‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 27 sur 229 · DES FERMENTS PARAS1TIQUES · texte numérisé non relu

DES FERMENTS PARAS1TIQUES

chez i/hombie et les animaux par l'emploi de la chaleur 1 .

L'homme, pas plus que les autres êtres de la création, n'a été destiné à subir les diverses maladies qui affectent sa vie. Toutes, ou presque toutes, sont dues à l'influence de la civilisation, du milieu dans lequel il vit, en un mot de la perturbation jetée par la vie sociale dans lus lois naturelles. Évidemment, même en admettant ces causes, il est bieu des affections contre lesquelles nous serons encore longtemps impuissants; mais il en est d'autres contre lesquelles il est possible, à l'aide de nos connaissances actuelles d'agir énergiquement, autant parles moyens préventifs à employer, que par ceux curatifs à appliquer. Je veux parler des maladies épidémiques, telles que le choléra, la lièvre jaune, les fièvres paludéennes, etc., etc., ou de celles transmises par virus, telles que le charbon, la syphilis, la rage, etc., etc.

Les moyens préventifs qui concernent plus particulièrement la première catégorie, consistent jusqu'à présent, dans l'emploi d'antiseptiques divers. Chaque époque a vu préconiser quelques-uns de ces agentsviés fumigations, le vinaigre, l'ammoniaque etses sels, le chlore et le chlorure de chaux, l'acide sulfureux, se sont successivement produits comme étant efficaces. Tout dernièrement l'acide phonique et ses dérivés ont été préconisés et paraissent jouir eu en effet de propriétés précieuses. Mais est-ce à dire qu'il faille compter d'une manière absolue sur ces désinfectants? Non, car ne connaissant pas encore la nature, même approchée, des miasmes à combat-

* L'auteur de 'cette Notice curieuse émet, comme on va le voir, des idées qui, pour être originales et hardies, ne sont peutêtre pas toutes à l'abri des objections; nous lui en laissons la responsabilité. Nous sommes heureux cependant de publier un projet qui a récemment appelé l'attention de l'Académie, et qui peut être l'origine d'applications "vraiment utiles. G. T.

Ire, nous ne pouvons affirmer que les moyens présentés ont sur eux l'énergie que nous leur supposons. Ce sont peut-être des palliatifs utiles, mais à coup sur ce ne sont pas des remèdes absolus. Donc, tout eu ne repoussant pas le concours de ces agents, il faut, puisque nous n'avons encore rien do certain sous la main, chercher à agrandir 1105 moyens d'action. Or, parmi ceux que nous pourrions utiliser, il en est un qui se présente en première ligne. Ce moyen, c'est la chaleur, dont l'influence est aujourd'hui reconnue comme étant la plus sûre et la plus positive pour paralyser les germes microscopiques, par conséquent ceux dont nous parlons ici.

Partant de ce fait, je propose, en ce qui concerne les moyens préventifs, de remplacer dans toutes les quarantaines, les désinfectants ordinaires, par l'emploi de la chaleur, chaque fois bien entendu qu'il sera possible d'utiliser cet agent. Il est facile, eu effet, de disposer des étuves, dans lesquelles les lettres, les matières organiques, les vêtements seraient soumis à l'action de la chaleur. Ces derniers surtout, si susceptibles d'accrocher p.ir leur texture

fibreuse les germes organiques et de les emmagasiner dans leur mille replis, tout en étant par leur destination de trop bons agents de dissémination, seraient soumis à une température de 100 à 110°, laquelle n'altérerait en rien leur qualité et agirait certainement, absolument sur les ferments véhiculés par eux. Pousserions donc ainsi garantis, non contre toutes les épidémies, mais au moins contre celles que pourraient introduire les objets sur lesquels la quarantaine doit s'exercer, quarantaine qui serait alors vraiment de préservation efficace, tandis que jusqu'ici l'efficacité dû ce modo a pu maintes foi s être révoquée eu doute.

Quand on réfléchit du resle aux faits pour lesquels l'expérience est acquise, on est en droit d'être surpris, que, dans des circonstances qui intéressent lu santé, nous ne sachions pas plus généraliser. Appert nous a appris à conserver nos aliments par la chaleur. M. Pasteur nous a donné la clef de cette conservation ; et nous sommes encore à appliquer ce moyen aux choses de la vie, c'est-à-dire partout où nous avons cru devoir établir une barrière aux fléaux.

