ÉLIE DE BEAUMONT
La mort de l'illustre secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences est une perte irréparable peur la science française, car le nom d'EIie de Beaumont, suivant l'expression de M. Dumas, « personnifiait dans tous les pays civilisés et parmi toutes les nations, la géologie elle-même, dans son acception la plus sûre et la plus haute. »
Elie de Beaumont naquit au cliàteau de Canon, dans le Calvados, It; 4 25 septembre 1798; le lieu qui le vit naître, devait être aussi celui où il allait s'éteindre;, soixante seize ans après, presque jour pour jour. 11 afallu une extraordinaire puissance de travail , jointe à une pénétration peu commune, pour que cette longue carrière fût marquée de conceptions si importantes , d'observations si originales, d'innovations si hardies et de résultats si imposants.
Comme la plupart des grands esprits, que le génie doit féconder , Élie de Beaumont, dès les premières années de son apparilion dans le monde scientifique, avait attiré sur lui les regards, par ses belles facultés intellectuelles. On le voit sortir au premier rang de l'Ecole polytechnique, où il a été admis en 1817, pour entrer à l'École des Mines, où pendant plus de cinquante ans, il doit tenir une place si glorieuse. On le suit dès ses premiers pas dans les défilés des Vosges, où le jeune ingénieur, dont l'activité physique ne le cède eu rien à l'activité morale, parcourt les vallées et les monts pour étudier les terrains de grès et publier bientôt un remarquable mémoire 1 marqué au sceau d'une remarquable érudition, et d'un sens pratique élevé. On le retrouve
1 police sur les mines de fer et les forges de Froment et Je liathau (Vosges) — Annales des mines, 18'2'2.
2 e aunée, — 2* semestre.
bientôt en Angleterre, où il visite avec son collègue Dufrénoy, les grands établissements métallurgiques d'Outre-Manche, et réunit les matériaux d'un grand travail qui restera comme le modèle des descriptions savantes et techniques 1 .
Au moment où le jeune ingénieur terminait avec éclat ses dernières études, le conseil de l'École des Mines venait de recevoir un exemplaire de la nouvelle carte géologique d'Angleterre, et résolut de faire
exécuter pour la France une œuvre analogue. Dufrénoy et Élie de Beaumont, fuient adjoints à Brochant de Villiers pour entreprendre cette tâche immense, dont le voyage en Angleterre était en quelque sorte la préface. Les deux ingénieurs allaient édifier un des plus importants monuments de la géologie moderne. i\onseulement la carte géologique de France donne pour la première fois l'ensemble des terrains de notre pays, mais dans le chapitre d'introduction de cette œuvre magistrale, on peut lire des pages éloquentes, où le caractère des populations est relié à la nature du sol, et où le rôle prépondérant de la France est exposé en un style puissant*.
La géologie positive, comme la chimie, comme la physique expérimentale, est née d'iiier : c'est à peine s'il y a un siècle que l'histoire de la terre est assise sur des bases certaines. Le nom d'EIie de Beaumont restera toujours marqué au premier rang des illustres novateurs à qui l'on doit des notions précises sur la formation de l'écorce terrestre. Cuvier, dès le commencement
1 Voyage viétallurgùjue en Angleterre, ou Recueil de mémoires sur le gisement , l'exploitation et le traitement des minerais d'étain, de cuivre, de plomb, de zinc et de fer dans la Graitde-Iirelagne, par Dul'reinoy et Elie de Beaumont; in-S°, avec allas, 18:27.
* Explication de la carte géologique de France, t. I. - Paris, 184t.
Élie de Beuumout, mort le 21 septembre 1874.