusqu'à une certaine distance appartiennent, en Chine au propriétaire riverain. De sorte que si l'on veut construire un parc dans tel ou tel endroit, il faut s'adresser à ce propriétaire avec qui on passe un bail de dix, vingt ou trente ans.

L'emplacement du parc de Ye-Iy, dont je joins ici le dessin d'une pierre chargée d'huîtres (fig. 2), et qui a environ 2000 mètres de longueur, a été loué par un temple de bonzes 2 10 francs par an pour 30 ans. Ce parc rapporte dans ce moment à son heureux locataire de 28 à 30,000 francs par an. A l'expiration du

bail, qui aura lieu celte année, le prix de la location atteindra sans doute des proportions en rapport avec les bénéfices annuels.

Les éleveurs d'huîtres, ainsi que je l'ai dit plus haut, ne payent pas d'impôts; mais ils sont obligés, chaque fois qu'ils font une récolte, de donner une certaine somme, dont le montant varie, aux employés du mandarin ilu district dont ils achètent ainsi la protection permanente.

Comment se fait-il qu'en France cette industrie, dont les progrès sont si intimement liés à la question de l'alimentation publique, n'ait donné jusqu'à présent que des résultats assez peu satisfaisants pour que quelques personnes eu doutent encore.

Nos huîtres seraient-elles moins fécondes qu'en Chine? ou bien par hnsard nos eaux ne convien-

draicnt-elles pas à leur élevage, de même que notre climat? Ces suppositions ne sont pas probables. Je crois plutôt que cela tient à ce que les différentes méthodes que nous avons employées jusqu'à présent, quoique émanant de la plus haute science, n'étaient pus basées sur la connaissance approfondie de la nature et de ses lois, et que nous en sommes encore à chercher ce qu'il conviendrait de faire pour marcher d'un pas bien ferme et rapide. Quand on lit tous les rapports qui ont été écrits sur les parcs d'Arcachon, de Maronnes, de l'île de Ré, etc., on est peiné de voir que partout nous en sommes encore aux essais, aux tâtonnements, tandis qu'eu Chine l'ostréiculture, depuis des milliers d'années, fournit à l'alimentation publique une de ses plus précieuses ressources, et que l'huître, ce mollusque si hygiénique et si savoureux, est devenue le met de tout le monde. N'y a-t-il pas encore là quelque chose à emprunter à la vieille expérience de ce peuple si observateur et si pratique? Le fonds est ce qui nous manque le moins. Sur nos côtes se trouvent un grand nombre de plages qui ne demandent qu'à être fertilisées. Ilàfons-nous donc de les utiliser, en appliquant à leur culture des procédés dont la supériorité est garantie par plusieurs milliers d'années de succès. P. Dabry de Thiersast,

Ciiisul de France en Chine.

CIN.0XIQUE

Crémation. — L'enterrement a le triste inconvénient an point de vue hygiénique, de contaminer le sol, l'air et l'eau» sans aucun avantage en retour. Le développement de la population el l'extension croissante des villes ne peuvent le rendre que plus dangereux et impraticable. Aussi estil question de le remplacer par la crémation dos corps. Un essai inirénicux vient d'en être fuit à Bruxelles par M. Molsen, dans son laboratoire. L'appareil, rapporte le journal les Mondes > se compose tout simplement d'un tube métallique assez grand pour contenir le corps à incinérer, et recouvert d'une grille métallique à sa partie supérieure. Un bac on chemise en tôle l'enveloppe entièrement, et le déî asse en haut de plusieurs centimètres. L'intervalle étant complètement rempli de charbon, qui s'allume et brûle rapidement par le courant d'air qui s'établit, on introduit le corps à incinérer par la partie inférieure du tube dès que le foyer est embrasé. Un chien de 5 kilog. a été réduit en cendres en une heure dans ce foyer, avec quelques fragments d'os blanchâtres: un autre de 10 kilog. 400 gr. en yne heure et demie, sans avoir dégagé ni fumée ni odeur quelconque à l'extérieur. Toutes les parties s'échappant de la combustion sont brûlées, en effet, par le foyer supérieur place au-dessus de la grille. Il y a pourtant un desideratum à ce procédé. Un muscle de 1,500 grammes, pris à l' avant-bras d'un cheval, ne s'est pas consumé dans ce fover. Il n'était que peu entamé après une heure. En se carbonisant à l'extérieur, il en résulte une enveloppe protectrice qui empêche la combustion de se propager. En raison de ce succès, la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles s'est engagée, dans sa séance du 15 avril dernier, à faire les frais et les démarches néces-