Si des mesures concernant les provenances extérieures, nous passons à l'intérieur, nous trouverons là, en bien des cas, à appliquer ce système. Eu première ligne, et j'insiste sur ce point, une ordonnance de police, ou un règlement de salubrité publique, devrait forcer à faire passer par la chaleur, c'est-àdire par un étuvage à 110°, tous les vêtements, objets de literie, ayant servi à des malades atteints d'affections épidémiques, et ce, avant tout nettoyage ultérieur. 11 ne serait pas nécessaire que le patient ait succombé pour que ces précautions soient prises. Le malade qui a guéri, laisse derrière lui, dans tout ce qui l'a entouré, une traînée pernicieuse, et c'est contre cette traînée qu'il faut agir. Le médecin prescrirait du reste l'application quand il jugerait le cas opportun. Certes il y a là des soins multipliés à pren-

dre, mais il y va de la vie, et si dans les familles on comprenait leur importance, nul doute que le plus grand nombre ne se prêterait de bonne grâce à leur emploi, sans qu'il soit besoin de prescriptions légales. Si par exemple on savait que \cf, déjections des cholériques sont le plus sur véhicule de la maladie, et qu'on peut en paralyser l'action en versant ces déjections aussitôt leur émission dans l'eau bouillante 1 , chacun ne s'empresserait-il nus de se préserver, par l'emploi d'un moyen aussi simple, que partout on a sous la main? Mais, en se préservant on préserverait le voisin et ainsi de suite, dans bien des circonstances où la crainte du mal serait le plus sûr excitant aux précautions préventives.

Malheureusement il n'en est point ainsi, et dans bien des circonstances nous agissons dans des conditions précisément favorables à la dissémination des agents morbifiques. Je citerai un exemple qui, échappant un peu à mon sujet, n'en démontre pas moins l'incurie avec laquelle nous procédons en cette importante matière.

Nous creusons des égouts pour assainir la ville, et c'est chose parfaite; mais ce qui est chose imparfaite, c'est que le sable en étant extrait on le fasse sécher sur la voie publique, on l'y passe à la claie, pour l'employer ensuite à tous usages. Que faisons- nous en agissant ainsi ? Nous avons envoyé le sable amasser, chercher au fond de l'égoût les principes dont nous voulions avec raison nous débarrasser, puis, quand ce sable saturé, si je puis dire, de ces principes insalubres, a été extrait, nous l'avons séché de manière à rendre pulvérulentes les matières organiques qu'il entraînait; nous avons jeté le tout sur la claie, de manière à ce que le vent entraîne plus aisément les germes qui gisaient au fond de l'égoût: nous les avons ainsi rendus à la circulation, au détriment de notre santé. Est-ce rationnel? Et cependant cela se produit chaque année.

Revenons à la chaleur, je ne passerai pas en revue tous les eus dans lesquels l'application de la chaleur pourrait être employée, comme mesure préveutive. Je dirai seulement que, dans Lien des circonstances, nous oublions que la cause de nos maux, ce sont les infiniment petits, et que leur présence, leur action, peut toujours être combattue par la chaleur; qu'en conséquence, chaque fois qu'il sera possible d'utiliser cet agent, on aura la certitude d'avoir employé un moyen préventif, actif et certain.

J'arrive au second ordre de faits que 'je me suis proposé de traiter, l'emploi de la chaleur comme mo\ en curatif des maladies épidéniiques ou à virus trausmissible. Ainsi que je l'expliquais en commençant, ks premières sont de celles qu'il faut surtout considérer comme étant la conséquence de la civilisation. Tantôt c'est l'industrie, encore imprévoyante, qui présente aux germes atmosphériques des circonstances favorables d'implanlation, tantôt c'est l'in-

1 Une solution do Bel marin bouillante serait encore préférable. 11 faudrait en employer quatre à cinq fois le volume de matière à paralyser.

curie qui, soit chez les peuples barbares, soit chez nous, facilite la formation de ces foyers. Quelle que soit leur source, ces germes se multiplient, sont véhiculés dans nos populations, et trouvant là des organismes prédisposés, soit par le labeur, soit par le plaisir, soit par la constitution héréditaire, ils s'implantent et causent les ravages que nous déplorons. Évidemment, dans l'état primitif, alors que l'homme ne s'était pas prêté aux mille exigences de la vie de société, ces germes n'avaient pas d'influence sur lui ; aussi la vie s' écoulait-elle longue et absente de maladies. Mais aujourd'hui que nous avons dénaturé le milieu dans lequel nous vivons, comme notre propre constitution, nous sommes devenus accessibles à ces pernicieux agents, et c'est à bon droit que la science moderne a multiplié ses études, pour en combattre l'influence. Toutefois, nous sommes encore de ce côté dans l'incertitude, et si nous avons pu dire, il y a un iustant, que nous sommes peu avancés dans l'emploi des moyens préventifs, pour combattre la transmission des germes aériens morbifiques, il est aussi juste d'avouer que notre impuissance augmente quand le mal est venu et qu'il s'agit de guérir. En effet, est-ce le choléra qui arrive, il y a presque autant de moyens que de praticiens. Est-ce lu fièvre typhoïde? Là encore l'incertitude règne, et si les symptômes du mal ont pu être mieux étudiés, mieux définis, les résultats fatals présentent encore un facteur trop considérable.

