LA GRANDE SCIERIE MÉGANIQUE
d'east river.
Le nouveau système que représente notre gravure est employé dans les ateliers de PEast River de M. Van Pelt aux Etats-Unis; il est destiné à débiter le bois des arbres immenses qui couvrent entièrement le sol de ces régions. — Cette scie gigantesque, dont nous empruntons la description au Scientific american, est la plus grande que l'on ait construite jusqu'ici; elle n'a pas moins de 50 mètres de longueur, et tourne autour de roues comme l'indique notre gravure. La machine qui met en mouvement ce mécanisme est d'une dimension considé-
nous pourrons nous procurer sur ce grand événement scipntitique, dont, se préoccupent à un si haut degré toutes les nations civilisées.
rable, et les usines de l'East River sont certaine-
ment les plus remarquables de celles qui ont été La scie gigantesque a été construite en France
construites jusqu'ici pour débiter les troncs d'arbre.
par une maison de Paris; et, sur les plans et dessins . MM. Richard, Kelley ont fourni la transmission et de M. Van Pclt, constructeur de Philadelphie; ! le mécanisme. Des poulies de 2 mètres de diamètre
sont moulues sur une colonne, afin de supporter la lame d'acier, dont elles déterminent le mouvement. Les supports de l'arbre de transmission ont m ,12 de diamètre, ,n ,56 de longueur; ils se composent d'un alliage de six parties de cuivre sur une partie d'étain. La tension est de une à quatre tonnes; elle exige nécessairement une grande solidité dans l'ajustage afin d'empêcher que la courroie ne soit lancée hors de position.
Le tronc qu'il s'agit de débiter est placé dans la direction du mouvement de l'affût et de la scie sans qu'il soit nécessaire de l'assujettir à ses extrémités, et la dosse est prise et enlevée régulièrement.
La scie que nous décrivons succinctement coupe le pin à la vitesse de 20 mètres à la minute, et le chêne à celle de 40 mètres.
Ce grand outillage offre dans la pratique un avantage réel sur les systèmes de scie circulaire habituellement usités. La scie, en effet, peut suivre la courhe de la poutre, comme cela est surtout nécessaire pour les constructions nautiques; en outre elle coupe sur le fil du bois. Les planches qui sout obtenues par ce procédé valent dix pour cent de plus que celles qui sont coupées par une scie circulaire.
CHRONIQUE
Guerre nn Phylloxéra. — Notre collaborateur, M. Maurice Girard, vir.nt d'être nommé délégué de l'Académie des sciences, ayant la mission spéciale d'étudier le Phylloxéra vastatrix dans le sud-ouest de la France, notamment dans les Charentes, avec résidence principale à Cognac, 11 est chargé, par les instructions qu'il a reçues de la commission académique, de faire dans ces régions un travail analogue à celui de M. Duclaux pour le sud-est; reconnaître les points envahis avec l'époque d'apparition du funeste Aphidien, rendre compte des moyens proposés dans les diverses localités pour la destruction de l'insecte, et des essais tentés en ce sens, afin de réserver pour l'avenir toutes les méthodes qui ont quelque chance de succès, et d'écarter les nombreuses recettes inefficace?, de manière à ce qu'on soit fixé d'une façon définitive sur leur inutilité. On évitera ainsi des perles de temps dans le combat acharne que nous devons livrer au fléau. M. Maurice Girard enverra des lettres sur ces sujets pour la Chronique de notre journal.
Ijc forgeage du lingot de platine pour la confection du métré international. — M. Tresca a présenté à l'Académie des sciences une note très-curieuse où il signale, au sujet de celte opération, un fait de thermodynamique vraiment digne d'intérêt. Pendant le martelage du lingot de platine iridié destiné à la fabrication des mètres internationaux, l'honorable sous-directeur du Conservatoire des arts et métiers, a remarqué que, sous le choc, des bandes brillantes, des traînées lumineuses apparaissaient quand le métal, dans sa période do refroidissement, était encore au rouge sombre. Mous n'insisterons pas sur les considérations théoriques de ce phénomène, et nous nous contenterons de faire remarquer qu'il peut être regardé comme un bel exemple de la transformation du travail mécanique en chaleur et en lumière. M. Tresca fait
observer, avec raison, que la dureté exceptionnelle du platine iridié refroidi jusqu'au ronge sombre, exige, pour être déformé par le forgeage, un travail considérable au moins équivalent à celui du forgeage de l'acier. Le lingot de platine est actuellement amené à la forme d'une barre à section carrée de 4™ 50 de longueur ; dans les nouvelles opérations de forgeage qui vont avoir lieu, il est probable que le phénomène précédent se reproduira ; M. Tresca se propose de l'étudier spécialement pendant les expériences qu'il va exécuter avec son fils, M. Gustave Tresca, dont l'intelligente activité a déjà contribué au succès des opéralions auxquelles le lingot de platine a été soumis jusqu'à ce jour.
Les Monitors du lthin. — Les Allemands ont construit de nombreux monitors sur le Rliin. Ces navires, d'après la lievue maritime, seront stationnés dans le por' de Goblentz; leur équipage se composera de 60 matelots, commandés par 6 officiers ; en cas de guerre, chacun de ces monitors recevra en outre, bO hommes d'infanterie. La Gazette de V Allemagne du Nord nous apprend que ces bâtiments sont munis chacun de deux pièces de marine de 12 centimètres, disposées dans une tour tournante cuirassée d'une épaisseur de 7 centimètres. On se [impose aussi d'entretenir une flottille sur la Moselle, entre ïhionville et Metz.