saires pour faciliter l'exécution de la crémation facultative. après un triple examen des cadavres, pour s'assurer qu'il n'y a pas eu crime, meurtre ou empoisonnement, et tous les renseignements cliniques sur le cours de la maladie. L'est une précaution utile, mais suffira— t— clic toujours pour prévenir toutes les réclamations ?

Chemin fie fer *Ic Mcry-sur-Oîse. — Los études relativisa rétablissement du Chemin de fer de Méry-sur- Oise sont poussées avec la plus grande activité, l'administration désirant être à même de soumettre au Conseil mucipa], lors de sa session d'octobre, t'avant-projet concernant le tracé, avec l'indication du prix de revient de la construction de la voie. Les études entreprises en ce moment comprennent l'examen de deux tracés différents, dont l'un emprunterait le chemin de fer du Xord jusqu'à Ermont, pour aller rejoindre directement Méry; le second tracé, partirait des buttes Montmartre et traverserait en ligne droite le territoire de Saint-Ouen et de Cenncvillicrs, pour aller franchir ensuite la Seine à Epinay, au moyen d'un pont à proximité de la route nationale n" 17, el de là se diriger, à travers Engbien et Ertuont, sur Méry. On espère qu'avant peu les travaux commencés seront assez avancés pour que le Conseil général des ponts et chaussées puisse se prononcer sur le choix du tracé. L'administration supérieure n'a pas voulu, du Teste, paraître désintéressée dans une question qui touche à un si haut point la population parisienne ; aussi vient-elle de désigner M. [lu- 1, ingénieur des ponts et chaussées, attaché au service des eaux et égoûts delà ville de Paris, poursuivre les études entreprises el adresser le rapport qui devra être soumis au iOnseil général des ponts et chaussés.

Nouveau puvsifje. — Un entrepreneur, dit la Revue industrielle, vient d'être autorisé à faire construire à Liège, à titre d'essai, et pour l'expérimenter, un pavage d'un genre tout nouveau en fonte de fer. C'est le quai d'Avroy qui a été choisi pour cette expérimentation, et près de la rue Sainte-Véronique, sur le macadam, entre la voie pavée et le railway du chemin de fer américain, on établit depuis avant-hier ce pavage nouveau système. Voici en quoi il consiste : on forme d'abord un lit de maçonnerie sur lequel on répand une couche d'asphalte et c'est dans ce bitume que l'on pose les pavés en fer qui ont quatre centimètres d'épaisseur. C'est une nouvelle invention dont, par l'essai qu'en en fait, les qualités pourront être appréciées ; il faut que ces qualités soient bien supérieures pour être en rapport avec la dépense que doit nécessiter l'établissement d'un semblable pavé.

Les •secrétaire!* perpétuel» de l'Académie. —

L'institution des secrétaires perpétuels de l'Académie des sciences date de l'ancienne Académie, qui pourtant n'en possédait qu'un seul. Les plus célèbres secrétaires de l'Académie sont, pour l'ancienne, Fontcnelle, Mairan et Condorcet. Les prédécesseurs de M. Ehe de h\ aumont sontDelambre et Arago. — Arago et Elie de Iteaumont ont tenu la fonction pendant près d'un demi-siècle. Quant à Fontenelle, qui mourut centenaire, son secrétariat a duré plus de soixante ans.

