UNE COMÈTE VISIBLE A L'ŒIL NU
Le 17 avril dernier, M. Coggia, le jeune et laborieux îïslronome de l'observatoire de Marseille, découvrait nwi petite comète téleseopiqiie perdue dans les régions polaires de noire ciel boréal. C'était une faible nébulosité, comme toutes les comètes télescopiques, à peine visible sur le fond noir du ciel. Mais cet astre nébuleux est moins modeste qu'il ne le semblait d'abord.
Des observations ayant été faites pendant les mois d'avril et de mai permirent de calculer les éléments approximatifs de l'orbite de cette vapeur errante. Il en résulte que cette comète s'approche de la Terre, et qu'elle va devenir visible à l'œil nu. Déjà une chevelure s'est formée autour de son noyeau, et une queue diffuse se déploie, à mesure que l'astre vagabond se rapproche des régions échauffées parle Soleil. Son mouvement est direct, c'est-à-dire qu'il s'accomplit dans le sens général de la translation des planètes autour du Soleil, de l'ouest à l'est. Mais il est fortement incliné sur le plan de l'orbite terrestre (68°). La ligne d'intersection du plan de l'orbite de la comète avec celui de l'orbite terrestre est tracée par 11 9 U de longitude, et la longitude de son périhélie est à 271°. Tout amateur d'astronomie peut se représenter ainsi la situation de l'orbite du no.rcl astre dans l'espace, Le passage au périhélie aura lieu le 11 juillet prochain. La comète se trouvera alors à une distance minimum du Soleil égale à 0,68535 relativement à celle de la Terre, c'est-à-dire à 25 millions de lieues du Soleil.
Comme la comète découverte l'année dernière par M. P. Henry , celle-ci augmente rapidement d'éclat à mesure qu'elle descend vers la Terre, et elle augmente plus rapidement encore que la précédente. Ainsi, si l'on représente par 1 l'éclat qu'elle offrait lejourdesa découverte, on calcule l'accroissement suivant pour tout le temps de son apparition :
17 avril , . . 1
24 mai. ... 3
10 juin. ... 7
24 juin, ... 20
3 juillet. . . 40
8 juillet. . . 60
15 juillet. . 100
19 juillet. . 15J
20 juillet. . 120 3 août. . . 50 6 août. . . 30
Comparativement aux grandeurs des étoiles, non? pouvons attribuer aux phases de la comète les chiffres suivants:
17 avril .
28 mai. . . , 7«
10 juin. .
21 juin. .
5 juillet.
15 juillet.
4 août .
Ces chiffres montrent que la comèLe est actuellement assez brillante pour être visible à l'œil nu. En s'aidant d'une jumelle on la trouvera facilement. Pour ceux qui ont à leur disposition des cartes astronomiques, je dirai que sa position est, au 25 juin, p;T 7 b. 26 m. d'ascension droite, et G7 U 17' de déclinaison; au 3 juillet, par 7 h. 36 m., et63°l'; au H juillet, par 7 h. 40 m. et 58° 36'. 11 est facile de calculer sa position pour les dates intermédiaires. Les personnes qui n'ont pas de carte pourront trouver la comète en sachant qu'elle est placée au nord-ouest, à gauche de l'étoile polaire et plus bas. En menant une ligne de l'étoile a de la Grande-Ourse à Capella, cette ligne traverse la constellation du Lynx, et longe celle de la Ciial'e. A peu près au tiers du chemin de Capella à a de la Grande-Ourse, ou remarque deux étoiles de 4*" grandeur appartenant à la Girafe. C'est vers ces étoiles, et à leur ouest, qu'il faut chercher la comète, après 10 heures du soir, car plus tôt le ciel est encore trop éclairé de ce côté par le crépuscule.
Parmi les observations lélescopiqucs que j'ai faites sur cette comète, je rapporterai ici celle du 1 1 juin dernier, qui m'a permis de faire un dessin suffisant pour apprécier la forme et l'étendue de la nébulosité comélaire.
Elle se trouvait par 7 h.
2 m. d'ascension droite et 08* bb' de déclinaison, à l'est de l'une des deux étoiles de 4 U grandeur que je signalais tout à l'heure, entre la plus boréale de ces deux étoiles et une autre de 6 e grandeur située plus à l'est. Dans un chercheur grossissant huit fois seulement, on distinguait ces trois étoiles
Cornue do 31. Coggia, le 11 juin 1S71.
et la comète avec sa queue. La comète était moins
intense que les deux étoiles de 4 e grandeur, et supé*- dernier, et subsistera jusqu'en octobre, lors mèrne
Placé entre deux étoiles très-voisines, l'une de 8* grandeur, l'autre de 9 e , le noyau de la comète était à la fois plus visible que la première, mais moins brillant; il était plus large et plus pâle. La chevelure s'étendait jusqu'à l'étoile de 9 e grandeur. La lumière était d'un blanc pâle verdàlre, qui contrastait singulièrement avec le ton chaud et plus jaune des étoiles voisines.
On a déjà essayé d'analyser au speclroscope la lumière de cette comète. Sans avoir obtenu encore de résultats définitifs, le P. Secchi a cru remarquer que les raies principales de son spectre appartiennent an carbone, soit au carbone simple, soit à l'un des oxydes de carbone. On sait que ce fait si extraordinaire a été remarqué dans l'analyse spectrale de la plupart des comètes qui sont passées en vue de la Terre pendant ces dernières années.
Ce sont là les premières observations faites sur la
nouvelle comète; mais, comme nous l'avons dit, elle s'approche de la Terre, va devenir visible à l'œil nu, sans atteindre, il est vrai, les dimensions de la comète Donali, de 1858, ni celles de la grande comète de 1862, mais en se développant toutefois sons nue envergure suffisante pour frapper la curiosité des esprits attentifs, et peut-être assez même pour devenir populaire.
La réputation des comètes les ayant associées aux années de sécheresse et de hautes températures, nous pourrions peut-être ajouter ici que MM. Belgrand et Lenioine ont annoncé à l'Académie des sciences, que cet été sera marqué par une véritable disette dans le régime des cours d'eau, des puits, sources, etc. Mais il ne faudrait pas en accuser la nouvelle comète, qui en est absolument innocente. La sécheresse sera due au manque de pluies pendant l'hiver, le printemps
rieure à celle de 6 e . Au télescope, l'oculaire n° 1, grossissant i 20 fois, montrait la comète sous la forme d'une nébulosité diffuse, munie d'un noyau brillant, et d'une queue vaporeuse. La lumière générale resremblait à celle d'un rayon de soleil qui pénètre dans une pièce obscure et éclaire les poussières dans l'air ; elle diminuait d'intensité à mesurequ'elle s'éloignait du noyau; mais s'étendait assez loin pour annoncer la présence de la comète lors même que la tête de celle-ci n'était pas dans le champ du télescope.
Ce qu'il y avait de plus remarquable, c'était précisémenteette tète et cette chevelure, fort lumineuses.
que la pluie reviendrait maintenant. Ajoutons, toutefois, que depuis que les taches solaires, le magnétisme terrestre, les mouvements planétaires, les aurores boréales, les cyclones, etc., paraissent rattachés mutuellement par des liens mytérieux, il serait peutêtre moins philosophique qu'on ne pense de nier tout rapport entre les apparitions de comètes et le régime météorologique de la Terre.
Camille Flammarion.
Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
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