SOS
de ce siècle, avait l'ait revivre les cires fossiles, dont les ossements étaient entassés pêle-mêle clans lns terrains tic Montmartre. 11 fournit à la science la date relative de leur formation en montrant qu'ils étaient déposés dans des terrains tertiaires, au milieu des couches neptuniennes. Elie de Beaumont porta son attention sur les chaînes de montagnes plutotriques, et démontra qu'elles avaient été soulevées après la formation des sédiments qu'elles ont emportées dans leur ascension, et avant celle des couches horizontales qui existent dans leur voisinage. Les I leçons d'Elic de Beaumont ont largement con- , tribué à définir les notions de la classification dos terrains, divises en érnptifs et sédimenlaires, et à propager les doctrines de l'école des révolutions du globe, inaugurée par Cuvier. Klie du Beaumont admettait que dans l'histoire de la terre, comme dans celle de l'humanité, il y a eu des époques de révolution et de calme. II affirmait que les montagnes étaient le produit d'un soulèvement brusque, violent de l'écorce du globe, et que ces soulèvements, formidables cataclysmes, avaient causé l'extinction d'êtres organisés auxquelles de nouvelles espèces avaient succédé. On n'ignore pas que tous les géologues, n'admettent plus aujourd'hui ces doctrines, et qu'une autre école compte dans son sein quelques-uns des plus illustres savants de notre temps. Cette école repousse l'hypothèse des révolutions brusques, elle explique la succession des êtres, par des transformations lentes et graduelles, la formation de l'écorce terrestre par des causes lentes, analogues à celles dont nous étudions l'action à notre époque, alléguant que l'accumulation continuelle de petits effets peut produire à travers les âges des résultats immenses.
Quoi qu'il en soit de ces doctrines, Elie de Beaumont, dès les débuts de sa carrière, avait toujours porté son attention sur les reliefs de l'épiderme terrestre ; il s'était demandé si le désordre apparent qui semble présidera la direction des chaînes de montagnes ne radiait pas une loi de symétrie, qui aurait présidé à leur édification.
Dans les terrains sédinientaircs déposés jadis au sein des eaux, or. rencontre parfois des interruptions brusques; les mineurs, dans les couches de houille par exemple, observent souvent des lacunes dans le gisement; après avoir perdu la houille, ils la rencontrent, au-dessus ou au-dessous. Ces accidents sout désignés sous le nom de failles; ils déterminent une dénivellation analogue dans les couches qui a voisinent la houille, et l'on considère le terrain comme ayant été abaissé en bloc d'un côté de la faille. Ces mouvements subits ont donc ouvert dans les sédiments des fentes, que les eaux intérieures, ont pu remplir après coup, pour y déposer des substances variées et former ce que les géologues désignent sous le nom de filons. L'étude de ces filous a conduit Wenier à démontrer que dans un même groupe, tous les filons de même âge sont parallèles. Cette importante loi géologique, toujours vérifiée depuis Werner, s'applique- t-el le aux montagnes? C'est ce problème au-
quel Klie de Beaumont consacra ses études et ses observations; c'est, celte question qui allait conduire le grand géologue à la théorie du réseau pcntagonal.
Elie de Beaumont devait voir que les montagnes ne sont pas des aspérités distribuées au hasard à la surface du globe; l'observation put l'amènera décomposer un assemblage de montagnes, en une série de chaînons orientés dans un certain nombre de directions. Si chaque district montagneux, est xepréseutc par des lignes droites tracées suivant les divers cliaîuoiisdont elles donnent la direction, si semblable opération est exécutée sur toute la terre, un fait capital apparaît.
Pour une même contrée, toutes les directions parallèles pont de la même époque géologique, et sont la conséquence d'une même opération des forces naturelles. Si, en outre, on mène parle centre de chaque groupe de montagnes des droites parallèles à tous les chaînons, on aura autant de bgues qu'il y a eu de révolutions en ce point. Chacune d'elle figure, les reliefs du sol, dus à la même cause et formés à la même époque.
Si, guidé par ces premiers faits, on jette les veux sur l'ensemble des montagnes, si l'on considère le globe tout entier, il est impossible de continuer à prendre pour guide le parrallélisme. En effet, sur la surface spliérique, les ligues droites vont être remplacées par des grands cercles, qui ne sauraient être parallèles sur toute leur étendue. Elie de Beaumont lut donc conduit à donner au parallélisme mie définition nouvelle, sur laquelle nous ne saurions insister sans entrer dans le domaine de l'algèbre. Pour le grand géologue, des chaînons sont parallèles à un même grand cercle, si l'arc de grand cercle perpendiculaire au milieu du chaînon est aussi perpendiculaire au grand cercle. Celui ci devient le grand cercle de comparaison du système des montagnes.
