DE REPRODUCTION DU PHYLLOXERA
Quel implacable ennemi que cet insecte dévorant. A. quelles conjectures n'a-t-il pas donné lieu sur ses métamorphoses, à quelles contradictions n'exposet-il pas les savants qui se consacrent à son étude? A peine 51. Lichlcustein a-t-il publié ses observations sur les phylloxéras ailés qu'un autre phylloxeriste, non moins compétent, M. Balbiani, vient renverser ces théories nouvelles. « La lettre de M. Lichtetistein, dit M. Balbiani, a principalement pour objet de montrer que les phylloxéras abandonnent les vignobles à certaines époques, pour aller poudre sur les chênes à kermès des garigues du Midi, les œufs destinés à donner naissance aux individus sexués. J'ai déjà combattu ces vues de 51. Liehtenstein. Sa lettre actuelle n'apporte aucun l'ait nouveau à l'appui de l'exactitude de ses observations*. » Api es avoir combattu l'explication relative au phylloxéra ailé, M. Balbiani prétend que le phylloxéra du chêne n'a aucun rapport avec le phylloxéra de la vigne, et voici ce qu'il dit à ce sujet :
« Parmi les arguments au moyen desquels j'ai combattu la prétendue identité admise- par M . Liehtenstein entre les phylloxéras des vignes et ceux que l'on trouve sur les chênes à kermès, j'ai cité la dissemblance des individus ailés rencontrés dans ces deux conditions différentes d'habitat. Je puis ajouter que depuis j'ai pu constater entre les individus sexués eux-mêmes, parfaitement développés, issus
i \ y. page 202. La Kature, n* 69, 20 septembre 1874. * Comptes rendus de l'Académie des sciences. Séante du 21 septembre 1874-
de ces insectes ailés, des variations non moins évidentes, en rapport avec leur différence d'origine. J'en dirai autant de ces individus ailés à forme un peu anormale, que l'on rencontre chez plusieurs phylloxéras mêlés aux individus normaux, et qui avaient été considérés d'abord comme étant des mâles par M VI . Planchon, Liehtenstein et Riley. J'ai eu l'occasion de les observer chez plusieurs espèces et d'en étudier l'organisation interne. Je me contenterai de dire ici que ce ne sont pas des mules, et qu'ils ne remplissent même aucun rôle physiologique particulier dans les phénomènes de reproduction chez ces insectes, mais qu'ils ont tous les caractères d'individus femelles, à organes générateurs atrophiés comparables, à un certain point, aux neutres des abeilles et des fourmis, û
LA TELEGRAPHIE OCÉANIQUE
La plus brillante conquête du télégraphe électrique est l'empire de la mer. Le cable atlantique a couronné une entreprise poursuivie pendant douze ans, avec persévérance et ténacité. Nous dirons les difficultés que présentait la solution de cet intéressant problème, les moyens gigantesques qu'il a mis en œuvre; nous décrirons les procédés delà transmission, différents de ceux qui conviennent à l'exploitation des ligues terrestres. Pour rendre complète cette étude, nous donnerons un aperçu des communications sous-marines qui, à ce jour, sillonnent, le monde.
Le début de la télégraphie sous-marine remonte à l'an née 1850. 51. Urett immergea le premier entre l)ou\res et le littoral français, un simple fd de cuivre recouvert de gutta- percha, long de 50 kilomètres. Cet essai, qui ne fut pas couronné de succès (le lil se rompit après l'échange de quelques signaux), fut repris en \ 851 ; un conducteur plus résistant, cuirassé de fer, fut posé entre Douvres et le cap G riz-Nez, près de Calais.
En 1854 se forme une compagnie anglo-américaine, sous le nom de « Société du télégraphe de Londres à New-York. » Les opérations de cette compagnie se bornèrent à la réunion de Terre-Neuve au continent américain par un câble de 1G0 kilomètres.
En 1850, nous retrouvons une nouvelle société constituée en Angleterre par MM. Cyrus Field, llrett, Whitehouse et Ch. Brigbt, sous le nom de Compagnie transatlantique. C'est à elle que revient l'honneur d'avoir établi le premier trait-d'union entre les deux mondes.
Les gouvernements anglais et américain accordaient une subvention do 350,000 francs par an, pendant la durée effective de la communication, et offraient leur concours pour les études et la pose. Cette dernière opération fut décidée pour l'année suivante.
Les points d'atterrissement choisis furent la baie de la Trinité, sur la côte orientale de Terre-Neuve,,
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et Valentia sur la côte occidentale de l'Irlande ; la distance, suivant l'arc de grand cercle, est de 3,100 kilomètres.
Quant à la profondeur de la mer entre les deux points, les sondages firent reconnaître qu'à partir de la côte de l'Irlande, le fond s'abaissait progressivement; à 200 kilomètres, on atteignait la p lolondeur de 1 ,000 mètres. Là le sol marin s'incline brusquement pour descendre à 3,200 mètres. Puis, sur une longueur de 2,500 kilomètres, c'est-à-dire jusqu'à 400 kilomètres de Terre-Neuve, les fonds restent entre 5,000 et 4,500 mètres. Cet espace, baptisé par le commandant, Maury du nom de plateau tclëqraphique, est revêtu d'une boue visqueuse devant former un lit assez doux pour le conducteur qu'on allait lui confier ; relativement à des profondeurs pouvant aller jusqu'à 16,000 mètres, cette désignation est justiliée. On prépara 4,000 kilomètres de câble, pesant 2,500 tonneaux et ayant coûté G millions de francs. La moitié de cette cargaison fut embarquée sur le vapeur anglais Agamemnon et l'autre moitié sur la fréga te aruéricai no le Nia gara. Los dviux bâtiments partirent ensemble de Valentia le 5 août 1857 ; le troisième jour, le cable se rompit, par des profondeurs de 5,600 mètres, on en avait dévidé 000 kilomètres : c'était un premier échec. On revint en Angleterre.