Voulons-nous généraliser et envisager la fièvre jaune, la rage, le charbon, la piqûre d'animaux, etc.? partout là nous restons impuissants, et de données certaines, positives, absolues, il n'y en a pas encore. Eh bien, il y a, dans l'emploi de la chaleur, une voie, mécanique si je puis dite, qui n'est pas encore étudiée ou du moins qui ne l'est pas dans les conditions générales qu'elle comporte. Kt cependant, par les résultats précis qu'elle indique, elle mérite la plus sérieuse attention. Procédons du connu à l'in-

• connu. M. Pasteur nous a appris que» de 50 à 55°, on paralysait la maladie des vins. Il peut paraître ridi-

! cule d'assimiler nos êtres au traitement qu'on fait subir au vin, et cependant si 50 degrés suffisent pour, si ce n'est tuer en celui-ci, au moins paralyser les parasites qui s'y produisent ; pourquoi dans le sang, dans le mucus, dans les liquides qui constituent l'organisme, n* oh tiendrions-nous pas des résultats analogues ? Je vais plus loin, je dis que nous serons en droit d'espérer des. résultats meilleurs. En effet le vin est un liquide mort, passif; mais l'être vivant est uue force, qui, ajoutant son activité, c'est-à-dire celle de la vie à l'action paralysante de la chaleur, doit conduire à un résultat encore plus positif. Dans cet ordre d'idées, la chaleur dans quelques cas tuerait le parasite, dans d'autres.elle paralyserait son activité. La vie organique, en cettedernicrû hypothèse, le trouvant ainsi plus assimilable, le détruirait par absorption ou le rejeterait par l'un des nombreux exutoires que fournissent les sécrétions.

Gerte, il est bien évident qu'on ne pourrait impu-

ncment soumettre l'homme à toutes températures, mais il serait possible, à l'aide d'expériences sagement conduites, de déterminer celles qu'il pourrait endurer sans danger. La chaleur est difficile à supporter, quand on procède tout à coup, la suffocation en ce cas arrive vite ; mais il serait aisé de disposer des baignoires dans lesquelles la température montant insensiblement, permettrait d'arriver d'autant plus cerlainement au maximum possible, que la vaporisation produite par la transpiration cutanée ne viendrait pas affaiblir le résultat cherché.

Dans le cas de choléra surtout, l'action de la chaleur ne serait pas nuisible, puisque c'est précisément la période algide qui est la plus redoutable. J'ajouterai qu'eu continuant avec ce traitement l'emploi ménagé de l'oxygène, il est probable que justement on combattrait victorieusement ce refroidissement, puisqu'il n'est en somme, quelles qu'en soient les conséquences, que la manifestation d'une combustion incomplète.

Ce n'est pas seulement à l'homme que doit se limiter l'emploi de la chaleur, comme moyen curât if des affections épidémiques ou à virus, mais nos animaux eux aussi, enlevés aux lois naturelles par la domestication, pourraient trouver là, dans la plupart des cas, un palliatif utile. Je n'aipasàra 'étendre sur ce point, qui me ferait entrer dans la répétition de tout ce que j'ai énoncé, je préfère me résumer et dire que mon but a été d'appeler l'attention sur ces points :

1° Qu'en ce qui concerne la préservation préventive contre les maladies épidémiques, la chaleur est le moyen le pluscertain d'atteindre ce but.

2° En ce qui concerne la guérison des maladies épidémiques, ou transmissibles par virus, considérant que, la cause de ces maladies étant des germes parasitaires, la chaleur est le moyen le plus sûr de paralyser ces germes, et par conséquent de détruire leur action ;

Qu'en présence de ce résultat incontestable, mais dont l'application ne peut encore se baser sur des données précises, il y aurait intérêt à organiser des expériences officielles pour déterminer:

A. Les températures que l'homme et les animaux domestiques peuvent supporter, soit que ces températures agissent seules, soit qu'elles soient combinées avec un traitement convenablement excitant.

B. Les maladies dont les germes, virus, etc., etc., s'anéantiraient ou seraient absorbés sous l'empire de cette médication.

En ce faisant, la pratique pourrait conquérir un moyen simple de guérir, et l'humanité entière profiterait de cet ordre de recherches. Ch. Tellier.

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