Société française de navigation aérienne. —
Celte société vient de nommer son bureau pour l'année 1874. M. Hervé Mangon, de l'Institut, a éié élu président, en remplacement de M. Janssen, président sortant. MM. P. lîert, Croré Spinelli, le docteur Jlnrey et Motard, ont été nommés vice-présidents, M. llureau de Villeneuve, secrétaire général. Nous sommes heureux de voir la Société de navigation aérienne s'engager dans une voie de prospérité, et entrer dans le domaine de la pratique aérostatique. Le beau voyage aérien de MM.Crocé-Spinclli cl Sivcl a été exécuté sous ses auspices; puisse-t-il inaugurer une campagne aérienne féconde en résultats !
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du Yo juin 1871. — Présidence de M. Bbiitiundi
Incrustations calcaire*. — Il résulte d'intéressantes observations résumées par MM. Favre et Roche, que si de l'eau chargée de carbonate de chaux est abandonnée dans un Yase de plomb, le dépôt du calcaire commence a» contact de la moindre surface métallique électro-négative par rapport au plomb. Ainsi, dans les tuyaux de conduite, c'est à la soudure des bouts successifs, soudure où entre de l'étain, que le dépôt se manifeste d'abord ; s'il y a un robinet de cuivre c'est à son contact aussi que l'incrustation prend naissance. On peut même donner à l'expérience une forme pins frappante, en abandonnant simplement dans le réservoir de plomb qui contient l'eau, une petite pièce de monnaie d'argent. Celle-ci ne tarde pas à être complètement encombrée de carbonate de chaux. Comme on voit, ces divers faits présentent à la fois un grand intérêt pour le chimiste, pour le physicien et pour le constructeur.
L'ammoniaque et la végétation. — Si, comme vient de le faire M. Schlœsing, on fait végéter une plante sous un récipient dont l'air renferme une certaine proportion de
gaz ammoniac, oti constate bientôt la disparition totale de 1 celui-ci. Il en résulta deux faits également importants, | d'abord que l'ammoniaque de l'air est assimilée par les végétaux, et en second lieu que les végétaux peuvent contribuer à l'assainissement de l'atmosphère en en extrayant l'ammoniaque qui s'y trouve.
Passage de Vénus. — Le président signale la présence de M. Bouquet de laGrcge, chargé par l'Académie d'aller observer, à l'île Campbell, le passage de Vénus.
La petite caravane que commande ce savant, arrivera à son but vers le 1 5 septembre et aura par conséquent deux mois et demi pour faire ses préparatifs. L'île Campbell est absolument déserte; il faudra donc que les hardis asti onomes trouvent tous leurs secours en eux-mêmes. Ils auront à mettre en pratique les métlodes imaginées par Ilalle.y, plus de quatre-vingts ans avant qu'on eût l'occasion de s'en servir ; circonstance qui n'empêcha pas leur iininorlcl auteur de les appliquer au calcul de toutes les parti, ularilés du phénomène.
Formation des taches solaires, — Contrairement à l'opinion de M. Faye, le, p. Sccchî pense que les taches résultent de l'accumulation, en certains points de la chromosphère, des produits de condensation des protubérances qui, s'étant refroidis en s'élevant, retombent à la surface de l'astre. Il cite à l'appui de sa thèse des observations Iri's-conlinuL'S, mais qui, d'après M. Faye, ne se prêtent cependant pas à l'interprétation qu'en veut faire l'astronome romain.
Les taches solaires et les passages de Jupiter. — Des observations superlicieiles ont fait dire que le passage de Jupiter au périhélie coïncide avec les maxinia des taciics solaires. M. Faye s'élève contre celte assertion : la période de Jupiter est de 11 ans et 8/10, tandis que la période des taches est de 11 ans et 1/10. Il en résulte que si, à l" 1 exemple de M. Carrlngton, on représente les deux phénomènes |iar des courbes que l'on compare entre rlles, on observe au début un parallélisme sensible qui se perd néanmoins peu à peu et finit par céder la place à la discordance la plus absolue. Il suffit d'une centaine d'années d'observations pour que ce dernier résultat se produise.
Valeur de la radiation solaire. — On sait que Pouillet a évalué à 13,6 00 calories la quantité de chaleur que le soleil rayonne par seconde et par mètre carré. M. Duponchel prétend que celte évaluation est 11 fois trop faible. C'est là une assertion contre laquelle M. Faye proteste encore. Il rappelle que le nombre donné par M. Pouillet a reçu diverses confirmations qui le rendent très-probable. Ainsi, John llerschel, voulant donner une idée de la radiation solaire, dit que, si on suppose un cylindre indéfini de glace de 45 milles de 'diamètre et lancé sur le soleil avec la vitesse de la lumière, il fondra instantanément: l'éclat du soleil sera anéanti, mais sa température ne baissera pas d'un seul degré. Or si l'on ramène ce résultat à la forme adoptée par M. Pouillet, on trouve qu'il correspond pour la radiation d'un mètre carré de surface solaire en une seconde à 15,000 calories; c'est-à-dire à une quantité de chaleur Coût à fait comparable à celle trouvée par le physicien français.
Election d'associé étranger. — Trente-trois suffrages appellent M. Alphonse de Candolle à la succession d'Agassiz comme associé étranger de l'Académie. M. Bocr obtient 13 voix et il y a un billet blanc.
Menus propos sur les sciences. — Le charmant volume publié sous ce litre par J[. Félix llémcnt, arrive aujourd'hui à sa troisième édition. C'est une série de causeries élégamment écrites sur les points principaux de la science, et dans chacune desquelles, sous un dehors familier, se cache ou plutôt se trouve l'enseignement, profitable pour le cœur, de quelque grande vérité morale.
Stanislas Meunier.