Une seconde campagne fut décidée pour l'année suivante : on prépara dans cebui, 50(J kilomètres de cable neuf. 11 fut ensuite convenu que les deux, navires chargés de lil par! iraient du milieu de la distance, chacun de leur côté, l'un vers l'Irlande, l'autre vers Terre-Neuve, afin d'abréger de moitié la durée de l'immersion. L'expédition quitta Plymouth le 10 juin 1858; le mauvais temps relarda les navires, qui ue furent que le 20 au rendez-vous assigné. Trois tentatives successives furent infructueuses; on laissait encore celte fois 500 kilomètres de table en pâture à l'Océan.
On repartit le 17 juillet, les deux: navires se retrouvèrent réunis le 28, par un temps magnifique. Le 5 août, les deux extrémités étaient amenées à terre, l'une à Valentia, l'autre à Terre-Neuve. Les éléments étaient domptés : un enthousiasme inouï salua des deux côtés de l'Atlantique la nouvelle de cet. événement. Mais cette joie devait être de courte durée; après la transmission des messages de félicitation, et de quelques dépêches péniblement arrachées à un conducteur très-défectueux, on n'en tira plus rien. Le résultat financier de l'entreprise restait déplorable.
Nous voici au mois de septembre 1858, avec une cruelle déception. Les auteurs seuls ne désespéraient pas ; il savaient que tout était à perfectionner : fabrication du câble, machine de pose, transmission des signaux.
Les capitalistes ne partagèrent leur foi qu'après six ans de sollicitations. Nous nous retrouvons en 1864. Dans l'intervalle, plusieurs tentatives deins d'autres directions, et une vaste enquête prescrite
par le gouvernement anglais eu 1801 vinrent celairer la question. Dans cette enquête furent entendus tous les électriciens, ingénieurs, fabricants, qui avaient assisté aux opérations précédentes, ou s'étaient occupés de télégraphie sous-marine.
Un nouveau modèle de câble fut adopté; le choix des matériaux et la fabrication furent entoures de soins particuliers, qui n'avaient point été apportés antérieurement. La résistance et l'isolement du conducteur furent mesurés avec une précision inouïe. Le câble avait un diamètre de 27 millimètres, il pesait 900 grammes par mètre dans l'air et 370 dans l'eau : il pouvait supporter, sans se rompre, une tension de 7,800 kilogrammes. Au mois de mai 1805, on en possédait une longueur de 4,500 kilomètres, pesant 4,000 tonneaux.
li fallait trouver un bâtiment pour cette masse, on renonçait à la division sur deux navires. Le Great- Eastern reposait inutilement dans la Tamise, il fut rapidement approprié à celte nouvelle destination. Trois grands puits étanehes en tôle, de 17 mètres de diamètre et do plus de G mètres do profondeur, furent disposés pour recevoir le câble. Le Greal- Easlern partit au commencement de juillet, sous le commandement du capitaine Anderson.
Notre vignette représente ce magnifique bâtiment sous voiles; la coupe qui est donnée au-dessous est suffisamment expliquée par la légende qui l'accom-
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Nous continuons le récit de l'expédition. Le 24
juillet, 155 kilomètres de câble environ avaient été immergés, lorsqu'on constata subitement une diminution sensible de l'isolement. L'ingénieur, M. Canning, se décida à relever le câble pour trouver le point défectueux. 11 eu fallut relever 18 kilomètres; cette opération laborieuse dura vingt-quatre heures. On trouva le câble traversé diamétralement par un morceau de fil de 1er, qui avait pénétré dans l'enveloppe de gutta-perolia et atteint le conducteur en cuivre. On coupa la partie défectueuse, on fit une soudure et on se remit en roule. Cinq jours se passèrent sans encombre ; les inquiétudes qu'avait fait naître le premier accident commençaient à se calmer, quand, le 29 juillet, 1,500 kilomètres étant immergés, une nouvelle perte plus sérieuse que la précédente se déclare. On procède au relèvement et, au bout de neuf heures, on trouve encore un fil de fer pointu qui traverse le câble. L'accident réparé, on remet le cap sur Terre-Neuve. Le 2 août, un nouveau défaut est signalé par le galvanomètre employé à mesurer le courant; on commence le relèvement, mais un accident survenu à la machine oblige à stoper; le câble, soumis à une tension énorme, se rompt et tombe au fond de l'Océan. On est à 1,100 kilomètres de Terre-Neuve, par des profondeurs de 3,700 mètres. M. Canuing essaya eu vain de draguer le conducteur au fond de l'Océan. Au dire des ingénieurs anglais, le câble fut quatre fois saisi par les grappins du Great-Eastern; quatre fois la corde qui tendait le grappin rompit avant de
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l'amener à la surface. Ayant épuise toutes les cordes dont il pouvait disposer, M. Canning se résigna à regagner l'Angleterre, après avoir soigneusement relevé la position où gisait l'extrémité du fil et l'avoir marqué par des bouées.
Tel est le réeit succinct de la catastrophe de 1805. Mais on s'était vu si près du but, qu'elle n'inspira point de découragement. Nous verrons dans la suite de cette notice que le succès vint bientôt récompenser tant d'efforts. - Cil. BONTEMPS.
— La suite prochainement. —