Pour vérifier cette généralisation si nouvelle, si hardie, Elie de Beaumont est obligé de recourir au calcul qui peut seul donner la direction d'un grand cercle sur toute, l'étendue de la surface du globe. Son esprit essentiellement mathématique le conduit à apporter d'innombrables vérifications à la loi qu'il a dévoilée. Pour étudier les relations d'angles fournies par les accidents du sol, il faut tracer sur la sphère des réseaux réguliers de grands cercles, ou de leurs mailles fondamentales. Mais la maille doit être une figure régulière telle qu'elle puisse paver la sphère, comme le triangle équilatéral , le carré et l'hexagone régulier peuvent paver le plan. Le triangle et le pentagone jouissent seuls de cette propriétésur la sphère. Pour des raisons toutes géométriques, que nous ne saurions développer ici, Elie de Beaumont choisit le pentagone. Les systèmes de montagnes connus sont représentés par des cercles du réseau, et ceux de ces cercles qui n'en représentent point, servent en quelque sorte de jalons à des accidents géologi pies dont les relations, ainsi mises en évidence, avaient jusquelà échappé aux investigations de la science.
La nouvelle théorie a été vigoureusement attaquée
LA SATURE
et les naturalistes lui ont reproché d'être mathématique; mais une doctrine perd-elle de sa valeur, parce qu'elle ne peut pas être comprise par tous, et parce que ses mérites ne sont appréciés que d'un petit nombre d'esprits érudits? Il ne serait pas impossible d'ailleurs de vulgariser la doctrine d'Elic de Beaumo'it en la dépouillant de ce qu'elle offre d'ardu, en la présentant surtout sous la forme de cartes, où les coordinations peutagonales apparaîtraient manifestement. On verrait alors se développer la pensée du grand maître, qu'il a si bien exprimée. « Dans ce vaste ensemble de caractères par lesquels la main du temps a grave l'histoire du globe sur la surface, les montagnes sont les lettres majuscules de cet immense manuscrit, et chaque système de montagnes en constitue un chapitre. »
Les œuvres tout entières d'Elie de Beaumont sont empreintes de ce même caractère de précision et de profondeur que l'on rencontre dans sa conception la plus saillante. Elles ont imprimé à la géologis moderne, une impulsion dont l'effet ne se perdra jamais.
Elie de Beauuioiil avait reçu tous les honneurs qu'un savant peut ambitionner ; mais son génie, son autorité scientifique les lui avaient conquis, sans qu'il ait. jamais rien demandé. « 11 était doué, dit M. Dumas, de l'esprit le plus droit, du cœur le plus ferme et de l'âme la plus haute. Personne ne fut jamais plus fidèle dans ses amit es'. »
L'ARCHIPEL DES YITI OU FIDGI
Dans l'Océan pacifique méridional, entre le 15" et le 50 e parallèles sud, à 1,990 milles de l'Australie orientale et à 1 ,200 de la partie nord de la Nouvelle- Zélande, le marin rencontre un groupe de 312 îles ou îlots. C'est l'archipel des Yilî, ou des Fidgi, pour lui laisser le nom que lui donnent les insulaires du groupe voisin de Tonga. Découvertes dès d 646, par Abel Jannsen Tasman, le grand navigateur hollandais (es Fidgi sont toutefois restées à peu près inconnues jusqu'à l'exploration célèbre de l'Américain Wilkes (18 10-1842), que devait compléter à quinze ans de distance, le capitaine Denham, de la marine britannique, croyons-nous. Elles viennent d'être annexées à l'empire colonial déjà si vaste de la Grande- Bretagne, à la suite d'une série d'événements, qui ne manquent pas de quelque intérêt en eux-mêmes, mais dont le caractère a été avant tout politique. Aussi les négligerons-nous pour offrir de suite à nos lecteurs une esquisse de ce qu'est cet archipel envisagé sous le rapport de son aspect physique, de sa faune et de sa flore, de son climat, de sa population, de ses ressources et de ses produits naturels.
Toutes ces lies sont enceintes d'une barrière de corail et, quoiqu'il n'y existe plus de volcans actifs, elles ont une origine évidemment plutouienne ,
1 Comptes rendus de l'Académie des sciences. — Séante du 28 septembre 1874.
comme l'attestent la présence de vieux cratères, l'abondance des sources chaudes, des scories et des laves refroidies, de même que des tremblements de terre assez fréquents. Leur sol est très-accidenté, et sur les plus grandes se dressent des montagnes dont l'altitude va jusqu'à -4000 pieds anglais, dans celle de Viti-Levu, et dont les croupes, comme les cimes, sont recouvertes d'épaisses et vastes forêts. Leur flore affecte un caractère nettement tropical : sur quelques points toutefois, les acacias, les casuariuas, les metrosideros rappellent h flore australienne. C'est dire que la végétation des îles Fidgi est luxuriante. Leur faune, au contraire, est des plus pauvres. Les seuls animaux domestiques connus des indigènes étaient le cochon, le chien et les volailles. Les Seltlers européens ont introduit le mouton, qui paraît devoir prospérer ; quand au bétail à cornes, il n'en a point été question jusqu'ici. Parmi les autres quadrupèdes, le rat est le principal et abonde. On ne rencontre qu'un petit nombre d'oiseaux, dont le perroquet est le plus commun. Les lézards et les grenouilles représentent tes reptiles, et le gigantesque Macroloma Héros, long d'une dizaine de pouces (anglais) environ, est le plus remarquables des insectes. On ne parle ni des araignées, ni des moustiques qui pullulent. Eu revanche, les eaux soit marines, soit fluviales se trouvent extrêmement peuplées et, chose singulière, le requin fréquente volontiers ces dernières. On recueille beaucoup de Trepang ou biche de mer (Holothuria edulis) et de tortues. Ad. -F. de Fontpertuis.
— La suite prochainement. —