Phares de l'Angleterre et des £iais-U«Is. —

On sait l'importance extrême des phares pour les navigateurs : nous donnons ci dessous quelques chiffres faisant connaître le nombre de ces monuments pour les deux nations chez lesquelles la marine a acquis son plus grand développement. — Grande-Bretagne et Irlande. Sur les côtes de l'Angleterre et de l'Ecosse on compte 178 phares;

on en trouve 58 en Irlande et 6 dans les îles normandes, soit un total de 242 phares. Comme en France, ces phares sont fixes ou à feux variés (à éclipses ou à éclats) ; les feux sont blancs ou rouges ; il y a en outre trois feux verts sur les côtes de Kent, d'Essex et du Lincolnshire. Les phares dont la portée est la plus grande sont ceux de Barra-Head, dans les îles Hébrides, et du cap Wrath, au nord de l'Hune : ils sont visibles, paraît-il, jusqu'à 50 kilomètres. — États-Unis. Les phares et fanaux sont au nombre de 591 sur les côtes des Étals Luis; il y a en outre 55 signaux de brumes fonctionnant par la vapeur ou l'air chaud; de plus, pour le jour, 505 balises et 2858 bouées aident au navigateur à reconnaître les côtes qu'il a en vue. Le nombre des feux nouveaux allumés pour la première fois s'est élevé à 29 pour l'année qui se termine le 1" juillet 1875.

BIBLIOGRAPHIE

La lunette astronomique horizontale, par M. A. Laussedat,

1 broch. ii i-8°.

Rendons à César ce qui appartient à César, et rendons à M. Laussedat l'honneur de l'invention de la lunette horizontale, que Foucault a appelée le aider o&lal. Le savant professeur des Axis et Métiers revendique l'invention de la lunette astronomique horizontale, avec dos preuves si complètes à l'appui de cette revendication, que le doute n'est plus possible sur l'origine do ce bel appareil.

Notes sur les paratonnerres , par M. Melsens, membre de

l'Académie de Belgique, 1 broch. in-8*.

La question des paratonnerres a fait un pas considérable à Bruxelles. Car nous voyons, d'après la notice que ce savant nous a communiquée, que les paratonnerres placés sur l'Hôtel de Ville, et sur les Halles centrales ont été soumis à des vérifications soigneuses. Ces opérations ont été faites aussi bien a l'aide de l'électricité de tension qu'à l'aide do l'électricité voltaïque. Le travail de fil. Meisens sera lu avec intérêt par tous les physiciens.

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 5 octobre 1874. — Présidence de M. BEnTnANn

Passage de Vénus. — - Jusqu'ici les diverses expéditions envoyées pour observer le grand phénomène astronomique du 8 décembre prochain ont suivi régulièrement leurs cours. Cependant une dépêche arrivée le 5 octobre à Paris a donné une vive inquiétude, quant au sort de M. Janssen et de ses compagnons. Cette dépêche, datée de Hong- Kong , 2 octobre et traduite à Singapoore, portait: « Eprouvé un typhon, rade de Hong-Kong. Désastre personnel et matériel, sauf réparation. » Immédiatement on télégraphia à Singapoore pour avoir une explication de cette phrase obscure, et voici la réponse reçue hier soir et qui fait cesser toute crainte : « Eprouvé un typhon, rade de Hong-Kong, désastre. Personnel et matériel saufs. Repartons. » Il y a lieu de supposer qu'à l'heure qu'il est nos compatriotes naviguent vers Yoko-IIama, but final de leur voyage.

Ascension aérostatique. — Un voyage d'un genre différent, exécuté tout récemment par M. Tissandier, a fourni entre autres résultats curieux une obseï ration d'optique sur laquelle M. Dumas appelle tout spécialement l'attention. Le ballon, après avoir fourni son étape et descendant se trouve, séparé du sol par un nuage qui lui masquait abso-

lument la terre et ce qu'elle portait. Toutefois cet obstacle n'était pas opaque pour les personnes situées au-dessous et qui virent parfaitement le ballon de façon à lier conversation avec les aéronautes et à leur prêter une utile assistance pour la descente. Le fait, très-facile à expliquer, n'avait pas été observé dans des circonstances aussi remarquables. Il rappelle l'effet dos glaces platinées dont on fait des cloisons enlre des locaux éclairés et d'autres plus simples, entre un magasin par exemple et l'arrière-boutique. Opaques pour quiconque est dans la lumière, elles sont au contraire transparentes pour celui qui setrouve derrière et on en fait chaque jour de nombreuses applications.

