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PILES SECONDAIRES DE M. PLAINTE

Les courants secondaires ou de polarisation ont été l'objet d'études nombreuses depuis l'époque où ils ont été découverts, c'est-à-dire depuis le commencement du siècle; mais c'est seulement depuis peu d'années qu'on a compris qu'ils étaient susceptibles d'applications pratiques.

Depuis quinze ans environ, M. Gaston Planté s'est occupé de celte question, et il est arrivé, par des efforts continuels et des progrès successifs, à des résultats du plus haut intérêt, dont nous allons chercher à donner une idée.

Le lecteur sait qu'un voltamètre est un instrument dans lequel on décompose l'eau par le courant d'une pile ordinaire; c'est là une expérience fondamentale de la physique qui est représentée par la ligure 1. À l'instant précis où on vient de le soumettre à celle action, le' voltamètre peut être considéré comme un couple ou élément secondaire ; si on met en communication les deux électrodes avec le fil d'un galvanomètre, on voit l'aiguille dévier pendant quelques secondes et accuser un courant qui va continuellement .en s'affiiblissant et qui devient insensible après un temps assez court. Ce courant est ce qu'on appelle un courant secondaire ; il u été fourni par la pile au voltamètre et il est rendu par le voltamètre.

M. Planté a montré dès 1859 que le plomb est le métal le plus favorable pour constituer les piles se-

condaires, et il a accumulé depuis cette époque des preuves de cette supériorité. La figure 2 montre l'élément tel qu'on le construit aujourd'hui : dans une éprouvette de verre, de gutta-percha ou de caoutchouc durci, sont placées deux lunes de plomb enroulées en spirale l'une parallèlement à l'autre et maintenues à distance par deux cordes de caoutchouc enroulées ea même temps ; ces deux lames sont baignées dans une solution d'acide sulfurique au dixième. L'éprouvette est fermée par un bouchon cacheté dans lequel on a ménagé un petit trou, qui sert à mettre le liquide et à l'enlever, et qui donne passage aux gaz qui peuvent se dégager pendant, la charge de la pile. L'appareil est couronné par un couvercle de caoutchouc durci sur lequel sont placées deux attaches qui communiquent aux deux électrodes; on y voit aussi des pinces pour tenir des fils métalliques qu'on peut rougir et fondre avec le courant secondaire.

Pour charger cet élément secondaire, il faut deux couples de Bunsen ou, à leur défaut, trois couples de DanielL Pendant que la charge se fait, l'une des électrodes s'oxyde, une couche brune de peroxyde de plomb s'y voit bientôt et l'aspect métallique disparaît complètement; l'autre électrode change également d'aspect, sa surface se couvre d'une couche pulvérulente grise.

Quand la charge est arrivée à son maximum, c'està-dire quand l'oxvgène commence à se dégager de l'électrode brune, il est opportun de séparer le couple secondaire de la pile active, car le passage du courant polariseur n'a plus lieu qu'en pure perte.

Le couple secondaire, une fois ainsi chargé et abandonné à lui-même, peut conserver une partie de sa charge pendant plusieurs jours; el, au bout d'une semaine, il est encore loin d'être épuisé.

L'élément secondaire, au maximum de charge, a une force électro-motrice égale à une fois et demie celle d'un Bunsen ; il peut rougir un fil de platine plus ou moins gros suivant sa dimension ou, pour mieux dire , suivant retendue des électrodes ; on comprend, en effet, que la quantité d'électricité que peut fournir l'appareil est proportionnelle à l'étendue de la surface de plomb soumise à l'action du courant polariseur et recouverte d'un dépôt électro-chimique actif.

Il faut noter que la forme particulière (en spirale) des électrodes donne au couple une grande surface et une petite résistance sous un petit volume; de sorte qu'un élément secondaire de Planté équivaut à un élément actif ou ordinaire d'une dimension tout à fait inaccoutumée; le petit modèle a une surface active de 8 décimètres carrés, le grand modèle une surface de 40 décimètres carrés.

Le courant fourni par l'élément secondaire peut produire des décompositions chimiques, agir sur un électro-aii nant, etc. ; mais, si on mesure son intensité d'une façon ou d'une autre, par exemple avec un galvanomètre, on la voit décroître à partir du maximum dont nous avons parlé plus haut. Celte décroissance est assez lente si le circuit a une grande résis-

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tance et si, par conséquent, l'électricité s'écoule en petite quantité; elle est, au contraire, très-rapide si le circuit n'a qu'une faible résistance, parce que alors l'électricité s'écoule en grande quantité.

La période de décharge donne lieu à une observation intéressante ; la pila se décharge complètement en apparence, mais, si on la laisse reposer quelques minutes en circuit ouvert, on constate qu'elle a retrouvé une certaine énergie eL qu'elle peut fournir encore une certaine quantité d'électricité. La pile ainsi déchargée de ce premier résidu et abandonnée y elle-même encore quelque temps, fournira un second résidu, moindre

il est vrai que le premier. Et celui-là ne sera pas le dernier : on pourra en obtenir encore plusieurs autres. RI. Planté a fort bien expliqué cette particularité :

l'élément secondaire quand il devient actif se décharge , et en même temps il se polarise, connue font les piles à un seul liquide; cette polarisation acquiert en un certain temps une force presque égale à celle de l'élément secondaire déjà affaibli, et l'action cesse ou se réduit à très-peu de chose ; si on laisse alors reposer la pile, elle se dépolarise d'elle-même, connue il arrive à toutes les piles à un seul liquide polarisées par leur action même ; la pile, une fois dépolarisie, se trouve de nouveau prête à fournir un courant; mais dans cette nouvelle décharge elle se polarise de nouveau et ainsi de suite.

Considérons enfin l'élément secondaire déebargé complètement ou presque complètement, ou peut le recharger avec deux éléments Bunsen comme la première fois; mais il est digne de remarque qu'une charge nouvelle est donnée d'autant plus rapidement

que l'on y procède plus promptement après fa décharge.

D'ailleurs un élément secondaire est d'autant meilleur qu'il a été chargé et déchargé un plus grand nombre de fois; au commencement quanti il est

presque neuf il y a avantage à polariser les électrodes tantôt dans un sens , tantôt dans l'autre et à renverser plusieurs fois le sens de la charge ;mais quand l'élément est formé, il faut au contraire avoir grand soin de le charger toujours dans le même sens.

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