‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 206 sur 229 · L'ÉCLIPSÉ DE LUNE DU 25 OCTOBRE · texte numérisé non relu

L'ÉCLIPSÉ DE LUNE DU 25 OCTOBRE

Le mois d'octobre dernier aura été décidément très favorable à l'astronomie d'observation. Après l'éclipsé de soleil du 10 et l'occultation de Vénus du 1 î, visibles toutes deux, l'éclipsé de lune du 25 a encore pu être observée, malgré les brouillards de l 'heure matinale à laquelle elle s'est passée.

Si les observations astronomiques diffèrent beaucoup les unes des autres en elles-mêmes, elles di fièrent plus encore peut-être par la variété des conditions météorologiques dans lesquelles on est forcé de les faire. C'est ainsi que pour étudier J'éclipse du soleil du 10 il a fallu exposer son visage à l'ardeur brûlante d'un véritable soleil d'été; que pour l'occultation de Vénus il a fallu chercher la planète dans le ciel^ éblouissant du sud avec des yeux « demiaveugés, et que l'éclipsé de lune du 23 n'a pu être suivie qu'au sein d'une atmosphère humide et glaciale digue des prochaines nuits d'hiver. Mais tous ces petits désagréments corporels ne sont rien quand un nuage n'arrive pas pour cacher le phénomène attendu, et quand en définitive on peut faire une observation satisfaisante.

La pleine lune devait entrer à -4 h, 55 m. du matin dans la penombre formée par l'atmosphère terrestre autour du cône d'ombre que noire planète forme constamment derrière elle à l'oppositedu soleil. Mais la lune était déjà basse vers l'horizon occidental, et des vapeurs épaisses, des brouillards et des traînées nuageuses l'entouraient d'une sorte de voile blanchâtre. L'image était loin d'être nette, quoiqu'on distinguât fort bien l'ensemble de la géographie lunaire. La montagne blanche et rayonnante d'Arislarque{a) brillait juste dans la partie inférieure

du diamètre vertical du disque, et resta perceptible même lorsque cette région fut entrée dans l'ombre. Je ne suis pas parvenu à distinger la pénombre. Près d'une heure après l'entrée de la lune, à 5 h. 20 m. on ne distinguait encore rien. Il eu était de même à

5 h. 50 m. , et à 5 h. 45 m. la lune parut sensiblement entamée au nord-est, c'est-à-dire en haut et à gauche (image droite). Comme elle ne dosait entrer dans V ombre même de la terre qu'à 5 h. 51 m., j'en conclus que l'ombre de l'atmosphère terrestre n'a produit d'effet sensible sur la lumière de la lune que lorsqu'elle y projeta ses couches inférieures, épaisses et nuageuses. Les couches supérieures de l'atmosphère ne diminuaient en rien la clarté de la pleinelune (du moins dans les conditions actuelles).

A 6 heures , notre satellite était éclipsé du quart environ de son diamètre, mais l'ombre de l.i terre finissait par une teints dégradée, insensiblement, et non par une limite nette et tranchée. Quelques minutes après, la ligne d'ombre atteignait le mont Aristarque, et, ens'avançant toujours, bientôt après aussi le mont Tycho (c .

On voyait des corpuscules noirs passer en tous sens devant l'astre des nuits : c'étaient des.

oiseaux, volant à une grande hauteur.

A fi h. 25 m., le cône d'ombre atteignit le milieu du disque lunaire; mais, arrivé au ï régions basses de l'atmosphère, | l'astre de Diane sembla s'étendre et s'enfoncer ! dans un lit de nuées obscures formant l'horizon. A 6 h. 30 m. il disparut : l'ombre atteignait alors . la mer de la Sérénité et et le mont Manilius {dj. | C'est h plus grande phase de l'éclipsé qui ait été visible à Paris. Elle est représentée dans le dessin ci-dessus.

Quelques minutes après, à 6 h. 37 m., le sole : l se levait radieux à l'horizon oriental.

Ni la Connaissance des temps, ni V Annuaire du bureau des longitudes n'ont annoncé exactement les conditions de cette éclipse. L'un l'annonçait pour le soir; l'au're supposait que la pleine-lune se levait à

6 heures du matin! Ces erreurs sont regrettables, surtout dans des publications officielles.

Camille Flammarion.

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