Cristallogénie. — Nous avons analysé précédemment une note où M. Gemey montre qu'un cristal d'alun oetnédrique jeté dans la solution sursaturée d'alun détermine la formation d'octaèdres, taudis que dans le même liquide un cristal cubique donne lieu à la production de cubes. M. Leeoq de Boisbondrant, contrairement à l'auteur, ne pense pas que cela résulte de ce que ces n'îslaux, de forme différente, sont produits par le petit germe introduit dans la solution. Pour lui, celle-ci contient à la fois divers sels à différents étals d'hydratation, dont l'équilibre varie de l'un à l'autre et qui suivant les conditions de l'ébranlement qu'ils ressentent, restent en dissolution ou se précipitent. Il y a là, comme on voit, une question de mécanique pleine d'intérêt mais extrêmement délicate.

Corps explosifs. — C'est un ensemble déconsidérations analogues qui ressort de l'étude faite par JIM. Houx et Sarraud, de l'explosion des corps détonants. Ils distinguent en effet deux ordres d'explosion de ces corps. Le premier est produit par l'inflammation directe, l'autre par l'explosion précédente d'un corps sympathique, si on peut dire, avec celui qu'on étudie. Ce corps, qu'ils nomment exploseur, varie avec la matière exploitée. Pour la nilro-glycérine c'est le fulminate de mercure. Pour la poudre à canon il ne suffit pas d'un exploseur, il faut la nitro-glycérine mise en branle par le fulminate. Dans ce cas, les effets croissants de la poudre équivalent à quatre fois ceux qui se produisent à la suite de son inflammation pure et simple,

Frigorîfère. — Comme son nom l'indique, c'est une machine à faire du froid. Elle a pour inventeur Jl. Ch. Tellier, et M. Bouley, dans un rapport des plus élogieux, décrit longuement le mécanisme et les bons effets de ce nouvel appareil qui a été précédemment décrit par la Nature. L'éther métbyiique est l'agent frigorifique, et le principe de son action rappelle jusqu'à un certain point, celui qui sert de base à la machine Carré. SI. Tcllier s'en sert surtout pour avoir de l'air à zéro qu'il injecte dans une grande chambre, où il place des matières qu'il veut réf. oidir. Ce sont surtout des viandes et autres substances altérables. Les effets de conservation sont vraiment surprenants. La viande perd une partie de sou eau et se recouvre d'une mince couche sèche qu'il faut enlever au moment où on en fait usage, mais elle résiste complètement à la putréfaction, et cela indéfiniment. Du gibier faisandé, s'arrête dans son travail de décomposition. Bien plus, la vïande ainsi traitée peut ensuite être longtemps exposée à l'air sans rien subir de particulier. Un gros gigot de mouton, retiré de la chambre froide, fut conservé, par M. Bouley, pendant • les trois mois les plus chauds de l'été, et il ne fit que se I dessécher un peu, sans manifester le moindre commencement de putréfaction.

Analyse spectrale. — Un petit appareil, très-simple et de nature à rendre de grands services, est présenté par M. Dumas, au nom do deux de ses élèves. Il a pour objet

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l'analyse spectrale des dissolutions salines. Le liquide en expérience s'écoule en goullelelles uniformes le long d'un des fils de platine à l'extrémité duquel éclate l'étincelle [l'induction. L'examen au speelroscopo montre les raies ilu sel dissous, aussi longtemps qu'on le désire el permet l'élude de solutions même très-pauvres. M. Lockyer qui a étudié l'appareil en est, dit-on, enchanté.

Phylloxéra. — Comme d'ordinaire, un énorme tas de lettres arrivées de tous les points de la France, concerne le phylloxéra. On y voit entre autres nouvelles que le terrible fléau a passé le Jura et se prélasse à Genève; mais en échange on apprend avec plaisir que le ministre, se

rendant aux vœux de l'Académie, est résolu à empêcher autant que possible, le transport de toute substance phylloxéréc. Un curieux résultat est signalé par l'un des hommes qui doivent dans celte matière avoir le plus d'autorité. Il consiste en ce que des phylloxéras, transportés artificiellement sur des racines de vignes saines, ne déterminent pas ia maladie d'une manière permanente. 11 en résulte que le mal exige des conditions non encore déterminées. L'auteur de l'observation est M. Delonnc, l'auteur de la découverte première delà maladie phylloxérique alors que la cause en était inconnue.

Stanislas Meunier.

Feuillage de quatre ormes imitant la sMIioueltc d'un cheval.

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